Allo, ici la Terre!

Plusieurs ont cru qu’au congrès de mai 2017, les militants de Québec solidaire avaient rejeté l’alliance avec le PQ parce que les « radicaux » de Montréal avaient pris le contrôle de la salle de l’UQAM où ils étaient réunis.

Ceux qui pensaient que l’air caquiste de Québec les rendrait plus « raisonnables » sur le port des signes religieux s’étaient lourdement trompés.

Qu’ils viennent de Montréal ou des régions, les militants rassemblés en conseil général au cégep de Limoilou étaient presque unanimes à voir une abomination dans le projet de loi du gouvernement Legault.

En réalité, ils n’ont pas changé d’avis. Ils ont simplement réaffirmé la position qui est inscrite dans le programme officiel du parti depuis des années, mais que l’aile parlementaire avait pris sur elle de déformer pour se rallier au « consensus » du rapport Bouchard-Taylor sans avoir consulté la base du parti.

En fin de semaine, aucun député n’a osé se présenter au micro. Personne ne leur a adressé de blâme, mais il est difficile de ne pas voir un désaveu dans une contradiction aussi nette.

Certains ont semblé tomber des nues en constatant que les militants n’avaient aucune objection à ce que les employés de l’État puissent porter le niqab ou la burqa à certaines conditions. Là encore, il n’y a rien de neuf. Le programme de QS prévoit exactement les mêmes dispositions, mais comme personne ne le lit…

Pendant deux jours, les porte-parole du parti ont donné des explications sans queue ni tête, qui ont simplement ajouté à la confusion. C’était à se demander sur quelle planète ils vivaient.

Manifestement, personne ne s’est jamais soucié de savoir comment ce qui est prévu au programme se traduirait concrètement. Pour mettre un terme à la cacophonie, Gabriel Nadeau-Dubois a finalement intimé à sa collègue de Mercier, Ruba Ghazal, de se taire, mais il nous a au moins assuré qu’il n’y aura pas de rectrice de l’UQAM portant un niqab. Ouf !

 
 

Force est de constater que QS demeure toujours aussi déconnecté de la majorité francophone sur les questions identitaires. Dans le débat sur la laïcité, les solidaires se retrouvent dans le même camp que les libéraux.

Le débat a été nettement plus serein que celui qui avait porté sur le projet d’alliance avec le PQ. Bien sûr, on a dénoncé les « médias sensationnalistes » et les « politiciens démagogues », mais les attaques contre François Legault n’étaient rien à côté des horreurs qu’on reprochait à Jean-François Lisée.

Si une déléguée au conseil général a inscrit son opposition à l’interdiction des signes religieux dans une lutte plus large contre la CAQ et le « gouvernement des patrons », il ne fait aucun doute que les militants solidaires voient plus spécifiquement dans le projet de loi 21 une discrimination inacceptable contre la communauté musulmane.

Leur imperméabilité à toute considération d’ordre stratégique n’en est pas moins fascinante. Même ceux qui ont daigné s’abaisser à ce niveau aux fins de la discussion voyaient dans le libre-choix le positionnement le plus avantageux pour QS.

Une déléguée a fait valoir que c’est en démontrant son attachement à ses principes que QS va gagner l’appui de la population. On voit pourtant mal comment ladite population pourrait soutenir un parti, aussi sincère soit-il, dont les principes sont à l’opposé de ceux auxquels elle adhère.

 
 

Manon Massé était manifestement consciente du problème. Il était assez savoureux de l’entendre accuser le gouvernement Legault d’avoir relancé le débat sur les signes religieux pour faire oublier son ineptie dans la lutte contre les changements climatiques, alors qu’elle tentait elle-même de faire diversion en sens inverse.

Si le PQ se réjouira sans doute de voir QS aller à l’encontre du sentiment de la majorité des francophones, le conseil général de la fin de semaine avait toutefois valeur de test aux yeux de ceux qui croient toujours que le chemin vers l’indépendance devra passer un jour ou l’autre par une reprise du dialogue entre les deux partis.

L’identité du prochain chef du PQ pèsera sans doute dans la balance, mais il faudra surtout qu’un certain pragmatisme se développe à QS. À cet égard, le test n’a certainement pas été concluant. La CAQ ne pourra que se réjouir de voir la division perdurer.

Il est vrai que les résultats de l’élection du 1er octobre, notamment l’appui dont QS a bénéficié chez les jeunes, sont de nature à conforter les militants dans la conviction qu’ils sont sur la bonne voie.

Après tout, les grands perdants ont été les pragmatiques du PQ, qui avaient décidé de renvoyer le référendum à un deuxième mandat. À tout prendre, il vaut peut-être mieux vivre sur une autre planète que dans les limbes.

  

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93 commentaires
  • François Hétu - Inscrit 2 avril 2019 00 h 59

    Peu solide

    QS ne fait pas dans le realpolitik ou l'art du compromis. L'idéologie parfois, chez eux, se mord ainsi la queue: prise de position en regard de Maduro-la-ligne-dure au nom du droit à l'auto-détermination des peuples, rejet de tout nationalisme (même celui de gauche) jusqu'à l'évidement de soi, port de la burqua comme signe de liberté.

    Quand pourra-t-on leur faire comprendre que ce tout petit pays de rien, à rive gauche/rive droite et pas beaucoup plus, pourrait devenir un lieu attractif pour tous les libertaires qui se méfient des antiques dérives déistes sur fond de croix sanglantes et autres djihads? Un tout petit pays de rien qui a su, sans un seul coup de feu tiré et en moins de dix ans, s'affranchir de la bure après des siècles de soumission?

    QS n'a pas de perspective historique québécoise, et lave son discours politique dans une eau trop claire, bénite et javelisante.

    Dieu n'aime pas les républiques. C'est pourquoi il en faut une ici. Pour y attirer ceux qui aiment la liberté plus que la superstition.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 07 h 50

      @ François Hétu,

      "Rejet de tout nationalisme (même celui de gauche) jusqu'à l'évidement de soi.." - François Hétu

      1 ) QS ne rejette pas tout nationalisme, il rejette le "nationalisme ethnique" mais endosse le nationalisme économique; notamment par la nationalisation de ressources naturelles, l'augmentation des redevances sur nos ressources et la protection de l'environnement.

      2 ) Jusqu'à l'évidement de soi.. - FH

      - Elle est bonne celle-là! Accorder des droits aux minorités n'enlève rien aux droits de la majorité.

      3 ) QS n'a pas de perspective historique québécoise.. - FH

      C'est de la foutaise. S'il y a une perspective historique importante qu'il faut maintenir et que QS maintient, c'est bien le parachèvement de la révolution tranquille, une société progressiste égalitaire et équitable, sans compter le maintien du cap sur l'indépendance abandonné par le PQ et la CAQ, et l'accueil qu'il avait toujours eu jusqu'ici pour les nouveaux arrivants.

    • Yves Mercure - Inscrit 2 avril 2019 08 h 37

      Au contraire, derrière les draperies se cache un réalisme fort pragmatique : le lieu de pê(è)che rationnel s'avère désormais du côté des clientèles libérales et d'un multiculturalisme qui va continuer à balkaniser les électorats au bénéfice des vendeurs d'illusions que seul le pouvoir intéresse. Le filet tendu de ce bord libéral montrera plus tard la contradiction face à l'indépendantisme verbalisé par ce parti aux membres majoritairement fédéraliste. On y verra le même genre de déchirement et patinage que pour la laïcité. Le clientélisme à tout vent, c'est l'essence de la partisanerie.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 avril 2019 09 h 11

      Plus ou moins 40% des Solidaires sont fédéralistes. Ce parti joue sur les 2 tableaux. Le plus ridicule : avec leur position sur le bill 21, ils embarquent dans le multiculturalisme si cher aux vrais fédéralistes. Indépendantiste le lundi, fédéraliste la mardi. La femme du soi-disant indépendantiste Amir Khadir va se présenter pour le parti le plus centralisation fédéraliste : le NPD.Je profite de l’occasion pour déboulonner le 52% d’analphabètes fonctionnels de M.Montmarquette.

      53% d’analphabètes fonctionnels….Une affirmation abusive, réductrice et qui manque sérieusement de mise en contexte, dit l’économiste Pierre Fortin.https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2019 09 h 34

      1) Non M. Hétu, le Parti national-socialiste des islamo-gauchistes Québécois ne rejette pas du tout le nationalisme multiculturel. En fait, il ne parle que de nationalisation afin de mieux appauvrir les Québécois. Les Vénézuéliens en savent quelque chose. Pour l'environnement, ils n'y comprennent rien parce que la science ne se conjugue pas aux superstitions religieuses. Essayez de leur expliquer que les Chinois sont responsables du tiers des GES mondiaux et que le Québec est responsable de seulement 0,1% est peine perdue. L'interlocateur de votre commentaire n'a ni formations éducationnelles ou bien professionnelles pour vous prouver le contraire. Vous devez le croire sur parole. Vous devez avoir la foi.

      2) Non M. Hétu, évidemment que d'accorder des accommodements déraisonnables aux minorités extrémistes n'enlèvent rien aux droits de la majorité. Si vous dites le contraire, vous un raciste, un xénophobe, un islamophobe et vous faites « partie de la majorité (53%) des Québécois qui sont des analphabètes fonctionnels incapables de comprendre un texte simple avec un minimum de mots » (Christian Montmarquette, membre fondateur de QS) .

      3 ) Non M. Hétu, Québec solidaire a une perspective historique québécoise bien à elle et c'est pour cela qu'il le fier défenseur du cours ECR et qu'il veut instituer une théocratie bien québécoise. Avec leur positionnement politique, ne soyez pas surpris si Adil Charkaoui devient un des co-porte-parole de cette frange extrémiste de gauche. Les Québécois avaient sorti la religion de l’État; maintenant nos islamo-gauchistes veulent remettre la religion au sein du gouvernement.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 10 h 12

      En ce qui me concerne, établir que Québec solidaire serait soi-disant "multiculturaliste" en se basant sur une position de la laïcité, est totalement ridicule. Et on ne parlera pas des incessantes et ignares allusions au nazisme évoquées par Cyril Dionne, qui ne semble même savoir que c'est la droite totalitaire fasciste nazie qui a stigmatisé le 2% de Juifs pour se présenter ensuite comme les "sauveurs de la nation" et non la gauche.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 10 h 36

      "Québec solidaire a une perspective historique québécoise bien à elle et c'est pour cela qu'il le fier défenseur du cours ECR et qu'il veut instituer une théocratie bien québécoise." - Cyril Dionne

      Ça, c'est bien l'analyse la plus stupide que j'ai lu de la semaine !

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 10 h 46

      "La femme du soi-disant indépendantiste Amir Khadir va se présenter pour le parti le plus centralisation fédéraliste : le NPD."- Pierre Grandchamp

      Amir a été candidat du Bloc en 2000 dans Outremont, ce n'est pas parce qu'on est marié que sa femme doit adopter la position de son époux, vous vivez dans les années '50.

      Le ministre péquiste Daniel Breton s'est présenté dans Jeanne Le Ber en 2008, est-ce que ça faisait du PQ un parti fédéralistes?

      À noter que le NPD reconnait officiellement le droit à l'autodétermination du Québec et qu'advenant un référendum, il ne nous mettra pas pas des bâtons dans les roues comme les libéraux ou même les conservateurs pourraient le faire.

      Référence :

      Jeanne-Le Ber: Une lutte à deux… ou à trois? - Métro

      "Bien que les candidats bloquiste et conservateur semblent en bonne position pour l’emporter dans Jeanne-Le Ber, le néo-démocrate Daniel Breton pourrait venir brouiller les cartes. Cofondateur du Parti vert du Québec et porte-parole de la Coalition Québec-Kyoto, il croit que «tout est encore possible pour le NPD dans Jeanne-Le Ber». - Métro, 19 septembre 2008



      https://journalmetro.com/actualites/montreal/31475/jeanne-le-ber-une-lutte-a-deux-ou-a-trois/

      .

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2019 21 h 15

      Cher M. Montmarquette,

      Encore une fois, on aimerait tous savoir qu'elles sont vos qualifications éducationnelles et professionnelles comme ultra-gauchiste autoproclamé vu que vous aimez dénigrer le manque d'éducation des gens? Elles sont où vos qualifications? Elles sont où?

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 avril 2019 01 h 50

    Le voile intégral est une prison ambulatoire qui relève de la barbarie.

    QS n'a pas seulement voté à l’encontre du sentiment de la majorité des francophones, mais il s'est rallié contre le bon sens et la raison.
    Le fait que QS banalise le port de ce voile intégral relève de la barbarie. Au lieu de lutter pour la dignité et l'humanité de la femme, QS a voté pour maintenir la femme dans une prison ambulatoire anachronique. J'espère que les gens ne vont pas oublier ces dérives pendant les prochaines élections. Québec solidaire a trahi la communauté musulmane qui rejette le fanatisme et le totalitarisme de l'Islam politique.

    • Jacques Morissette - Inscrit 2 avril 2019 08 h 40

      Effectivement, la plupart des grandes religions sont anachroniques, en particulier du point de vue de la science. C'est à vrai dire ce que j'ai lu quelque part dans le livre de Yuval Noah Harari, Homo deus Une brève histoire du futur, Albin Michel.

    • Louise Collette - Abonnée 2 avril 2019 08 h 52

      On appelle ça se tirer dans le pied. M'est avis qu'ils auront du mal à avancer avec une balle dans le pied chez QS.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 10 h 50

      Si le voile intégral est une prison ambulatoire tant que ça Mme Alexan.

      Vous devriez les aider à en sortir, plutôt qu'à chercher davantage à les stigmatiser et à les enfermer d'avantage et en les excluant du marché de l'emploi.

    • Marc Brosseau - Abonné 2 avril 2019 11 h 40

      Voilà qui fait du bien à lire, Mme Alexan. On ne peut pas, bien sûr, ne pas constater que le projet de loi de la CAQ, tout comme les tentatives qui le précèdent, touche les femmes musulmanes voilées, plus que les autres porteurs de signes religieux. Ne pas le reconnaître relève de la mauvaise foi. Or, banaliser le port du voile ou de la burqa comme l'expression d'un simple choix individuel relève aussi de la myopie. On ne peut pas oublier ce que le voile représente, ici et ailleurs dans le monde. Il remet en question l'égalité entre les hommes et les femmes. Les autres signes religieux ne touchent pas à cette question de la même façon. Il ne s'agit donc pas uniquement de laïcité, mais d'équité. Le projet de loi est certainement imparfait. Il est susceptible de diviser et d'envoyer le signal aux femmes voilées qu'elles sont des citoyennes de seconde classe. C'est délicat. Mais la question est sur la table depuis Bouchard-Taylor. Il faut au moins reconnaître que la CAQ (pour qui je n'ai pas voté) a eu le courage de proposer quelque chose de concret. Le débat public doit avoir lieu, sur fond de consensus populaire relatif. Or, la partisannerie très politicienne de nombreux échanges dans ce forum n'augure pas très bien pour la suite des choses.

    • Serge Lamarche - Abonné 3 avril 2019 12 h 49

      Oui, il faut obliger les femmes à se dévoiler! Il ne faut pas les obliger à se voiler. Le dévoilement des femmes est même une source de grands profits de la part des effeuilleuses.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 2 avril 2019 03 h 40

    La béatitude

    Les Solidaires sont très heureux en fait que la CAQ nous débarasse de cette question, très heureux de se positionner aux antipodes. Mais une fois au pouvoir dans un avenir indéfinissable, ils ne toucheraient pas à cette question à nouveau. Il faut reconnaître, comme eux le font en réalité, le courage de François Legault. Un parti politique responsable devrait chercher à rassembler et comprendre la volonté des Québécois au lieu de les traiter de racistes assez directement comme Catherine Dorion. Il n'y aura jamais d'alliance PQ et QS parce que sur ce point, deux nullités ne donne que nullité.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 17 h 38

      @Jacques Gagnon,

      "Il faut reconnaître, comme eux le font en réalité, le courage de François Legault." - Jacques Gagnon

      Il n'y a aucun courage politique à adopter une position populiste qui va dans le sens de la majorité, qui plus est en larguant l'essentiel de ce qu'est une véritable laïcité de l'État, pour se cantonner dans une laïcité de linge et de pacotilles en s'attaquant en plus à des humains droits fondamentaux.

  • Roger Gobeil - Inscrit 2 avril 2019 04 h 21

    Niqab

    Dire que le niqab est une triste démonstration de l'emprisonnement et du baillonnement des femmes. Tenons-nous très loin de QS.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 2 avril 2019 05 h 27

    Visage

    - Est-ce qu'on peut adhérer à Québec Solidaire sans montrer son visage?

    - Assurément ! QS a fait campagne sans montrer le sien.

    • Gilles Bonin - Inscrit 2 avril 2019 09 h 59

      Bien dit et avec humour.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2019 18 h 18

      Question stupide.

      À QS comme au PQ et tous les autres partis, tout le monde peut adhérer par la poste.