Racistes ou pas, ici chez nous?

Et voilà que ça reprend en foire d’empoigne, à pleines pancartes et tribunes. «Raciste systémique » d’un bord, « accueillant comme tout » de l’autre. Entre les deux portraits-robots du Québécois, peu de nuances, là où chacun devrait en brosser.

La manifestation contre le racisme systémique dimanche dernier à Montréal s’en prenait aux politiques de la CAQ et à son projet de loi sur la neutralité de l’État et le port des signes religieux. Les récentes déclarations du premier ministre François Legault sur la nécessité de protéger l’identité et les valeurs québécoises n’ont rien fait pour les rassurer. Fallait- il jeter de l’huile sur le feu ? Va-t-il trop loin ou pas assez, ce projet de loi ? La zone est inflammable.

Le mot « systémique » effraie, apparemment porteur de griffes et de cornes. Il ne signifie pourtant pas que tout le monde est raciste au Québec, mais qu’un système dans son ensemble, issu des tréfonds de la psyché collective, vient le nourrir.

Chaque société puise dans son passé et ses traumatismes pour mettre le racisme à sa main. La France se voit hantée par ses anciennes colonies, son passé esclavagiste aux Antilles ou ailleurs, les attentats djihadistes du XXIe siècle et les théories sur le grand remplacement d’une culture par une autre (musulmane avant tout) qui font peur au monde. Aux États-Unis, où l’esclavage des Noirs fut féroce et le génocide des Autochtones institutionnalisé, où le 11-Septembre c’était hier et où Donald Trump attise les braises de l’intolérance, la table est mise pour tous les affrontements réglés à coups de feu.

Le Québec, petit îlot francophone en Amérique, craint avec raison de perdre son identité et sa langue. Sauf qu’il existe des corollaires à cette peur. Non, on n’est pas tous racistes, et loin de là, mais les effets pervers naissent parfois de crispations identitaires. Autant les définir.

Que l’étranger, le basané puissent constituer aux yeux de plusieurs francophones de souche une menace se conçoit sans peine. Ce n’est pas pour renfoncer le clou de la déclaration sur le vote ethnique de Jacques Parizeau après le second référendum. Reste que bien des souverainistes craignent les vagues d’immigration susceptibles de détruire à jamais leur rêve d’indépendance, option rejetée majoritairement par les autres groupes culturels d’une fois à l’autre.

Sans s’autoflageller devant les églises, les synagogues, les mosquées et à la porte des réserves autochtones où la population est marquée au fer rouge, il y a moyen de se dire: danger sur le flanc de la discrimination! Restons vigilants. Les Alexandre Bissonnette se nourrissent de l’air du temps et des peurs relayées à pleins réseaux sociaux et tweets trumpiens.

Comment nous croire à l’abri du refus de l’autre ? Les univers de la politique, des médias, du spectacle lavent plus blanc que blanc à de minuscules exceptions près. Les Autochtones sont moins invisibles qu’autrefois, mais les musulmans, les femmes voilées surtout, de plus en plus diabolisés.

Il devrait être possible d’écouter les voix d’inquiétude sans grimper aux rideaux. Pensez-vous? La même guerre de tranchées déroulée à l’heure de la charte des valeurs reprend de plus belle: «Xénophobe, le Québécois moyen!» «Non, accueillant!»

Ni l’un ni l’autre, ou les deux à la fois… Généreux et méfiant tour à tour, avec ses propres démons intérieurs.

Éclairons nos lanternes. L’autre jour, je suis tombée à la librairie sur 11 brefs essais contre le racisme. Pour une lutte systémique, sous la direction d’Amel Zaazaa et Christian Nadeau, publié cette année chez Somme toute. Onze auteurs y parlent d’oppression dans des contextes divers : le syndicalisme, les milieux communautaires, le système de justice, le monde de l’éducation, etc. Les textes sont truffés d’historiques, de mises en perspectives éclairantes, avec détour par Hérouxville, la mort de Fredy Villanueva à Montréal-Nord, l’attentat à la mosquée de Québec, mais aussi la naissance de la Confédération et la Révolution tranquille.

« La dimension irrationnelle des préjugés raciaux explique aussi leur ténacité, écrit en préface l’historien éditeur Frantz Voltaire. Et les transformations économiques n’auront pas suffi à les éliminer. » Très juste ! Ça se joue au Québec comme ailleurs dans le magma d’un inconscient dont nul ne possède les clés.

On laisse le mot de la fin au militant et documentariste Will Prosper: « Les gens comprendront que ce que nous voulons, c’est surmonter le racisme, pas l’aggraver ou nous lancer dans de vaines polémiques. Nous voulons briser le système du racisme, mais pour bâtir une société égalitaire et juste pour tous. Si ce n’est pas ça un projet rassembleur, alors je me demande sérieusement ce qui peut l'être. »

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

41 commentaires
  • Jacques Gagnon - Inscrit 30 mars 2019 00 h 37

    Des anecdotes

    On ne juge pas avec des collections d'anecdotes. Combien de Villanueva ? Une épidémie ! Non ! La psyché collective ! Mais on est en plein délire.Impossible d'expliquer une telle calamité. Le racisme systémique c'est une bien grave accusation qui suppose que l'on entretient un système qui vise le perpétuer. Allons donc, il n'existe rien de tel, il n'y a que des racistes à temps plein et à temps partiel. Les signes religieux ne visent pas les «races», ils concernent les religions, dont on ne veut plus massivcement ici.
    Mais allez-vous en finir avec la déclaration Jacques Parizeau, qui ne disait pas du tout ce que vous lui faites dire ? La corruption des agents d'immigration pour expédier à la hâte des milliers de nouveaux arrivants, des votes ethniques, of course, on vient de leur faire prêter serment à leur pays, le Canada. Le scandale, c'était de faire peur à ces pauvres gens pour qu'ils votent «Canada».
    Nous n'avons pas besoin de votre alerte à la vigilance. Si nous sommes différents, c'est bien dans le pacifisme.

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 mars 2019 11 h 01

      Merci monsieur Gagnon, vous venez de m'épargner un commentaire...

    • Jean-Henry Noël - Abonné 30 mars 2019 16 h 25

      De toute façon, nier le racisme, ce n'est pas regarder la réalité en face. Le racisme est pan-terrestre. Les Québécois se seraient épargnés toutes ces fixations sur l'identité et les valeurs si en 1995 ils avaient voté comme ils ont voté pour la CAQ. Alors, les minorités ne constitueraient pas quelque empêchement et pourraient être menés tel un troupeau tranqille.

    • André Joyal - Inscrit 30 mars 2019 17 h 32

      Et à moi aussi Mme Paulette. Espérons que cette chroniqueuse et ses collègues féminins au Devoir se rappelleront de ce brillant commentaire.

    • Gilles Théberge - Abonné 31 mars 2019 07 h 41

      C’est fou mais j’avais le même sentiment, au fur et à mesure que j’avancais dans ma lecture. J’en ai marre qu’on nous remette toujours dans la face, la déclaration de Jacques Parizeau. Un homme que j’admirais et que je continue d’admirer.

      Et aussi avec la collection de lieux commun qu’un tel article ne manque pas d’accumuler. Comme autant de grattage de bobos qui n’en finissent pas de finir.

      Vraiment madame Tremblay, votre fine plume est souvent mieux employée...

    • Pierre Raymond - Abonné 31 mars 2019 15 h 53

      Merci Monsieur Gagnon et à titre de QUÉBÉCOIS DE SOUCHE, j'ajouterai que j'en ai plus que ras-le-bol de me faire traiter de tout et de rien. Des jours, je regrette que l'on ait pas mis l'accent sur les demandeurs asiatiques qu'on entend jamais se plaindre. Les braillards sont toujours les mêmes. J'en ai marre et j'espère que Monsieur Legault ne touchera pas à son projet de loi... sinon pour l'améliorer en incluant les écoles privées.

  • Nadia Alexan - Abonnée 30 mars 2019 06 h 02

    "L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie." Gandhi

    Les accusations de racisme systémique contre les Québécois n'ont pas de base dans la réalité. Les Québécois sont très accueillants et ouverts à la diversité. Mais la diversité ne veut pas dire «les religions.» L'ouverture ne veut pas dire acquiescer à l'obscurantisme et à la misogynie.
    Pendant que le Canada anglais se baignait dans le racisme en interdisant aux étudiants juifs de rentrer à l'université Mc Gill, le premier juif jamais élu à un poste d'autorité au Canada était Ezekiel Harte, élu député de Trois-Rivières en1807.
    Il ne faut pas oublier non plus, la vision de Gérald Godin, ministre des Communautés culturelles et de l'Immigration, s’inscrit dans cette perspective de respect de l’autre. Gérald Godin voulait préserver les cultures des nouveaux arrivants tout en favorisant leur intégration dans un Québec nouveau, l’un enrichissant l’autre. Il y'a beaucoup d'autres exemples de la générosité québécoise, mais c'est l'espace qui manque.

  • Serge Ménard - Abonné 30 mars 2019 06 h 30

    Encore "le" plutôt que "des"

    M. Parizeau n'a pas parlé "du" vote ethnique mais "des" votes ethniques. Vous serez peut-être tentée de me dire que ça revient au même. Non. Pensez-y bien. C'est un cas où le singulier recouvre plus de personnes que le pluriel. Il visait les très,exceptionnellement, nombreuses nationalisations accordées à la veille du référendum. Tous ces nouveaux canadiens allaient très probablement se faire un devoir d'utiliser leur nouvelle nationalité pour voter contre la "destruction" de leur nouveau pays d'adoption. Mais les comentateurs fédéralistes se sont empressés d'utiliser le singulier donnant à ses propos un caractère plus englobant.
    Et puis, si ça revient au même pourquoi ne pas le citer correctement? Pour accentuer l'argument maintenant fois répété que les souverainistes étaient contre les minorités ethniques.

    Serge Ménard

    • Normand Perreault - Abonné 31 mars 2019 15 h 34

      Serge Ménard - Je m'excuse mais Monsieur Parizeau a bel et bien dit "LE vote ethnique". J'en ai encore les enregistrements... Ceci n'enlève pas cependant l'admiration que j'ai pour cet homme.

    • Pierre Raymond - Abonné 31 mars 2019 15 h 59

      Monsieur Ménard MERCI pour cette rectification. La déclaration de Monsieur Parizeau date de 29 ans et maint-es journalistes ne font pas encore la différence entre DES et LES... imaginez quand il faut revenir à des faits qui ont eu lieu il y a 150 ans en arrière !!!

  • Micheline Matte - Inscrit 30 mars 2019 08 h 04

    Respect!

    Quand je vais à Rome je fais comme les romains, quand je vais en Israel je fais comme les israéliens, c’est une question de respect et non de laïcité! Si ça ne vous plaît pas ici, faites comme moi et retoutner chez vous!

    • Marc Therrien - Abonné 30 mars 2019 10 h 17

      Et quand on vient au Canada, on fait comme les canadiens, j'imagine.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 30 mars 2019 11 h 20

      Et quand on vient au Québec M. Therrien, on fait comme les Québécois on suppose? Si 82% des Québécois veulent que la religion demeure à la maison, on fait quoi selon vous? On accommode le 12% qui ne veulent pas s'intégrer?

      Cyril Dionne

    • André Joyal - Inscrit 30 mars 2019 17 h 37

      M.Therrien: «Et quand on vient au Canada, on fait comme les canadiens, j'imagine.»
      C'est de quel grand auteur? Un certain Mordicaï... peut-être?

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 30 mars 2019 09 h 00

    Qui est raciste ?

    La définition du racisme est non équivoque : idéologie fondée sur la croyance qu’il existe certaines races supérieures qu’il faut préserver de tout croisement et qui sont destinées à dominer les autres. Qui est raciste, sinon quiconque refuse obstinément les us et coutumes d'une société d'accueil et qui, pis encore, tient à imposer les siennes ?

    • François Beaulne - Abonné 30 mars 2019 15 h 01

      Très bien dit. Ça résume tout.

    • Normand Perreault - Abonné 31 mars 2019 15 h 37

      Vous n'avez manifestement pas compris le sens de l'expression 'racisme systémique"...