La tempête

La chronique publiée par la CBC qui a provoqué la fureur du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n’était qu’un aperçu de la tempête que le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault va déclencher au Canada anglais.

Le lien que Robyn Urback a établi avec le massacre de Christchurch s’inscrit dans une longue tradition de « Quebec bashing » dans la presse anglophone, qui s’enrichit chaque fois que le Québec cherche à affirmer sa différence d’une manière ou d’une autre.

Dans le même esprit, Jan Wong, du Globe and Mail, avait vu dans la fusillade du collège Dawson le résultat de la loi 101 et de l’aliénation ressentie par les non-francophones, dont l’auteur de la tuerie, dans une société qui n’en avait que pour les « pure laine ». De nouvelles pièces d’anthologie sont à prévoir au cours des prochaines semaines.

Non seulement le gouvernement du Québec s’apprête-t-il à interdire le port de signes religieux aux agents de l’État en position d’autorité, mais il aura l’immoralité de soustraire son projet de loi aux dispositions de la sacro-sainte Charte des droits et libertés, comme le gouvernement Bourassa l’avait fait en 1988 pour maintenir la règle de l’unilinguisme français dans l’affichage commercial malgré un jugement de la Cour suprême. L’indignation sera à son comble d’un océan à l’autre.

Si l’évocation de la « notwithstanding clause » — la disposition de dérogation — provoque immanquablement une crise d’urticaire au Canada anglais, il faudrait se souvenir que le Québec n’a rien à voir avec son inclusion dans la Charte, qui a été enchâssée dans la Constitution sans son consentement par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau. Ce sont les provinces anglophones, notamment celles de l’Ouest, de même que le Parlement britannique qui l’ont exigée pour donner leur accord au rapatriement de 1982.


 

Tout le monde, y compris les avocats du gouvernement, convient qu’une interdiction même limitée du port de signes religieux, assortie ou non d’une clause dite « grand-père » protégeant les droits acquis, contrevient aussi bien à la Charte québécoise qu’à la Charte canadienne des droits et libertés. Même l’obligation de donner et de recevoir les services publics à visage découvert, comme le stipulait la loi 62 du gouvernement Couillard, ne passerait pas le test des tribunaux.

La question n’est donc pas de savoir si le gouvernement Legault peut légalement déroger aux dispositions des chartes, afin d’échapper aux contestations judiciaires, mais plutôt s’il est moralement autorisé à le faire. On aura compris qu’aux yeux du Canada anglais, il ne l’est pas. Et qu’il ne le sera jamais.

Au Québec aussi on s’inquiète. Dans une entrevue à La Presse, le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), Philippe-André Tessier, a prévenu le gouvernement que c’est là « un geste sérieux qui doit être entrepris avec la plus grande circonspection ».

« Avant de déroger aux droits et libertés contenus dans la Charte, il est essentiel que le législateur évalue l’objectif qu’il poursuit. Pour la Commission, bien que ce pouvoir soit prévu à la Charte, ce sont des circonstances exceptionnelles qui devraient justifier l’utilisation de la disposition dérogatoire », a-t-il expliqué.


 

De toute évidence, la nécessité de protéger l’identité et les valeurs québécoises, invoquée par le premier ministre Legault, ne constitue pas une circonstance exceptionnelle aux yeux de la Commission, et l’interdiction des signes religieux ne serait pas considérée par les tribunaux comme une restriction raisonnable qui se justifie dans une société libre et démocratique, comme le permet l’article 1 de la Charte.

La disposition de dérogation a cependant été incluse précisément pour laisser aux élus du peuple la possibilité de déterminer les orientations que doit prendre une société, plutôt que de donner carte blanche à des juges nommés selon le bon plaisir d’un gouvernement.

Depuis 1982, les promoteurs de la disposition de dérogation ont cependant été victimes d’une campagne de culpabilisation dont le succès a été tel qu’ils n’ont plus osé la défendre.

C’est seulement 17 ans après son enchâssement qu’un de ceux-là, l’ancien premier ministre de la Saskatchewan Allan Blakeney, avait déclaré dans une entrevue au National Post qu’il faudrait l’utiliser plus souvent afin de « créer une tension créatrice entre les législatures et les tribunaux, quand ces derniers s’aventurent dans leurs champs de compétence traditionnels ».

Dans la même entrevue, son collègue albertain, Peter Lougheed, qui avait également fait de l’inclusion de la disposition de dérogation une condition de son appui au rapatriement de la Constitution, disait que les gouvernements ne devraient pas hésiter à l’utiliser afin d’établir « la préséance des élus sur des juges nommés ».

On peut être d’avis que le gouvernement Legault va trop loin dans l’interdiction des signes religieux, notamment en l’étendant aux enseignants, mais il a la légitimité requise pour définir les règles du vivre-ensemble au sein de la société québécoise. Il va sans doute venter fort au cours des prochaines semaines, mais la tempête finit toujours par passer.

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65 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 28 mars 2019 00 h 51

    Un jour, le Canada va regretter sa banalisation de l'intégrisme religieux comme l'Angleterre l'a déjà fait.

    L'indignation et la tempête attendues de la part du Canada anglais suite au dépôt d'un projet de loi sur la laïcité sont mal placées. Je ne penserais pas que la liberté de la religion comprend «les chiffons» que l'on porte pour la pratique religieuse. Le Québec a le droit de sauvegarder les valeurs universelles soutenues par la majorité de ses citoyens.
    Quand les Chartes étaient conçues, le danger de l'intégrisme religieux ne posait pas encore un problème pour le bien-vivre ensemble. Aujourd'hui, l'ingérence de la religion dans les affaires de l'État est un danger bien réel. Il faut que le gouvernement légifère pour conserver la laïcité de l'État.
    De toute manière, les Chartes ne sont pas écrites dans le béton. On peut toujours les amender.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 mars 2019 06 h 02

      Amender la charte canadienne des droits et libertés n’est pas si facile. La clause dérogatoire prévoirait que la loi sur la laïcité (appelons-la comme ça pour l’instant) s’appliquerait malgré la liberté de conscience et de religion et la liberté d’expression prévues à l’article 2. Le paragraphe 38(1) de la Charte canadienne prévoit que pour modifier l’article 2 de façon telle que la loi sur la laïcité n’y contreviendrait pas, cela prendrait l’appui du gouvernement fédéral et de la législature de 7 provinces représentant plus de 50% de la population canadienne au dernier recensement.

      La charte québécoise n’est qu’une loi de l’Assemblée nationale, laquelle peut l’amender à volonté mais, pour cette raison, étant donné le principe de la souveraineté du parlement qui ne peut se lier lui-même, pourrait n’avoir qu’une portée interprétative de lois postérieures.

      La charte canadienne est plus puissante en ce que les lois qui y contreviennent ne sont pas valides, sauf en cas de clause dérogatoire.
      La puissance de la charte canadienne par rapport aux lois canadiennes (fédérale et provinciales) lui vient de ce qu’elle a été adoptée par le Parlement britannique, dont la souveraineté, en l’état du droit canadien, dépasse celle des parlements canadiens.

      Ici pour le texte des lois constitutionnelles du Canada :
      https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.html#h-41

    • Christian Montmarquette - Abonné 28 mars 2019 06 h 12

      @Nadia Alexan,

      « Un jour, le Canada va regretter sa banalisation de l'intégrisme religieux.. » - Nadia Alexan

      Nadia Alexan confond les luttes quitte à s'attaquer aux droits des citoyens.

      Et ce n'est certainement pas en combattant les droits fondamentaux de tout le monde que vous combattrez l'intégrisme religieux. La laïcité de l'État n'est pas une lutte anti-religieuse, c'est la neutralité de l'État FACE aux religions. 

Si vous voulez combattre les intégrismes, exigez une loi pour ce faire. Ce que vous demandez est l’équivalant de limiter toutes les voitures à 50 kmh parce que certains font des excès de vitesse. Ce sont les chauffards qu’il faut combattre, pas les automobilistes. 


      Christian Montmarquette

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 mars 2019 06 h 23

      « L'indignation et la tempête attendues de la part du Canada anglais suite au dépôt d'un projet de loi sur la laïcité sont mal placées. » (Nadia Alexan)

      Possible, mais l’auteur de « La tempête », aimant divertir son lectorat-auditoire ou selon, ne fait que positionner quelques pièces sur l’échiquier, histoire de prévention ou histoire de …

      … prophétie moderne ?!? - 28 mars 2019 -

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 mars 2019 09 h 21

      "Ce que vous demandez est l’équivalant de limiter toutes les voitures à 50 km/h parce que certains font des excès de vitesse." - Christian Montmarquette

      Monsieur Montmarquette, je ne connais aucune voie publique où il n'y a pas de limite de vitesse, qu'on soit chauffard ou pas. Ce que demande Madame Alexan est en continuité parfaite avec la philosophie actuelle du législateur.

      QS, une fois au pouvoir, aurait-il l'intention de bousculer toutes les règles en abolissant les limites de vitesse sur les rues, les routes et les autoroutes? Ce serait une bonne chose d'en informer la population avant les prochaines élections.

      Pour ce qui est de la neutralité, une personne qui arbore des signes extérieurs de ses convictions profondes, religieuses ou pas, se trouve par le fait même à contredire la neutralité de l'État et ne doit pas se voir confier une charge publique lui donnant une position d'autorité sur ses concitoyens. QS devrait cesser de couper les cheveux en quatre et se consacrer à des enjeux plus importants que cette fausse bataille.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 mars 2019 09 h 53

      "du gouvernement fédéral" - j'aurais dû écrire: du Parlement fédéral.

    • Pierre Raymond - Abonné 28 mars 2019 17 h 03

      « Amender la charte canadienne des droits et libertés n’est pas si facile. » R. Labelle

      Amender la charte canadienne est impossible sauf si le ROC décide de faire front commun pour CONTRAINDRE le Québec pour une raison ou une autre.
      Le Canada... quel beau pays !!!

    • Raymond Labelle - Abonné 29 mars 2019 16 h 04

      "Amender la charte canadienne est impossible sauf si le ROC décide de faire front commun pour CONTRAINDRE le Québec pour une raison ou une autre." Pierre Raymond.

      Cela est vrai en effet quant aux changements qui requirent l'accord de 7 provinces sur 10 représentant plus de 50% de la population (appelons cette condition 7/50) et lorsque cette condition est suffisante pour faire ces changements. Ce qui est le cas pour modifier l'article 2 (qui comprend les libertés de conscience, etc.)

      Notons toutefois que certains changements requièrent l'unanimité (donc, où chacun, dont le Québec, a un droit de veto). On peut lire les dispositions pour les détails.

      Notons toutefois que quant à un transfert des compétences législatives des provinces vers le fédéral, on ne peut contraindre une province à l'accepter. Un tel transfert ne requiert pas l'unanimité (la 7/50 suffit), mais il y a un opting out. Une province qui ne veut pas n'est pas obligée d'accepter le transfert (par. 38(3)). Toutefois la compensation financière rattachée à ce droit de retrait ne s'applique que quant aux transferts de compétence en matière d'éducation ou de "d’autres domaines culturels" (cité de l'article 40, d'où les guillemets - voilà qui prête à interprétation). Pour détails, voir les articles 38 à 49 de la Charte, ici: https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-16.html#h-56

      Notons que, en théorie, la 7/50 devrait suffire pour abolir l'article 33 - qui permet de déroger à la charte, comme on l’a fait pour la charte de la laïcité. Mais même dans le ROC et au fédéral, trop auraient de la difficulté à y renoncer peut-être pour satisfaire à la condition 7/50.

  • Michel Lebel - Abonné 28 mars 2019 03 h 14

    Une tempête inutile


    Le premier ministre Legault n'a pas expliqué le lien qu'il fait entre la laïcité et la protection de l'identité et des valeurs québécoises. Quant à moi, ce lien n'existe tout simplement pas, à moins de voir dans le voile islamique une menace! Est-ce cela le lien implicite, le non-dit? Il faudra bien un jour le savoir.

    Le premier ministre fait une autre grave erreur en banalisant l'usage d'une clause dérogatoire aux Chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. Pour lui, ce qui semble surtout compter, c'est l'appui qu'il aurait de la majorité francophone. Mais un chef de gouvernement a comme responsabililté de défendre les droits et libertés, fondements de la démocratie. Il ne faut pas oublier non plus que la dérogation sera faite aussi à la Charte québécoise des droits et libertés et non seulement à la Charte canadienne.

    Le gouvernement devra assumer ses choix. Je prévois une tempête qui sera rude, longue, et avec des effets nocifs pour le vivre-ensemble dans la société québécoise. De plus, une tempête qui n'était pas du tout nécessaire. Le consensus Bouchard-Taylor aurait suffi.

    Michel Lebel
    Ancien professeur de droit constitutionnel et des droits et libertés de la personne

    • Raymond Labelle - Abonné 28 mars 2019 10 h 03

      Que l'on soit pour ou contre cette loi sur la laïcité, il est en effet dangereux d'en faire une question identitaire.

      Même pour les personnes qui sont pour, cette loi ne devrait incarner qu'une façon de voir l'application du principe de la laïcité - rien à voir avec l'identité.

      Les questions identitaires sont déjà suffisamment délicates et périlleuses, n'allons pas en inventer lorsqu'elles n'y sont pas.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 mars 2019 10 h 26

      Michel Lebel écrit : « Mais un chef de gouvernement a comme responsabililté de défendre les droits et libertés, fondements de la démocratie. »

      Beaucoup de gens croient que rien n’est plus sacré qu’un droit constitutionnel.

      Pourtant, grâce à l’internet, on peut découvrir que certains droits constitutionnels au Canada ne le sont pas dans d’autres pays démocratiques.

      Pour prendre un exemple précis, le port du niqab est un droit fondamental au Canada. Pourtant, des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, et la France ont adopté des législations bannissant le port du niqab. Des législations qui furent validées par les plus hautes instances juridiques européennes.

      Dans ces pays, la pratique religieuse est un droit fondamental lorsqu’il s’exerce dans la sphère domestique. Dans ce sens, ces pays respectent leurs obligations internationales.

      L’accommodement raisonnable le plus pernicieux exigé du peuple francoQuébécois, c’est d’être constamment en deçà de ce qu’il aspire à être dans le but de se soumettre à l’idéologie de l’ethnie dominante du pays, imposée par le biais d’une camisole de force constitutionnelle.

      Voilà le prix du fédéralisme.

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 28 mars 2019 10 h 40

      Ce n'est pas à vous que je vais apprendre que dans une démocratie, le droit n'est pas le seul paradigme, le politique en est aussi un fondement. À votre point de vue de juriste, j'oppose celui de Claire L'Heureux-Dubé qui a siégé à la Cour suprême durant 15 ans, lors du débat sur la Charte des valeurs en 2014. " Mme L'Heureux-Dubé a dit estimer que le projet de loi 60, qui définit la charte de la laïcité de l'État québécois, devrait passer sans problème le test des tribunaux, le cas échéant. Ceci dit, elle ne verrait aucun obstacle à ce que le gouvernement choisisse de recourir à la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits pour se soustraire à d'éventuels recours judiciaires. «Pas nécessairement, mais si nécessaire», a-t-elle dit. Le volet le plus controversé du projet de loi 60, soit l'interdiction faite aux employés de l'État de porter des signes religieux ostentatoires, n'est d'aucune façon discriminatoire, le port de signes religieux n'est pas un droit fondamental, a-t-elle fait valoir. Et aucun droit n'est absolu."

    • Michel Blondin - Abonné 28 mars 2019 10 h 57

      "De plus, une tempête qui n'était pas du tout nécessaire" Michel Lebel.

      Combien porte le voile? Pour ceux qui nient le problème avec cet argument, sont en contradiction par le nombre? Pourquoi faire une tempête pour si peu de gens?

      Je suis en accord avec votre phrase, mais pour des raisons contraires.

    • Claude Bariteau - Abonné 28 mars 2019 11 h 22

      M. Lebel, lier laïcité et identité est une erreur de même nature que l’autorité de certains agents.

      La laïcité est un principe politique qui établit une frontière entre le religieux et l'État. Cette frontière reconnue en démocratie, il revient à l'État de s'affirmer via ses agents en respectant des pactes reconnus eu égard aux droits individuels et collectifs.

      En démocratie, l'État de droit ne découle pas d'un concordat entre groupes religieux ayant une ascendance sur leurs membres, ni d’un groupe ethnoculturel présumé préexistant mais d'une décision à la suite d'un débat selon des règles qui rendent légitime une décision à un moment précis.

      Ainsi peut s'affirmer un État fut-il subalterne puisqu’il dépose d'un pouvoir de régulation propre sans lequel il serait un simple organisme de gestion d’un État centralisé.

      Aussi un État qui entend affirmer un principe de laïcité par la neutralité de ses agents doit au préalable élaguer de ses institutions des symboles qui contreviennent à sa légitimité.

      Au Salon bleu, deux symboles doivent conséquemment être élagués : 1) le décorum du siège du président où apparaissent la couronne britannique et le rappel à l’église anglicane, 2) au-dessus de ce siège la croix qui réfère à l’église catholique de Rome.

      Leur présence réfère à l’ordre propre à la Grande-Bretagne et un ordre catholique présent au Québec qui encadrent tout ordre créé par les habitants du territoire du Québec.

      Les exclure rendra à ces derniers et à leurs élu/e/s le pouvoir de définir un principe et son application sur des bases démocratiques plutôt passéistes basées sur l’autorité et l’identité.

      Refuser de le faire fera entrer la laïcité dans le registre des symboles plutôt que du choix des habitants en faveur de son principe et de son affirmation comme des éléments fondateurs du « vivre ensemble » au Québec.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 mars 2019 15 h 51

      Identité et charte de la laïcité. Je révise ce que j’ai dit ci-dessus. Je maintiens, avec M. Lebel et M. Bariteau, qu’il est vrai qu’une charte de la laïcité est une façon d’incarner la neutralité de l’État selon une interprétation de ce qu’elle est et de la manière de le faire. En soi, pas une question d’identité… mais….

      Les grands principes structurants d’un État donné sont souvent, au niveau psychologique, des éléments d’identification de ses citoyens à un État-nation donné.

      Pour prendre des exemples proches – on a une forte impression que pour une grande part dans le ROC, la Charte canadienne des droits et libertés est un élément de l’identité canadienne – vient beaucoup jouer dans l’image que les Canadiens se font d’eux-mêmes comme tolérants et respectueux des libertés et dont ils sont fiers. D’ailleurs, cette identification est peut-être un facteur dans le fait que, dans le ROC, on soit si chatouilleux sur l’usage de la clause dérogatoire.

      Ou encore, la Constitution des États-Unis d’Amérique – il s’agit d’un élément d’identification (y compris au sens psychologique) de ses citoyens à l’appartenance à cet État-nation. De même la laïcité française fait partie de l’identification à l’État-nation français. Etc.

      En ce sens, la Charte de la laïcité pourrait avoir un élément identitaire, dans le sens précis d’identification de ses citoyens au demi-État du Québec à cause de son caractère de principe fondamental de l’État.

    • Claude Bariteau - Abonné 28 mars 2019 18 h 04

      Précision : il manque un « que » entre « plutôt » et « passéistes » dans l'avant-dernier paragraphe. Mes excuses.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 mars 2019 19 h 33

      J'avais écrit plus haut qu'il n'y avait pas de lien entre la question identitaire et cette loi sur la laïcité. J'apporte des nuances. Cette charte ne pose pas en soi de question identitaire. Strictement, il s'agit d'une façon d’incarner la neutralité de l’État selon une interprétation de ce qu’elle est et de la manière de le faire. En soi, pas une question d’identité - je maintiens… mais….

      Les principes fondamentaux explicites d’un État-nation donné ont souvent, au niveau psychologique, un effet d’identification sur les citoyens de cet État-nation.

      Pour prendre des exemples proches – on a une forte impression que pour une grande part dans le ROC, la Charte canadienne des droits et libertés est un élément de l’identité canadienne – vient beaucoup jouer dans l’image que les Canadiens se font d’eux-mêmes comme tolérants et respectueux des libertés et dont ils sont fiers. D’ailleurs, cette identification est peut-être un facteur dans le fait que, dans le ROC, on soit si chatouilleux sur l’usage de la clause dérogatoire.

      Ou encore, la Constitution des États-Unis d’Amérique – il s’agit d’un élément d’identification (au sens psychologique) de ses citoyens à l’appartenance à cet État-nation. De même la laïcité française fait partie de l’identification à l’État-nation français. Etc.

      En ce sens, la Charte de la laïcité pourrait avoir un élément identitaire, dans le sens précis d’identification de ses citoyens au demi-État du Québec à cause de son caractère de principe fondamental de l’État.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 mars 2019 20 h 59

      Veuillez pardonner mon quasi-doublon - maladresse involontaire.

  • Jacques Gagnon - Abonné 28 mars 2019 04 h 53

    Ce n'est pas «nous»

    Les Québécois francophones ont attiré bien du mépris avec ce «nous». Qui représente-t-il disait-on ? Le rapatriement de la constitution ce n'est pas «nous» en général et en particulier. Quand il s'agit d'être contre, on sait très bien quel est ce «nous». On sait très bien qui viser. Chacun définit ses droits. Aux États-Unis la représentante du Minnesota Ilhan Omar a été élue avec son hijab, mais on se gêne pas pour la traiter d'anti-sémite à la moindre occasion et de même voter des motions anti-haine à son endroit. Eux, ils disent et font presque n'importe quoi, comme leur président Trump. Ce qui les lie, c'est l'«american dream», une sorte de croyance que la réussite est l'argent et que l'on est seul maître de son destin peu importe notre sort. Chacun ses choix, ce n'est pas le nôtre. Mais qui sommes-nous ?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 mars 2019 04 h 57

    … d’esprit !

    « La question n’est donc pas de savoir si le gouvernement Legault peut légalement déroger (…), mais plutôt s’il est moralement autorisé à le faire. On aura compris qu’aux yeux du Canada anglais, il ne l’est pas. Et qu’il ne le sera jamais. » (Michel David, Le Devoir)

    Bien sûr, bien sûr, hélas ?

    En effet, lorsque Québec décide d’assumer « son » vivre-ensemble-différent, on-dirait que le Canada (« ce » pays si loin et si proche de nulle part) est à ce point si jaloux qu’il lui semble comme incapable, ou dans l’impossibilité ?!?, de gérer ce genre de réalité !

    De plus, le Québec n’a pas ni n’éprouve ce malencontreux besoin d’attendre l’assentiment d’un autre pays pour avancer comme Nation distincte vers l’indépendance de corps et …

    … d’esprit ! - 28 mars 2019 -

    • Louise Collette - Abonnée 28 mars 2019 08 h 55

      Quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse quoi que l'on décide ils ne seront jamais d'accord. C'est dans leurs gênes, ça vient du Québec ce n'est pas bon, il s'agit d'un réflexe de leur part, c'est le Qweebec bashing institutionnalisé.
      On fonce et on les oublie point à la ligne.
      C'est quoi cette manie de toujours se poser cette question. Jamais ça ne fera l'unanimité, jamais le RDC ne sera d'accord point final. Alors arrêtons d'en parler et allons de l'avant. Ce qu'ils en pensent je ne veux même plus le savoir et je ne veux plus en entendre parler et ces hypocrites qui nous aimaient en 1995 lors du deuxième référendum, on voit ce que ça donne maintenant.
      JE NE VEUX PAS SAVOIR CE QU'ILS EN PENSENT, JE VEUX QUE LE GOURVERNEMENT EN PLACE TIENNE SES PROMESSES.

    • Christian Roy - Abonné 28 mars 2019 21 h 21

      @ Mme Collette,

      Le laïcisme est-il mis en place pour faire un pied-de-nez au ROC... ?
      Si c'est le cas, ses intentions sont bel et bien en réaction envers un "autre". Plutôt que de faire la souveraineté comme tout pays mature nous nous contenterons de réparer nos blessures historiques sur le dos d'une infime et inoffensive minorité de concitoyens insoumis à nos codes antireligieux.

  • Pierre Deschênes - Abonné 28 mars 2019 05 h 08

    De la complexité

    Le débat sur la laïcité a atteint une complexité telle que le commun des mortels y perd souvent son latin. On trouvera dans la société actuelle autant de points de vue légitimes que de citoyens qui la composent. Mieux vaut donc s’en remettre à la volonté déclarée de légiférer d’un gouvernement élu démocratiquement.