Internationale d’extrême droite

Même si la liste des agressions islamistes dans le monde (anti-chrétiennes, anti-chiites, anti-américaines…) dans une année moyenne depuis 2001 — pour le nombre d’attaques, comme pour le nombre de morts — dépasse par un facteur d’au moins cent les chiffres des agressions racistes d’extrême droite (islamophobes, xénophobes ou homophobes), l’horreur de Christchurch ne peut pour autant être réduite à un cas isolé.

Il y a là les ingrédients d’un extrémisme organisé, pensé, avec une idéologie, des réseaux qui émergent peu à peu, dans le concret, de la virtualité du Web. Avec des personnages terrifiants, haineux, dont les parcours peuvent certes relever de l’errance psychologique, mais également, dans certains cas, d’un cheminement intellectuel charpenté, d’un extrémisme sans honte, d’une « autoradicalisation » assumée.

Brenton Tarrant, un Australien formé, notamment, par ses voyages et son « constat » (les guillemets sont importants) d’un déclin de l’Occident et de l’homme blanc au XXIe siècle, a revendiqué dans une longue harangue écrite, diffusée en ligne, la cohérence de son action. Tout y est : « péril musulman », « invasion des migrants », « occupation » et « déclassement des Blancs ». Il reprend volontiers pour lui-même des étiquettes comme « fasciste » et « raciste ». Tout en mentionnant Alexandre Bissonnette, l’assassin de Québec en 2017, Tarrant se réfère bien davantage à Anders Breivik, le Norvégien d’extrême droite qui avait perpétré et revendiqué les attentats d’Oslo et d’Utoya, à l’été 2011. Il y avait tué 77 personnes, ciblées en l’occurrence comme « gauchistes ».

Pour autant, cet arrogant fanatique d’acier, intellectuellement bien pourvu, qui purge en isolement strict une peine à perpétuité, apparaît comme « la » référence idéologique. Une sorte de figure de ralliement pour les courants extrêmes du « nationalisme blanc »… et de l’obsession anti-musulmane.

Tarrant affirme dans son texte qu’il « s’est véritablement inspiré » du tueur norvégien.


 

Si on jette un coup d’oeil sur la Nouvelle-Zélande, par exemple sur sa démographie ou ses religions, on apprend que c’est un pays d’immigration massive, avec des entrées annuelles excédant, toutes proportions gardées, celles — déjà très hautes — que pratique le Canada.

Dans un pays de moins de 5 millions d’habitants, on distribue annuellement des permis de séjour à quelque 50 000, 60 000, parfois 70 000 personnes. La Nouvelle-Zélande est l’un des pays au monde dont la population née à l’étranger est la plus élevée : un habitant sur cinq.

Cependant, le dernier recensement n’évoque qu’une proportion de 1 % de musulmans dans le pays, soit un peu moins de 50 000 fidèles… contre environ 50 % de chrétiens, et plus de 40 % ne déclarant « aucune religion » !

La formation politique New Zealand First, un parti politique étiqueté « droite populiste », et dont le chef Winston Peters est d’ascendance maorie (ethnie fondatrice historique du pays), critique les niveaux élevés d’immigration et y voit une menace à la fois économique et culturelle.

S’inquiétant de ce que la Nouvelle-Zélande devienne une « colonie asiatique », Peters ne peut toutefois en aucun cas être associé à l’extrémisme violent. Ses coups de griffe visent bien davantage une Chine pesante et omniprésente qu’une supposée « invasion musulmane ».


 

Par rapport à la « maturité » du djihadisme de l’après 11 septembre 2001, on a l’impression, devant cette « internationale d’extrême droite », d’un mouvement encore émergent ou « adolescent »… même si cela ne permet pas de présumer d’une évolution semblable — pour l’ampleur ou pour le recrutement futurs — à celle qu’a connue le djihadisme au cours des deux dernières décennies.

L’agression de Christchurch frappe les imaginations parce qu’elle se produit dans ce qui passe pour un havre de paix du bout du monde, une démocratie prospère et (vu de loin) « sans histoire »… le dernier endroit, en somme, où l’on aurait cru cela possible. Avec un terroriste venu de l’étranger (même s’il s’agit en l’occurrence d’un « étranger » relativement proche, l’Australie).

Façon de donner (outre la répugnante diffusion en direct par Internet) une résonance mondiale à l’acte militant et meurtrier. Un acte qui peut se produire n’importe où, dont la motivation se prétend « universelle ». Dans un monde, dixit Anders Breivik, dominé par « la lutte des races et des religions ».

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à ICI Radio-Canada.

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14 commentaires
  • Jules Desrosiers - Abonné 18 mars 2019 07 h 11

    style

    M. Brousseau, on peut dire que la première phrase de votre article pourrait être plus claire en étant simplifiée. Elle commence par un "même si", courre sur sept lignes, comporte trois parenthèses, et inclut "un facteur d'au moins cent".
    Difficile à lire. Un peu plus de simplicité svp...

    • Marc Therrien - Abonné 18 mars 2019 15 h 34

      L'idée était plutôt complexe pour être exprimée dans un même souffle. Par ailleurs, M. Brousseau aurait eu l'air moins essouflé s'il l'avait écrite comme suit:

      On ne peut réduire l’horreur de Christchurch à un cas isolé même quand on considère qu'en moyenne depuis 2001, la liste des agressions anti-chrétiennes, anti-chiites et anti-américaines par des islamistes, dépasse par un facteur d'au moins cent, tant pour le nombre d’attaques que pour le nombre de morts, celui des agressions islamophobes, xénophobes ou homophobes par des racistes de l’extrême-droite.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 18 mars 2019 17 h 09

      Ce sont les mêmes bien-pensants et donneurs de leçons de Radio-Canada qui font des contorsions avec des "si" pour lier les attentats de Christchurch et de Québec à ceux qui dénoncent l’islam politique. Les attentats terroristes islamistes pullulent à travers le monde. Il y en a eu un même aujourd’hui en Hollande; le résultat 3 morts et 5 blessés. Alors, lâchez-nous, vous les islamo-gauchistes de la très sainte rectitude politique avec l'internationale d'extrême droite; les islamofascistes sont bien plus terrifiants.

  • Marie Nobert - Abonnée 18 mars 2019 08 h 12

    Je persiste (persiffle) et je signe (saigne). (!)

    ICI n'est pas «ici»! Mon ARN «messager» n'est d'aucune utilité. Le premier paragraphe du billet suggère soit une RM ou une DM de l'ordre dans lequel nous vivons. Désolé. Ou je frappe un mur, ou je me tombe les murs de Jéricho. Punaise!

    JHH Baril

    Ps. «R» pour restructuration. «D» pour «démolition» (ouille!). «M» pour massive. Je blague.

    • Claude Bernard - Abonné 18 mars 2019 15 h 15

      Beau sujet pour blaguer!
      Cela porte à rigoler en effet.

  • Françoise Labelle - Abonnée 18 mars 2019 08 h 20

    Breivik, la référence des perdants

    Lorsqu'on lit sa biographie (Åsne Seierstad), on constate que «la référence» était un tricheur qui vendait de faux diplômes par Internet (les munitions par corresponadance aux USA, selon Politico) et vivait chez sa mère à jouer à des jeux vidéos. La «référence», mieux armée que l'escouade d'intervention, a abattu 67 ados norvégiens à bout portant. De nombreux norvégiens «de souche». Pour la cohérence, faudra repasser.
    La vengeance des perdants, tout simplement.

    • Clermont Domingue - Abonné 19 mars 2019 11 h 08

      Je pense que vous avez raison; c'est la vengeance des perdants.Tout se sait partout et en même temps. Les perdants sont de plus en plus nombreux à se reconnaître... Ne faut-il pas s'occuper davantage des perdants? Pour eux, le fait d'être perdants n'est-il pas ressenti comme une grande injustice?

  • Hélène Paulette - Abonnée 18 mars 2019 08 h 41

    Déception! (lol)

    Avec ce titre, j'ai naïvement cru que vous alliez nous parlez des alliances Trump/Bolsonaro etc. pour défaire le dernier pays socialiste en Amérique du Sud....

    • Claude Bernard - Abonné 18 mars 2019 15 h 17

      Que vous êtes drole!

  • Michel Lebel - Abonné 18 mars 2019 08 h 42

    Non au simplisme!


    Bien des personnes aiment des solutions simplistes à des problèmes complexes. La force brute, comme moyen de solution, en attire toujours plusieurs. La violence, la casse, la haine, le refus du compromis, sont hélas bien toujours là dans nos sociétés. Il faut donc se méfier des populismes de toutes sortes qui clament des solutions simplistes à tout. Le bon jugement et le sens du compromis ne doivent pas foutre le camp! Sinon, danger pour le bon-vivre ensemble.

    M.L.