La dernière chance de Jagmeet Singh

Après deux semaines de relâche, les travaux reprendront lundi à la Chambre des communes, où le premier ministre Justin Trudeau fera de nouveau face aux questions de l’opposition concernant sa conduite dans l’affaire SNC-Lavalin.

Mais à la différence des dernières semaines, c’est le chef néodémocrate Jagmeet Singh lui-même qui mènera les attaques de son parti en Chambre. Après avoir remporté l’élection complémentaire du 25 février dernier dans Burnaby-Sud, M. Singh pourra enfin faire son entrée à la Chambre des communes et se mesurer à celui qu’il souhaite remplacer en octobre prochain. Pour le meilleur ou pour le pire.

Il reste peu de temps à M. Singh pour effacer la déception qu’il suscite chez les électeurs canadiens depuis que l’ancien député provincial ontarien a gagné la course à la chefferie de son parti il y a presque 18 mois. Sa performance en Chambre sera scrutée à la loupe au cours des prochaines semaines. Ce sera probablement sa dernière occasion de se démarquer avant les élections du 21 octobre. S’il ne réussit pas à convaincre les Canadiens de lui accorder un second regard avant la fin de la session parlementaire en juin, les probabilités qu’il le fasse durant la campagne de cet automne ne sont pas très élevées.

S’il n’améliore pas sa performance, son parti risque de se faire éclipser par le Parti vert d’Elizabeth May en octobre prochain. Mme May et son parti bénéficient sans doute du flottement des électeurs dans cette période préélectorale. Mais la montée du Parti vert lors de l’élection complémentaire du mois dernier dans Outremont, où le candidat vert Daniel Green a gagné 12,9 % du vote, est un signe très inquiétant pour le NPD, qui se veut le porte-étendard de la cause environnementale au Québec. Les verts n’ont pas contesté l’élection complémentaire dans Burnaby-Sud, dans un geste de courtoisie politique envers M. Singh. Mais ce ne sera pas le cas en octobre.

La nomination cette semaine du député de Rosemont Alexandre Boulerice comme chef adjoint du NPD fut l’une des meilleures décisions que M. Singh ait prises depuis son élection à la tête du parti. S’il y a un membre du caucus néodémocrate québécois qui peut impressionner autant la base syndicale traditionnelle du NPD que les jeunes environnementalistes, c’est bien M. Boulerice. Depuis son élection en 2015, il s’est distingué comme l’un des meilleurs députés à Ottawa, tous partis confondus. Beaucoup de néodémocrates auraient voulu qu’il soit candidat à la chefferie du parti. S’il avait gagné, le NPD serait sans doute en bien meilleure posture au Québec aujourd’hui.

Mais avec un misérable 7 % dans les intentions de vote des Québécois, selon le sondage Léger publié cette semaine dans Le Journal de Montréal, le NPD paie le prix d’avoir misé sur M. Singh. Ce dernier est vu comme étant celui qui ferait le meilleur premier ministre par à peine 3 % des Québécois, dans un sondage dont la marge d’erreur est autour de… 3 %. Malgré ses efforts considérables visant à charmer les Québécois avec sa personnalité attachante, M. Singh est encore perçu davantage comme une curiosité que comme un premier ministre potentiel.

Sa religion sikhe y est indéniablement pour quelque chose. Beaucoup d’électeurs se demandent même si sa pratique religieuse est compatible avec les fonctions d’un premier ministre. Il lui reste encore beaucoup de chemin à faire pour faire disparaître les doutes là-dessus, même si son parcours de militant des droits des minorités prouve qu’il n’y a aucune contradiction entre sa pratique religieuse et les valeurs démocratiques pour lesquelles il a toujours lutté.

Toutefois, le vrai problème de M. Singh n’est pas sa religion, mais le double discours qu’il semble trop souvent tenir. Dès son élection comme chef, il a semé des doutes à son endroit avec des réponses à des questions des journalistes portant sur sa position sur le mouvement séparatiste sikh en Inde et les activités des militants de cette cause au Canada. Il est maintenant en voie de faire la même chose en courtisant des souverainistes québécois tout en prétendant être intraitable sur la question de l’unité canadienne. Sa déclaration de cette semaine voulant qu’il considère comme « important de reconnaître le Québec comme une nation distincte » semblait sortir de nulle part. Que voulait-il dire au juste ? Sachant qu’une majorité de Canadiens s’opposent à la reconnaissance constitutionnelle du Québec comme simple « société distincte », souhaite-t-il faire monter les enchères pour que la réponse du Canada anglais soit encore plus cinglante ?

Pour le chef d’un parti fédéral qui prône l’unité du pays, il est hautement irresponsable et même fallacieux de créer des attentes chez les Québécois qui ne sauraient jamais être réalisées. Si M. Singh veut que les électeurs québécois le prennent vraiment au sérieux, il devrait vite changer son discours et leur donner l’heure juste. Il ne lui reste pas une éternité.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

7 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 16 mars 2019 08 h 29

    Jagmeet Singh, gentil mais...

    Après les prochaines élections générales fédérales, il ca pouvboir changer son nom à Jag SINK.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 16 mars 2019 11 h 31

    Au Québec, la confusion du chef s'enligne sur la confusion chez une certaine gauche

    On dit que plus ou moins 40% des gens de QS ne sont pas indépendantistes.Vu un adjoint politique d'un député NPD (Parti fédéraliste le plus centralisateur) se présenter sous la bannière QS....supposément indépendantiste.

    L'épouse d'Amir Khadir, supposément indépendantiste, va se présenter QS, en octobre.

    Personnellement, je suis de centre gauche et je vais voter pour le Bloc.

  • Cyril Dionne - Abonné 16 mars 2019 13 h 19

    Le NPD sera rayé completement de la carte électorale du Québec à la prochaine élection

    Jagmeet Singh ne passe même pas dans le merveilleux royaume multiculturaliste, anglo-saxon, orangiste et loyaliste du ROC. Dans le multiculturalisme, si toutes les cultures sont sur un pied d’égalité, pourquoi donc ceux des autres ethnies, religions et cultures devraient être en extase devant un inconditionnel du sikhisme? Voilà la résultante du multiculturalisme; beaucoup de communautés qui vivent côte à côte sans jamais se parler. C’est la division sociétale par la diversité. Bravo les champions.

    Alors, pour le Québec, on passe.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 mars 2019 14 h 26

    Dans cette phrase, le mot "contesté" est-il le mot qui convient ?

    « Les verts n’ont pas contesté l’élection complémentaire dans Burnaby-Sud, dans un geste de courtoisie politique envers M. Singh. »

    Qui sait si ces deux partis ne s'allieront pas, d'une manière ou d'une autre, en octobre. Ils auraient pourtant intérêt à le faire.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 mars 2019 14 h 31

    Concernant le nationalisme, je donne raison à l'auteur

    Textes à relire :

    https://www.ledevoir.com/politique/canada/549761/les-nationalistes-sont-les-bienvenus-au-npd-assure-jagmeet-singh

    https://www.ledevoir.com/politique/canada/549621/jagmeet-singh-nomme-alexandre-boulerice-chef-adjoint-du-npd

    • Alain Lavallée - Inscrit 17 mars 2019 11 h 14

      Déclaration de Sherbrooke (2005), et l'ambiguité du NDP au sujet du Québec comme nation distinctetrairement

      COntrairement à ce qu'écrit M. Yakabuski, la déclaration de M Singh""" ne sortait pas de nulle part""".

      Jack Layton en 2004 avait renié la loi sur la clarté référendaire et avait dit que le NDP reconnaîtrait le Québec comme nation distincte, dans l'espoir de sortir son parti de l'ornière où il avait toujours été au Québec,Cela lui a valu de gonfler une vague de sympathie au Québec, puis de surfer sur cette vague, la vague Orange et sa cohorte de députés NDP du Québec qui l'a porté jusqu'aux portes du pouvoir.

      Parti tôt Layton, et remplacé par Mulcair, le NDP n'a pas posé de geste qui aurait concrétisé cette sympathie , ce support pour un statut de nation distincte pour le Québec.

      tant et si bien que le NDP est retourné dans les ornières et se voit bien engagé sur la voie de la disparition.

      Aucun doute que la déclaration de J Singh sur le statut du Québec comme nation distincte donne de l'urticaire au Canada anglais, on le décèle à la lecture de cette chronique, mais malheureusement près de 15 ans d'inanition sur ce sujet par le NDP , jette un doute sérieux au QUébec sur l'opportunisme électoral de cette déclaration de M Singh espérant trouver des votes au Québec.

      Nous pensons en fin de compte qu'il est "fallacieux" de la part de M Singh de ressusciter ces faux espoirs de reconnaissance (comme l'écrit Yakabuski) par le NDP d'un statut de nation distincte. En 15 ans le NDP n'a rien fait en ce sens, et aujourd'hui rien ne permet de penser le contraire