La peinture de la discorde

Il serait difficile d’imaginer une meilleure caricature du merveilleux monde des relations fédérales-provinciales canadiennes que cette chicane sur le partage des coûts de peinture du pont de Québec. Finalement, François Legault avait peut-être raison : tant qu’à le laisser rouiller, aussi bien le démolir !

La modeste contribution attendue d’Ottawa semble pourtant peu de chose, comparée aux avantages que faisait miroiter le « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec » en contrepartie de la conversion de François Legault aux vertus du fédéralisme.

L’entente signée en 2014 par le gouvernement Couillard prévoyait que Québec débourserait 23,5 millions sur un total de 200 millions, mais Ottawa en exige maintenant une contribution allant de 150 à 200 millions, soit le tiers du coût qui est maintenant prévu.

Comment peut-on penser sérieusement qu’il sera possible de rapatrier des pouvoirs en matière de langue, de culture ou d’immigration si Ottawa fait du chichi même à propos d’une question aussi triviale que repeindre un pont ?

La mésentente sur le financement du tramway de Québec, que Manon Massé a élevé au rang de « projet national », est plus sérieuse. Au moment où il tente de se donner une crédibilité en matière d’environnement, le gouvernement Legault enverrait un très mauvais message en acceptant de piger 800 millions dans le volet « infrastructure verte » du programme fédéral d’infrastructures, plutôt que dans celui consacré au « transport en commun ».

Cela compromettrait forcément le financement d’autres projets. Il y a déjà suffisamment de contraction entre les positions du gouvernement sur des dossiers concrets et ses nouvelles prétentions vertes.


 

Même si les relations Québec-Ottawa s’apparentent à un dialogue de sourds depuis l’élection du 1er octobre, le ton entre les deux capitales était demeuré relativement courtois.

Le ton est monté d’un cran cette semaine quand un adjoint du ministre fédéral de la Famille, Jean-Yves Duclos, a accusé la vice-première ministre Geneviève Guilbault, également ministre responsable de la région de Québec, de « dire n’importe quoi ».

Après la fin de non-recevoir opposé par Ottawa à la déclaration de revenus unique, la mésentente sur les signes religieux, le refus de laisser Québec imposer des conditions à l’octroi du statut de résident permanent, voilà que la ministre de la Santé, Danielle McCann, a décidé de raviver le contentieux sur la participation fédérale au financement des soins de santé.

Sans grande surprise, son prédécesseur, Gaétan Barrette, était sorti perdant de son bras de fer avec son homologue fédérale de l’époque, Jane Philpott, qui avait repris à son compte le coup de frein imposé par le gouvernement Harper à la croissance du Transfert canadien en santé (TCS).

Dans une lettre datée du 29 novembre, dont Le Soleil a pu prendre connaissance en début de semaine, Mme McCann réclame à son tour une augmentation du TCS de manière à couvrir 25 % des dépenses en santé assumées par les provinces. À ce jour, son homologue fédérale, Ginette Petitpas-Taylor, n’a pas jugé utile de lui répondre, mais personne à Québec ne se fait la moindre illusion.


 

Le dernier sondage Léger sur les intentions de vote au fédéral a sans doute de quoi réjouir le premier ministre Legault. Plus les conservateurs grugeront l’avance des libéraux, plus Justin Trudeau devrait prêter une oreille attentive à ses demandes.

Cette avance a été réduite de moitié en un mois, la grande majorité des Québécois jugeant déplorable la gestion de l’affaire SNC-Lavalin. Si le PLC ne réussit pas à compenser au Québec les pertes qu’il subira inévitablement dans le reste du pays, il risque fort de retourner dans l’opposition, comme M. Legault l’a encore sous-entendu sans trop de subtilité, disant toujours avoir confiance de faire des « gains » d’ici l’élection.

Que ce soit à l’occasion du budget que Bill Morneau présentera mardi à la Chambre des communes ou durant la prochaine campagne électorale, le gouvernement Trudeau trouvera sûrement quelque chose qui permettra à M. Legault de pavoiser un peu. La liste de ses demandes est si longue qu’il n’a que l’embarras du choix.

Le premier ministre a cependant souligné lui-même qu’il ne faut pas trop espérer, expliquant que le Québec ne pourra rien obtenir de très substantiel d’Ottawa aussi longtemps qu’une plus grande autonomie financière ne lui donnera pas un meilleur rapport de forces.

Il a parfaitement raison : sa dépendance aux transferts fédéraux place le Québec à la merci d’Ottawa. Même dans la meilleure des hypothèses, il lui faudra plusieurs décennies pour s’en affranchir. Une bonne partie de la marge de manoeuvre financière dont le gouvernement Legault bénéficie présentement provient d’ailleurs d’une hausse de la péréquation.

Il fut une époque où le premier ministre soutenait que seule la souveraineté permettrait de mettre fin à cette dépendance ; il en est rendu à se battre pour quelques gallons de peinture.

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24 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 16 mars 2019 02 h 45

    Que le vrai «propriétaire» se lève!

    «Élèves militaires, du courage! Allez! Cherchez et trouvez-moi cette foutue peinture à carreaux pour «nos jeux d'échecs»! Misère! Il y a de ces «samedis» où certains «salmigondis» font, des uns ou de autres, de(s) «sales amis». (!)

    JHS Baril

  • Gilles Théberge - Abonné 16 mars 2019 03 h 17

    « Il fut une époque où le premier ministre soutenait que seule la souveraineté permettrait de mettre fin à cette dépendance ; il en est rendu à se battre pour quelques gallons de peinture. »

    N’ayez pas peur des mots, ça s’appelle, une déchéance !

    • Pierre Bernier - Abonné 16 mars 2019 13 h 08

      "De la déchéance"... ou de la pédagogie ?

  • Clermont Domingue - Abonné 16 mars 2019 06 h 02

    Trois petites questions.

    Le coût des soins à nos personnes âgées va-t-il bientôt diminuer?

    Le ROC va-t-il remettre en question les règles de la péréquation?

    Comment les Chinois financent-ils leurs ponts et la peinture?

  • Yvon Pesant - Abonné 16 mars 2019 07 h 24

    Peinturé dans le coin

    Il vient un temps pour quelqu’un qui se trouve peinturé à répétition dans le coin de marcher sur la peinture et de prendre la porte pour sortir dehors afin de ne plus en respirer les vapeurs toxiques. Il en va de même pour les peuples qui aspirent à leur indépendance.

    Un peu de peinture sous la semelle de ses souliers n’a jamais tué personne. Les vapeurs toxiques, elles, vous font perdre conscience avant de vous faire mourir... si lentement cela soit-il, ... si vous vous entêtez à refuser de sortir afin de pouvoir enfin respirer du bon air libre.

    150 ans et quelque de fédéralisme canadien est en train de nous empoisonner l’existence. Il est plus que temps que les Québécois se réveillent les sens s’ils ne veulent pas tomber raides morts en pleine face dans sa peinture.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 16 mars 2019 18 h 01

      Bonjour M. Pesant,
      Le fédéralisme c'est comme la cigarette : tout le monde sait que c'est pas bon pour notre santé, mais il y a toujours un nombre suffisant d'accro pour nous empêcher d'aller vers des lendemains lumineux de bien-être.

  • Gaétan Cloutier - Abonné 16 mars 2019 07 h 48

    Je viens d'écrire sur le site de la CAQ

    pour leur mentionner qu'ils devraient lire votre article; j'ai failli renverser mon café à la lecture du dernier paragraphe.

    Merci M. David