Parole de jeune Québécois!

Bien des indépendantistes de la première heure, qui observaient lundi avec stupeur, peine, sympathie ou rage la jeune députée Catherine Fournier décrire le PQ comme un parti de perdants, après avoir claqué sa porte, ont cherché des clés pour comprendre cette génération moins lyrique que la leur. Baveuse et traîtresse, qui plus est.

Ces jours-ci, chose certaine, les témoignages de jeunes Québécois sur l’identité, les velléités d’indépendance et le rapport au français ne manquent guère. Autant tendre l’oreille. Ils ne « twittent » pas. Ils parlent.

Le documentaire La fin des terres de Loïc Darses, en salle depuis mardi, et I speak français de Karine Marceau, en ondes à Télé-Québec le 20 mars, tendent le crachoir aux millénariaux. Du coup, leurs propos s’ancrent dans l’actualité des derniers jours, dont le virage du PQ pour remettre le cap sur l’indépendance.

À défaut de les voir offrir des réponses claires aux questions posées — mais que comptent-ils faire avec le legs du passé ? —, les entendre s’exprimer avec autant d’aplomb que de points de suspension captive.

La fin des terres, fine mosaïque remarquablement maîtrisée, a assuré la clôture des Rendez-vous du cinéma québécois le 2 mars dernier. Dix-sept jeunes y causent d’indépendance et de territoire.

Les référendums se sont joués et perdus avant leur règne. Les batailles identitaires relèvent pour eux d’une mythologie. À cloche-pied entre la course du rat, les combats des aînés lourds à porter, les écrans multiples, la planète en péril, une aspiration à quelque chose de plus se tord en eux, sans trouver son cri primal.

Ce premier long métrage poétique, en montage de voix hors champ et de musiques inspirées, sur des images sublimes, parfois déstructurées, offre l’allégorie d’un vide. Car ces tunnels, ces champs, ces rives, ces glaces, ces voûtes, ces bâtiments anciens ou modernes y défilent sans humains ou presque.

Les jeunes à sa proue, tous engagés et éloquents, plusieurs très connus, on ne les verra jamais. Leurs 17 noms au générique les désignent pure laine ou métissés, parfois issus de parents illustres. Il ne sera pas question de Québec solidaire, même si son ombre plane, davantage du PQ en figure tutélaire, du Printemps érable en aventure inachevée, de l’immigration et des Premières Nations, avec allergie à l’entre-soi.

Les images d’archives montrant Michel Chartrand, Gaston Miron ou Pierre Falardeau en train de haranguer les foules leur ont procuré jadis des émois rétrospectifs. Ils auraient aimé y être, sauf que…

Pas si drôle de vivre son âge tendre aujourd’hui. L’avenir est une menace, la mondialisation galope, la langue dérape. « Préserver l’héritage de nos pères, c’est romantique comme idée, mais c’est pas ça qui va mobiliser les jeunes de mon âge », lance une voix en quête d’un nouveau chemin.

Le combat pour l’indépendance ne les rebute pas en soi ; la politique en général, souvent. Cette cape d’éternelles victimes dans laquelle s’enroulent plusieurs souverainistes les éloigne du courant identitaire : pas d’unanimité ni d’élan fusionnel pour ce concert de voix. Faut dire que l’époque ne s’y prête guère…

Dans le documentaire de Télé-Québec I speak français, c’est du fleuron de la langue qu’il est question, sondage à l’appui auprès des 18-30 ans. Quelque 60 % d’entre eux souhaitent rouvrir la loi 101 pour permettre aux élèves de fréquenter l’école anglaise avant le cégep ; ce qui effraie. L’anglais ne constitue pas à leur avis une menace, plutôt un outil de communication pratique et universel.

Ils ont raison sur ce point. Ce n’est pas en conspuant la langue du vainqueur que le Québec fera aimer celle des premiers colons, mais en respectant cette dernière. Ce français, ces millénariaux le parlent mal et le sentent disparaître. Après 50 ans d’école obligatoire, nos compatriotes devraient maîtriser leur outil linguistique bien mieux que ça. Ils le savent. Nous aussi.

La société entière est responsable de la dérive du français chez nous. On est forts pour brandir les grands principes identitaires, hurler contre le « Bonjour, hi ». À l’heure de valoriser la culture, le savoir, la qualité de la langue, il n’y a plus grand monde, ni au gouvernement, ni dans les médias, ni même à l’école, pour prêcher par l’exemple. Et cette pénurie d’enseignants qui ne sont des modèles pour personne…

Ça prendrait un immense effort collectif pour donner aux enfants l’envie de se battre pour le français dans notre bout d’Amérique. Le rêve d’indépendance passe par la langue, mais la simple fierté nationale tout autant.

En regardant ces documentaires-là, on songe qu’il serait injuste de blâmer les millénariaux — renégats ou pas. Allô, Catherine Fournier ! — pour les bris de transmission. Car le Québec de demain, c’est tout le monde qui persiste à le fabriquer plus croche encore que celui d’aujourd’hui.

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28 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 mars 2019 04 h 55

    et oui ainsi est faite le monde

    et oui ainsi est faite le monde , une suite de générations qui réussirons peut être a se donner un pays a leur image voila pour moi la grande gageure que chaque génération doit mener, selon moi un pays c'est avant tout un reve,qu'il faut concrétiser

  • Jean-Yves Bigras - Abonné 14 mars 2019 05 h 26

    Le Québec d’aujourd’hui

    Le Québec d’aujourd’hui aussi croche soit-il et quoi que vous en disiez, n’a jamais été aussi droit dans ses bottes et dans son histoire, ni plus éduqué, ou riche, ou paisible et les québécois, nos enfants n’ont jamais été aussi décomplexés et prêts à conquérir le monde, ils ne sont plus et n’ont jamais été les porteurs d’eau de personne.
    Si la haine et la rage ont longtemps été des motivations qui nous ont aidé à survivre, elles sont aujourd’hui devenues un frein qui nous empêche d’apprécier tout le travail accompli et de voir le Québec comme il est. Un pays riche comme les autres.
    Laissons le soin aux jeunes de le bâtir aussi croche et aussi coloré qu’ils le voudront, si ont regarde objectivement le chemin parcouru, ça nous a plutôt bien réussi.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2019 12 h 38

      M. Bigras, ce ne sont pas les jeunes qui ont construit ce Québec prospère, mais bien ceux qui sont venus avant.

      Vous prenez les batailles d’hier qui ont fait du Québec, un pays riche, éduqué et paisible et vous les critiquez? Aujourd’hui, que font les jeunes pour améliorer le sort de tous en cette terre d’Amérique française? Rien à part de se pavaner dans cette idéologie hyper-individualisme qui est la leur. Les jeunes milléniaux ne bâtissent plus le pays, ils le consomment tout simplement. Tout est égo et ils sont en train de mettre en place les conditions de leur propre disparition. Bravo les champions du mondialisme et multiculturalisme.

      La vie est toujours un combat; demander aux gens des pays du tiers monde. Le mondialisme est en train de les engloutir et eux, se réfugient dans une technologie qu’ils ne comprennent même pas. Ils sont les utilisateurs d’aujourd’hui et non plus les créateurs d’antan. Mais la réalité va les rattraper bien vite et ils seront plus pauvres que leurs parents.

      Pourtant, avec toute cette technologie à porter de la main, ils sont plus désinformés et incultes en ce qui concerne le monde de demain. Ne pouvant maîtriser aucune langue correctement, leurs discours est floue et souvent incompréhensible. Prenez le cas de Catherine Fournier, elle qui n’a jamais rien fait ou accompli quoi que ce soit tout en se permettant de critiquer les autres. On connaissait tous René Lévesque, et chère madame, vous n’êtes pas celui-ci. Il en a bavé avant de créer tout ce que vous prenez pour acquis aujourd’hui. Détruire c’est facile, mais construire est une autre paire de manches.

      D’un Franco-Ontarien qui regarde médusé devant ce suicide collectif et sociétal. Misère.

    • Gilles Roy - Abonné 14 mars 2019 15 h 48

      Je cite : « ne pouvant maîtriser aucune langue correctement, leurs discours est floue». Ça fait sourire, ce passage. Faire la leçon, puis additionner les fautes de français. Ayez moins de mépris, M. Dionne. Et plus de méthode.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2019 18 h 02

      Cher M. Roy,

      J'ai vécu dans le ROC et j'ai enseigné dans les écoles anglaises. Je suis ici au Devoir pour essayer de garder ma langue. J'ai vécu toute ma vie dans un environnement 100% anglophone et toute ma famille est assimilée. Est-ce que vous avez un problème avec cela? Il semble que oui comme grand prêtre de la langue française et linguiste autoproclamé de l'autel de la très Sainte rectitude linguistique.

      Ceci dit, non seulement les jeunes québécois massacrent leur langue avec des "likes" ou d'autres choses insignifiantes, mais sont incapables d'écrire dans une autre langue que le français.*

      *(« This comment is available in its entirety in English »).

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 14 mars 2019 19 h 09

      M. Gilles Roy : Ce que nous retenons de M. Cyril Dionne ce sont surtout ses idées et la pertinence de ses commentaires, autrement dit ce qu’il partage avec les lecteurs, et non pas les coquilles qui peuvent apparaître à l’occasion dans ses textes. Et c’est la même chose qui s’applique à tous les autres commentateurs du Devoir.

    • Gilles Roy - Abonné 15 mars 2019 00 h 24

      M. Dionne et mme Lapointe: C’est ici encore l’absence de méthode qui choque en premier. Médire contre autrui en général et contre les jeunes en particulier ne mène qu’à tourner en rond. Prendre acte de données objectives sert davantage le propos. Dois-je rappeler que les jeunes québécois s’en sortent pas si mal que ça à Pisa, et ce autant en maths, en sciences qu’en français?

    • André Joyal - Inscrit 15 mars 2019 15 h 18

      M. Roy: j’estime bien m’exprimer en français. J’ai fait des conférences « coast to coast » dans la langue de Machin, et ce soir à nouveau, j’animerai un séminaire dans la langue de G. Damado à Foz do Iguacou. Tout ça pour vous dire que je demeure abonné au Devoir pour lire des commentaires de la qualité de ceux de M. Cyril Dionne. Comme lui, il m’arrive de faire des «erros de digitacao» comme on dit ici.

    • Gilles Roy - Abonné 15 mars 2019 21 h 06

      @M. Joyal : Et moi je préfère me coller à ce que M. Bigras écrivait en début de chaîne : jamais les parents du Québec (les mères, surtout) n'ont été aussi scolarisés qu'ils ne le sont aujourd'hui, les relations que nouent les jeunes avec leurs parents et avec leurs enseignants sont souvent excellentes, plusieurs élèves s'inscrivent dans des filières scolaires exigeantes (sciences, etc.), leur maitrise de l'anglais ou encore des nouvelles technologies impressionne, etc. Bref, avant de trop (pré)juger... Et j'insiste, modestie et méthode (diversité des sources, rigueur de traitement, aplomb des analyses) valent mieux que flammes et diatribes.

  • Robert Morin - Abonné 14 mars 2019 07 h 17

    Ouf!

    ...pas facile à lire au petit matin! Et si ce sombre portrait de la vision des millénariaux n'était pas exclusive au Québec, à sa langue, à son identité et à sa cultur?. Et si ce portrait était en fait celui des millénariaux dans l'ensemble des pays sous l'influence omniprésente des géants du numérique et de leurs réseaux antisociaux? Et si c'était cela le vrai résultat de la monoculture envahissante, dominante, assimilante et galopante dont la charge est menée par les GAFA et Netflix de ce monde?

    • François Beaulne - Abonné 14 mars 2019 11 h 11

      Vous mettez le doigt sur le bobo M. Morin

    • Iolande Cadrin-Rossignol - Abonnée 14 mars 2019 14 h 34

      J'ai beaucoup de difficulté à trouver le Québec actuel 'riche, éduqué'' quand je songe au taux effarant d'analphabétisation - qui n'a jamais fait l'objet d'une politique. Donc, nous manquons curellement de main-d'oeuvre qualitifée ! Riche ? Pas évident non plus, une société plus confortable que celles de nos parents,, certes, mais pas riche dans l'ensemble - sauf si on se compare aux pays en émergence.

      Je souhaite beaucoup que la vigueur actuelle des millénariaux contamine les plus vieux, les recentre, ravive leur flamme pour l'indépendance - au quotidien - devant les immenses défis que nous posent des monceaux de lois et de réglements dépassés; devant le patrimoine bâti déjà vétuste des cinquante dernières années; devant la pratique ancestrale de 'c'est pas si pire' ; devant la tentation toujours vive du laisser-faire. TOUT reste encore à faire ! La jeunesse n'est pas un âge de la vie, c'est un état d'esprit. Auquel je vais rester abonnée jusqu'à la fin de mes jours. J'appuie vivement ce mouvement d'une jeunesse - mondialisée !

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2019 18 h 05

      Chère madame aux noms composés (Iolande Cadrin-Rossignol),

      Une jeunesse mondialisée en est une qui ne parle plus français. Vous voulez des frites avec ça?

  • Hélène Lecours - Abonnée 14 mars 2019 08 h 00

    Froid dans le dos

    La seule chose que j'ai vraiment apprise à l'école c'est à lire (surtout pas n'importe quoi) et à écrire correctement. En effet, "nous" semblons avoir été pris de court dans notre évolution collective et le bébé s'est peut-être perdu dans l'eau du bain. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Mais, parler plusieurs langues restera un atout majeur pour les prochaines générations et rien ne peut arrêter le déferlement des mélanges de langues - figure de style. Garder sa langue, au propre comme au figuré, et réfléchir par le truchement des collectivités emmêlées me semble l'outil de choix pour l'avenir langagier de tous et de chacun.

  • Paul Toutant - Abonné 14 mars 2019 08 h 50

    140 caractères

    Ce flou générationnel est le pur produit de notre système d'éducation raté. Ces chers jeunes sont là, avec leurs rêves, mais dans la presque totale incapacité de les nommer, de les cerner et encore moins de trouver moyen de les réaliser. Ils voient le monde en 140 caractères ou moins, parlent une novlangue technologique incapable de décrire la complexité. Mais ils veulent, ils forcent, mais rien ne sort. La jeune députée de Marie-Victorin qui crie au ralliement des forces, mais « pas dans un parti », surtout pas le sien. Alors où? Pas d'idée claire. Va-t-on se faire un gros rave, avertis à la dernière minute le jour de l'élection, pour s'unir dans la joie et le gros fonne? Pas sûr non plus. On va danser dans la rue, avec des maquillages de chats, puis rentrer dormir? Ouan, peut-être, mais pas sûr non plus. Demain ils seront des milliers dans la rue « pour l'environnement ». De qué cé? Ce sera un beau ralliement, certes, et fort joyeux. Et cela va déboucher sur quoi? Sur rien, comme la vague érable de récente mémoire. Des belles parades, tout le monde maquillé en chat, puis pffuitt, plus rien. On retourne le nez dans son cell pour demander aux autres TÉ OU? TU FÉ KOA?

    • Jean-François Meiffren - Abonné 14 mars 2019 11 h 55

      J'ai 50 ans mais je trouve votre commentaire tellement condescendant. Vous avez fait quoi vous ? Elles sont ou vos réussites ? Elle est ou votre indépenance ? Faites donc comme le PQ, disparaissez ! on a vraiment plus besoin de vous ; on vous oublie deja.

    • Bernard Dupuis - Abonné 14 mars 2019 15 h 35

      J. F. Meiffren,
      L'indépendance ne se proclame pas par décret. Elle doit venir du ventre du peuple québécois. Certains historiens disent que les miracles ne se produisent qu'une seule fois dans l'histoire d'un peuple. Ainsi, il faut tolérence, respect et patience. Laissons la rage de côté.

    • Luc Deneault - Abonné 14 mars 2019 19 h 23

      M. Meiffen,
      C'est cocasse je faisais une capture d'écran de l'envolée aussi cathartique
      que mémorable de M. Toutant, et puis j'ai vu votre injonction sentencieuse
      à l'effet que son mot devait être oublié.
      Ah oui, j'ai 50 ans moi aussi.

    • Marie-Noëlle Morency - Inscrite 15 mars 2019 06 h 45

      Tellement condescendant en effet et remplis de préjugés ridicules (la reference aux raves, vraiment??) Que faites-vous des jeunes Greta ou Malala qui brassent la cage des éminences grises engoncées dans leur vieux principes éculés, leur honteuse paresse, et leur servitude aux 1% richissimes de la planète. On a pas mal plus besoin d’eux que de vieux râleurs incapables de penser le monde selon sa réalité et ses besoins actuels. Vous n’avez pas réussi a faire l’indépendance, votre tour est passé. Assumez-vous et cessez de blâmez les jeunes pour vos échecs.

    • André Joyal - Inscrit 15 mars 2019 15 h 33

      Messieurs Meiffen et Deneault, c’est drole, mais hier j’ai parlé devant 50 jeunes Brésiliens, et j’ai eu l’impression d’etre devant autre chose que des «  tu fé koi » décrits avec raison par M. Toutant. Je sens ici une fierté envers le portugais. Faut dire que j’ai...76 ans.