Les bibittes du chef

La CAQ est très différente des autres partis représentés à l’Assemblée nationale. Elle est essentiellement la créature de son chef, qui exerce un contrôle sans équivalent ailleurs, qu’il s’agisse du choix de ses candidats ou de la définition de ses orientations.

Il est vrai que la CAQ est née il y a à peine sept ans. Elle n’a ni l’histoire, ni la tradition, ni la jurisprudence idéologique des « vieux partis », mais Québec solidaire est aussi un jeune parti et la démocratie interne y est infiniment plus vivante. On n’imaginerait certainement pas la base de la CAQ remettre en question la position de M. Legault sur le port de signes religieux.

Cela n’altère en rien la légitimité du gouvernement qui a été élu le 1er octobre. On peut toujours déplorer les lacunes du mode de scrutin uninominal à un tour, mais la victoire de la CAQ était très nette selon les règles en vigueur.

Il n’en demeure pas moins que dans plusieurs dossiers, le programme caquiste et le plan d’action du gouvernement reflètent largement les positions que ses expériences personnelles ont inspirées au premier ministre.

Inversement, les questions pour lesquelles M. Legault avait développé peu ou pas d’intérêt, par exemple l’environnement, ont été largement ignorées lors de l’élaboration du programme.

Il est manifeste que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, n’a pas de ligne de direction précise, même s’il est en mesure de répondre aux questions des journalistes avec plus d’aplomb que son éphémère prédécesseure, MarieChantal Chassé, qui paniquait littéralement à l’idée de s’adresser aux médias.

De son propre aveu, M. Legault a découvert que l’environnement est devenu un enjeu incontournable au cours de la dernière campagne électorale, mais il s’en est tenu aux généralités depuis. C’est seulement à l’occasion du conseil général de la CAQ en mai prochain qu’il sera en mesure d’exposer la vision de son gouvernement.

     

En revanche, sur d’autres sujets, il a des idées bien arrêtées depuis longtemps. Partout où il va, M. Legault répète qu’il est avant tout un homme d’affaires. Cela détermine son approche du développement économique, mais aussi dans d’autres domaines qui peuvent avoir une incidence sur l’investissement et la création d’emplois, par exemple l’immigration.

Cela présente sans doute des avantages. Ayant lui-même fait l’expérience du démarrage d’une entreprise, il est peut-être mieux en mesure qu’un économiste de comprendre comment un gouvernement peut aider et comment il peut nuire.

Il ne faut cependant pas que le gouvernement fasse siennes les obsessions du premier ministre. La rigidité dont il fait preuve dans le dossier du cannabis semble traduire moins un souci pour la santé publique que les bibittes de M. Legault.

Toutes les provinces canadiennes auraient préféré que le gouvernement Trudeau s’abstienne de légaliser le commerce de la marijuana. Aucune n’a cependant décidé de fixer à 21 ans l’âge minimal pour en acheter.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, est certainement sincère dans son désir de prévenir d’éventuels problèmes de développement chez les jeunes, mais il est très difficile de croire que ses homologues d’un bout à l’autre du pays n’ont pas la même préoccupation et n’ont pas pris la peine de consulter.

L’inquiétude de M. Legault ne date pas d’hier. À l’automne 2011, il avait déclaré que si c’était à refaire, il ne favoriserait pas la création des cégeps. « Comme le disent parfois certains parents, c’est une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue et puis à décrocher. » Si compréhensible qu’il puisse être, le cri du coeur d’un père de famille ne peut cependant pas constituer le fondement d’une politique publique.

    

La politique apparaît souvent comme un genre théâtral où l’indignation tient une grande place. La sincérité n’est cependant pas exclue.

« Moi, je ne vous pardonnerai jamais d’avoir coupé dans l’aide aux enfants en difficulté », avait lancé M. Legault à Philippe Couillard lors du premier débat télévisé entre les chefs l’automne dernier. Il lui a adressé ce reproche pendant des années et il sentait visiblement ce qu’il disait.

Cette préoccupation pour les enfants qui éprouvent des difficultés d’apprentissage est tout à l’honneur du premier ministre, mais à trop s’approcher de l’arbre, on perd la forêt de vue.

Dans le dossier des maternelles quatre ans, M. Legault a donné encore une fois l’impression de faire une fixation qui l’empêchait de voir l’ensemble du tableau, en l’occurrence le rôle positif que jouent aussi les centres de la petite enfance.

En annonçant la création de 2500 places en garderie, essentiellement en CPE, le gouvernement a voulu rassurer ceux qui s’inquiètent pour l’avenir de joyau du « modèle québécois », mais il faudrait aussi que M. Legault reconnaisse que son expérience personnelle, si intéressante qu’elle puisse être, ne permet pas nécessairement d’appréhender la réalité dans toute sa complexité.

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38 commentaires
  • Gilles Tremblay - Inscrit 21 février 2019 02 h 04

    Parlant d'bibittes du chef, Monsieur David

    Connaissez-vous la "Ligue du lol" ? C'est une saloperie menée par plusieurs journalistes, entre autres, contre les femmes en particuliers. Journal le Monde, 13 février 2019. Je préfère de loin les bibites de Monsieur Legault, avec un seul "t", elles sont moins grosses, qu'à celles de certains journalistes et fédéralistes, avec 2 "T", drôlement plus toxiques par les temps qui courent à Ottawa et chez SNC-Lavalin. Heureusement que les libéraux du Québec et du Canada n'ont pas d'araignées dans le plafond.

  • William Dufort - Abonné 21 février 2019 05 h 43

    MM. Legault et Carmant croient que l'usage du canabis peut être néfaste pour la santé. Personne n'en doute. Leur erreur, plutôt bête, est de croire que de porter à 21 ans l'âge légal pour en acheter empêchera les plus jeunes de pouvour s'en procurer. (Youhou MM. Legault et Carmant, ils en fument déjà. La légalisation n'a pas créé un seul nouveau consommateur. Ils vont continuer à fumer, sauf qu'ils s'approvisionneront auprès de leurs revendeurs mafieux). Ainsi, le problème se santé publque s'en trouvera exacerbé par cette politique et le marché illégal sera maintenu en vie par cette approche restrictive.

    Il est par contre encourageant de voir M. Legault reconnaître la valeur des places en garderies. Il est donc permis d'espérer que sa capacité d'écoute et de correction de cours se manifestent dans d'autres dossiers, comme le canabis et l'environnement. Car, enfin, n'est-il pas vrai qu'il n'y a que les fous qui ne changent pas d'idée?

    • Gilles Sauvageau - Abonné 21 février 2019 09 h 16

      Les fous ou les Couillard ???

    • Pierre Grandchamp - Abonné 21 février 2019 10 h 48

      Suis en train de lire « Le mirage François Legault », par l’ex-journaliste Gilles Toupin. Legault me parait faire une liaison dangereuse entre drogue et cégep. Legault, en 2011, s’est clairement prononcé pour la disparition des cégeps. Toupin rappelle la chronique de Louis Cornellier, du 19 octobre 2011, dans l’hebdo L’ACTION, intitulée, « Mononcle François ». Cornellier y fait le lien avec le mononcle bourru, dans un party de famille. « Monocle François essaie de faire peur aux parents poules inquiets en agitant le spectre de la *maudite drogue* ».
      La philosophie manégériale, en politique, de Legault me fait, parfois, tiquer. Son projet de faire disparaitre les commissions scolaires me questionne.

  • Denis Paquette - Abonné 21 février 2019 06 h 25

    peut-être peut-il faire des erreurs que nous n'apercevrons que plus tard

    le politique est un monde en soit, dans ces condition monsieur Legault a la chance d'avoir hérité d'un gouvernement avec des surplus. L'objectif est maintenant de voir de ce qu'il fera avec ces surplus, il a beau nous dire qu'il est un homme d'affaires, mais est-ce que les hommes d'affaires sont tous efficaces, permettez moi d'en douter, je pense que ce premier ministre peut faire des erreurs que nous n'apercevrons que plus tard

  • Pierre Grandchamp - Abonné 21 février 2019 06 h 48

    Position de la CAQ pour dénouer l'impasse constitutionnelle qui perdure depuis 1982?

    Le Québec est orphelin de la canadian constitution depuis 1982. Quelle est la solution de la CAQ pour régler cette question? Réponse : aucune. Elle est impuissante…..alors le chef, naguère défenseur convaincu du budget de l’an 1 d’un Québec indépendant, pratique la fuite en avant.

  • Michel Lebel - Abonné 21 février 2019 07 h 05

    Une vision affairiste et trop souvent fixe des choses

    Pas nécessaire d'être grand devin pour constater que le premier ministre n'est pas la tête à Papineau. Pour une grande vision de la politique et de l'État, il faudra repasser. Inutile d'insister sur les faiblesses de ce gouvernement dans plusieurs domaines. Mais comme il a été démocratiquement élu, il faut vivre avec . Plus de la même farine cependant à venir.

    M.L.