Un «printemps laïque»?

Jean Calvin a dû se retourner dans sa tombe. Presque 500 ans plus tard, la ville du grand réformateur protestant, où il avait notamment trouvé refuge, a voté dimanche pour une nouvelle loi sur la laïcité. C’est à 55 % que les habitants de Genève ont entériné par référendum une loi qui interdit aux agents de l’État de porter un signe religieux dès lors qu’ils sont en contact avec le public.

Ainsi donc, les Québécois ne sont pas seuls comme tentent de le faire croire ceux pour qui, au Québec, le débat sur la laïcité ne serait que la manifestation d’un racisme atavique. Si l’exemple de Genève doit nous apprendre une chose, c’est qu’il faut oublier ces anathèmes. À l’exception de l’univers anglo-américain (et encore !), la laïcité est à l’ordre du jour de la plupart des démocraties. Partout, les citoyens cherchent une façon de répondre à la montée des intégrismes dans un monde qui se croyait, il n’y a pas si longtemps, sur le chemin paisible de la sécularisation. En France, en Belgique, en Allemagne et en Suisse, les lois destinées à garantir la laïcité de l’État sont donc légion. Et la plupart ont été validées par la Cour européenne des droits de l’homme.


 

Contrairement à celle que prépare le gouvernement de François Legault, la loi genevoise vient compléter un dispositif déjà ancien. À Genève, la séparation de l’Église et de l’État remonte à 1907. Peu après la loi française de 1905, les Genevois adoptèrent eux aussi une loi de compromis destinée à rétablir la paix religieuse et à assurer l’indépendance de l’État. Ainsi, à Genève, il y a belle lurette que la Loi sur l’instruction publique interdit aux enseignants, en tant que « représentants de l’autorité », de porter des signes religieux.

Largement dénoncée par la gauche multiculturelle et les organisations musulmanes, la nouvelle loi a été soutenue par les Églises chrétiennes qui, à l’exception d’un article s’appliquant aux élus, y ont vu l’expression d’une laïcité pacifiée. Selon les pasteurs, cette loi est en effet conforme à la tradition genevoise. Une tradition qui s’inscrit en faux contre deux autres conceptions, expliquait récemment le pasteur Blaise Menu de l’Église protestante de Genève.

La première, que l’on pourrait qualifier d’anticléricale, voudrait supprimer toute expression religieuse dans l’espace public. Au contraire, la loi genevoise se veut respectueuse de cette liberté qui permet d’afficher partout son appartenance religieuse. La nouvelle loi garantit d’ailleurs le droit à un accompagnement religieux ou spirituel aux malades et aux prisonniers. Le devoir de réserve des fonctionnaires ne sert ici qu’à assurer au citoyen, croyant ou non, un environnement neutre chaque fois qu’il a affaire à l’État.

L’autre conception contre laquelle les Genevois se sont inscrits en faux est celle que le philosophe et pasteur Vincent Schmid n’hésite pas à associer aux « universités américaines », à « l’Open Society de [Georges] Soros » et à « “l’école canadienne” dite de l’accommodement raisonnable ».

C’est cette conception multiculturelle largement dominante dans le monde anglo-américain qu’a reprise le philosophe Charles Taylor samedi dernier lors de la journée de réflexion organisée par Québec solidaire à Trois-Rivières. Pour celui qui avait défendu les « tribunaux islamiques » en Ontario, les droits de l’individu ne souffrent pas de limitations. Le droit d’un fonctionnaire de porter un signe religieux doit donc primer celui de la collectivité, et notamment des élèves, à évoluer dans un environnement neutre. Pour Taylor, cette même société est d’ailleurs essentiellement composée de « communautés ». Rien de plus normal dès lors qu’elles se négocient entre elles l’espace public.

Telle n’est pas la conception de Schmid, qui n’hésite pas à évoquer un « printemps laïque ». L’homme a beau être croyant, il place la citoyenneté au sommet des valeurs civiques. « Quelles que soient nos convictions ou notre absence de conviction, écrit-il, nous sommes tous égaux sur le plan de la citoyenneté et rendus par elle participants d’un bien commun qui dépasse nos enclos confessionnels. »


 

Or, c’est bien dans ces « enclos confessionnels » que le multiculturalisme, et Charles Taylor avec lui, cherche à enfermer les musulmans. Comme si ceux-ci n’étaient pas capables, dès lors qu’ils sont fonctionnaires, de s’imposer un devoir de réserve. « À trop surévaluer le droit à la différence, nous aboutissons à la différence des droits et donc, à terme, au développement séparé des communautés », écrit Schmid.

Les Genevois ont une riche expérience en matière de laïcité. Peut-être parce qu’ils se souviennent qu’après avoir fui la persécution religieuse, Calvin avait fait de Genève une véritable théocratie. En 1553, l’exécution du théologien Michel Servet, condamné par Calvin, marqua le début d’une vague de bûchers qui devait s’étendre à l’Allemagne, à l’Autriche et à la Prusse.

L’expérience genevoise a beaucoup à nous apprendre. Mais retenons surtout que, dimanche dernier, les Genevois ont choisi de formuler leur propre vision de la laïcité conformément à leur histoire et à leurs traditions. Et surtout, sans se laisser intimider.

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83 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 15 février 2019 03 h 28

    La peur de l'islam


    Le chat finit par sortir du sac! Tout le questionnement actuel sur la laïcité, du moins en Europe, est due à la présence de citoyens de religion musulmane. À la peur de l'intégrisme musulman. Parlons ainsi clairement. C'est le même phénomène qui se passe au Québec. Bref, ce n'est pas pas le crucifix ou la kipa qui pose problème, mais le voile porté par certaines femmes musulmanes.

    Comme je crois fermement aux libertés fondamentales, dont celle de religion, j'opte pour le libre choix des personnes, en autorité ou non, quant au port des signes religieux. Mais si la paix, l'ordre et la sécurité publique sont réellement menacés, cette liberté pourra être raisonnablement restreinte. En société, aucune liberté n'est absolue. Les personnes ne sont pas des Îles.

    M.L.

    • Eric Ricard - Abonné 15 février 2019 08 h 28

      M. Lebel, vous avez écrit;
      Mais si la paix, l'ordre et la sécurité publique sont réellement menacés, cette liberté pourra être raisonnablement restreinte. En société, aucune liberté n'est absolue.
      Je constate une certaine évolution et c'est tout à votre honneur.

    • Marc Bourdeau - Abonné 15 février 2019 08 h 58

      Les autres religions appliquent leur devoir de réserve, sans réserves... quand ils sont au service des États. Normal.
      Dans ce numéro du Devoir, lire l'article de Pierre Hurteau, page A9. Qu'attend-on pour être cohérent et faire disparaître le 'formidable' crucifix de l'Assemblée nationale.

    • Christiane Gervais - Inscrite 15 février 2019 09 h 03

      Et bien moi j'opte pour ce qui nous est commun, hommes et femmes, toutes origines, couleurs, religions ou pas, confondues: notre citoyenneté québécoise.

      La laïcité et rien d'autre.

    • Yves Laframboise - Abonné 15 février 2019 09 h 48

      Cherchez le judaïsme militant, financé par des pays riches, il n'y en a pas. Cherchez l'hindouisme militant, il n'y en a pas. Cherchez le bouddhisme militant, il n'y en a pas. Idem pour le confucianisme, le taoïsme, et ainsi de suite. Il n'y en a pas.

      En effet, dans le sac, il n'y a qu'un seul chat qui, particulièrement depuis les années 1980, milite pour la présence de la religion dans l'espace public et institutionnel étatique. On sait lequel, on connait ses orignes, son financement, ses antennes au Canada et au Québec, ses porte-paroles et la priorité qu'il donne à son dieu. Par chance, les démocraties occidentales commence à réagir.

    • Louise Collette - Abonnée 15 février 2019 09 h 51

      Je crois qu'il est normal d'avoir peur de l'intégrisme musulman, le contraire ne serait pas normal. Surtout après ce que nous avons vécu ici jusqu'à la révolution tranquille, bien sûr nous sommes un peu frileux, c'est normal.

      Se cacher derrière le libre choix c'est tellement facile, se battre pour la laïcité ça demande des efforts mais c'est important.

      Une autre religion qui se pointe non merci, j'ai déjà donné.

      Il faut être le plus neutre possible alors les signes religieux concernant les gens qui travaillent pour l'État c'est non et à mon humble avis pour les enseignants cela va de soi. Les enfants sont infuençables, pas difficile à comprendre ça me semble.
      On ne leur impose pas de ne pas pratiquer leur religion, on veut juste qu'ils soient plus discrets. Dans les lieux de culte, à la maison etc.
      La laïcité d'abord.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 février 2019 09 h 52

      M. Lebel,

      Evidemment que la question se pose sur l'Islam! Bin quin!

      C'est que notre Sainte Mère l'Église a eu le bon sens d'effectuer un retrait extrêmement rapide de toutes les sphères du pouvoir il y a 50 ans. Si ce retrait avait tardé nous aurions une loi sir la laïcité depuis une génération complète. Bin quin!

      L'Islam est un fait relativement nouveau ici, et il provoque pour des raisons d'habillement que nous n'avons plus vus depuis la dernière cornette.

      Il suffit de lire tant les journaux que sur les réseaux pour voir que l'une des plus désarmantes insultes y utilisées est "curé".
      Pourquoi, croyez-vous ?
      Il a le sens de mononc', avec une nuance importante : curé est un "mononc' avec un balai dans le c...", je suis persuadé que vous comprenez.
      On le dit de gens qui prônent une rigueur absolue en se basant sur des valeurs "institutionnelles", Dieu et Patrie, Église et AÏeux, Saint-Stérile et Syntaxe...

      Il est très difficile pour un Québécois de prendre le catholicisme au sérieux. Comment craindre ce dont on rit?

      La dernière grande manifestation catholique au Québec date d'il y a.... 40 ans, lors de la présentation de Les fées ont soif, à cause d'une statue.
      La réaction générale a été si forte que depuis le seul cas de "catholicisme revendicateur" a été un maire et sa prière à Saguenay. Ce qu'on a ri ! Hé oui, le catholicisme est "ringard".

      Une seule religion est revendicatrice et s'affiche, l'Islam. Le judaïsme vit sans provoquer parce qu'il s'organise en ghetto. Pas sain mais pas dangereux dans l'esprit des gens.

      Ce n'est pas l'Islam en particulier qui est visé mais toutes les religions (ET PAS LA FOI, une bonne fois pour toutes!), à plus forte raison celles qui se voient. Si on parle peu du catholicisme c'est qu'on le considère vaincu.

      Diminuer l'opinion des autres ne réduit que la vôtre.

      Vous confondez religion et foi suivant l'esprit d'aggrégation anglo-saxon. Un malentendu qui dure depuis au moins 152 ans.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 février 2019 10 h 31

      Ce n'est pas la peur de l'intégrisme musulman qui m'habite, c'est plutôt ce petit côté «déjà vu» quand l'intégrisme catholique battait la mesure ici même au canada-français. Comme une sorte de nausée...

      Comme dit M. Collette, moi aussi j'ai déjà donné. Nous sommes ailleurs maintenant. Que les intégristes s'adaptent ou qu'ils aillent ailleurs au Canada.

    • Michel Lebel - Abonné 15 février 2019 10 h 43


      @Jean-François Trottier,

      Votre texte charrie tellement que les bras m'en tombent. Quelle méconnaissance du catholicisme! Je ne puis que vous conseiller de lire le Nouveau Testament. Si ce dernier était connu et appliqué sur la Terre, tous les hommes et femmes seraient frères et soeurs et la paix serait.

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 15 février 2019 11 h 16

      @ Jean-Pierre Marcoux,

      Mais c'est quoi l'intégrisme catholique? Il n'y aucun doute: plusieurs commentateurs n'ont pas encore réglé leur compte avec le catholicisme de leur enfance. Tout ceci m'attriste, mais je comprends.

      M.L.

    • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 15 février 2019 12 h 36

      M. Lebel, l’homme n'affirme-t-il pas sa liberté en donnant un sens à ce qui n’en a pas?

      Vous n'etes pas sans savoir que les religions se sont bâties au fil des millénaires sur la peur et la nescience.

      Il ne s’agit pas de se suppléer, ou de remplacer les hypothétiques déités qui ont existé dans l’imaginaire des hommes depuis des millénaires, mais plutôt de penser autrement, ce qui peut signifier se choisir en tant qu’humain en occupant par l’action créatrice l’immense vide laissé par l’absence des dieux, en d'autres mots, surmonter l’angoisse qui de toujours nous étreint.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 février 2019 12 h 48

      Oui, l’islam fait peur M. Lebel. Coudonc, vous ne lisez pas les journaux? Combien d’actes terroristes sont perpétrés par les autres religions dans le monde? L’EI, c’est un ramassis de bouddhistes? Pour nous, il y a longtemps que les Croisades sont finies. Et au lieu de dire à M. Trottier de lire le Nouveau testament, qu’en est-il de l’ancien? Vous savez, celui de l’âge de pierre bourré de viols, d'infanticides, de massacres, de génocides et j’en passe. Et le coran est une copie créationniste et conforme de celui-ci.

      Ceci dit, pourquoi ne pas avoir un référendum sur la laïcité? La démocratie en directe est beaucoup plus, disons-le, démocratique, n’en déplaise à tous nos idolâtres des superstitions. Un référendum sur la laïcité SVP.

    • Diane Boissinot - Abonnée 15 février 2019 13 h 24

      @ Michel Lebel
      Vous parlez comme un homme qui, comme la plupart des hommes d'un certain âge, n'a pas eu à tellement souffrir de la maimise des personnes de son sexe sur la rédaction des règles encadrant la plupart des sphères de la vie intime et quotidienne des fidèles. Ces règles n'étaient malheureusement pas favorables à l'épanouissement des femmes, à une époque pas si lointaine. Je pense souvent que cette mainmise faisait bien l'affaire de la plupart des hommes, un bon coup de main pour leur permettre de garder le contrôle sur les femmes.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 15 février 2019 15 h 39

      “Pour Taylor, cette même société est d’ailleurs essentiellement composée de « communautés ». Rien de plus normal dès lors qu’elles se négocient entre elles l’espace public.“

      Connaissez-vous le terme historique utilisé lorsque des communautés se négocient “l’espace public”?

      La guerre.

      Je ne vois pas comment on peut être d’accord avec monsieur Taylor. Les musulmans sont des gens biens comme le sont les catholiques mais la géopolitique des pays musulmans est actuellement pleine de “négociation de l’espace public”. Ces conflits n’ont pas leur place ici et à regarder le monde, les craintes de débordement dans d’autres pays ne sont pas infondées. Il doit y avoir un encadrement légal de la laïcité du gouvernement et de ces représentants.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 février 2019 15 h 51

      Madame Bertrand, je ne suis pas sûr que les communautés qui se négocient l'espace public ne le fassent toujours pour s'en accaparer l'hégémonie au détriment des autres, encore moins par la guerre. Ce qui me semble clair, c'est que vous ne souhaitez pas la guerre. Seulement la défaite pour ceux que vous voulez repousser « légalement » hors du nôtre. Le bon musulman vous remerciera de lui avoir épargné devoir payer le prix de votre victoire quand il pratiquera sa foi dans « l'espace privé » où vous l'aurez seul confiné.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 février 2019 16 h 58

      Non M. Lebel.
      Vous ne comprenez pas

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 février 2019 17 h 38

      M. Lebel,
      vous oubliez volontairement 2000 ans d'hiistoire pour des documents dont on peut douter soit de l'authenticité, soit de la réelle connaissance qu'avait l'auteur de Jésus.

      L'histoire du Vatican s'est écrite dans le sang, que ce soit avec Jules II qui portait plus l'armure que la chasuble.
      iSi vous êtes incapable de voir les croisades comme des guerres de conquête, je crois votre cas désespéré.

      La bulle Inter Caetera distributait à l'avance toute nouvelle découverte entre le Portugal et l'Espagne, avec obligation d'évangélisation.
      Ces territoires sont alors de faits tous devenus "sub deo et lege".

      Le pire génocide connu de tous les temps c'est produit dans les deux Amériques au 19ème siècle, avec la bénédiction de tous les chirstiannismes. 400 millions d'amérindiens, ça fait 4 millions par année en moyenne pendant cent ans. Les nazis n'ont tuée "que" 6 millions de Juifs en 6 ans...
      Les amérindiens qui ont survécu ont été proprement acculturés, et surtout par des prêtres et pasteurs.
      Les chefs religieux ont ;a l'époque trouvé leur justification dans le canon de leur églises respectives, allez-vous me dire que vous en savez plus qu'eux?
      Pie XII n'a pas levé le petit doigt pouir les Juifs dans les années 40.

      Canons Catholiques :
      les artivles 129 à 144 décrivent avec une certaine précision sous quelle forme un gouvernement participe de l'Église.
      Les articles 224 à 231 décrivent les devoirs des laïcs (ici l'on parle des personnes non-consacrées) dans leur vie quotidienne, dont celui de l'apostolat, dont le sens n'est pas vraiment ambigu.
      Je vous laisse savourer les Canons 1332 à 1380, principalement les articles parlant du code pénal dont fait partie le bannissement,

      Et je répète que l'Église n'a JAMAIS désavoué officiellement la torture.

      Pourquoi tant de mauvaise foi de votre part ?
      Ou bien, avouez tout de suite que vous n'y connaissez rien!

    • Léonce Naud - Abonné 15 février 2019 18 h 49

      M. Desjardins : « Les guerres se gagnent dans les temples quarante ans avant de se gagner sur les champs de bataille. » Sun Tzu

    • Michel Lebel - Abonné 15 février 2019 22 h 14

      @ Jean-François Trottier,

      Vous concluez votre dernier commentaire à mon égard en affirmant tout de go que je suis un ignare de mauvaise foi! Diable, que vous me faites honneur, j'en suis ébaubi! Je ne puis que conclure que le débat s'enflamme déjà et que ça va vraiment barder quand le gouvernement caquiste va déposer son projet de loi sur la laîcité. Il faudra bien attacher sa tuque ou sa casquette! Mais je n'ai aucune crainte, l'humour étant toujours bien présent chez moi.

      M.L.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 février 2019 23 h 46

      M. Lebel,

      Vous devriez relire ce à quoi j'ai réagi. Vous m'avez insulté de façon hautaine comme je n'ai vu faire que des ignares et des cons. Me serais-je trompé? Ben coudon.
      Quand on a besoin, pour ne pas répondre, d'attaquer le locuteur...

      Je n'exagère absolument pas quand je dis que tous les monothéismes sont par essence hégémoniques. C'est même évident.

      Votre conformisme confortable et votre effort de confusion sont en effet difficiles à supporter, bon, mais tant que vous vous en tenez aux généralités grassouillettes, y a pas de problème. Évitez seulement d'attaquer à tort et à travers, ça fait tache.

      Ceci dit, j'ai lu les deux testaments dans leur ensemble et avec soin au moins une dizaine de fois dans une traduction du Vulgate portant l'imprimatur de notre Sainte Mère l'Église. Pourquoi ?

      Enfin, le débat va s'enflammer si aucune loi ne sort, oh ça oui! Avec le climat social pourri que nous ont laissé les Libéraux, ce serait inévitable.
      Comme il est en train d'arriver pas mal partout en Occident et pour la même gabegie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 février 2019 05 h 29

      « Et je répète que l'Église n'a JAMAIS désavoué officiellement la torture. »

      Vous faites bien de mettre les majuscules. Elles sont nécessaires pour bien marquer votre refus d'entendre que la torture est très explicitement condamnée dans le catéchisme de l'église catholique

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 février 2019 11 h 33

      http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P6N.HTM

      Bien sûr, il n'y a aucun lien entre la loi divine et celles plus terre-a-terre des états. N'est-ce pas ?

      La dénonciation de la torture ne se fait que dans le catéchisme. Trouvez la Bulle Papale qui le dit. Quel est le texte le plus officiel des deux selon vous ?

      Ceci date d'une réécriture il y a 40 ans si j'ai bien suivi. 40 ans. Pas 500, pas 100, même pas 60.

      Jugez de l'arbre à ses fruits. Les déclarations de bonnes intentions pleuvent, surtout dans cet organisme qui fait cachette de la moindre (ou de la pire) faute de ses curés.

      Dans tous les cas, comment pouvez-vous souhaiter qu'un organisme comme ÇA ait droit de cité dans une classe primaire ????

      Y a des limites à la niaiserie.

  • Réal Boivin - Abonné 15 février 2019 04 h 23

    Affirmons nous laïques sans se laisser intimider.

    Voilà ce qui doit guider le gouvernement dans le projet de laïcité. Les québécois n'ont pas à se laisser trainer dans la boue par les multiculturalistes et autres communautaristes du Canada post national de Justin Trudeau. Ainsi le Québec irait dans le même sens que la plupart des démocraties européennes. Voilà vers où le regard du gouvernement québécois devrait se tourner pour forger une vrai loi de la laïcité et renvoyer dans leurs quartiers les obsurantistes moyenâgeux comme Charles Taylor, Philippe Couillard et Québec Solidaire. Et qui sait, peut être que d'autres provinces réaliseront que la vision québécoise est la bonne.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 février 2019 09 h 25

      Réal Boivin écrit : « Et qui sait, peut être que d'autres provinces réaliseront que la vision québécoise est la bonne »

      Lors des discussions relatives au projet de loi québécois qui voulait obliger la fourniture et la demande de services gouvernementaux à visage découvert, le tollé au Canada anglais s’est limité à l’éliite politique et médiatique. Les sondages ont révélé que la majorité des angloCanadiens trouvaient cela parfaitement raisonnable.

    • Raynald Rouette - Abonné 15 février 2019 10 h 10


      Ne pas se laisser intimider. Tout est là...

    • Raynald Rouette - Abonné 16 février 2019 11 h 54


      Surtout ne pas se laisser culpabiliser d'être ce que nous sommes!

    • Christian Roy - Abonné 16 février 2019 18 h 16

      Curieux les amis de prendre en exemple la Suisse en matière de laïcisme alors que les femmes de ce pays ont acquis le droit de vote en... 1971. Il faut croire que là non plus il n'ont pas voulu se laisser intimider ! Culpabiliser, encore moins !

      Précurseurs, les Suisses, vous dites ? Un phare dans la nuit pour faire face à nos Théories du complot - celles des ennemis imaginaires ? Pas si sûr que vous.

      Le gazon est plus vert de l'autre côté de la clôture, dit l'adage. Faudrait y regarder à deux fois. Surtout en matière d'intégration de l'immigration, chose dont la Suisse a bien des difficultés à réaliser sereinement alors que sa population grisonne, les Suissesses font la grève du ventre et les immigrants sont bien souvent marginalisés.

      M. Boivin, regardez-y à deux fois avant de déclarer que le Québec n'est pas laïque. Le fait que les "accomodements raisonnables" soient contestés par les Suisses laïcistes devraient supporter ce que j'avance sur cette tribune. Notre laïcité est reconnue par les autres peuples. Notre laïcité est conforme à notre histoire et à nos traditions. Je suis loin d'en avoir honte. Notre laïcité est beaucoup plus progressiste et adaptée à notre pays que celle des Suisses, c'est ma prétention.

      En passant, bien que le Québec fut la dernière province canadienne à accorder le droit de vote aux femmes, cela fut réalisé 31 ans avant la Suisse. C'est nous qui sommes d'avant-garde...

      Je propose donc au gouvernement Legault d'abandonner son projet de loi et de laisser une bonne trentaine d'années avant de retoucher à cette question. D'autres dossiers sont pas mal plus importants. Et ça donnera peut-être la chance aux Suisses d'adopter le modèle de laïcité que nous nous sommes déjà donné.

      Quand aurons-nous confiance en nous-mêmes ?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 05 h 00

    Excellent!

    Un peu partout paraissent de plus en plus de textes très étayés et de haute qualité intellectuelle en lien avec tout ce débat sur la laïcité. Dans ce journal, celui-ci de Christian Rioux en fait partie, au côté du magnifique "Les messages véhiculés par les signes religieux" de Caroline Beauchamp, paru le 9 février.

    À méditer profondément par nos habituels défenseurs des "droits de l’individu [qui] ne souffrent pas de limitations" [N.B.: en particulier, les droits religieux, apparemment] et qui tiennent à rabaisser l'humanité "dans des sociétés essentiellement composées de « communautés ». "

    • Jean-Henry Noël - Abonné 15 février 2019 08 h 51

      Les communautés. J'ai toujours considéré les sociétés humaines comme un aggrégat de communautés. Et par communauté, j'entends de prime abord un ensemble de personnes qui partagent le même environnement., soit le même quartier. Tout le monde interprète cette notion de communauté de la mauvaise façon : une ethnie n'est pas une communauté.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 février 2019 08 h 58

      Oui. M. Rioux livre un texte qui alimente la réflexion, dont la mienne, en écrivant que « (c)ontrairement à (la loi) que prépare le gouvernement de François Legault, la loi genevoise vient compléter un dispositif déjà ancien. »

      C'est le cas. Ce pays, bordé par l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Liechtenstein naît en 1291 et adopte une loi en 1907 sur la laïcité, toujours en vigueur, non parce qu'il y a des conflits majeurs, mais parce que les Suisses entendent renforcer les liens de citoyenneté en les plaçant au-dessus des liens religieux.

      Ce pays, une fédération de 26 cantons, a une structure politique comprenant une assemblée législative (200 membres élus au conseil national et 46 au conseil des États (les cantons), un conseil exécutif de sept personnes opérant sur base collégiale et un président élu pour une année. Au sein de cette structure, les États locaux appliquent les décisions de l’Assemblée fédérale.

      La structure du pouvoir au Québec n’est pas de cet ordre. L’adoption d’un principe général de laïcité impliquera l’établissement de règles concernant le port de signes religieux dans l’enseignement et chez le personnel de l’État, mais devra aussi préciser celles acceptées dans l’espace public et dans les institutions de l’État.

      S’agissant de l’enseignement et des institutions d’État, il ne devrait pas y avoir d’exception dans les institutions privées et dans les municipalités locales. Aussi, est-il à espérer que les dirigeants religieux prennent des positions claires. Il en va des fondements d’une vision citoyenne partagée au Québec.

      Si un chat doit sortir du sac, c'est bien celui-là. L'enjeu au Québec n'est pas d'assurer l'ordre et la sécurité publique, mais de fonder une vision citoyenne en en faisant un socle au-dessus des religions, ce que conteste les lois canadiennes, plus encore le PLC et le PLQ. Quant à QS, on verra.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 février 2019 08 h 58

      Oui. M. Rioux livre un texte qui alimente la réflexion, dont la mienne, en écrivant que « (c)ontrairement à (la loi) que prépare le gouvernement de François Legault, la loi genevoise vient compléter un dispositif déjà ancien. »

      C'est le cas. Ce pays, bordé par l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Liechtenstein naît en 1291 et adopte une loi en 1907 sur la laïcité, toujours en vigueur, non parce qu'il y a des conflits majeurs, mais parce que les Suisses entendent renforcer les liens de citoyenneté en les plaçant au-dessus des liens religieux.

      Ce pays, une fédération de 26 cantons, a une structure politique comprenant une assemblée législative (200 membres élus au conseil national et 46 au conseil des États (les cantons), un conseil exécutif de sept personnes opérant sur base collégiale et un président élu pour une année. Au sein de cette structure, les États locaux appliquent les décisions de l’Assemblée fédérale.

      La structure du pouvoir au Québec n’est pas de cet ordre. L’adoption d’un principe général de laïcité impliquera l’établissement de règles concernant le port de signes religieux dans l’enseignement et chez le personnel de l’État, mais devra aussi préciser celles acceptées dans l’espace public et dans les institutions de l’État.

      S’agissant de l’enseignement et des institutions d’État, il ne devrait pas y avoir d’exception dans les institutions privées et dans les municipalités locales. Aussi, est-il à espérer que les dirigeants religieux prennent des positions claires. Il en va des fondements d’une vision citoyenne partagée au Québec.

      Si un chat doit sortir du sac, c'est bien celui-là. L'enjeu au Québec n'est pas d'assurer l'ordre et la sécurité publique, mais de fonder une vision citoyenne en en faisant un socle au-dessus des religions, ce que conteste les lois canadiennes, plus encore le PLC et le PLQ. Quant à QS, on verra.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 février 2019 09 h 46

      Monsieur Bariteau

      « fonder une vision citoyenne en en faisant un socle au-dessus des religions » suggère que le socle de notre vision citoyenne actuel EST religieux.

      Même à supposer que les résistances des «inclusifs» refléteraient de leur part le souhait que les religions aient une bien plus grande part aux affaires de l'État, cela ne serait pas du tout un indice qu'elles ont effectivement un tel pouvoir et ne suffirait pas à justifier la nécessité de prendre des mesures spéciales. Ou bien notre droit suffit à assurer la laïcité et la neutralité de l'État,dont le principe fait largement consenus, ou bien certaines de ses dispositions en compromettent l'atteinte et il faut les corriger. Cela plutôt qu'une contre-charte...

    • Claude Bariteau - Abonné 15 février 2019 10 h 03

      M. Maltais Desjardins, votre déduction est erronée et vous le savez. Mon propos avance seulement qu'il faille un socle à l'expression de la citoyenneté pour la démarque des comportements religieux, ce que vous accepteriez pour apporter des correctifs telles des mesures spéciales qui s'imposeraient, une thèse soutenue par M. Lebel.

      La question de la citoyenneté au-dessus des religions est plus que l'affirmation du principe de la séparation des pouvoirs. Il en va de l'expression même de ce principe dans les institutions de l'État. Si seules des cas de violence ou autres peuvent justifier à vos yeux des mesures spéciales, c'est que la citoyenneté pour vous devient un principe général. Pour moi, c'est un liant qui s'exprime au quotidien.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2019 10 h 23

      "(...) de fonder une vision citoyenne en en faisant un socle au-dessus des religions". CB

      Une vision citoyenne au-dessus des religions n'est en rien incompatible avec la permission aux fonctionnaires de porter un vêtement prescrit par une religion donnée à laquelle il appartient.

      Par exemple, un État totalement laïc peut permettre à une employée aux permis de conduire de porter le voile - cela ne fait pas en sorte que ledit État ne serait pas totalement laïc ou serait un état confessionnel musulman. Cela signifierait que l'état laïc permet à ses employés de porter une partie de vêtement prescrit par sa religion.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2019 10 h 28

      "Une vision citoyenne au-dessus des religions n'est en rien incompatible avec la permission aux fonctionnaires de porter un vêtement prescrit par une religion donnée à laquelle il appartient." Il faudrait lire, in fine de cette phrase "à laquelle ils appartiennent".

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 février 2019 10 h 28

      Je sais qu'elle est erronée, monsieur Bariteau. Elle me semblait pourtant découler de vos propos. Je suis d'accord qu'il faut un socle tel que vous le souhaitez. Mais je crois qu'il existe déjà. Quand je demande ce qu'il faudrait corriger dans le droit, l'idée n'est pas d'en faire un principe général désincarné qu'on ne devrait invoquer qu'en cas de violences, mais tout au contraire de manière à ce qu'il informe nos pratiques quotidiennes sans que nous soyons constamment obligé de le rafistoler en introduisant ici et là des dispositions particulières (ce dont je ne vous prête pas le motif, bien entendu).

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 11 h 04

      Jean-Henry Noël
      Votre définition de "communauté" rejoint celle de "community" à l'américaine, liée à celle de voisinage. Mais l'idéologie multiculturaliste a une toute autre définition. Elle assigne à chaque individu une appartenance présumée à un groupe social (forcée, sans critères définis nulle part et attribuée par on-ne-sait-qui) qu'elle dénomme communauté. La plupart du temps, le critère retenu est celui de la religion ou de la couleur de la peau: "communauté noire", "communauté musulmane", etc.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 15 février 2019 11 h 50

      Monsieur Thibodeau. J'ai dit «de prime abord» et j'y tiens. Voici le dictionnaire :
      communauté :
      (féminin)

      Groupe social dont les membres vivent ensemble, ou ont des biens, des intérêts communs.
      Vivre en communauté.
      synonymes: collectivité.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 11 h 54

      Claude Bariteau
      "fonder une vision citoyenne en en faisant un socle au-dessus des religions" est effectivement le grand enjeu derrière ces débats. On pourrait également dire: proposer une organisation sociale dans laquelle la seule Autorité reconnue est celle des citoyens, indépendamment des convictions religieuses ou non-religieuses de chacun d'entre eux.

      Vous connaissez la situation des Québécois: une enclave de 8 millions d'habitants entourée de 350 millions d'anglo-saxons farouchement opposés au concept de laïcité, et en plus, contraints par une Constitution qu'ils n'ont jamais acceptée.

      Personnellement, je prends en considération qu'après 2 échecs référendaires et le cafouillage déplorable autour de la Charte des valeurs, la proposition Legault va enfin permettre de faire un pas significatif en avant, tout aussi imparfait et incomplet sera-t-il. Laissons passer l'ouragan qui se déclenchera chez nos voisins. Il sera toujours temps, pour nous, par la suite, d'aller beaucoup plus loin.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 12 h 13

      Claude Bariteau
      "fonder une vision citoyenne en en faisant un socle au-dessus des religions" est effectivement l'enjeu fondamental sous ces débats. Ou encore, proposer une organisation sociale dans laquelle la seule Autorité reconnue est celle des citoyens, indépendamment des convictions religieuses ou non-religieuses de chacun.

      Vous connaissez la situation des Québécois. Une enclave de 8 millions d'habitants entourée de 350 millions d'anglo-saxons farouchement opposés à ce concept et à celui de laïcité, et soumis malgré eux à une Constitution à laquelle ils n'ont jamais adhéré.

      Après 2 échecs référendaires et le cafouillage auquel la Charte des valeurs a donné lieu, le projet Legault permettra enfin de faire un pas significatif en avant, tout aussi incomplet sera-t-il. Laissons passer la tempête à laquelle il donnera lieu chez nos voisins. Après, il sera toujours temps d'aller beaucoup plus loin que là où ce gouvernement est prêt à aller.

    • François Beaulne - Abonné 15 février 2019 14 h 17

      Tout à fait d'accord avec vous M. Thibodeau. Nous apprécions les textes de Monsieur Rioux non seulement parce-que nous apprécions sa contribution pondérée aux débats d'actualité, mais également pour son argumentaire fondé et recherché. Que l'on partage entièrement ou non son point de vue, là n'est pas la question. Ce qui réconforte à la lecture de ses textes c'est la rigueur, la cohérence et la factualité avec lesquels il nous présente son argumentation. Du bonbon pour ceux qui apprécient le vieux dicton de Boileau:<Ce qui se conçoit bien se dit clairement et les mots pour le dire viennent aisément>. Ce texte, comme la plupart de ses autres textes sont en symbiose avec la majorité silencieuse québécoise. Sa contribution au Devoir en fait un atout pour ce journal.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 février 2019 14 h 26

      Monsieur Thibaudeau, je crois que nous vivons dans « une organisation sociale dans laquelle la seule Autorité reconnue est celle des citoyens, indépendamment des convictions religieuses ou non-religieuses de chacun d'entre eux. » C'est tellement vrai que même dans le cas limite où quelqu'un voudrait imposer le voile à une femme, celle-ci pourrait bénéficier de la protection de la loi pour s'y soustraire.Si vous voulez évoquer l'Autorité même seulement morale qu'un enseignant pourrait exercer sur les enfants, elle tombe déjà sous le coup de l'interdiction de prosélytisme, contre laquelle les enfants doivent être protégés, qu'elle vienne des convictions religieuses mais aussi non-religieuses des professeurs, bien que nous soyons moins alertés par ces dernières.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 16 h 34

      Mon cher M Desjardins, allez raconter ça aux Français qui ont vu de nombreuses banlieues se transformer en petites Arabies saoudites locales, où même les policiers n'osent pratiquement plus mettre les pieds. Ce qu'ils appellent là-bas les "territoires perdus"... Et... non! Ce ne sont pas juste les membres du RN qui le disent!

      Pour ce qui est du prosélytisme, je suis sûr que vous avez lu aussi bien que moi l'excellent article "Les messages véhiculés par les signes religieux" de Caroline Beauchamp du 9 fév. Mais vous ne reconnaîtrez jamais que tout signe religieux visible est l'équivalent d'un panneau publicitaire. (C'est d'ailleurs bien pour ça que certains y tiennent tant.) Et ce, peu importe la "signification personnelle" qu'une personne prétend lui donner. La signification des symboles et des.mots, qui sont des outils de communication, ne relève nullement d'un privilège individuel, en société. Chacun peut bien écrire son propre dictionnaire à sa guise, mais doit accepter les risques inhérents à un tel choix. Et les Québécois sont parfaitement légitimés (comme les Français, comme les Genevois) de ne pas avoir envie que leurs enfants soient exposés 7h./jour à cette publicité provenant d'ume personne qui représente l'autorité adulte dans leur classe.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 16 h 39

      J'entends bien, M. Noël, mais les anti-racistes et multiculturalistes de ce monde se sont fait une spécialité de déformer complètement le sens des mots qui est décrit par les dictionnaires. Je me suis même senti poussé, un jour, d'écrire un lexique pour aider ceux qui n'y comprennent plus rien à s'y retrouver.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 février 2019 05 h 46

      Monsieur Thibaudeau, vous êtes manifestement de ceux qui estiment que le sens des mots rend compte de ce que les choses sont. Et comme le sens des mots est la propriété commune de ceux qui en décident entre eux, il faut convenir à leur suite qu'un homme, c'est un homme, une femme une femme, un voile une affiche publicitaire. Avec application, en mettant des petits signets un peu partout dans son dictionnaire pour bien s'y retrouver dans son monde. Mais trève d'allusion à cette obtuse manière de conceptualiser. On a compris la leçon de madame Beauchamp. Le sens des symboles n'appartient pas seulement à ceux qui les arborent. En fait, il ne leur appartient pas du tout. S'ils s'y accrochent néanmoins, pour leur plus grand malheur et le nôtre, ils iront s'enclaver avec leurs semblables dans les territoires perdus de la République, qui n'en a rien à cirer, autrement.

    • Christian Roy - Abonné 16 février 2019 18 h 37

      M. Thibaudeau,

      Si le projet de loi passe... s'il requiert le recours à la clause Nono (Nono dans ce cas-ci, cela me paraît évident par la discrimination qu'il institutionalise) vous allez assister au Québec à une explosion de nouvelles écoles privées reigieuses. M. Legault a une mauvaise bonne idée - basée sur des motifs strictement électoralistes - de changer ce qui fonctionne déjà dans l'école publique actuelle. L'ouverture aux différences et aux réalités plurielles, la recherche d'un vivre-ensemble respectueux où chacun est égal aux autres. Une école fondée sur des principes qui donnent le goût de vivre au Québec.

      M. Legault a vraiment le tour pour rabaisser (comme vous le dites) l'humanité "dans des sociétés essentiellement composées de « communautés ». " Et ça commencera dès le plus bas âge. Vive le privé ? Vive la ségrégation ? Pour moi, c'est NON !

      Le laïcisme d'État mène malheureusement à un cul-de-sac. Cela me fait pas mal plus peur que les ennemis exotiques qu'on peut s'inventer.

  • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2019 05 h 55

    La loi genevoise est moins radicale que ce que proposait la Charte des valeurs québécoises.

    La loi genevoise n'interdit le port des signes religieux qu'aux fonctionnaires qui font affaire avec le public. Peut-être que cette interdiction ne s'applique pas aux fonctionnaires dont le travail avec le public n'implique pas de contact visuel, comme dans un centre d'appels par exemple (à vérifier - n'ai pas eu le temps de le faire).

    La Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois proposait d'interdire le port des signes religieux à tous les fonctionnaires.

    Bien entendu, dans les deux cas, il s'agit d'une interdiction ne s'appliquant que dans l'exercice de leurs fonctions.

  • Yvon Montoya - Inscrit 15 février 2019 06 h 54

    Seuls deux cantons sur 26 déclarent la laïcité dans leur constitution. Il serait intéressant d’analyser pourquoi la laïcité suisse réside dans les cantons francophones et non ailleurs dans le Fédéral Suisse? A Fribourg par exemple les moines dominicains donnent leur cours en soutane. À prendre pour exemple un canton ne nous dit rien sur la Suisse comme État. Puis pour prendre exemple alors pourquoi ne pas réfléchir sur le fédéralisme Suisse qui se porte à merveille avec trois langues, trois cultures, trois traditions du vivre-ensemble? La complexité Suisse nous échappe dans votre article.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2019 11 h 33

      Yvon Montoya
      Il n'est nullement dû au hasard que les seuls cantons suisses laïques soient ceux où se trouvent une proportion élevée de francophones, voire la majorité.

      Les débats actuels sur la laïcité et le multiculturalisme sont en continuité directe avec des débats philosophiques qui ont pris naissance dès le XVIIIe siècle et qui perdurent toujours aujourd'hui, comme si le passage des siècles n'avait rien fait bouger. Ces débats ont opposé dès l'origine les philosophes des Lumières (comme Diderot, Voltaire, Rousseau), surtout Français, au contre-courant des anti-Lumières, provenant essentiellement du monde anglo-saxon (et germanophone).

      Et... devinez un peu où se situe la pomme de discorde principale depuis plus de 300 ans entre ces deux courants? La place de Dieu dans l'organisation des sociétés! À la Révolution, les Français ont choisi de faire des citoyens l'Autorité ultime unique, alors que les anglo-saxons considèrent que Dieu doit nécessairement y prédominer.

      Ce n'est nullement un hasard si l'on entend à nouveau autant parler de religions en dépit du fait que le rouleau-compresseur de la non-croyance fait son œuvre inexorablement presque partout en Occident.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 février 2019 12 h 48

      M. Montaya, j'ai écrit que la structure politique en fait implique que le parlement fédéral définisse une politique d'ensembler pour qu'elle soit appliquée. Il ne l'a pas fait parce que « la conception fédéraliste actuelle du droit en matière religieuse fait que les cantons sont libres d’élaborer leurs propres réglementations en matière d’affichage et de port de symboles religieux, dans le respect de la liberté de conscience et de la liberté de croyance garanties par la Constitution » (https://www.ejpd.admin.ch/dam/data/bj/aktuell/news/2017/2017-06-09/ber-br-f.pdf) et que l'État fédral a renoncé à adopter un dispositif légal.

      C'est ce qui explique que ce sont les cantons qui légifèrent sur ce point. En fait, la Suisse a adopté un principe général et il revient aux cantons de légiférer. Si les provinces détenaient le pouvoir des cantons, le Canada ne pourrait pas faire valoir ses prérogatives en cette matière et les provinces, dont celle du Québec, pourraient légiférer comme les cantons suisses qui l'ont fait, plus de deux, ou qui appliquent des règles contrant les crucifix dans les classes et des signes religieux portés par le personnel enseignant.

      Lorsqu'on cite des cas en exemple, il faut toujours se demander ce qui explique les pratiques citées.

    • Diane Boissinot - Abonnée 15 février 2019 14 h 22


      @ Yvon Montoya
      Vous écrivez: «A Fribourg par exemple les moines dominicains donnent leur cours en soutane.»
      Wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_Pr%C3%AAcheurs_ «Actuellement, autour de 80 dominicains vivent, étudient et travaillent en Suisse, dont une trentaine sont membres de la province suisse. Ils sont rattachés à sept communautés, dont la plus grande est à Fribourg. Couvent de formation, Fribourg reçoit de nombreux frères d'autres provinces, ce qui lui confère un caractère international. Les frères de la province de Suisse sont présents à Fribourg, Genève et Zurich18.»
      Une question M. Montoya: Est-ce que les moines dominicains qui enseignent à Fribourg en soutane sont payés par l'État, sont-ils des «agents de l'État»? Dans la négative, qu'ils enseignent en soutane dans leur couvent est tout à fait normal. La situation serait en principe la même ici. Une école privée religieuse ne serait pas, en principe, assujettie à une loi sur la laïcité de l'État.

    • François Beaulne - Abonné 15 février 2019 17 h 06

      Poser votre question c'est y répondre. Pourquoi ce sont les cantons francophones qui font de la laicité une valeur fondamentale et non les autres cantons germaniques ou autres.: c'est parce qu'ils sont francophones. Pourquoi la laicité est un enjeu au Québec et non dans les autres provinces canadiennes: pour les mêmes raisons. Ce n'est pas sorcier de comprendre ça!