Élections 2019: de deux maux, le moindre

Ainsi, si on en croit les récents sondages et si un faux pas ne vient pas tout faire dérailler, les « voies ensoleillées » pourraient mener Justin Trudeau et ses libéraux vers une réélection en octobre, essentiellement grâce à un solide appui des Québécois et à une récolte de sièges sur notre territoire qui pourrait être comparable à celle des néo-démocrates, lors de la vague orange de 2011.

Pourtant, la Trudeaumanie, si tant est qu’elle ait vraiment existé après octobre 2015, s’est essoufflée. La promesse de diriger un gouvernement vert a pris la forme du rachat d’un pipeline. Celle d’une réforme du scrutin a carrément été mise à la déchiqueteuse. Le déficit « modeste » frôle les 20 milliards de dollars. Le « Canada de retour » sur la scène internationale ? Vraiment ? Les observateurs parient déjà sur une défaite du gouvernement dans sa quête pour obtenir un siège au conseil de sécurité des Nations unies, en 2020, notamment parce que, comme Stephen Harper, Justin Trudeau n’a pas articulé de réelle politique par rapport à l’Afrique. Le gouvernement conservateur avait dû retirer en 2010 la candidature du Canada à cette même instance, faute d’appuis suffisants.

Il restait bien l’image d’un jeune premier ministre dynamique et séduisant, accueilli en rock star à l’étranger par des hordes d’admirateurs en quête d’égoportraits. Cet atout, s’il en est un, s’est transformé en cirque lors d’une mission en Inde. Quelques groupies lui restent fidèles, tel le célèbre columnist du New York Times, Nicholas Kristof, qui chantait encore ses louanges tout récemment, mais ils sont de moins en moins nombreux.

À bien y regarder, il n’y a que la légalisation du cannabis qui, de toutes les promesses phares, s’est concrétisée. De là à dire que les 39 % de gens qui expriment leur intention de voter pour le PLC sont sous l’influence du pot, il y a un grand pas à ne pas franchir !

Non, si l’appui aux libéraux se maintient, c’est qu’une course à deux se dessine à l’échelle du Canada. À 8 % au Québec, le NPD représente un vote « perdu ». Le parti court à sa perte et n’est nullement compétitif. Il reste donc les conservateurs qui, tout en étant solides dans l’Ouest, n’arrivent tout simplement pas, depuis Brian Mulroney en 1988, à séduire les Québécois, en ne récoltant à chaque scrutin depuis qu’entre 0 et 12 sièges.

S’ajoute la prime aux chefs issus du Québec, sans parler de la crainte de voir émerger une forme d’axe de droite, à tendance climatosceptique, constitué de Jason Kenney en Alberta, de Doug Ford en Ontario et d’Andrew Scheer à Ottawa. La couverture du Maclean’s daté du 1er décembre dernier illustrant les figures de la « résistance » à la taxe sur le carbone avait de quoi effrayer plus que toute la série du Parc jurassique.

Bref, bien des Québécois voudront bloquer le retour du PC et, de deux maux, du PLC ou du PC, choisir le moindre. Dans ces circonstances, quel rôle reste-t-il pour le Bloc québécois qui semble reprendre de la vigueur ? Les électeurs retrouvent un parti, avec Yves-François Blanchet à sa tête, qui, oui, promeut l’indépendance, mais qui défend aussi les intérêts du Québec. Ce qui inclut désormais les revendications du gouvernement Legault auxquelles le gouvernement fédéral (libéral ou non) aura tendance, après avoir traîné les pieds, à dire tout simplement non, comme il vient de le faire deux fois plutôt qu’une.

Or si François Legault n’arrive pas à arracher le moindre gain à Ottawa, comment réagira-t-il ? Fortement sans doute. Dans cette hypothèse, l’appui d’un certain nombre d’indépendantistes supplémentaires à la Chambre des communes dès l’automne pourrait faire une différence dans ses bras de fer à venir avec le gouvernement fédéral.

Ainsi, soutenu par une bonne majorité de Québécois, le gouvernement caquiste tentera de tenir, d’ici juin, certaines de ses promesses en matière de laïcité et de réforme de l’immigration. Mais, déjà, il trouve Justin Trudeau sur son chemin. De façon paradoxale et en toute incohérence, il se pourrait tout de même qu’un grand nombre de Québécois, comme ils votaient Trudeau père et Lévesque en même temps à une autre époque, finissent par appuyer le multiculturalisme postnational de « Justin » et sa fermeture face aux demandes du Québec, après avoir donné à la CAQ un mandat nationaliste fort un an plus tôt. Ne dit-on pas que l’histoire se répète ?

Veuillez noter que la chronique de Louise Beaudoin paraîtra le deuxième lundi de chaque mois.

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