Le rouleau compresseur

La nouvelle ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a fait une entrée remarquée avec sa déclaration sur le hidjab, dans lequel elle a dit voir un signe d’« oppression ». Les quelques réserves manifestées par ses collègues du gouvernement traduisaient cependant moins un désaccord sur le fond qu’un doute sur l’à-propos d’une telle déclaration à la veille de la présentation du projet sur les signes religieux.

Depuis le caucus présessionnel qui a été tenu à Gatineau il y a deux semaines, le gouvernement manifeste de moins en moins d’inhibitions sur cette question, plus convaincu que jamais d’avoir l’appui non seulement de la base caquiste, mais aussi d’une grande partie de la population, qu’un excès de timidité pourrait décevoir.

Quand le premier ministre avait parlé de la nécessité d’être « rassembleur », plusieurs avaient cru y voir un appel à la modération. Les signaux envoyés au cours des derniers jours vont plutôt dans le sens de la fermeté.

Alors que M. Legault avait promis que les 18 000 demandes d’immigration accumulées au cours des dernières années seraient traitées selon les règles en vigueur au moment où elles ont été faites, le projet de loi présenté jeudi par le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, les a purement et simplement annulées, moyennant dans certains cas une compensation de 1000 $.

Le « test des valeurs », qui a été une source d’embarras pour la CAQ depuis que M. Legault en a lancé l’idée, fera également partie des conditions du maintien de la résidence permanente qu’il entend négocier avec le gouvernement fédéral. Même Québec solidaire, qui s’oppose à un tel test, estime que le Québec devrait pouvoir décider seul de l’imposer ou non. Ottawa n’a cependant pas tardé à opposer une fin de non-recevoir particulièrement expéditive, même si elle était prévisible.


 

M. Jolin-Barrette sera un homme très occupé au cours des prochaines semaines. Le projet de loi sur la laïcité sera vraisemblablement présenté d’ici trois semaines, avant que l’Assemblée nationale fasse relâche jusqu’à la mi-mars. Compte tenu du temps requis par le débat sur le discours du budget, la fenêtre pour faire adopter le projet de loi avant l’ajournement de juin, comme M. Legault le désire ardemment, sera très étroite.

Cela suppose que les différentes étapes prévues au règlement devront être franchies au pas de course, et le gouvernement semble disposé à agir comme un rouleau compresseur. Il n’entend surtout pas revivre le cirque auquel avaient donné lieu certains témoignages durant les audiences publiques sur la charte de la laïcité du gouvernement Marois. On souhaiterait même faire l’économie de consultations dites « particulières », beaucoup plus limitées.

On voit cependant mal comment le projet de loi pourrait être considéré comme une simple modification de la loi sur les services à visage découvert que le gouvernement Couillard avait fait adopter à grand-peine, malgré son insignifiance. L’interdiction du port de signes religieux est au coeur du débat sur la laïcité depuis la commission Bouchard-Taylor. Vouloir trancher la question sans donner la parole à la société civile et vraisemblablement en imposant le bâillon à l’Assemblée nationale soulèverait à coup sûr un tollé.


 

L’indignation sera encore plus vive si le gouvernement décide d’inclure dans le projet de loi une disposition de dérogation qui le soustrairait aux dispositions des chartes canadienne et québécoise des droits afin de prévenir un recours aux tribunaux. Si tel était le cas, l’avocat Julius Grey a déjà averti qu’il était prêt à en référer aux Nations unies.

Cela pourrait toutefois être le prix à payer pour en finir avec ce débat pendant au moins cinq ans, après quoi il faudra décider si la disposition de dérogation doit être renouvelée. Laisser aux opposants la possibilité de contester la loi donnerait lieu à des causes hautement médiatisées qui ne feraient qu’entretenir le débat. Qui plus est, la conclusion du processus en Cour suprême pourrait survenir à la veille de l’élection de 2022, en faisant dès lors un enjeu incontournable de la campagne.

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Il vaut peut-être mieux en finir d’un coup, comme on l’a fait en éliminant froidement d’un trait de plume les 18 000 demandes d’immigration qui auraient retardé la mise en place des nouvelles politiques de la CAQ.

Au Canada anglais, où la disposition de dérogation est perçue comme une invention du diable, cela provoquerait à coup sûr une levée de boucliers. Déjà considéré comme un parasite vivant aux crochets de la fédération, le Québec se verrait de nouveau accusé de tous les péchés du monde.

À Ottawa et dans le reste du pays, on perdrait toute envie de faire des concessions au Québec, de la même façon que la disposition de dérogation par le gouvernement de Robert Bourassa en 1988 avait signifié l’arrêt de mort de l’accord du lac Meech. M. Legault a peut-être déjà réalisé qu’il n’obtiendrait rien de toute façon et qu’il vaut mieux penser à sa réélection.

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50 commentaires
  • Roger Gobeil - Inscrit 9 février 2019 01 h 55

    Au diable le ROC

    Si Ottawa et le ROC n'aiment pas la disposition de dérogation, peut-être alors aimeront-ils ouvrir des négociations constitutionnelles pour en jaser! Entre-temps, le Québec n'a pas à s'en priver s'il le faut.

    • William Dufort - Abonné 9 février 2019 09 h 20

      Fort bien dit M. Gobeil.

      Allons de l'avant avec les outils dont nous disposons, en attendant d'en avoir plus.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 février 2019 14 h 08

      Très bien dit M. Gobeil. Plus rien à dire.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 9 février 2019 16 h 46

      La boîte de Pandore sera un panier de crabes.

  • Marie Nobert - Abonnée 9 février 2019 02 h 44

    Le rouleau compresseur c. les rouleaux de printemps (!)

    Misère! L'article 33 de la Loi constitutionnelle de 1982 et Robert Bourassa, le seul, qui... Grosse fatigue. Mettre en perspective ce qui suit: http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/L-4.2 - https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/384/index.do?q=Valérie+ford Bon! La devise nationale du Québec est désormais: «Je... heu! heu! heu!» Grosse fatigue.

    JHS Baril

    Ps. Il n'y aura pas de ps.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 février 2019 06 h 49

    Comment cuisiner des menus originaux avec des restes de table ?

    Là se trouvait le défi de la CAQ dans les dossiers activés par le PLQ qui visaient à irradier au Québec les vues du Canada en immigration, à propos de la laïcité, en environnement, en transport en commun, dans les garderies ou à l'égard du « vivre ensemble ».

    Depuis son élection, ce parti s’agite à formuler des alignements dans un champ miné dont le PLQ fut éjecté.

    Au caucus d’avant la session, la CAQ semble avoir refusé à mitonner des plats avec les ustensiles dans la cuisine gouvernementale par le PLQ.

    Depuis, ses ministres confectionnent de nouveaux menus et entendent les livrer rapidement parce qu’il y a urgence d'en produire d’autres avec diligence et que ceux qu'ils ont mis dans le collimateur sont déjà bien documentés.

    S’agit-il d’une démarche compressive ? J'y vois plus une approche pour livrer rapidement autres choses que les menus du PLQ prisés par le PLC, voire les Canadiens hors Québec.

    En vous lisant, M. David, j’ai noté que vous auriez souhaité qu'un rouleau compresseur ne s'invite pas dans le dossier de la laïcité, ce qui permettrait une levée de boucliers pour tuer dans l'œuf un dossier que des têtes d’affiche de Radio-Canada s’esquintent à répéter qu’il faut laisser ce dossier en plan et passer à autre chose, question d'affirmer au Québec la vision canadienne.

    Personnellement, j’attends voir le plat sur la laïcité. S’il rejoint mes goûts et ceux des des Québécois/e/s, je recommanderai de le servir parce que ça fait dix ans que nous évitons de marcher sur les pieds d’un voisin, qui laboure le Québec avec les outils sophistiqués conçus pour le Canada depuis 1982.

    Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’excuser d’être ce que veulent les habitants du Qubec qui, en 2018, ont dit en avoir marre des recettes canadiennes et ont élu des parlementaires de trois partis qui prônent les menus différents.

    • Gilles Gagné - Abonné 9 février 2019 14 h 31

      Je partage votre avis M. Bariteau, le rouleau compresseur passé M. David devra réajuster sa chronique qui se nourrissait de la controverse. M. David aime les joutes politiques pour ainsi les noter entre A+ et E- en fin d'année, l'appel au peuple l'automne dernier l'a privé de ce privilège personnalisé.

  • Michel Lebel - Abonné 9 février 2019 07 h 08

    Le principe démocratique


    Dans une démocratie, dans un État de droit, les libertés fondamentales, dont la liberté de religion, doivent être respectées. La laïcité, si voulue par le gouvernement, ne peut faire fi de ces libertés, sinon l'État de droit importe peu ou pas. L'usage d'une clause dérogatoire à une liberté fondamentale doit être exceptionnel et être justifié pour des motifs extrêmement sérieux. Les libertés fondamentales ne doivent pas dépendre d'un simple vote majoritaire d'une assemblée d'élus. Ces libertés forment la base de tout régime démocratique. Le gouvernement et les tribunaux doivent les protéger et garantir, mais non permettre leur violation ou affaiblissement.

    Michel Lebel

    • Eric Ricard - Inscrit 9 février 2019 09 h 05

      Et la liberté et le droit de confier son enfant à un professeur qui ne porte pas de signes religieux en présence d'élèves, (donc qui ne fait pas de prosélytisme), qu'en faites-vous ? Surtout quand ce droit a été entériné démocratiquement. La base de tout régime démocratique est de respecter les décisions prises démocratiquement si elle sont justifiées et dans un cadre raisonnable. La justification est le prosélytisme envers une clientèle vulnérable et captive. Le cadre raisonnable est un enseignant ne porte pas de signes religieux en présence de ses élèves.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 février 2019 09 h 36

      « Dans une démocratie, dans un État de droit, les libertés fondamentales, dont la liberté de religion, doivent être respectées. »

      Vous posez ensemble deux conditions que la charte canadienne distingue soigneusement.

      Toutes les dispositions de la charte visent à donner son contenu juridique à l'État canadien en tant que le droit y a préséance. Ce qui en fait un État de droit.

      Toutes, sauf l'article 1, d'abord, qui pose l'autre condition, soit que cette préséance de l'État de droit n'est pas suspendue entre Ciel et Terre, mais que son application peut être tempérée par le législateur quand il estime que telle limitation est justifiable démocratiquement.

      Sauf l'article 33, qui pousse encore plus avant le principe démocratique en soustrayant pour cinq ans les restrictions à l'examen de la cour suprême.

      Ainsi, quand vous dites que ces libertés « doivent » être respectées, on ne peut prendre cet énoncé comme une prescription absolue ni interpréter la décision d'une législature de la limiter comme un usage illégime de la démocratie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 février 2019 10 h 05

      J'ajoute que si l'usage de l'article 33 n'est pas illégitime, même quand un gouvernement s'en sert pour trancher un débat par le poids du nombre, le fait que le nombre ait décidé ne clot pas le débat de la légitimité. Par exemple, que le gouvernement Bourassa ait adopté la loi 178 en utilisant la clause dérogatoire n'a pas du tout empêché que des recours soient adressés et reconnus aux Nations Unies.

    • Michel Lebel - Abonné 9 février 2019 10 h 07


      @ Richard Maltais Desjardins,

      Je vous signale que pour limiter les droits et libertés, il faut un ''objectif réel et urgent'', selon la Cour suprême du Canada. Pour ce tribunal et pour le bien d'une démocratie, ces libertés ne doivent donc pas être du bidon. Le gouvernement Legault prend la violation de ces libertés bien trop à la légère. Voilà une grave erreur fondée sur le populisme, voulant que la ''majorité'' aurait toujours raison. Je le répète, il faut des raisons sérieuses et urgentes pour limiter une liberté. Une clause dérogatoire (art.33) en la matière ne doit pas être utilisée comme une lettre à la poste!

      M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 février 2019 11 h 38

      Pour être précis, le Comité des droits de l’homme, non les Nations Unies, a signalé, sur division, qu'il revient à un pays, non à une province, de statuer sur l'expression des langues officielles en matière de publicité et a invité la Province de Québec à revoir la formulation de la loi 178. Voir : http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/Quebec-ONU-C

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 février 2019 11 h 44

      M. Lebel, vous savez parfaitement qu'il existe des limites au libertés, fussent-elles "fondamentales".

      Je vious met au défi d'entre à L'Aseemblée nationale tenant le drapeau de la Corée du Nord. Remerciez-moi, j'aurais pu parler de la svatiska.

      Le ROC s'est érigé partout en massacrant et en dépossédant tout ce qui n'était pas WASP avec l'appui empressé de tous les christianismes y compris le catholicisme suite à l'entente de Rome.
      Le ROC ne voit aucun problème a vivre avec les religions : elles le servent très bien.

      Malgré le dévouement de tel curé et de telle nonne, l'Église a tout fait pour que la nation québécoise et les nations autochtones soient asservies aux Anglais puis aux Canadians.

      Les religions sont des organisations sociales dont le but est de posséder le pouvoir temporel dans le but de contrôler les âmes. Je ne crois pas pouvoir soustraire ni modifier un seul mot de ce qui précède.

      Pouvoiir temporel : le contrôle du comportements est un pouvoir temporel, d'ici bas, dans notre galaxie près de chez nous. Rien de spirituel dans une religion.
      Contrôle des âmes aussi, évidemment! Qu'il existe des âmes ou pas est sans objet ici, nous parlons de politique.

      Le ROC en est au débat d'acceptation de plusieurs religions vs le pouvoir WASP.
      Le Québec parle de religion vs aucune religion dans le domaine public. Aucun des deux ne parle de réduire des libertés. À moins que que vous vous obstiniez à brandir ce drapeau?

      Le symbole dépasse la personne qui le porte. Dans le cas des religions il est transcendant et se veut, dans les faits, plus grand que le pouvoir d'État.
      On n'entre pas en religion sur une question de mode mais de conviction, et le port des signes qui se disent plus importants que l'État peut se faire trềs librement... mais pas pendant qu'on est payé par l'État.

      Ce serait aller contre l'état de droit.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 février 2019 12 h 15

      Monsieur Lebel, je ne suis pas un spécialiste de l'interprétation de la Charte, mais il semble que l'expression « objectif réel et urgent » (Oakes) est avantageusement précisée par la notion de « objectif raisonnable », dont l'appréciation est plus aisée que celle d'urgence tout en interdisant pas que le raisonnable en ait aussi les traits.

      Monsieur Ricard invoque d'ailleurs de manière pertinente ce critère pour justifier l'interdiction des signes. Il faudrait donc qu'il puisse établir un lien suffisamment fort entre signe et prosélystisme pour que l'interdiction soit jugée raisonnable. C'est d'ailleurs du fait de l'impossiblité d'établir ce lien que la loi devra se mettre sous la clause 33.

      Monsieur Bariteau, on s'entendra pour dire que le comité des droits de l'homme des Nations Unies est un organisme des Nations Unies ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 février 2019 12 h 20

      Je conviens avec vous, monsieur Lebel, que la clause 33 ne doit pas être utilisée comme une lettre à la poste, mais le prix à payer n'est pas juridique (malgré le recours un peu symbolique au droit international le cas échéant) mais politique. Je présume qu'il y a encore assez d'aviseurs juridiques au gouvernement pour mettre en exergue les risques d'une utilisation inconsidérée de la clause dérogatoire. Encore que. On verra...

    • Claude Bariteau - Abonné 9 février 2019 13 h 19

      M. Lebel, vous écrivez que, « dans une démocratie, dans un État de droit, les libertés fondamentales, dont la liberté de religion, doivent être respectées. La laïcité, si voulue par le gouvernement, ne peut faire fi de ces libertés, sinon l'État de droit importe peu ou pas.

      Or, la déclaration universelle des droits et liberté des Nations Unies (http://www.un.org/fr/universal-declaration-human-r et la Convention de sauvegarde des droit de l’homme et des libertés fondamentales (http://sos-net.eu.org/etrangers/ddhc/cedh.htm) stipulent aux articles 18 et 9.1 que « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ».

      Elles précisent aussi aux articles 29 et 9.2 que seules les restrictions prévues dans les lois et comprenant des mesures visant le respect, la protection des droits et libertés d’autrui et le bien-être général dans une société démocratique sont compatibles avec l’application de la reconnaissance des droits fondamentaux.

      Aussi ai-je un peu de difficulté à décoder de vos propos que la laïcité ne soit pas une forme de protection choisie par un État démocratique pour précisément protéger les droits et libertés d’autrui dans un État de droit.

    • Michel Lebel - Abonné 9 février 2019 13 h 28

      @ Richard Maltais Desjardins,

      Je me demande toujours pourquoi le gouvernement veut s'embarquer dans ce débat sur les signes religieux, qu'il ne faut pas confondre avec un grand débat de société sur la laïcité. Ya-t-il péril dans la demeure! Péril à venir? Quel péril? Ou est-ce tout simplement pour répondre à une promesse électorale (visant l'islam et le voile islamique)? Tout ceci me laisse bien perplexe. À suivre.

      M.L.

    • Eric Ricard - Inscrit 9 février 2019 14 h 27

      @Richard Maltais Desjardins. L'interprétation du lien entre le port de signes religieux par un professeur en présences de ses élèves et le prosélytisme (qu'il soit fait consciemment ou non) repose inévitablement sur le jugement démocratique et il serait irresponsable de la part de juges d'aller à l'encontre de ce jugement démocratique.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 février 2019 14 h 30

      Et si en 2019, on commençait à repenser le credo des libertés fondamentales en excluant celui de la religion? Les chartes ne sont pas des textes immuables comme le sont les tablettes d’un certain Moïse. Elles sont organiques et se doivent de refléter les aspirations de ceux qui en subissent les conséquences. Tous ont la liberté d’expression en démocratie, mais ils ne peuvent pas l’imposer les autres dans la sphère étatique ou bien publique comme le font les différentes idéologies politico-religieuses. La liberté des uns, qu’elle soit religieuse ou autres, n’est pas libéré de toutes contraintes et une limite doit s’imposer dans la sphère étatique pour ne brimer les droits inaliénables des autres. Désolé, mais subir l’affront d’un symbole ostentatoire religieux en terrain étatique n’a rien de démocratique. Imaginez maintenant pour une clientèle sans défense que sont les apprenants dans les salles de classe, prosélytisme oblige.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 février 2019 15 h 28

      @Monsieur Ricard, désolé de vous contredire, mais les juges qui auraient à décider si la restriction est justifiée ne se contenteraient pas de compter les appuis. Il suivraient une démarche très rigoureuse dont les contours ont été pas mal codifiés depuis l'arrêt Oakes.

      @Monsieur Lebel, il faut dire que près de 29% pour des électeurs inscrits ont voté pour la CAQ, ce qui n'est déjà pas astronomique. Ajoutons une partie des voteurs QS et PQ qui seraient plutôt d'accord avec cette position laïciste... on est encore loin d'un plébiscite, j'en conviens. S'il est une chose sur laquelle tous les québécois qui ne sont pas indifférents à cette question souhaitent clairement, c'est qu'elle soit réglée.Mais leur sentitment d'urgence vient soit du fait qu'ils pensent qu'ils ont raison et que le momentum les favorise, soit qu'ils ont acquis la certitude que plus aucun progrès ne pourra être réalisé dans la réflexion. Je le déplore.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 février 2019 15 h 35

      Il me semble qu'on ne peut pas dire en même temps que les chartes ne sont pas immuables, ce qui est vrai, mais qu'il existerait des droits inaliénables... qui rendraient immuables les dispositions des lois dans lesquels ces droits seraient enchassés une fois pour toures. C'est précisément pour surmonter cet apparent paradoxe que la charte canadienne, tout en donnant pérnennité à des droits fondamentaux, ménage par son premier article et la clause dérogatoire la possiibilité d'arbitrer les conflits potentiels entre ceux-ci dans la vraie vie. Il y a des gens qui trouvent cette mécanique toute croche, mais je la préfère encore à cette autre conception des droits humains dont sont ici friands les impatients de l'interdiction...

    • Cyril Dionne - Abonné 9 février 2019 18 h 14

      Cher M. Desjardins,

      On ne peut pas donner pérennité à des droits fondamentaux lorsque ceux-ci vont à l’encontre des autres. Vous tentez d’hiérarchiser les droits en mettant celui religieux comme le summum de l’humanité alors que ce ne sont que des balivernes sortis de la tête de quelques illuminés. Croire en des amis imaginaires fait parti de la liberté d’expression. Seulement ça.

      La charte canadienne est un ramassis de velléités qui n’ont plus leur place en 2019. Cette charte est basée sur la prémisse de la constitution canadienne qui dans son préambule, stipule que le Canada a été fondé sous l’œil de dieu. Ah ! oui. Il faudrait qu’il existe ou qu’on prouve son existence avant de baser toutes les activités humaines sur une superstition.

    • Claude Bernard - Abonné 9 février 2019 18 h 26

      M. Lebel,

      Ce n'est pas sans raison qu'aucun autre pays démocratique ne s'est donné une Constitution avec une clause nono.
      Cette clause, qui est inscrite dans la Constitution jusqu'à la fin des temps, j'ose espérer ne sera pas dans notre future Constitution.
      Elle fut imposée à Trudeau père par les provinces de l'ouest sans que le Québec soit présent pour les raisons que l'on sait.
      Cette exigence serait venue de leur méfiance et même leur rejet du gouvernement d'Ottawa trop à gauche à leur goût et trop péréquation à leur dépend (et trop «deux peuples fondateurs).
      Nous ne pouvons pas en faire usage comme des barbares sans nous exclure des sociétés aux mœurs civilisés.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 février 2019 08 h 38

      Monsieur Dionne, ça ne m'est pas écrit dans le front et je conçois que mes propos puissent donner une autre impression, mais je crois aussi qu'on devrait ôter toute référence au religieux et aux religions dans la charte canadienne. Ce n'est évidemment pas sur ce fond de mépris qui n'apporte rien de positif à la discussion à mon avis.

      Allons d'abord au préambule, qui énonce la suprématie de Dieu et la primauté du droit. D'abord, la petite histoire nous apprend que les vieux conservatives en avaient fait une condition pour leur assentiment, nécessaire. Mais plus important, la « suprématie » de dieu a un portée à ce point symbolique qu'elle n'est jamais prise en compte ni dans la charte ni dans les arrêts de la Cour suprême, alors que la primauté du droit y est si fortement affirmée qu'il a été nécessaire de la suspendre en dernière instance au privilège législatif tel que formulé en 1 et 33. A mon avis, cette mention n'a pas plus de portée que les perruques des juges.

      Plus important, évidemment, l'article 2a, qui devrait s'arrêter après « de conscience ». Pas parce que la liberté de religion devrait être ôtée, mais que le fait de la nommer spécifiquement, alors qu'elle n'est qu'une modalité parfaitement respectable quoi que vous en disiez, lui donne une préséance effective sur les autres. Suivant votre juste remarque sur le caractère organique des chartes, je soumets que cette mention n'a plus lieu d'être. Aurait-elle déjà été justifiée ? Je le crois. Pas au nom de principes éternels et infrangibles, mais parce que l'avènement de sociétés laïques au sens propre c'est-à-dire gouvernée par le « lei » et non par des clercs, religieux ou autres devait se faire progressivement en protégeant en chemin les anciennes élites de la persécution. Pour les athées, on ne va jamais assez vite dans ce déclassement. J'en suis, quoi que ce soit avec moins d'urgence et surtout d'acharnement.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 février 2019 08 h 56

      En conséquence, je crois que les « religions » ne devraient pas avoir un statut juridique et des privilèges différents de n'importe quelle association culturelle, politique ou caritative selon le cas. Cela vaut aussi pour les écoles. Cela vaut aussi pour toutes les manifestations expressives d'appartenance, qui ne devraient jouir d'aucune protection spéciale du fait qu'elles sont « religieuses ». Cela ne veut pourtant pas du tout dire pour moi que le voile, le crucifix, la kippa, etc. devraient être interdits aux profs, juges, gardiens, polices, mais que au vu de l'importance que ces signes ont pour ceux qui les revendiquent, dans la mesure où cette revendication ne compromet pas de propos délibéré la capacité de s'acquitter des obligations déontologiques et parce que le droit est une chose organique, il n'y a pas de raison de les soumettre à des restrictions particulières, surtout si elles se fondent comme pour vous sur un mépris manifeste.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 10 février 2019 20 h 53

      M. Lebel, avec tout le respect que je vous dois, vous vous obstinez à vivre dans un monde théorique. Le Québec n'en est plus rendu à ce stade.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 février 2019 07 h 22

    … un superbe rouleau compresseur !

    « Au Canada anglais, où la disposition de dérogation est perçue comme une invention du diable, cela provoquerait à coup sûr une levée de boucliers. Déjà considéré comme un parasite vivant aux crochets de la fédération, le Québec se verrait de nouveau accusé de tous les péchés du monde. » (Michel David, Le Devoir)

    Bien sûr que certes ou selon, mais le Québec, parasitant ou pas le Canada (« ce » pays si loin et si proche de nulle part), demeure capable de rouler sa bosse même si on l’encouragera autrement !

    En passant, si on me confie la responsabilité-gouvernance du Québec, ça ferait longtemps que le Québec s’autodéterminera sans l’assentiment d’un autre pays, et ce, avec …

    … un superbe rouleau compresseur ! - 9 fév 2019 -