La faute des fonctionnaires

Le premier ministre Legault savait dès le départ que l’inexpérience de son cabinet allait lui causer des problèmes, mais il aurait certainement préféré entreprendre la nouvelle session sur un meilleur pied.

Il n’est cependant pas le premier à voir des membres de son équipe trébucher en début de mandat. Cela rappelle les débuts chaotiques du cabinet Parizeau à l’automne 1994. À peine deux mois après sa nomination à la Culture et aux Communications, Marie Malavoy avait dû démissionner après avoir avoué qu’elle avait déjà voté avant d’avoir reçu la citoyenneté canadienne.

Deux mois plus tard, sa successeure, Rita Dionne-Marsolais, démissionnait à son tour pour avoir nommé à la présidence de Télé-Québec un de ses organisateurs sur lequel pesaient des soupçons de malversation. Cela n’a empêché ni l’une ni l’autre d’assumer d’autres responsabilités ministérielles par la suite.

Heureusement pour le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, M. Legault ne pouvait pas se permettre une deuxième liquidation dans le même mois. Avec autant de nouveaux élus, on pouvait toujours considérer le cas de MarieChantal Chassé comme une erreur d’évaluation, mais une autre aurait soulevé des interrogations sur le jugement du premier ministre lui-même.

Les explications successives de M. Lamontagne sont trop contradictoires pour convaincre qui que ce soit du bien-fondé du congédiement de l’agronome Louis Robert, dont la seule faute semble être d’avoir voulu dénoncer l’influence des intérêts privés dans les recherches sur les effets des pesticides.

Ce ne serait pas la première fois qu’un nouveau ministre avale sans se poser de questions ce que lui suggère un sous-ministre plus expérimenté, auquel il se fie d’autant plus qu’il lui est imposé par le bureau du premier ministre.

Marc Dion est un vieux renard hérité de l’administration libérale qui a été reconduit dans ses fonctions par le nouveau gouvernement, mais cette « décision administrative » ne dégage en rien M. Lamontagne de sa responsabilité politique, ni de son obligation morale de réparer ce qui a toutes les apparences d’une injustice commise envers un homme dont on loue la compétence et l’intégrité.

 
 

Il est clair que ce congédiement envoie un message inquiétant aux éventuels lanceurs d’alerte en démontrant les limites, pour ne pas dire les obstacles, que leur impose la Loi favorisant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics, que le gouvernement Couillard a fait adopter en décembre 2016.

Du haut au bas de l’organigramme, les employés du secteur de la santé ont cependant dû s’étouffer de rire, ou encore de rage, en entendant Gaétan Barrette s’indigner du traitement qui a été réservé à M. Robert.

Pendant les quatre années durant lesquelles il a régné en despote sur le réseau de la santé, M. Barrette s’est employé à museler ou à terroriser tous ceux qui voulaient dénoncer les effets désastreux de sa gestion.

On comprend qu’il ne pouvait pas conserver le dossier de la santé dans l’opposition, mais il était bien mal placé pour jouer les vierges offensées à la suite de ce licenciement.

En imposant la nécessité de séduire l’électorat, la démocratie et le suffrage universel ont transformé la politique en une sorte de théâtre permanent, mais encore faut-il que les acteurs soient crédibles.

 
 

La semaine dernière, l’opposition libérale s’est empressée de présenter comme un « profilage » inacceptable la demande que le gouvernement avait adressée à différents ministères, notamment celui de l’Éducation, afin de savoir s’ils disposaient d’informations sur le nombre de leurs employés qui portent des signes religieux.

La présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, avait été « sidérée » par cette requête. C’était d’autant plus « aberrant », disait-elle, que cela allait « à l’encontre des droits et libertés » des employés.

Durant le débat sur la charte de la laïcité, les uns et les autres avaient pourtant reproché au gouvernement Marois de prendre le risque de provoquer une profonde division au sein de la société québécoise sans même posséder de données probantes démontrant qu’il existait un réel problème.

Mardi, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a révélé avec un plaisir non dissimulé que son ministère avait préparé un questionnaire à cet effet en juin 2018, alors que les libéraux étaient encore au pouvoir.

Le titulaire de l’époque, Sébastien Proulx, a assuré qu’il s’agissait d’une « démarche administrative » dont il n’avait pas été informé et que, bien entendu, il n’aurait jamais autorisée.

On ne peut que se réjouir du sens de l’initiative des fonctionnaires, mais n’est-il tout de même pas un peu étonnant de les voir prendre le risque de placer le gouvernement dans des situations qui peuvent devenir très embarrassantes sans que personne pense à en informer le ministre responsable ? André Lamontagne peut toujours plaider l’inexpérience, mais M. Proulx n’est pas tombé de la dernière pluie.

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