La repentance libérale

La contrition n’a jamais été le point fort du PLQ. Si Marwah Rizqy croyait vraiment l’amener à s’excuser de l’austérité que le gouvernement Couillard a imposée aux Québécois, elle a encore beaucoup à apprendre sur son nouveau parti.

La députée de Saint-Laurent est une fonceuse, mais elle n’a sans doute pas amélioré ses chances déjà très minces de devenir chef. Les rescapés de l’ère Couillard ont certainement pris bonne note de ce coup de pied de l’âne.

Cela ne veut pas dire que le diagnostic est mauvais. Les compressions budgétaires n’expliquent pas à elles seules la défaite historique que les libéraux ont subie à l’élection du 1er octobre dernier, mais elles y ont indéniablement contribué.

Certes, ils n’ont pas à s’excuser d’avoir assaini les finances publiques, mais ils l’ont fait avec une précipitation et une dureté qui n’étaient pas nécessaires. Qui plus est, leur entêtement à soutenir contre l’évidence que les compressions budgétaires n’ont pas altéré la qualité des services est une insulte à l’intelligence que les électeurs n’apprécient jamais.

L’ancien ministre des Finances Carlos Leitão n’était pas le plus féroce du trio qui a présidé au redressement, mais il semble n’avoir rien compris. Comme tous ceux qui portent encore les couleurs du PLQ, il lui faudra néanmoins porter le poids de son passé.

Certains reprochent encore au PQ les coupes dans les salaires et les régimes de retraite que le gouvernement Lévesque a décrétées en 1982 ou les mises à la retraite ordonnées par celui de Lucien Bouchard en 1997. L’austérité libérale restera tout aussi vivante dans la mémoire collective.


 

L’intervention de Mme Rizqy était peut-être maladroite, mais la question qu’elle soulève n’en est pas moins pertinente : où est passé ce parti qui a jadis si bien incarné le progrès et la modernité ?

La députée de Saint-Laurent a simplement dit tout haut ce que plusieurs pensaient déjà avant la défaite libérale, dont l’ampleur a mis en relief la nécessité d’une sérieuse réorientation. Au cours des deux dernières décennies, le PLQ a perdu de vue les valeurs sociales-démocrates qui l’ont guidé durant les glorieuses années de la Révolution tranquille.

Après 1985, le gouvernement de Robert Bourassa était déjà plus conservateur. Le mot d’ordre est devenu « Vivre selon nos moyens ». La véritable rupture s’est cependant produite quand Jean Charest a pris pour modèle l’Ontarien Mike Harris et a transformé son parti en « machine à ramasser de l’argent ». Le gouvernement Couillard en a simplement été le prolongement.

La dernière élection a démontré de façon spectaculaire qu’il ne peut plus se contenter de s’ériger en rempart contre l’indépendance. Personne ne lui demande de se transformer en parti de gauche ni d’ouvrir les vannes comme l’a fait Justin Trudeau, mais les électeurs chercheront un jour ou l’autre une option plus progressiste que la CAQ.


 

La clientèle anglophone et allophone du PLQ n’aurait sans doute aucune objection à ce qu’il revienne à ses idéaux de justice sociale d’antan. Elle n’a eu aucune hésitation à suivre les libéraux fédéraux quand Justin Trudeau a décidé de virer à gauche.

Ce serait une autre histoire si le PLQ décidait de renouer avec son passé nationaliste afin de se rapprocher de la majorité francophone. Aux yeux de la grande majorité des francophones, interdire le port de signes religieux aux agents de l’État qui détiennent un pouvoir de coercition (juges, policiers, gardiens de prison, etc.) constitue un minimum. C’est loin d’être le cas chez les non-francophones.

Si le libre-choix est devenu le symbole de la déconnexion des libéraux avec les francophones, l’autre « solitude » en a fait un véritable dogme. La rapidité avec laquelle le caucus des députés a mis un terme à sa réflexion et refusé tout compromis illustre à quel point le PLQ est devenu l’otage de ceux qui ont assuré sa survie le 1er octobre.

En refusant d’envoyer le signal qu’il n’est pas totalement insensible aux préoccupations identitaires des Québécois, il prend le risque d’être confiné à ses châteaux forts montréalais pour longtemps.

Il est vrai que, de toute manière, les libéraux n’auraient jamais appuyé un projet de loi étendant l’interdiction aux enseignants, avec ou sans clause de droits acquis (clause « grand-père »). S’en tenir au libre-choix leur rendra d’autant plus facile de déchirer leur chemise le jour où le gouvernement devra inévitablement se résoudre à utiliser la disposition de dérogation pour mettre la loi à l’abri des tribunaux.

Bien entendu, ils vont répéter ad nauseam qu’il s’agit d’une question de principe et que cela ne remet pas en cause leur profond attachement à l’identité québécoise. Il y a quarante ans, le PLQ s’était aussi opposé à l’adoption de la loi 101 avec la dernière énergie, tout en assurant avoir le plus grand souci de la protection du français.

Finalement, les libéraux ne regrettent rien. Soit, ils ont perdu, mais c’est simplement parce que les Québécois se trompent.

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43 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 2 février 2019 01 h 25

    etre dominant dans un pays au potentielle énorme n'est ce pas le grand rêve

    n'ont-ils pas toujours été des sorte de dominants dont les intérets ont toujours été leurs prévilèges de vainqueurs , nous avons seulement a penser aux institutions que nous leurs avons offerts généreusements a partir de notre labeur, n'ont-ils pas eus la chance d'avoir les meilleurs institutions au monde dans beaucoup de domaines,voila le prix que nous avons dus payer, et c'est encore vrai aujourd'hui , un équilibre précaire entre les dominants et notres statut de dominés , un statut qu'ils ont sus utiliser avec brio , ne sont ils pas une des classes sociales le plus confortable au monde

  • Marie Nobert - Abonnée 2 février 2019 01 h 32

    «Des allophones» au Québec!?

    Je suis descendant d'«allocthones» et, en plus, devenu «allophone» au «Canada» britannique après 1760. (!) Mais, encore! Misère! Grosse fatigue.

    JHS Baril

    Ps. Quant à Marwah Rizqy, une autre «magasineuse» (ouille!)?. Un «cerveau» au «mauvais endroit», dans un «mauvais parti», mais qui est (restera) «Canadienne». C'est ça qui est ça! Plein cauchemar. Dommage! «Rideau!» sous des (les) «pendrillons» d'une mauvaise pièce écrite par des «z'auteurs (autrices)» qui... ***ain! Je «pète un câble».

  • Jean Thibaudeau - Abonné 2 février 2019 04 h 42

    Très juste! Et ce n'est pas moi qui vais en pleurer.

    You bet que la garde sortante du PLQ, même si elle est probablement exclue de la course à la chèfferie, va veiller au grain de l'orthodoxie idéologique de Couillard! Elle n'a même pas besoin du support de sa clientèle anglophone pour s'y mettre.

    On a beaucoup dit comment le PQ n'était pas sorti du bois. Mais le PLQ guère davantage! La tendance des Québécois de le remettre au pouvoir aprês chaque mandat d'un autre parti pourrait bien s'envoler, en 2022.

  • William Dufort - Abonné 2 février 2019 04 h 50

    Le Liberal Party

    "En refusant d’envoyer le signal qu’il (Le parti Libéral) n’est pas totalement insensible aux préoccupations identitaires des Québécois, il prend le risque d’être confiné à ses châteaux forts montréalais pour longtemps."

    Mais juste entre nous, qui s'en plaindra?

  • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 2 février 2019 06 h 00

    Les préoccupations identitaires des Québécois

    Ils auraient beau prétendre que leur position concernant les signes religieux est une question de principe, les partisans de cette formation politique ne disposent d'aucune marge de manoeuvre et devront se contenter de répéter le credo de la frange de l'électorat qui les tient en otage, même si ceux-ci ne représentent que 24,9% des électeurs inscrits aux générales de 2018. Ils ne le diront évidemment pas ouvertement, mais ce ne sont pas du tout des arguments de principe qui les guident mais la nécessité de serrer les rangs pour se prémunir contre toute velléité de remise en question, surtout si celle-ci devait venir de l'intérieur. Il faudra s'en souvenir quand ils prétendront débattre de bonne foi dans l'intérêt de la collectivité plutôt que dans celui de leur clientèle.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 février 2019 07 h 47

      Propos bien sentis.

      Ils font ressortir que ce parti en est devenu un de gouvernance du Québec dans le Canada, ce qui lui octroie une auréole que ne peuvent pas porter les autres partis.

      Ça permet à ses dirigeants de prétendre qu’ils sont guidés par la main de Dieu. Ils le dirent en détournant des fonds publics, en coupant dans les services, en faisant sauter les échafauds assurant plus de pouvoir aux habitants du Québec, en s’opposant a alors au PLQ, en se trainant les pieds dans les dossiers de corruption de dirigeants pris au piège et en s’associant, directement ou indirectement, à des entreprises multinationales désireuses d’acquérir des entreprises-phares du Québec supportées par des fonds publics.

      En quelque sorte, cette position divine fait du PLQ un parti canadien au Québec avec pour seule préoccupation d’être au pouvoir, ce qui implique que ses dirigeants doivent faire quelques courbettes bien calculées pour le reprendre lorsqu’ils viennent de le perdre. C’est ce qu’ils feront le moment venu.

      Chose certaine, ils ne diront jamais avoir été mis en touche par la CAQ avec ses vues néo-nationaliste comme le fut l’UN sous Daniel Johnson père. Ils se battront bec et ongle pour reprendre la gouverne du Québec et assurer l’empoigne du Canada sur le Québec, car là se trouve ce qui a toujours été sa mission venant de la main de Dieu.

      J'ai du mal à comprendre que M. David ait négligé ce point et fait des coupures la cause principale du rejet de ce parti aux élections de 2018.

    • Jacques Patenaude - Abonné 2 février 2019 09 h 52

      Le PLQ l'otage de son électorat? Non C'est plutôt le PLQ qui a tenu en otage cet électorat à coup de propos démagogique. Ce parti c'est piégé lui-même en ne tenant compte que de son électorat captif. Devenant un parti qui se marginalise on peut maintenant espérer que cet électorat réalise à quel point il est captif de ces enfirouapeurs. Ça permettrait une nouvelle dynamique au débat public en dehors de ce discours dogmatique dont ils nous ont abreuvés.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 février 2019 10 h 40

      Précisions à mon texte : lire au deuxième paragraphe « en s'opposant à René Lévesque alors au PLQ ».

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 2 février 2019 21 h 36

      J'oubliais : le parti dont je parlais, c'était la CAQ...

    • Germain Dallaire - Abonné 3 février 2019 11 h 20

      À mon avis, les préoccupations identitaires et celles concernant "les coupures" ne sont nullement contradictoires mais au contraire, intimement liées. Je dirais même qu'en parlant de l'austérité des libéraux, M. David a troqué ses lunettes de lecture pour des longue-vues.
      On l'oublie toujours mais les budgets du gouvernement québécois d'avant la crise de 2008 n'étaient pas déficitaires.C'est l'injection massive d'argent pour renflouer les banques et la grande industrie ainsi que les politiques fiscales favorables aux riches et aux entreprises qui ont creusé les déficits. Par la suite, la classe politique (péquiste comme libérale à l'image de celle de tous les pays occidentaux) s'est acharnée à financer tous ces "cadeaux" par le biais des baisses de services à la population. C'est cette unanimité de la classe politique qui a conduit à la phase actuelle de dégagisme et de "populisme".
      La CAQ vient de profiter du dégagisme mais nul besoin d'être grand clerc pour voir que sur les questions budgétaires, elle partage le même crédo que les libéraux, peu s'en faut. On n'a qu'à penser à l'épisode surréaliste suivant son élection où ils étaient mal à l'aise d'avoir découvert un surplus plus élevé que prévu de un milliard. Le nationalisme économique du gouvernement Legault est un nationalisme de chambre de commerce bien docile façe aux diktats de la haute finance internationale et des multinationales. Quand M. Legault est allé à Davos récemment, c'est pas pour dire à ses interlocuteurs ce qu'il avait dit lorsque les contrats de wagons de Via Rail ont été accordés à Siemens plutôt que Bombardier.
      Tout ça pour dire que la vague actuelle de populisme qui a donné la CAQ conduira nécessairement à une volonté par les populations de reprendre le contrôle des leviers économiques de façon à redonner un sens au mot démocratie, à sortir de l'impuissance. Cette reprise en main ne peut que se passer dans un cadre national et renvoie bien sûr à des thèmes identitaires et nationalistes.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 février 2019 13 h 04

      Oubli bizarre et tardif M. Maltais Desjardins, car M. David traitait du PLQ et ne faisait aucunement allusion à la CAQ.

      Dans les circonstnces, vous avez piégé les commentateurs, dont moi. Je retire l'expression « Propos bien sentis » du mien et j'invite les lecteurs des commentaires et de l'article de M. David de reconsidérez leurs « j'aime » puisque vos propos ne concernaient le PLQ.

      C'est une question de cohérence élémentaire.

    • Raymond Labelle - Abonné 3 février 2019 13 h 56

      M. Dallaire - ces thèmes de reprise en main économiques que vous évoquez impliquent en effet l'adoption de politiques différentes par les États-nations qui existent en matière économique, voire plus d'intervention de ceux-ci. Cela ne soulève pas nécessairement des questions identitaires et nationalistes. Il y a des partisans de politiques différentes dans des États unitaires, comme la France, par exemple, et il y en a partout au Canada.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 3 février 2019 16 h 02

      Monsieur Bariteau, que les intervenants enlèvent leur « j'aime », je l'accepterais volontiers. C'était un peu ratoureux de ma part de ne pas détromper le lecteur tout de suite. A vous tout particulièrement mes plates excuses, bien que la plaisanterie était plutôt bénigne. Quoi qu'il en soit, je voudrais voir comment on s'y prendrait pour contredire mon propos.

    • André Joyal - Abonné 3 février 2019 17 h 00

      @ M. Bariteau écrit : «Propos bien sentis» en commentant RMD : étiez-vous conscient qu'il se rapportait à la CAQ?