Fermer la parenthèse

Lorsque l’ancien chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Thomas Mulcair a quitté la Chambre des communes en juin dernier, après avoir passé onze ans à siéger comme député d’Outremont, ses collègues au Parlement ont tous tenu à souligner ses grandes qualités.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a en particulier remercié M. Mulcair pour avoir pris une position « courageuse » en s’opposant à l’interdiction du port du niqab en 2015 alors que l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper l’avait banni lors des cérémonies de citoyenneté. Le débat qui a ainsi fait rage fut au centre de la dernière campagne fédérale.

« Ce n’était pas facile de déclarer qu’il n’incombe pas aux dirigeants fédéraux de dire aux femmes ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas porter, a déclaré Mme May. Je tiens donc à remercier le député d’avoir adopté une position ferme dans le débat sur le niqab. »

Il faut dire que la « fermeté » de M. Mulcair dans ce dossier a fini par coûter cher à son parti au Québec. Après avoir tergiversé pendant plusieurs jours, M. Mulcair s’est rangé dans le camp des opposants à une telle interdiction, aux côtés de Mme May et du chef libéral, Justin Trudeau. C’est ainsi que s’était amorcée la descente du NPD au Québec. Quelques semaines plus tard, les trois quarts des 59 députés néodémocrates élus au Québec en 2011 ont perdu leur siège.

Même avant sa sortie sur le niqab, M. Mulcair avait déjà suscité la grogne chez bon nombre de militants néodémocrates en promettant des budgets fédéraux équilibrés, alors que M. Trudeau favorisait des déficits afin de susciter la croissance économique. Le comportement grincheux et agressif de M. Mulcair, qui en avait fait un excellent chef de l’opposition, lui a nui en campagne électorale. Son sourire semblait forcé, surtout en comparaison avec celui de M. Trudeau.

Donc, ceux qui prétendent que le NPD serait en meilleure posture aujourd’hui si M. Mulcair était resté à la barre ont la mémoire courte. Son successeur, Jagmeet Singh, connaît certes son lot de problèmes. Mais les 19,7 % du vote que le NPD avait recueilli en 2015, une baisse par rapport aux 31 % gagnés en 2011, témoignaient déjà du manque d’amour des électeurs canadiens envers M. Mulcair et du questionnement au sein même du parti autour de ses valeurs.

Il n’est donc pas certain que M. Mulcair aurait pu conserver son siège d’Outremont s’il avait décidé de se représenter lors de l’élection générale en octobre prochain. La donne a si fondamentalement changé que cette circonscription montréalaise — où tout avait commencé pour le NPD au Québec avec la victoire de M. Mulcair lors d’une élection complémentaire en 2007 — semble destinée à retomber aux mains des libéraux. Lors de l’élection complémentaire en 2007, les libéraux fédéraux subissaient encore la réprobation de l’électorat dans la foulée du scandale des commandites, et son nouveau chef, Stéphane Dion, demeurait hautement impopulaire au Québec. L’opposition du NPD à la prolongation de la mission de combat des troupes canadiennes en Afghanistan correspondait à la position de la majorité des Québécois.

Aujourd’hui, les libéraux ont un chef qui trône sur les sondages au Québec. Bien sûr, M. Trudeau appuie l’oléoduc Trans Mountain (son gouvernement en est même devenu propriétaire), mais ce dossier n’est pas au centre des préoccupations des électeurs d’Outremont, qui iront aux urnes dans une élection complémentaire le 25 février prochain pour choisir un successeur à M. Mulcair.

Ce dernier, alors qu’il était encore chef du NPD, avait vu sa majorité fondre en 2015. Et tout indique que Rachel Bendayan, qui reprend la bannière libérale pour l’élection complémentaire du 25 février, se dirige vers une victoire facile, cette fois-ci sur la néodémocrate Julia Sanchez.

La perte d’Outremont constituerait un dur coup pour le NPD. Mais ce serait une erreur pour les militants néodémocrates de jeter tout le blâme sur M. Singh. Sa désolante performance comme chef du parti est davantage un symptôme que la cause du manque d’élan du parti. Tiraillé entre ses ailes gauche radicale et centriste, le NPD se cherche. L’aile albertaine est en porte à faux avec les instances nationales dans le dossier des oléoducs. Plusieurs députés néodémocrates au Québec sont mal à l’aise avec la position du parti dans le dossier des signes religieux.

Les Québécois ont pris refuge au NPD au moment où les libéraux et le Bloc québécois ont cessé d’incarner la résistance aux conservateurs de Stephen Harper. Cette époque est révolue et le NPD n’est plus un prétendant au pouvoir. Les électeurs d’Outremont voteront en conséquence le mois prochain en mettant fin à la parenthèse qu’ils ont ouverte en 2007.


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