Vins : Étienne Hugel et Nicolas Jaboulet : l'histoire familiale se poursuit

Fidèles au poste, Étienne Hugel et Nicolas Jaboulet jetaient l'ancre cette semaine au Québec devant une assiette de homard tout frais tout beau. Remarquez, ils auraient pu tomber sur le festival de l'éperlan poché, mais ils ont du flair, les gaillards ! Bon, c'est vrai que l'Hermitage La Chapelle du second n'en pinçait pas pour l'animal, mais le riesling du premier prenait son pied, si je puis dire, avec une pudeur non dissimulée que seule la queue grillée du fameux cardinal des mers savait visiblement apprécier. Que l'on soit d'Alsace comme Hugel ou du Rhône septentrional comme Jaboulet, inutile de dire qu'une bonne table ne laisse pas indifférent. Surtout quand, de son côté, on excelle à faire du vin ! D'ailleurs, et pour ne rien vous cacher, le tandem se trouve ni plus ni moins à être, avec le Riesling 2002 (17,05 $) de l'un et le Côtes-du-Rhône Parallèle 45 2000 (16,95 $) de l'autre, au sommet qualitatif de leur catégorie respective sur les tablettes de la SAQ.

Chez l'un comme chez l'autre, l'histoire de famille se raconte au fil des vendanges. Il faut remonter à 1639 chez les Hugel, à Riquewihr, et à 1834 chez les Jaboulet, à Tain-l'Hermitage. Depuis ? Un développement raisonnable et raisonné du vignoble, une activité de négoce qui complète l'approvisionnement des 26 hectares de vignobles maison très bien situés chez l'Alsacien et plus d'une centaine d'hectares de propriétés pour le Rhodanien, dont 25 en Hermitage seulement. Le fleuron de la maison ? La Chapelle, évidemment, essentiellement constituée de l'assemblage de deux parcelles, soit Les Bessards, qui apporte structure et profondeur, ainsi que Le Méal, réputé pour l'élégance de son registre aromatique. Son alter ego en blanc ? Le Chevalier de Stérimberg, à base de roussanne et de marsanne.

Le millésime 2003 aura laissé, à l'est comme au sud, son empreinte en réduisant de façon radicale les rendements (-30 % en moyenne) et, pour les rieslings hors des zones argilo-calcaires, des blocages de maturité. Une chose est certaine : le millésime fera longtemps parler de lui. Les acheteurs du monopole d'État devront d'ailleurs consentir à expédier pas moins d'une caisse de homards à Étienne Hugel pour obtenir son Pinot Noir 2003 qui, paraît-il, serait top niveau. En attendant, ils pourront se rabattre sur les cuvées Jubilee 2001, que ce soit le Riesling (autour de 42 $), dont on sent manifestement le grand cru derrière, à la fois précis, substantiel, minéral, d'un équilibre parfait (****, 3), ou la version en Gewurztraminer, issue du grand cru Sporen (autour de 37,50 $), d'une hallucinante finesse d'ensemble (****, 2). Pour la mise en bouche, débouchez une bouteille du Gentil 2003 (16,05 $), un cocktail de cépages (les nobles et les autres) au fruité riche, rond et épicé, susceptible d'intéresser la cuisine orientale (**1/2, 1).

Chez Paul Jaboulet Aîné, le Crozes-Hermitage Domaine de Thalabert est, avec ses 40 hectares auxquels s'en ajouteront bientôt sept autres, un grand classique du Rhône avec ses 200 000 bouteilles et son véritable sens du terroir. Le 2001 (33,25 $) m'a paru plus réussi que jamais, plus sérieux que le 2000, avec des flaveurs très pures de syrah intégrées à une trame solide et bien serrée. Belle bouteille de garde (***1/2, 3). Il faudra surveiller l'arrivée de l'autre Crozes-Hermitage de la maison, soit le Domaine Raymond Roure 2000 (42 $), qui offre à mon sens quelque chose d'encore plus complet avec une incidence minérale plus marquée. Étoffe et longueur ici (****, 2). Enfin, l'Hermitage La Chapelle 2001 (148 $), à propos duquel j'écrivais ceci en septembre 2003 : pas de doute, le millésime sera de longue garde. Réservé pour le moment mais d'un fruité si pur, d'un grain si fin, d'une fraîcheur si juste que l'éternité semble lui tendre la main. Superbe (****1/2, 3). Je le maintiens aujourd'hui ! Bien qu'il ne soit pas donné, la maison propose aussi un deuxième vin, La Petite Chapelle (87 $), qui, dans le millésime 2001, mérite le détour. Corps et texture sur un ensemble coloré mais surtout élégant (***1/2, 2).

Info SAQ : (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1 : moins de cinq ans ; 2 : entre six et dix ans ; 3 : dix ans et plus.

jean-aubry@vintempo.com

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Les vins de la semaine

- La bonne affaire

Shiraz Bin 50 2003, Lindemans (13,95 $)

Les ventes de vins australiens battent des records ici? Je comprends, bien que ce ne soit pas ma tasse de thé. Cette shiraz, en tout cas, ne mâche pas ses mots. Pleine, entière, gourmande, corsée, juteuse et très bien enrobée merci, elle y va simplement mais si généreusement qu'on tombe sous le charme. Pour le premier verre, du moins... (1)

Note: 2/5

- La quête du Graal

Gevrey-Chambertin 2001, Sérafin Père & Fils (66 $)

S'il faut délier les cordons de sa bourse ici, ce sera pour une bonne raison car le pinot noir monte au front avec une détermination, une franchise et une patine traditionnelle qui en font le style de la maison. Un rouge coloré, bien ramassé sur le plan des tanins, à l'image du millésime, structuré, au fruité vivant et parfaitement circonscrit. Sérieux. (2)

Note: 3,5/5

- La primeur en blanc

Les Vignes de St-Laurent l'Abbaye 2002, Pouilly Fumé, J.-C. Chatelain (26,65 $)

Les prix montent, la qualité demeure. Avec son fruité net, vibrant, transparent et vivant, le vin sauvignonne ce qu'il faut, en rondeur, en finesse, en longueur. Rien de percutant mais un pouilly bien fait qui charme et charme encore. Surtout sur le crottin de chèvre. (1)

Note: 3/5

- La primeur en rouge

La Tota 2001, Barbera d'Asti, Marchesi Alfieri (25,65 $)

Il y a toujours un esprit de continuité dans l'élaboration de ce barbera, une continuité qui fait toujours place à une excellente maturité des tanins, à un volume fruité confortable et à un élevage des plus soignés. Ce 2001 répond encore une fois à l'appel par sa vinosité et sa mâche fraîche au bon goût de réglisse. Très bon à ce prix. (2)

Note: 3,5/5 Une carafe

- Le vin plaisir

Dolcetto d'Alba 2002, Pio Cesare (24,25 $ et 14 $ les 375 ml)

S'il donne l'apparence de vous couler entre les dents, il n'en demeure pas moins que ce dolcetto dissimule derrière son fruité jovial et acidulé une bonne part de tanins fins et fermes qui l'encadrent et lui confèrent une certaine autorité. Finale nette et franche sur le noyau. Trouvera sa place sur un risotto aux porcinis. (1)

Note: 3/5