Les fours à convictions

Policier, il représentait l’ordre et la loi. Quand on est policier, c’est l’idée. Mais dans son cas, il représentait aussi la foi. Du moins le croyait-il. Il avait foi, celui-là, en d’abracadabrantes théories du complot. Le seul fait qu’elles soient énoncées lui suffisait pour croire en leur vérité. Il croyait, en gros, que des hordes d’étrangers, tapis dans l’ombre, menaçaient une civilisation dont il se prenait pour un parangon. Pour résister, les frontières devaient donc être fermées. L’étanchéité des frontières n’était jamais assez assurée pour ceux qui, comme lui, oubliaient de respirer par le nez pour mieux se faire croire qu’on les étouffait.

Cela se passait en 1935, à Ottawa. Avec d’autres, ce policier avait eu l’idée de s’attaquer à une communauté. Les Juifs, croyait-il, ourdissaient les pires des complots. Gonflé du sentiment de ce danger fabulé, le policier n’hésitait pas à distribuer du matériel haineux contre les commerçants juifs. Moustache bien garnie, cheveux gris, il avait un front haut et plat qui faisait songer à un panneau-réclame voué à afficher l’étroitesse de ses idées. Ce fiasco en uniforme s’appelait Jean Tissot.

Dénoncé puis poursuivi en justice, il finit par être mis à pied, sans qu’il daigne pour autant abandonner son cheval de bataille. Tissot se portera candidat aux élections, soutenu par des militants nationalistes. Il ne sera pas élu, se retrouvera presque à la rue. Pour ne pas en rester là, il deviendra, grâce à ses relations, chef de la police de Rouyn.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à cette histoire, documentée par l’historien Raymond Ouimet, quand je vois, ces derniers mois, quelques croisés autoproclamés se donner en spectacle sur les réseaux sociaux en éructant leur haine contre des concitoyens de confession musulmane.

À Granby, juste avant Noël, un homme a fait tout un battage dans un supermarché parce qu’il a remarqué un comptoir de produits alimentaires halals, comme si cela constituait une nouveauté. « Ça n’a pas vraiment sa place », décrète-t-il sur le ton d’un roi des produits surgelés : on est « catholique chrétien ». Tu n’as rien d’autre à faire, lui demande un employé, puisque ça ne t’enlève rien ?

Même histoire à Sorel. Un autre individu, après avoir jugé de bon ton de balancer des pièces de viande de porc au milieu des produits halals tout en se filmant, décrète ceci : « Ils aiment ça, nous polluer l’existence, pourquoi pas moi aussi ? » Pour un aussi grand trait de génie, il s’est retrouvé invité à l’antenne d’une radio privée afin de s’expliquer. C’est à croire que, plus que jamais, le jambon se taille une place de choix à la radio. D’où lui viennent ses idées ? Peut-être n’ai-je pas bien saisi, mais il évoquait en vrac Éric Duhaime, Mario Dumont, Djemila Benhabib. Ou est-ce lui qui a mal compris ?

Bien sûr qu’il est débile de couper le cou d’animaux en assumant que, le couteau dûment enfoncé dans la gorge, ils se transmuteront soudain à l’entière satisfaction d’une religion. Vous ne voulez pas de religion dans votre assiette ? Remarquez que la majorité des produits usinés que vous mangez, sans pourtant jamais lever le nez dessus, portent tous un sceau kasher pour satisfaire aux exigences juives. Les corn-flakes, le sel, les marinades, le fromage, la crème glacée, vos petits biscuits secs, etc. Mais personne bien sûr ne vous force à en manger, pas plus que les produits halals. Partant de cela, pourquoi voudriez-vous empêcher d’autres gens de se nourrir comme eux l’entendent ?

La plus récente crise de panique dont on voit l’écume poindre à la surface de l’actualité tient à la naissance, en Ontario, d’un obscur parti islamique. L’affaire fait les choux gras de commentateurs en quête de tempêtes. Vingt-sept partis officiels sont déjà répertoriés en Ontario. Avez-vous pourtant jamais entendu parler d’autres partis que celui des conservateurs ou des libéraux quand vient le temps d’accéder aux fourneaux du pouvoir ? Le fondateur de ce parti islamiste, Jawed Anwar, attire à lui moins de monde que ne le faisait le Parti de la Loi naturelle lorsque ses militants proposaient le vol yogique comme plate-forme électorale.

En Ontario, il existe un parti politique baptisé Go Vegan. Au Québec, on trouve le Parti culinaire. Les deux sont dûment reconnus. Pensez-vous, tant qu’à faire, qu’il s’agisse là d’un camouflage pour faire à terme la promotion de l’alimentation halal et d’une lutte contre la civilisation ? Pendant que de beaux esprits invitent à ce que nous nous passionnions pour cette très petite cuisine de la vie politique, les conservateurs de Doug Ford persistent à faire boucherie de l’État avec les outils opérants d’un gouvernement. Et au Nouveau-Brunswick, les députés continuent de braire leurs prières au Parlement.

L’historien Georges Duby expliquait que les événements qui défraient la chronique, petits et grands, apparaissent comme l’écume de l’histoire, c’est-à-dire comme des bulles, grosses ou menues selon les cas, qui crèvent en surface, et dont l’éclatement suscite des remous qui se propagent plus ou moins loin dans le temps. Les événements des années 1930, nourris par une haine irrationnelle des Juifs, ont laissé des traces en partie brouillées. Ils permettent néanmoins de nous aider à mieux comprendre comment, quatre-vingt-dix ans plus tard, certains continuent de chercher, au niveau zéro de la pensée, de quoi se rassurer sur leur identité.

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72 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 janvier 2019 01 h 16

    On ne peut pas se cacher comme une autruche en banalisant ces pratiques barbares.

    Malgré que je vous dois un très grand respect, monsieur Nadeau, je pense que vous, êtes en train de mélanger les choses dans votre chronique, ce matin. Vous avez raison que quelques chroniqueurs sèment la haine contre les musulmans. Par contre, les gens sont tannés du retour de la religion dans l'espace public et au seine du gouvernement.
    Un parti islamiste à Toronto, comme en Belgique, vouée à convertir le Canada à l'islam, proclame: «l’islam est la religion de l’Ontario et du Canada » et l’économie et l’éducation devraient être conformes aux valeurs préconisées par le Coran.» C'est à dire ils veulent nous convertir à l'Islam.
    Ce n'est pas une question d'identité québécoise, comme vous le dites. On s'oppose à l'ingérence de la religion dans la politique. Et les Québécois s'opposent aussi à la cruauté avec laquelle les islamistes tuent les animaux.
    Quand une Saoudienne qui s'échappe à la misogynie de son pays en se réfugiant chez nous et qu'elle reçoit des menaces de mort des islamistes qui vivent ici avec nous, au point que le gouvernement est obligé de lui fournir une protection pour sa vie, pensez-vous que ces fanatiques sont dignes de vivre avec nous, sans critique? Ce n'est pas tous les musulmans qui pratiquent cette barbarie, mais la communauté musulmane a été prise en otage par les islamistes intégristes financés par l'Arabie saoudite et c'est eux qui prêchent la haine contre les mécréants.

    • Louise Collette - Abonnée 14 janvier 2019 07 h 52

      Bien de votre avis Madame, entièrement.

    • Christiane Gervais - Abonnée 14 janvier 2019 08 h 21

      Les Juifs étaient victimes de la haine, les islamistes la sèment et les commentateurs se ferment les yeux en pondant de mauvais jeux de mots.

    • Jean Langevin - Abonné 14 janvier 2019 09 h 40

      Bien d'accord avec votre propos Mme. Alexan.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 14 janvier 2019 10 h 26

      M. Nadeau mélange tout effectivement.
      En tant qu’historien de formation, M. Nadeau s’est spécialisé dans l’histoire du nationalisme canadien français d’avant la deuxième guerre. Un peu comme Esther Delisle, avec son étude sur l’abbé Groulx, et Jack Jebwab sur l’histoire des Canadiens français et l’économie.

      M. Nadeau en est resté, me semble-t-il, avec des relents d’hier, d’avant-guerre, comme si l’histoire était statique, évènementielle et non de longue durée, comme si rien n’évoluait au Québec et que tout faisait du sur-place depuis Rumilly. Ramener l’affaire du détective d’Ottawa, Jean Tissot (Belge d’origine, arrivé au Canada en 1908) au «lançage» de jambon dans une épicerie.
      Un peu de recul est nécessaire, vraiment!

    • Pierre Desautels - Abonné 14 janvier 2019 10 h 42


      Madame Alexan, vous n'êtes pas sans savoir que dans ce débat, qui est légitime, il y a des dommages collatéraux. Vous avez vu les débordements de haine envers les musulmans lors de l'épisode de la charte des valeurs, surtout envers les femmes, mais les avez-vous dénoncés?

      Monsieur Nadeau à bien raison d'évoquer les années 1930, où la haine des juifs se retrouvait même dans les pages du Devoir. Aujourd'hui, c'est la haine des musulmans qui cartonne. Djemila Benhabib et Mathieu Bock-Côté ont goûté à la médecine des paranos de la Meute quand ceux-ci leur ont imposé un service d'ordre lors d'un colloque et ils en étaient plutôt mal à l'aise. Prudence avec les allumettes.

      Les hurluberlus de l'extrême droite sont un danger bien plus grand que quelques signes religieux et ils sont confortés du fait que la droite, même modéree, garde un silence complice face à leur messages de haine, ce qui sert bien ses intérêts politiques. Cette droite, comme dans les années 1930, préfère dénoncer les centristes et la gauche modérée plutôt que l'extrême droite.

    • Clermont Domingue - Abonné 14 janvier 2019 11 h 07

      Madame,ceux qui propagent la haine contre les mécréants sont au même niveau zéro de la pensée que ceux qui visaient les Juifs il y a 90 ans. Au niveau deux de la pensée, on devrait se demander comment les Juifs étaient perçus et se rappeler dans quelles conditions vivaient les gens à cette époque.

      Les Juifs étaient-ils vus comme riches et exploiteurs alors que les gens du peuple se percevaient comme indigents?

      N'y avait-il pas une situation de riches contre pauvres? J'espère que les propos de monsieur Nadeau éclaireront Macron et que ce dernier se placera au niveau trois de la pensée en rétablissant l' ISF.

    • Claude Gélinas - Abonné 14 janvier 2019 11 h 45

      Le principe de précaution n'exige-t-il pas que nous soyons vigilants en regard de la création de ce parti islamiste qui manifestement s'inscrit dans la mouvance du Tribunal islamique qui a failli s'installer à demeure dans la Ville Reine avec la bénédiction sauf erreur du philosophe Charles Taylor.

      Quant aux nombreux partis en liste pour l'élection et approuvés par le Directeur général des élections ne s'imposerait-il pas d'imposer de nouveaux critères d'adhésion ?

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 janvier 2019 15 h 00

      À Pierre Desautels: les mentalités se sont évoluées depuis les années trente. La haine envers les races et les religions n'est plus tolérée.
      Par contre, il ne faut pas banaliser un mouvement politique, internationale, de la part des intégristes islamistes/wahhabites de conquérir le monde. Ce mouvement est bien financé par l'Arabie saoudite et le Katar et il a réussi à propager cette idéologie fasciste partout dans le monde.
      Le prédicateur, Tarek Ramadan, ce parangon de la vertu, maintenant en prison pour avoir violé plusieurs femmes, avait une faculté de théologie dans l'Université d'Oxford! Les partis islamistes n'ont pas beaucoup de pouvoir maintenant, mais ils utilisent nos chartes de droits pour propager un islam totalitaire et extrémiste contre notre civilisation occidentale.
      Encore une fois, je réitère ici que ce ne sont pas tous les musulmans qui y adhèrent à cette idéologie rétrograde. Ce sont les musulmans eux-mêmes qui sont offusqués contre ces missionnaires islamistes, autoproclamées, qui veulent imposer leur obscurantisme sur tout le monde, musulman et mécréant confondu.

    • Ghisline Larose - Abonnée 14 janvier 2019 15 h 20

      M. Nadeau je suis très déçue de votre propos ici-- Si je comprends bien ce que vous dites, il n'y a aucun problème au Québec et s'il y en a c'est la faute de ceux qui critiquent l'islam--

      Je me demande si entre les voeux pieux et la réalité vous faites une différence.... Ce n'est un secret pour personne que plusieurs sont contre la laïcité et pour le multiculturalisme( communautarisme)-- Je vous recommande fortement d'écouter ce qu'a à dire Zineb El Rhazoui , elle qui reçoit des menaces de mort et qui doit être constamment sous protection policière-- Écoutez donc ses propos avec attention-- Vous direz qu'elle ne vit pas au Québec ,mais j'imagine que vous savez que personne ne vit vases clos ---- Pourquoi donc ne pas questionner ceux qui savent et débattre plutôt que de lancer un texte plutôt accusateur--

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 janvier 2019 16 h 14

      À monsieur François Nadeau: J'ai oublié de mentionner que les valeurs des Québécois telles que l'égalité homme/femme, la laïcité et la neutralité de l'État et la liberté de conscience et d'expression sont des valeurs universelles qui n'ont rien à faire avec une poursuite identitaire.
      Plus important aussi, la plupart des immigrants y adhèrent à ces valeurs universelles. Ils/elles ont quitté leurs pays d'origine pour échapper à la misogynie, l'intégrisme, le fanatisme, l'homophobie, et l'ingérence de la religion dans les affaires de l'État. Les immigrants sont aussi du même bord des Québécois.
      Toutes les cultures ne s'égalent pas. Les valeurs occidentales universelles sont supérieures aux principes rétrogrades. L'abolition de la peine de mort et meilleur que cette pratique barbare, l'amour et mieux que la haine, la liberté de conscience et mieux que la peine de mort pour apostasie, l'égalité homme/femme et mieux que la misogynie, et la pensée critique est supérieure au dogmatisme. Il faut arrêter de faire de l'aveuglement volontaire.

    • Pierre Desautels - Abonné 14 janvier 2019 16 h 37


      @Nadia Alexan

      Vous croyez vraiment que les mentalités ont changé depuis les années trente? La haine envers les races et les religions n'est pas seulement tolérée, elle est encouragée. Les lettres empreintes d'antisémitisme que l'on retrouvait dans ´le Devoir ressemblent en tous points aux textes d'aujourd'hui sur Facebook et Twitter, entre autres, à propos des musulmans.

      Vous vous souvenez du climat toxique qui polluait la région de Québec avec l'aide des radios poubelles avant la tuerie, alors que les idéologues de la laïcité banalisait le tout et haussait les épaules?

      Dénoncer les intégristes islamistes oui, mais vous vous devez de dénoncer aussi les fascistes islamophobes avec autant de vigueur. Le silence n'est pas acceptable.

    • Christian Roy - Abonné 14 janvier 2019 21 h 34

      Mme Alexan,
      L'anecdote qui suit est éclairante: "Même histoire à Sorel. Un autre individu, après avoir jugé de bon ton de balancer des pièces de viande de porc au milieu des produits halals tout en se filmant, décrète ceci : « Ils aiment ça, nous polluer l’existence, pourquoi pas moi aussi ? » Pour un aussi grand trait de génie, il s’est retrouvé invité à l’antenne d’une radio privée afin de s’expliquer. C’est à croire que, plus que jamais, le jambon se taille une place de choix à la radio. D’où lui viennent ses idées ? Peut-être n’ai-je pas bien saisi, mais il évoquait en vrac Éric Duhaime, Mario Dumont, Djemila Benhabib. Ou est-ce lui qui a mal compris ?" - JF Nadeau

      Nos illuminés sont des enfants de choeur comparativement à certains fanatiques d'outre-mers et certains chroniqueurs se désengagent très vite de l'effet qu'ils peuvent avoir sur les masses. Le climat délétère qui s'est établie au Québec fait l'affaire de qui, pensez-vous ?

    • André Joyal - Abonné 14 janvier 2019 23 h 30

      Moi aussi, je suis d'accord avec Mme Alexan. JF Nadeau se fait, il me semble, de plus en plus angélique. Est-il tombé sos le charme d'un Charles Taylor vieillissant?

    • Jean-Yves Bigras - Abonné 15 janvier 2019 07 h 25

      Imaginez, lorsque les commentaires des lecteurs du Devoir n’ont plus rien à envier à ceux du Journal de Montréal. C’est à pleurer
      Quand les barbares sont de souche

    • Jean-Henry Noël - Abonné 15 janvier 2019 15 h 33

      Molière, c'était au XVII ième, siècle, pas arrondissement, a mis dans la bouche de «L'Avare» qui trouvait très exagéré l'intérêt qu'exigeait un certain prêteur, ces simples mots :

      «C'est un juif; c'est un arabe.»
      Pourquoi se bat-on au juste. À sémite, sémite et demi !

  • Jacques Morissette - Abonné 14 janvier 2019 05 h 22

    Certains médias sautent sur tout ce qui semblent bouger, sans trop de discernement.

    Il y a plusieurs partis politiques dont nous n'entendons jamais parlé, entre un parti Vegan, un autre le parti dit Culinaire. Mais pour hanter les officines de médias qui veulent faire parler d'eux, appeler-le parti Islamiste. Là, certains médias vont ruer dans les brancards et faire peur à la meute qu'est leur genre d'auditoire sur mesure.

    • Rino St-Amand - Inscrit 14 janvier 2019 08 h 11

      Vous avez sans doute raison M. Morissette de ne pas vous énerver avec le parti Islamiste en Ontario. C'est un peu comme les diciples de Jésus-Christ au nombre de 12 au moment de sa mort, alors que 80 ans plus tard, ils n'étaient guerre plus qu'une centaine.

  • Yvon Montoya - Inscrit 14 janvier 2019 05 h 52

    Enfin!

    Excellente réflexion concernant le « degré zéro » de la pensée que nous lisons chaque jour dans le seul journal populiste de Montréal. Jean Tissot écrivait dans le journal nationaliste Le Patriote. D’ailleurs les nationalistes québécois firent beaucoup pour lui venir en aide. Juifs ou musulmans, les techniques et la haine restent les mêmes, hélas. Oui, excellent article concernant ce « degré zéro » de la pensée. Merci.

  • Denis Marseille - Inscrit 14 janvier 2019 06 h 26

    Filer la haine...

    Combien de gouttes d'eau polluée faut-il pour contaminée un verre entier? Seulement une... Comme un seul individu peut contaminer une communauté entière. La haine a la même vertu que cette goutte d'eau car nous avons cette gêne qui nous empêche de leur dire que leurs propos sont intolérant et intolérable. Nous nous taisons et eux crient. Nous fermons les yeux et eux font leurs cinéma. Et peu à peu le poison s'insinue à travers tout le corps social pour terminer en folie collective. Je dis cela en ne visant personne car de la haine, il y en a partout maintenant et encore plus dommagable, il y a une haine qui est encore plus insidieuse... La haine de soi qui laisse toute la place à celle de l'autre. Nous pourrions parler d'amour et d'amitié. Nous pourrions partager et discuter mais nous sommes confiner dans nos petites communautés respectives à se méfier les uns les autres. Et pourtant...

    Nous venons de terminer le temps des fêtes en entonnant:« Paix sur la terre aux gens de bonnes volonté!» Ou êtes-vous? Que faisez-vous peuple à genoux? Vous attendez le messie afin que celui-ci vienne faire l'effort pour vous! Haine et lâcheté vont de pair... Et vous faites un beau couple! Tu te tais, tu fermes les yeux et tu laisses tout le monde autour de toi te dicter ce que tu devrais faire car tu n'as pas le courage de faire ce que tu dois. Tu attend le rédempteur et celui-ci te regarde et a juste le goût de te dire de t'arranger avec tes troubles. Tu ne souffres pas assez car tu attends sans bouger, sans penser, sans aimer... sauf ton petit moi qui se terre au fond et que tu voudrais évacuer comme un restant de party.

    Je parle au tu et je ne devrais pas car c'est de moi que je parle. Et lorsque je parle de moi je te parle à toi aussi car tu n'es pas meilleur que moi. On commence l'année là où nous avons terminé l'autre. Nous ne sommes pas meilleur,nous n'évoluons pas. Sauf toi qui se veut meilleur que nous... Mais ça, on le sait, et on a une croix pour toi! Bonne année.

  • Roch Godard - Abonné 14 janvier 2019 07 h 54

    L'homme, cet être pensant

    André Malraux a dit ;"le 21e siècle sera religieux ou ne sera pas". L'histoire nous prouve que le religieux ne nous a jamais quitté. La preuve ? On en parle encore. Qu'on le veuille ou non, nos actes conscients ou non, sont guidés par des croyances, valeurs qui nous distinguent de notre prochain, quelqu'il soit. La mode 2019 a beau se paîtrer du manteau de la laïcité, notre monde moderne "civilisé"se drappe toujours de convictions qui nous ont toujours guidées au cours des âges, que ce soit dans la lutte contre les invasions barbares au 9e siècle en Europe ou contre la montée du nazisme et la Shoah au 20e siècle. L'Hommo Sapiens s'est établi un système de valeurs et de croyances qui s'est transformé jusqu'au néolibéralisme destructeur d'aujourd'hui. Nous nous distinguons des animaux plus par notre pensée que par notre instinct. Notre réflexion désincarnée a besoin d'un cadre qui nous guide collectivement pour nous extirper de notre individualisme destructeur. Sans cela, comme les civilisations Incas et Mayas, nous nous éteindrons.

    • Françoise Labelle - Abonnée 14 janvier 2019 08 h 56

      Vous abordez plusieurs thèmes intéressants.
      D'une part, je ne suis pas sûre que Malraux ait commis cette phrase qu'on lui attribue. Si on se fie à son texte «À propos du XXIe s.» qu'on trouve sur Internet, je pense que «Le XXIe ne sera pas s'il est religieux» serait plus en accord avec sa pensée. Malraux souligne que l'idée que certaines idéologies athées (nazisme, communisme autoritaire) ont mené à l'échec ne nous oblige pas à chercher une solution divine ou estra-terrestre et surtout, que les religions, du bouddhisme à la chrétienté, ont aussi échoué à faire de l'Autre un prochain.

      Vous faites bien de parler d'Homo Sapiens. L'apparition du langage, l'intelligence symbolique, en germe chez les primates non humains est étroitement liée au fait qu'Homo doit sa survie aux relations sociales profondes qu'il a dû développer pour vivre dans de grands groupes. Ces relations sociales complexes subissent l'assaut, non pas de la droite, métaphore inepte, mais des régressifs qui rêvent à un retour à la loi de la jungle dont ils seraient les rois.
      Mais le langage est un arme à deux tranchants servant la raison comme le mensonge. Je ne nommerai pesonne.