Femmes périmées

Je pensais commencer la nouvelle année en grand, prenant à bras-le-corps le sujet le plus chaud, celui qui nous fait tous suer, en commençant par les politiciens qui y laissent des plumes à force de ne plus savoir sur quel pied danser : l’environnement.

Mais comment parler d’environnement quand il y a plus brûlant encore ? Les propos incendiaires de l’écrivain français Yann Moix à propos de femmes « passées date ». Vous aurez peut-être remarqué la twittosphère s’embraser à cet effet. Dans une entrevue accordée au magazine Marie-Claire, le lauréat des prix Goncourt et Renaudot avoue être « incapable d’aimer une femme de 50 ans », c’est-à-dire de son âge. « Un corps de femme de 25 ans c’est extraordinaire, précise-t-il. Le corps d’une femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout. »

On a beau traiter cet « esprit bedonnant » de tous les noms, l’auteur bien connu aura eu le culot, en bon intellectuel provocateur français, de dire tout haut ce que bien d’autres pratiquent tout bas. On en connaît tous, après tout, des hommes qui, le temps aidant, se tournent, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, vers des femmes plus jeunes. Et pas les moindres. Il s’agit souvent d’esprits éclairés, de bons gars, d’hommes de qualité pas du tout insensibles à la cause des femmes.

Avant cet aveu scandaleux, on se contentait de soupirer en se rappelant que l’amour est chose bien compliquée et bien mystérieuse. On passait l’éponge. Personne ne veut regarder ce phénomène en face. Individuellement, c’est trop douloureux ; collectivement, ça fout les grandes avancées paritaires des dernières décennies en l’air. On préfère dire que c’est la faute à Hollywood, avec son culte de la chair fraîche, ou encore à la biologie animale qui, de tout temps, pousse le mâle à chercher la femelle la plus fertile. Admettons que ces influences préhistoriques y soient pour quelque chose, encore faudrait-il qu’il y ait un effet comparable sur les femmes.

Si on se fie aux données des sites de rencontre, les femmes ont tendance, contrairement à ce que la « nature » a pu leur dicter par le passé, à chercher une certaine parité. À 20 ans, elles cherchent des hommes de deux ans leur aîné ; à 50, de deux ans leur cadet. Les hommes, eux, accusent un autre profil : s’ils cherchent à 20 ans des femmes de leur âge, ou parfois même un peu plus âgées, en vieillissant ils cherchent des femmes de plus en plus jeunes. Selon le site Okcupid, « un homme de 42 ans va accepter de sortir avec une femme de 15 ans plus jeune, mais jamais plus que trois ans plus vieille ». Imaginez alors à 60.

Évidemment, il y a des exceptions. Du moins, une : Emmanuel Macron. Il aime une femme de 24 ans son aînée. À l’heure où l’on se parle, le président français risque de passer à l’histoire pour des raisons sentimentales plutôt que politiques. Mais venons-en à la question qui tue. Pourquoi les hommes préfèrent-ils, pas toujours mais assez souvent pour en faire un phénomène de société, des femmes visiblement trop jeunes pour eux ?

N’ayant pas eu à se préoccuper des enfants pendant des millénaires et n’étant pas marqués physiquement par la naissance de leur progéniture, il faut croire que les hommes sont moins conscients de leur paternité comme de leur propre vieillissement. Moins conscients de ce qu’ils ont l’air, en d’autres mots, à côté d’une femme qui pourrait être leur fille. L’écart d’âge qui gêne bien des femmes, peut-être pas pour un flirt d’un soir mais fait obstacle à une relation durable, ne semble pas jouer ici. Il n’y a donc pas seulement les femmes de 50 ans qui sont « invisibles », selon Yann Moix, les hommes le sont parfois aussi à eux-mêmes.

Évidemment, tout ça, encore une fois, revient à une question de pouvoir. Même aujourd’hui, après 50 ans de féminisme, le désir des hommes mène le bal des relations amoureuses. « Sur le site Okcupid, les hommes entament 80 % des conversations avec des femmes plus jeunes pour la plupart », dit l’analyste de données Dale Markowitz. Mais poussons l’analyse un peu plus loin. Et si les hommes se tournaient vers des femmes plus jeunes comme façon de maintenir la dragée haute ? Devant le bouleversement causé par l’émancipation des femmes, comment ne pas voir ce déséquilibre amoureux comme une façon, inconsciente peut-être, mais non moins réelle, de maintenir, si ce n’est qu’à titre individuel, un certain pouvoir, un certain statu quo ? Au moment où le patriarcat meurt, les petits patriarches se multiplient.

On voudrait tous croire que la révolution féministe s’est faite sans heurts, dans l’enthousiasme partagé de relations humaines bonifiées. Mais comme vient de le rappeler le mouvement de dénonciation contre les agressions sexuelles, la réalité est parfois plus complexe. Remercions donc M. « gilet jeune » d’avoir exposé ce culte de la jeunesse pour ce qu’il est : un rejet brutal des femmes d’un certain âge et une peur inavouée de perdre le gros bout du bâton.

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81 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 9 janvier 2019 04 h 31

    Question de goût...

    Je trouve que le couple Macron détonne. Je préfère le couple Trump.

    • Hermel Cyr - Inscrit 9 janvier 2019 09 h 10

      Votre "préférence" m'a bien fait rire ! Vous êtes un brave vous M. Domingue. Vous risquez de vous faire arracher la tête en disant ça dans la chronique la plus estimée des redresseurs de torts de notre prétendue société patriarcale ! Ayoye !

    • Christiane Gervais - Abonnée 9 janvier 2019 09 h 29

      Je trouve, quant à moi, que la complicité du couple français est réjouissante à voir et le "chacun de son côté" du couple américain, plus que navrant.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 9 janvier 2019 10 h 28

      @Clermont Domingue et @Hermel Cyr

      Question de goût? Les propos de Yann Moix n'ont rien à voir avec une question de goût, mais avec un certain conditionnement. Un faux conditionnement en fait: il projettte dans une catégorie de personnes, ses fantasmes, et ce qu'il veut bien y voir.

      J'appuie cette réponse de Mme Grace Ly, une jeune Française, d'origine Asiatique: «Ils avouent être en proie à des idées préconçues façonnées par l’Histoire sur ces milliards de personnes. Dans leur esprit, les « femmes asiatiques » seraient exotiques, douces, souples, arrangeantes, dévouées au bon plaisir de l’homme, comparables à des mignonneries, voire des bibelots comme l’a écrit** l’auteur Pierre Loti à propos de ces femmes d’ailleurs.

      N’être attiré que par une seule catégorie inexistante de femmes, c’est ne pas voir en elles des êtres humains doués d’originalité et de profondeur, mais de les considérer comme des items interchangeables d’une même production en série.

      C’est les considérer comme des objets, bien commodes pour y projeter ses propres désirs de puissance. Oui, réduire des femmes de la sorte, c’est sexiste et raciste. D'ailleurs, le racialisme, c'est quoi ? Du racisme encore convenable ? Inutile de tenter l’habituelle défense « je préfère les blondes, c’est pas un crime ». Si je me teins en blonde, ça change la catégorie de site porno où on nous range ?

      Etre asiatique, ce n’est pas une simple option pour moi, cette identité me colle à la peau.
      ne nait pas discret, on le devient.»

    • Nadia Alexan - Abonnée 9 janvier 2019 10 h 54

      Je préfère vomir que de coucher avec un Trump! Je suis sûre que sa femme est dégoûtée.
      Par contre, après l'âge de 60 ans, les femmes sont plus attrayantes que les hommes du même âge. Aujourd'hui, les femmes de cinquante ont l'air de 25. Je pense à Nancy Pelosi du Congrès américain, a l'âge de 79, elle se présente comme une femme de 50. Il ne faut pas généraliser. Chaque âge a sa beauté et ses charmes. Ce qui est important c'est l'humanité et la générosité de la personne.

    • Clermont Domingue - Abonné 9 janvier 2019 11 h 30

      Chère Francine,veuillez accepter que les femmes ne puissent pas être supérieures aux hommes en tout. Elles assurent et assument déjà la suite du monde...

    • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 9 janvier 2019 12 h 14

      Vous êtes comme la majorité des hommes finalement. Vous confirmez le texte de Mme Pelletier. Je ne sais pas s'il y a de quoi être fier mais, au moins, vous ëtes honnête.

    • Hermel Cyr - Inscrit 9 janvier 2019 12 h 25

      Vous explorez des lieux que je n’avais pas soupçonné Mme St-Amour. Ma réaction se limitait à souligner le courage de la réaction de M. Domingue à « cette chronique-ci ».

      Pour ce qui est des lieux que vous explorez, je dirais que je ne juge pas des préférences et attirances des personnes sur la base raciale ou ethnique. Quant à moi, il y a des personnes attirantes sous toutes les latitudes, et ce n’est pas qu’une question d’âge ou de couleur. Je n’ai jamais pris les femmes asiatiques pour des bibelots. Celles que je connais sont des professionnelles et scientifiques qui ne se laisseraient pas réduire à ce rôle !

      Et je persiste à croire que Melania Trump est assez intelligente pour choisir elle-même son conjoint. Si vous voulez mon opinion à ce sujet, je trouve méprisant qu’une féministe prenne les femmes qui ont des conjoints plus âgés pour des nunuches qui n’ont pas la faculté mentale de choisir et ne fonctionnent que sur des réflexes conditionnés. La même remarque s'applique aussi aux hommes bien sûr.

      Pour ce qui est des fantasmes étalés par cet écrivain (n’est-ce pas un peu la fonction d’un écrivain que d'étaler ses fantasmes?), bons sens ! je ne crois pas qu’il s’agisse d’un sujet « plus brûlant » que le réchauffement de la planète comme le pense Mme Pelletier. Faut être franchement déconnecté pour le croire !

    • Claude Gélinas - Abonné 9 janvier 2019 12 h 51

      Avec respect cette observation révèle ce que le mot superficiel veut dire.

    • Céline Delorme - Abonnée 9 janvier 2019 13 h 00

      Je suis une féministe de 60 ans.
      Je pense qu'il est inutile et injuste de critiquer "les hommes" en général pcq un Français avait envie de faire parler de lui.
      Tant qu'il y aura nombre de jeunes femmes attirées par des homme de trois fois leur âge, les homme agés qui ont ce désir trouveront chaussure à leur pied. À notre époque et dans notre pays on ne peut pas tout mettre sur la faute "des hommes".
      Par contre, on peut continuer à travailler contre l'âgisme, pour que les femmes mûres soient aussi valorisées dans leur profession que les hommes: par exemple, ne pas congédier une femme présentatrice de télé pcq elle a 50ans. Ou bien encourager les spectacles ou pièces de théatre qui mettent en vedette plusieurs femmes plus âgées etc multiples autres exemples d'actions positives qu'on peut faire.

    • André Joyal - Abonné 9 janvier 2019 13 h 09

      @ Mme Alexan, biend 'accord avec vous pour reconnaître tout le talent et le charme de N. Pelosi, mais vous devez admettre que son coiffeur n'est pas le seul à le savoir...de même que son chirurgien-esthétique LOL

    • Clermont Domingue - Abonné 9 janvier 2019 13 h 17

      A mme Alexan, Confidence pour confidence, à 80 ans, j'aimerais mieux coucher avec Mélania qu'avec Nancy.

    • Nadia Alexan - Abonnée 9 janvier 2019 21 h 34

      À monsieur Domingue: Pensez-vous que Mélania va coucher avec vous par amour ou pour votre argent?
      Vous évacuez l'aspect humaine complètement de cette question, des autres qualités que l'on aime chez une personne comme l'honnêteté, un sens d'humour, la compassion, la générosité, l'intelligence, la chaleur, le charme, tous des attraits attrayants chez une personne qui nous incite à l'aimer. La beauté physique n'est pas tout, vous savez bien.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 9 janvier 2019 04 h 50

    Peur? Mettez-en!

    "une peur inavouée de perdre le gros bout du bâton." Très certainement.

    Il ne manque qu'un élément à cette analyse. Cette peur est d'autant plus intense chez les hommes appartenant à une catégorie psychologique bien identifiable: les personnalités narcissiques. Dont M. Moix est certainement un beau spécimène.

  • Loraine King - Abonnée 9 janvier 2019 06 h 15

    LA question qui tue

    Cet homme dit être incapable d’aimer une femme de son âge mais qu’en est-il des jeunes asiatiques qu’il aime baiser? Trouvent-elles qu’il est capable de les aimer? Il faudrait savoir ce que ces jeunes femmes pensent de lui, de son corps, et de ses pratiques. .

    Pourquoi se choquer quand un homme de 50 ans admet candidement qu’il est un mauvais amant? N’est-ce pas la norme?

    Je ne connais pas Moix et bien que j’aimerais lui suggérer une bon livre sur le sujet, p. ex., The Happy Hooker de Xaviera Hollander, je pense que cette lecture sera plus utile aux jeunes asiatiques. Ces jeunes femmes risquent autrement de s’ennuyer avec ce vieux aux boules tombantes qui à 50 ans n’a pas enccore découvert l’importance du cerveau comme organe sexuel.

    • Louise Collette - Abonnée 9 janvier 2019 08 h 33

      Pas mal votre intervention. ;-) Bien d'accord.
      Sauf que...il y a des hommes de 50 ans qui sont de bons amants, croyez-moi sur parole.
      Quant à Moix, moi...je n'en voudrais pas sur un plateau d'argent.

    • André Joyal - Abonné 9 janvier 2019 12 h 10

      @ «The Happy Hooker»...en effet, Mme King, son auteure aimait bien les jeunots avant même que le mot cougar y soit associé. LOL

  • Jean-Henry Noël - Abonné 9 janvier 2019 06 h 21

    Le déterminisme hormonal

    Il est inutile de grimper aux barricades pour défendre ici l'égalité homme-femme. La biologie nois apprend que passé la ménopause, vers cinquante ans, la femme est impropre à la reproduction. Dans certaines sociétés machistes, les hommes vieillissants se paient des jeunes femmes dans le but de démontrer que, eux, ils peuvent encore procréer. En général, dans nos sociétés libérales, les hommes mûrs qui divorcent choisissent des femmes plus jeunes. La femme ne peut pas être l'égale de l'homme dans tous les domaines. Leur biologie, par exemple, est éloquente,

    • Louise Collette - Abonnée 9 janvier 2019 08 h 35

      Qui vous parle de reproduction.. c'est de sexe qu'il s'agit dans cet article.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 9 janvier 2019 10 h 22

      Moi, Madame, je parle de reproduction, un sujet qui peit intéresser des hommes de 50 ans et même de 70.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 9 janvier 2019 11 h 47

      M. Noël, vous n’êtes pas sans savoir que la qualité du sperme régresse avec l’âge.
      Lorsque les mâles vieillissent la qualité du sperme se dégrade, à moins que vous ne soyez pas au courant…

    • Jean-Henry Noël - Abonné 9 janvier 2019 13 h 10

      Madame Rodrigue, je suis au courant de tout. Je peux le démontrer et le démontre. Tenez-le-vous pour dit !

  • Gaston Bourdages - Abonné 9 janvier 2019 06 h 31

    Si ces questions étaient posées à....

    ....monsieur « ...bedonnant » Moix : » Qu'est-ce qu'une femme pour vous ? » - « Que représente-elle ? » - « Quelle sorte de relation entretenez-vous avec LA femme ? »
    Et j'attendrais ses réponses.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • André Joyal - Abonné 9 janvier 2019 13 h 13

      M. Bourdages: je doute que le Moix en question puisse lire vos questions. Donc, pas de réponse à attendre à St-Mathieu-de-Rioux où j'espère, pour vous et vos concitoyens, que la neige est belle et bonne, car à Montréal...