Les Québécois à la rescousse de Trudeau

Quel sort réservent les Québécois à Justin Trudeau en 2019 ? Ils sont les électeurs canadiens les moins fidèles au niveau fédéral, ayant changé d’allégeance comme s’ils changeaient de chemise en 2011 et en 2015. Feront-ils de même en octobre prochain, alors que les libéraux comptent sur le Québec pour rester au pouvoir ?

Tout indique que le résultat du prochain scrutin se décidera au Québec.

Les libéraux détiennent toujours une avance énorme dans les provinces atlantiques. Les Ontariens semblent déjà fatigués du style agressif du gouvernement progressiste conservateur de Doug Ford. Ce dernier — et non le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer — est devenu le visage du mouvement conservateur dans la province. Si le PCC peut espérer remporter autour de 25 sièges dans l’Ontario rural ou semi-rural, l’endurcissement de son discours sur l’immigration risque de lui nuire sérieusement dans la grande région de Toronto, la fameuse GTA.

Selon une analyse du recensement de 2016 préparée par l’ancien fonctionnaire fédéral Andrew Griffith, il n’y a pas moins de 26 circonscriptions dans la GTA où les minorités visibles comptent pour plus de la moitié de la population. En comparaison, il n’y a que deux circonscriptions québécoises — Saint-Laurent et Saint-Léonard–Saint-Michel — où les minorités visibles forment la majorité. Or, si les néodémocrates de Jagmeet Singh peuvent gagner quelques sièges autour de Brampton, où résident des milliers de sikhs, l’Ontario multiculturel aurait plutôt tendance à rester fidèle aux libéraux, dont le chef se veut le champion mondial de la diversité.

En revanche, l’ouest du pays sortira vraisemblablement du prochain scrutin plus bleu que jamais. À part les régions de Vancouver et de Victoria en Colombie-Britannique, les conservateurs détiennent une telle avance dans les provinces de l’Ouest que le PLC et le NPD risquent tous les deux d’être rayés de la carte, ou presque, en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba.

Que se passera-t-il au Québec ? Les derniers sondages ont montré un affaiblissement de l’appui libéral et une baisse marquée du taux de satisfaction envers M. Trudeau dans la province, ce qui indique que l’avance dont jouit le PLC au Québec depuis les élections de 2015 n’est pas aussi solide qu’elle ne le paraît. De là à prédire que les libéraux seraient en difficulté au Québec, il y a un pas. En fait, faute d’une solution de remplacement, les Québécois pourraient envoyer plus de députés libéraux à Ottawa en 2019 que les 40 qu’ils ont élus en 2015.

L’effondrement du vote néodémocrate au Québec laisserait les troupes de M. Singh (si ce dernier est encore chef du NPD lors du prochain scrutin) à la case départ dans la province où ce parti avait remporté 59 des 75 sièges en 2011. Le NPD n’a retenu que 16 de ces sièges en 2015, alors que le nombre total de circonscriptions québécoises a augmenté à 78. À l’heure actuelle, seulement deux députés néodémocrates — Alexandre Boulerice dans Rosemont–La Petite-Patrie et Ruth Ellen Brousseau dans Berthier-Maskinongé — auraient des espoirs d’être réélus.

Après que le Bloc québécois a côtoyé la mort, il est trop tôt pour savoir si, sous un nouveau chef (vraisemblablement l’ancien député péquiste Yves-François Blanchet), il sera positionné pour profiter des déboires des néodémocrates. Si oui, le Bloc pourrait au moins sauver les meubles en gardant ses 10 sièges actuels — assez pour continuer le combat, mais pas assez pour bloquer le chemin au PLC.

Seuls les conservateurs de M. Scheer seraient dans une position pour livrer la bataille à M. Trudeau au Québec. Mais si les derniers sondages leur sont plus favorables, l’appui conservateur demeure concentré dans les régions de Québec, de Chaudière-Appalaches et de Saguenay. La bonne nouvelle pour M. Scheer est le faible appui dont jouit le Parti populaire de Maxime Bernier, dont le discours d’extrême droite n’attire jusqu’ici qu’une frange radicale de l’électorat. Il n’en demeure pas moins que les conservateurs ont peu d’espoirs de faire une percée dans la région montréalaise. Et si le PCC cible actuellement les circonscriptions des Laurentides et de Lanaudière, il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Les Québécois ne votent pas généralement pour les partis dont le chef n’est pas Québécois. Rappelons que feu Jack Layton était né au Québec, donnant un avantage au NPD en 2011 sur le PLC et le PCC, dont les chefs Michael Ignatieff et Stephen Harper étaient respectivement ontarien et albertain. Lors du prochain scrutin, M. Trudeau sera le seul Québécois à la tête d’un véritable parti national — la formation de M. Bernier n’ayant pas atteint ce niveau. Si le passé est garant de l’avenir, il serait réélu grâce aux Québécois en 2019.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

28 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 29 décembre 2018 03 h 11

    Les Québécois

    à la rescousse de Trudeau... j'espère bien que non, bienque le retour vers le futur des conservateurs pas alléchant «pantoute». Alors, quoi? Oui quoi? Et pourquoi pas la souveraineté ( mieux dt: l'indépendance) et un envol vers le futur cette fois en relançant dns un premier temps le Bloc?
    p.s. Vous me direz le NDP? Mais non, limite tombé dans l'insignifiance non par leur nouveau chef plutôt méritoire au fond, mais par la dicotomie irréconciliable de la fausse dualité multicuturaliste canadienne, comme les libéraux qui eux n'auront réussi qu'à allumer un «joint».. Eh! oui, le Bloc pour l'instant...

    • Gilles Bousquet - Abonné 29 décembre 2018 10 h 47

      Le probable nouveau chef du Bloc québécois, M. Blanchet, a déclaré qu'il veut défendre les intérêts du Québec DANS LE CANADA, une affaire pour conforter les Québécois DANS LE CANADA. Pas bon pour le QUÉBEC UN PAYS, ça, au contraire.

  • Marguerite Paradis - Inscrite 29 décembre 2018 05 h 52

    QUELLES SONT LES RÉALISATIONS DU P.M. TRUDEAU ET ÉQUIPE?

    Franchement, monsieur Yakabuski, il faudrait arrêter de prendre les québécoisEs pour des sans génie.

    • Gilles Gagné - Abonné 29 décembre 2018 16 h 54

      Et son commentaire où il écrit de nous '' ayant changé d’allégeance comme s’ils changeaient de chemise en 2011 et en 2015'' a suffit pour que j'arrête de lire sa condescendance.

    • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 30 décembre 2018 12 h 08

      Au niveau de la politique fédérale, les québécois sont méfiants et ils ont raison. Ce peuple a été conquis, expatrié, forcé à aller à la guerre contre son gré (loi des mesures de guerre), méprisé, sans oublier les promesses non tenues. Aussitôt qu'il se met debout, on l'écrase. Le passé est trop lourd et la confiance n'est plus.

      Yves-François Blanchette au Bloc: il était de l'émission les EX. J'étais bien déçue qu'il quitte mais c'est pour une grande cause.J'ai une immense confiance en lui et il va surprendre. Quelle belle acquisition pour le Bloc! Espérons que les québécois vont le reconnaître à sa juste mesure. C'est un homme de grande valeur.

  • Nicole Delisle - Abonné 29 décembre 2018 08 h 17

    M. Trudeau n’a jamais été vraiment l’allié du Québec!

    Pourquoi devrions-nous voter pour le fils de l’autre, alors que les Trudeau, père et fils en ont fait voir de toutes les couleurs aux Québécois? Que l’on pense seulement à la Davie que l’on a défavorisé au détriment
    de la Irving entre autre ou de l’ouest, ne laissant que les miettes à la compagnie québécoise! L’environnement si cher aux québécois a été défié par M. Trudeau par l’achat d’un pipeline! Alors, pourquoi
    notre vote irait aux libéraux? Il faudra voir comment le Bloc va se comporter avec son nouveau chef. Mais cela reste une solution pour au moins que nos droits restent défendus par des québécois qui croient plus
    à notre avenir que les autres formations politiques!

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 décembre 2018 11 h 53

      Suffit d'écouter Justin 3 minutes pour réaliser qu'il est anglophone.
      Tout son discours est un genre de traduction simultanée dans sa tête.
      Il adresse des problèmes (à qui, bon dieu?), il manque une personne (Ah! Il l'a visé avec un fusil ou un arc?), et bien d'autres.

      On ne peut certainement pas se baser sur son patronyme ou son prénom pour dire que Justin est Québécois.

      Hé! Je n'ai rien contre ses origines plutôt Vancouvéroises, je dis simplement qu'il fait de la fausse représentation. C'est un anglo qui parle presque acceptablement en français.

  • Serge Picard - Abonné 29 décembre 2018 08 h 29

    Un discours intolérant et raciste

    Votons pour Justin Trudeau qui tiens un discours intolérant et raciste envers le Québec et les francophones.

    Le sang « français » et « latin » qui coule dans les veines des Canadiens fait d’eux un peuple « moins organisé» que d’autres croit le premier ministre Justin Trudeau. Les Canadiens plus « désorganisés » à cause des Québécois.
    C’est du moins ce qu’a laissé entendre dans une entrevue exclusive avec le journal Bild, le plus important quotidien d’Allemagne, en marge du G20 qui se déroulait à Hambourg.

    « En continuité de ce que pensait mon père sur la question, je m’éloigne de toute conception de nationalisme du Québec, cette idée dépassée, d’un autre siècle, cette idée qui réduit le Québec à une nation alors que sa culture ne saurait s’épanouir qu’en tant que partie prenante d’un vaste Canada…
    Le nationalisme québécois se fonde sur une étroitesse d’esprit, peu d’intelligence et ne produit que des barrières inutiles.
    Comme mon père, je m’oppose à tous ceux qui peuvent même évoquer le concept de nation pour le Québec » Justin Trudeau.

    • Stéphane Leclair - Abonné 29 décembre 2018 10 h 34

      Monsieur Picard, pouvez-vous m'indiquer où je pourrais trouver l'entrevue en question ? Si je recherche ces phrases dans Google, la plupart des références pointent sur... vos précédents commentaires. J'ai bien trouvé dans Bild une entrevue de Trudeau lors du G20, mais il n'y avait rien concernant la politique intérieure canadienne.

    • Pierre Raymond - Abonné 29 décembre 2018 13 h 00

      Merci M. Picard pour cette information que j'ignorais ; ça me permet " d'apprécier " un peu plus " mon " PM Canadian.

    • Patricia Posadas - Abonnée 30 décembre 2018 09 h 23

      J’ai trouvé la même phrase, cette fois elle date de 2015: https://electionfed2015.wordpress.com/2015/10/15/le-piege-justin-trudeau/
      Allez sur cette page et vous trouverez un lien vers une entrevue dans laquelle, avec plus de fioriture pour faire plaisir aux Québécois.e.s (prériode électorale), il dit la même chose. Je me demande comment Justin Trudeau définit le Canada lui qui affirme que l’idée de nation appartient à un autre temps.
      La pensée de Trudeau père date d’une époque qui se relevait, il faut le rappeler, d’une guerre mondiale provoquée par un nationaliste, Hitler, et traversée par des guerres de décolonisation par lesquelles des pays colonisés cherchaient à (re)conquérir leur indépendance. Le mouvement d’indépendance du Québec s’inspirait alors de la pensée de Memmi, lequel avait réfléchi sur le portrait du collonisé et celui du colonisateur. Je vous conseille cette lecture. Vous verrez que le Québec porte encore les stigmates de ces deux conditions.
      Celle de Trudeau fils découle d’une époque qui a tout fait pour détruire la notion de peuple, qui a tout fait pour nous diviser en individus «libres», c’est-à-dire en unités fermées sur elles-mêmes, dans l’espoir de mettre fin à tout soulèvement populaire (voir Thatcher et Reagan). On le sait, le peuple pense mal, le peuple est brutal (raison pour laquelle il faut armer les pouvoirs et les cités). Cette idée que le NOUS est nocif n’est pas neuve. Lisez le père de la Propagande (Edward Bernays) et vous trouverez cette idée énoncée très clairement.
      Le manque de profondeur et d’analyse politique de Trudeau fils est proportionnelle à l’arrogance du père qui, malheureusement, possédait une culture et un sens politique proches de la perfection et qui s’en servait aisément.

    • Stéphane Leclair - Abonné 30 décembre 2018 17 h 04

      Merci ! Donc, si je comprends bien, la source de cette citation, c'est ce qu'il a dit dans cette entrevue télévisée à CTV en 2006. On peut peut-être contester la traduction de M. Fortin, mais le ton général est quand même semblable.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 29 décembre 2018 09 h 07

    Nuance...


    J’ai compris, il y a bien longtemps, qu’une bonne majorité de journalistes anglophones canadiens lorsqu’ils écrivent sur le Québec, expriment non pas ce qui en est de la présente politique québécoise, mais cherchent avant tout à susciter ce qu’ils souhaitent voir arriver au Québec.
    M. Yakabuski n’y fait pas exception.

    • Gilles Sauvageau - Abonné 30 décembre 2018 09 h 45

      Oui, Mme Rodrigue, vous avez raison, mais c'est à nous à juger ce qui est bien selon notre vouloir.