Hors-jeu: Sports Moins Plus

Afin de parachever l'évidement de fonds de tiroir regorgeant d'informations sportives de toute dernière importance, voici ci-bas une autre livraison de Sports Moins, mais à valeur ajoutée. Pour les d'entre vous qui tenez des statistiques à la maison, la valeur ajoutée, un concept économétrique plus branché que ça tu meurs, est constituée d'une valeur, mettons v, à laquelle on a ajouté, mettons a, quelque chose. C'est tout.

Donc, au début de la semaine dernière, les ligues majeures de baseball ont annoncé la conclusion d'une entente avec Columbia Pictures et Marvel Studios visant la reproduction du logo du film Spider-Man 2 sur les coussins et les cercles d'attente d'une quinzaine de stades à l'occasion des matchs du week-end du 11 au 13 juin. Une grosse, une très grosse histoire, à tel point que même mon collègue Antoine Robitaille, un intellectuel théorique, en a causé dans sa rubrique du samedi. Des protestations par milliards, notamment de la part de «puristes» qui, si j'ai bien compris, sont des partisans de la pureté.

Vous dire, méditant zennement tout cela tout en fredonnant tout bas pour ne réveiller personne Si parfois la nuit on découvre un mystère / L'Araignée surgit aussi vite que l'éclair, j'en étais arrivé à une formule à décoller la tapisserie pour désigner l'affaire: The Scandal of the Commandites.

C'était jusqu'à ce que vendredi, le commissionnaire Bud Selig annonce que finalement, y en aurait pas de sponsorisation arachnéenne.

«Je suis un traditionaliste» qui n'est pas disposé à vendre l'âme de la balle à n'importe quel publicitaire, a-t-il déclaré devant les affiches de Starbuck, Nikon et Pepsi ornant la clôture du champ extérieur du Safeco Field de Seattle. À moins qu'il ne se fût trouvé au Miller Park (Milwaukee), au U.S. Cellular Field (Chicago), au Bank One Ballpark (Phoenix) ou au Minute Maid Stadium (Houston)? En tout cas, il répondait à la question Dodge juste après le sommaire Home Depot pendant la mi-temps Verizon Wireless, une présentation de Domino's Pizza.

Mais non il n'y a pas trop de pub dans le merveilleuxª. On a toujours besoin d'être informés sur les produits et services nous étant proposés. Voilà l'un des axiomes fondamentaux de cette chronique, présentée par mon Ford intérieur.

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Histoire.

Question de tradition, on assiste peut-être à un ébranlement des colonnes du Temple de la renommée: des historiens ont retrouvé à Pittsfield (ouest du Massachusetts) un document faisant allusion au baseball et daté de 1791.

On recule donc de trente-deux ans par rapport à la plus ancienne mention connue du mot, faite dans un journal de New York en 1823, et de quarante-huit ans par rapport à la version officielle qui veut que le jeu ait été inventé par Abner Doubleday à Cooperstown, en 1839. Ce qui ne rajeunit personne, surtout vous.

Le document au centre de l'action est un règlement municipal interdisant à quiconque de jouer au baseball à moins de 80 verges du bâtiment abritant le conseil de Pittsfield, rapport aux fenêtres qui étaient encore plutôt fragiles à l'époque.

Non mais est-ce qu'on en apprend des choses ici, oui ou oui?

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Sciences.

Le Detroit Medical Center, qui administre cinq hôpitaux à Detroit comme son nom le laisse transpirer, a pris une initiative éminemment louable. Désormais, les patients qui attendent plus de 30 minutes avant de voir un médecin auront droit à un dédommagement: des billets pour un match des Tigers (de Detroit). Cela ou des laissez-passer pour le New Detroit Science Center ou le Charles H. Wright Museum of African American History.

Afin de voir si cela pourrait avoir un effet boule de gomme et favoriser l'affluence aux rencontres de nos Expos, j'ai téléphoné à Jean Charest. Il a réitéré que la santé était la «première priorité» de son gouvernement. Cela étant, a-t-il ajouté, «nous ne sommes pas prêts. Et puis, de toute manière, pourquoi hâter indûment le processus médical alors que, pour remplir le Stade olympique, des hot-dogs à 1 $ font de petites merveilles tout en étant excellents pour la santé?»

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Littérature.

Le gardien de but et capitaine du Bayern de Munich et de l'équipe nationale allemande, Oliver Kahn, a publié hier Nummer eins, un recueil de «réflexions» où il tente d'expliquer «qui il est vraiment». Peut-être êtes-vous au courant, les bouquins plus ou moins biographiques portant sur des sportifs sont en général des pièces d'anthologie, magnifiquement écrites par le sujet lui-même, sans nègre ni rien, pénétrantes, réfléchies et pas du tout conçues pour vendre de la copie facile.

Kahn, vous l'avez sans doute déjà remarqué, s'est fait une réputation de pas commode devant son filet, où l'incursion de l'adversaire se fait toujours aux risques et périls de ce dernier. Il a déjà mordu des oreilles, pris des joueurs à la gorge et administré des crampons dans plusieurs régions vulnérables.

Mais, raconte-t-il dans son livre — c'est ce que rapporte l'Agence France-Presse, à laquelle je dois me fier puisque l'exemplaire en langue allemande originale que j'ai commandé n'est pas encore arrivé —, il y a une raison à un tel comportement: «Il se croit au fond inapte pour le poste de gardien, car il a trop d'énergie et parce qu'il est prisonnier de la surface de réparation.»

Par ailleurs, «il raconte qu'il se sent inspiré par une panthère noire et reste longtemps devant sa cage quand il va au zoo avec sa fille, mais aussi que son institutrice s'est moquée de lui quand il a annoncé qu'il voulait aller au collège et que l'argent l'intéresse depuis son enfance. Il rêvait de l'oncle Picsou et d'une baignoire pleine d'argent.»

Dans un mois, c'est l'Euro 2004. Wundervoll.

jdion@ledevoir.com