La patrie ou le pays

Le prochain chef du PLQ devra « faire passer la patrie avant le parti », estime la députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, qui se voit manifestement très bien dans ce rôle. Qu’une députée fasse la nouvelle avec une affirmation qui semble aller de soi en dit long sur le peu d’intérêt pour le bien public qu’on prête aujourd’hui au parti qui a été le grand artisan de la Révolution tranquille.

Déjà, en 2010, l’ancien président du PLQ, Robert Benoît, ne reconnaissait plus dans cette « machine à ramasser de l’argent » le parti de Jean Lesage et de Robert Bourassa.

La préséance donnée au parti n’est pas le seul problème. Depuis un quart de siècle, le PLQ a également manifesté une indifférence navrante envers ce qui est au coeur de la « patrie » québécoise, c’est-à-dire son caractère français.

Philippe Couillard a repris à son compte la formule de Jean Lesage : « Le Canada est mon pays, le Québec est ma patrie. » Depuis que Daniel Johnson a déclaré, en anglais, qu’il était « Canadien d’abord et avant tout », le PLQ a donné clairement l’impression que le pays était plus important que la patrie.

Après avoir échoué à corriger les dégâts causés par Pierre Elliott Trudeau en 1982, le PLQ a choisi de se mettre au service de l’unité canadienne, à laquelle il semblait prêt à tout sacrifier. Maintenant que la menace de l’indépendance est écartée, à tout le moins pour l’avenir prévisible, est-il possible que le PLQ redécouvre la patrie ?

 
 

Il est clair que l’appartenance à une fédération dont le gouvernement met tout son poids dans la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme sera toujours un obstacle à l’épanouissement d’une société française.

Même le peu que demande le gouvernement Legault dépasse sans doute de loin ce que le reste du Canada est prêt à concéder au Québec. Il reste que la CAQ a fixé à un niveau dont le PLQ est très éloigné le degré de nationalisme qu’il est possible d’afficher sans remettre en question l’appartenance au Canada. S’ils veulent se reconnecter à l’électorat francophone, les libéraux devront s’ajuster en conséquence.

Marwah Rizqy, dont les électeurs de Saint-Laurent sont en grande partie non francophones, a fait preuve d’un certain courage en dénonçant l’anglicisation progressive de l’enseignement postsecondaire dans les établissements de langue française.

Il est cependant loin d’être évident que le PLQ est prêt à prendre les moyens nécessaires pour assurer la protection du français, que ce soit à l’université, dans les milieux de travail ou dans l’affichage. Depuis quinze ans, il s’est cantonné dans le laisser-faire, en assurant que le français se porte à merveille.

 
 

Alexandre Taillefer s’est vite fait rembarrer quand il a déclaré, à peine dix jours après l’élection du 1er octobre, qu’il fallait« repositionner le PLQ comme un parti davantage nationaliste, qui va se positionner dans la défense du français, de la culture québécoise » et s’employer à « faire évoluer le Canada ».

Après sa performance catastrophique à titre de président de la campagne libérale, M. Taillefer aurait sans doute dû comprendre qu’il était mal placé pour donner des leçons, mais il était clair que la teneur du message a été aussi mal reçue que le messager.

On ne lui accorde plus la moindre chance de devenir chef, mais celui qui sera éventuellement choisi devra renouer avec le nationalisme qui caractérisait jadis le PLQ, sous peine de le condamner à un très long séjour dans l’opposition.

Ce nationalisme ne devra pas être simplement une façade. Pour être crédible, il lui faudra être sincère. Pierre Moreau ayant déclaré forfait, plusieurs voient maintenant dans l’ancien ministre des Transports, André Fortin, un possible successeur de Philippe Couillard. Non seulement il est visiblement doué pour la joute politique, on lui trouve même une certaine ressemblance physique avec Robert Bourassa.

Pour ceux qui ont connu l’ancien premier ministre, la comparaison s’arrête là. À leurs yeux, M. Fortin, qui a fait ses classes dans les officines libérales à Ottawa, n’est pas assez nationaliste pour diriger le PLQ.

Il est vrai que les deux hommes ont des origines et des itinéraires bien différents. Alors que M. Bourassa était un pur produit de l’Est francophone de Montréal, M. Fortin a grandi dans la petite municipalité de Quyon, dans l’Outaouais, où il a été immergé dans le bilinguisme dès le plus jeune âge.

« L’école primaire était assez intéressante dans le temps, puisque les francophones et les anglophones étaient ensemble. Ce qui m’a permis de développer une capacité dans les deux langues », racontait-il dans une entrevue au quotidien Le Droit peu de temps après son élection dans Pontiac, en 2014.

Une fois déménagé à Aylmer, il s’est réjoui d’avoir trouvé un environnement semblable pour sa fillette de deux ans, qui a pu faire le même apprentissage du bilinguisme. « On est un peu comme une communauté modèle de ce que le Canada aurait voulu être », disait M. Fortin. En réalité, le Canada anglais n’a jamais voulu être bilingue et le Québec ne le souhaite pas non plus.

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36 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 20 décembre 2018 03 h 52

    «Je suis de race forte et de source féconde.» (!)

    Mais combien «conne»! Inutile de pérorer. Misère!

    JHS Baril

    Ps. «Tale!»

  • Louise Collette - Abonnée 20 décembre 2018 04 h 50

    Longtemps

    Pour ma part, le PLQ peut bien rester dans l'opposition pour les 30 prochaines années, ou disparaître complètement.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 décembre 2018 10 h 33

      C’est plate à dire mais tant qu’il restera un anglais, ou pire un Québécois assimilé comme monsieur Fortin, le parti libéral aura des chances de gagner, même dans des comtés francophones.

      L’attirance vers l’anglais est tellement forte, que les gens comme Fortin ne voient même pas le danger de l’assimilation. En fait ils ne voient pas la richesse de la langue. J’en veux pour preuve que sa fierté n’est pas l’excellence du français de sa fille, mais son bilinguisme...

      C’est ça qu’on veut... ?

    • Jean-Henry Noël - Abonné 20 décembre 2018 18 h 12

      Malheureusemrnt, il n'y a plus de tribun au Québec, à la manière de Jean Lesage, l'unique. Le bouffeur de hot dog en est une pâle copie. Qui ressucitera les tribuns ? Et un peu de classe !

  • Hélène Gervais - Abonnée 20 décembre 2018 06 h 30

    Je n'y crois pas une miette ....

    Malheureusement, le parti libéral est devenu un parti d’hypocrites et de ramasseur d’argent, et ce depuis le règne de charest, qui était un fédéraliste conservateur. Quant à Mme Marwah Rizqy, c’est bien dommage, mais elle est députée de ville St-Laurent, comté multiethnique, anglophone ou allophone, qui fait toujours élire un(e) libéral(e) depuis la nuit des temps. Alors que cette dame se rende compte que le français est en baisse, ne veut absolument rien dire quant à moi.

  • Michel Lebel - Abonné 20 décembre 2018 06 h 55

    Beurrer épais, mais pas trop!


    En lisant ce texte, l'image du beurre d'arachide (de peanut...) m'est venue: pour que ce soit bon, il faut beurrer épais! Legault a bien compris la chose, son ingrédient principal étant présentement la ''business''. Mais le nationalisme a ses limites, son contenu demeurant volatil et on peut finir par s'en lasser. Comme le beurre d'arachide.

    M.L.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 décembre 2018 12 h 24

      "Le nationalisme a ses limites".....C'est exactement ce qu'a fait Bourassa, après l'échec de l.Accord du lac Meech(1990): il a feint d'être pro-souveraineté alors qu'Il s'écrasait."Plus on se fait flouer, plus l'on chante le O Canada". Cela fait partie de notre Histoire:nous écraser!

      Si on avait eu seulelemt 10% "du guts" des Juifs.....!!!

    • Louise Collette - Abonnée 20 décembre 2018 15 h 34

      Oui il a ses limites mais on en est encore loin, alors dormez su vos deux oreilles...

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 décembre 2018 07 h 31

    Le parti du Canada

    Il ne sert absolument à rien de demander au PLQ d'incarner à nouveau le nationalisme social démocrate qui fut autrefois son créneau. La place est déjà prise par tous les autres partis, qui se partageront ce vote-là un peu plus à gauche ici, à droite là, avec aussi l'effet de balancier de l'alternance du pouvoir et le bénéfice des figures plus charismatiques.

    Le PLQ n'est plus depuis vingt cinq ans un parti nationaliste. Avec la montée de la CAQ le nationalisme non souverainiste et souverainiste mou a trouvé une alternative bien satisfaisante au PQ et à QS. Le résultat de l'élection ne peut pas être plus parlant à cet égard. Les aspirants à la succession de Robert Bourassa (hé oui) auront beau essayer de se refaire une beauté pseudo-nationaliste pour rallier une partie de l'électorat dit de souche à sa clientèle anglophone et allophone, cela ne trompera plus personne, faut-il espérer.

    Le PLQ est le parti du Canada. C'est à assumer clairement ce parti-pris idéologique qu'il doit s'employer. Comme le font les autres formations politiques. Il est aussi légitime que n'importe quel autre, dans une perspective démocratique. Cela ne lui vaudra évidemment pas de gagner les prochaines élections. Mais ce n'est pas de cela surtout qu'il y a lieu de se réjouir ou de chagriner (c'est selon), mais plutôt que cesse enfin ce raccolage électoraliste qui lui donnait faussement les allures d'un parti nationaliste. La vraie affaire du PLQ, désormais, c'est la promotion de la participation du Québec au projet multicultariste et fédéraliste canadien. Ce ne sera pas ma tasse de thé. Mais que les opinions prennent enfin le pas sur les campagnes publicitaires, ce sera certainement au bénéfice de notre vie démocratique. Si les survivants péelquistes de l'élection de 2018 ne veulent pas assumer la place qui est la sienne et lui donne sa légitimité, il lui est promis de longues années de misère. Comme pour le PQ. Pour les mêmes raisons.

    • Hermel Cyr - Inscrit 20 décembre 2018 07 h 51

      Je partage entièrement votre point de vue.

    • Gilles Bousquet - Abonné 20 décembre 2018 08 h 08

      Oui, il y a une place, au Québec, pour un parti, le PLQ ici, carrément fédéraliste et multiculturaliste DANS LE CANADA. Il y en a une autre, la CAQ-Legault, pour un parti autonomiste, nationaliste francophile DANS LE CANADA. Une place, de plus en plus éctroite, pour le PQ et Québec solidaire, qui brantent dans le manche vers le QUÉBEC UN PAYS, le premier, qui y préfère la gauche et l'autre, le pouvoir provincial.

    • Louise Collette - Abonnée 20 décembre 2018 09 h 00

      Belle analyse Monsieur Maltais Desjardins.
      Je vais être plus modeste et terre à terre, je n'irai pas paaaaaaarr quatre chemins : sont vraiment mal pris au PLQ; je vais être un peu méchante, je m'en réjouis chaque jour depuis le 1er octobre, ça fait tellement de bien. :-)
      Le QLP a mordu la poussière, je ne sens plus la chape de plomb, pour la suite du monde, on verra.....

    • André Joyal - Inscrit 20 décembre 2018 09 h 06

      Monsieur Maltais-Desjardins : je vous ai lu (cette fois) avec ravissement, me disant il n'y a rien à ajouter. Jusqu'à votre toute dernière phrase. Oui, je sais, vous ne pouviez ne pas l'écrire..., les doigts vous en brulaient, trop empressé de le faire. Dommage. Je dis ceci malgré les torts du PQ dont je suis conscient.Ce n'était pas le moment de taper dessus après avoir, si pertinemment, taper sur le PLQ que je souhaite ne plus revoir au pouvoir de mon vivant.

    • Benoît Collette - Abonné 20 décembre 2018 10 h 15

      Votre analyse est tout à fait pertinente. Comment prendre au sérieux un retour aux racines nationalestes et sociales-démocrates, quand le partie a coupé l'arbre il y a bien longtemps?

    • André Joyal - Inscrit 20 décembre 2018 11 h 30

      Monsieur Hamel ; «Je partage entièrement votre point de vue.» Même la dernière ligne? Alors, il faut vous ajouter aux 4 chevaux de l'Apocalypse, liés à QS que l'on retrouve dans ces commentaires. Si les 3 mousquetaires étaient 4, les 4 chevaux de l'Apocalypse peuvent être 5.

    • Hermel Cyr - Inscrit 20 décembre 2018 14 h 30

      M. Joyal,

      Oui même la dernière ligne. Je l’interprète comme signifiant que si le PLQ n’a pas à faire semblant d’être nationaliste, le PQ n’a pas à faire semblant de ne pas être indépendantiste; soit diluer ou mettre entre parenthèse son option.

      J’avoue avoir adhéré à l’approche de M. Lisée de repousser le débat sur l’indépendance. Avec le recul, c’était une grave erreur. C’était une approche trop « sophistiquée » pour être une approche politique réelle. Tous, nous savons aujourd’hui - et ne pouvons plus en douter depuis le 1er octobre - qu’il vaut mieux perdre en défendant notre option que de perdre en ne la défendant pas.

      La réorientation nécessaire du PQ passe par l’affirmation obligée de l’option indépendantiste, pas seulement en principe, mais dans une stratégie fondée sur une analyse serrée de la réalité actuelle et une prospective engageante pour le devenir de notre pays; pour qu’il advienne, enfin.

      Si ce n’est pas la signification de donne M. Maltais Desjardins à cette dernière phrase, c’est possible, mais je tiens à exprimer la mienne.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 décembre 2018 16 h 11

      Le rôle de Robert Bourassa, suite au rejet de Meech, a été très bien analysé par J.F. Lisée avec ses 2 livres « Bourassa le Tricheur » et « Bourassa le Naufrageur ». Rappelons que Mario Dumont était alors impliqué dans le PLQ et que, suite au Rapport Allaire, tabletté par Bourassa, eut lieu la fondation de l’ADQ. Si Bourassa s'était tenu debout........!!!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 décembre 2018 16 h 38

      C'est tout à fait ce que je voulais dire, monsieur Joyal. J'ajouterai à la suite des propos inspirants de monsieur Cyr que si les membres du PLQ n'ont pas eux-mêmes l'inspiration de procéder à leur propre réorientation, ce ne sera pa le moindre bénéfice d'une radicalisation (de racine...) de l'option indépendantiste que de forcer le PLQ à le faire, sous la pression de sa clientèle traditionnelle. Le PQ sera en bien meilleure posture, par ailleurs, pour demander des comptes à QS concernant la question nationale.

      Ceci et dit et pour être tout à fait honnête, je crois que QS n'aura aucune difficulté à le faire et que l'avenir du mouvement indédantiste, c'est pas là qu'il se dessine. J'admets qu'on ne partage pas cet avis pour des raisons très défendables. Il nous reste un bon trois ans pour y réfléchir, en espérant que le Legault de service ne continue pas trop à tituber comme s'il avait une cane de peinture pleine dans chaque pied!