Pendant ce temps, au PQ...

Mine de rien, Paul Martin a rendu un fier service à Bernard Landry en retardant de semaine en semaine le déclenchement des élections. La nécessité d'éviter tout déchirement de nature à nuire à la campagne du Bloc québécois lui a assuré des mois de paix à l'intérieur du PQ.

La «saison des idées» se déroule sur un mode plutôt pépère auquel ce parti ne nous a pas habitués. Même au PLQ, les lendemains de défaite sont généralement plus agités. Sans parler du PLC, où Jean Chrétien a été privé de la quiétude que procure normalement la victoire.

Au fil des semaines, Pauline Marois et François Legault ont bien échangé quelques taloches, mais ils ont plutôt l'air de deux jeunots que le vieux chef regarde se chamailler avec plus d'amusement que d'inquiétude.

Tant que M. Landry n'a pas confirmé officiellement son intention de rester, ils se sont imposés une sorte d'obligation morale de respecter sa «réflexion», même si tout le monde sait bien qu'à moins d'un renversement totalement imprévu de l'opinion en faveur des libéraux, il est déterminé à rester. À l'heure actuelle, la question n'est pas de savoir qui va éventuellement le remplacer, mais si on va tenter de l'empêcher d'obtenir un vote confiance satisfaisant au congrès de 2005.

Même si personne ne le bouscule, M. Landry aurait décemment dû annoncer sa décision au conseil national dont la tenue était prévue au début de juin, mais le lancement imminent de campagne électorale fédérale a fourni un excellent prétexte pour le reporter à la fin d'août, condamnant du coup les aspirants à sa succession à passer un autre été à faire campagne en marchant sur des oeufs.

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Les sondages internes du PQ indiquent clairement que ses chances de reprendre le pouvoir sont meilleures avec M. Landry qu'avec tout autre chef, mais un congrès a sa dynamique propre. En octobre 1996, qui aurait cru que les militants péquistes pourraient infliger une pareille gifle à l'homme politique le plus populaire de l'histoire du Québec? Lucien Bouchard s'était senti insulté et humilié que seulement 76,7% des délégués lui renouvellent leur confiance, au point d'envisager très sérieusement de démissionner.

M. Landry, qui connaît le PQ infiniment mieux que son prédécesseur, sait bien qu'il peut y avoir un important décalage entre la position des délégués à un congrès et ce que pense l'ensemble des membres du parti, dont les sentiments ne reflètent pas davantage ceux de la population.

On croit parfois avoir tout prévu, et voilà que les interventions de quelques activistes à la langue bien pendue, plaidant qu'une course au leadership serait bénéfique au renouvellement des idées, viennent tout bouleverser.

Présentement, François Legault donne la nette impression qu'il vaut mieux pour lui que M. Landry demeure en poste, plutôt que de devoir affronter Pauline Marois, qui risque d'être là plus longtemps. De son côté, Mme Marois elle-même hésite manifestement à brusquer les choses. Dans l'entourage de M. Landry, la question est d'ailleurs moins de savoir si elle tenterait un putsch, que si elle se résignerait à solliciter un autre mandat sous sa direction.

Même si M. Legault et Mme Marois se ralliaient personnellement à M. Landry, rien ne garantit que leurs partisans en feraient autant. Certains peuvent très bien en arriver à la conclusion qu'ils n'ont rien à perdre à brasser un peu la cage. Un score comme celui que M. Bouchard a obtenu en 1996 aurait des allures de désaveu.

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M. Landry a cependant une carte dans sa manche. Si, à l'approche du congrès, il se rend compte que les choses risquent de mal tourner, il peut toujours décider de prendre les devants en mettant ses adversaires potentiels au défi de l'affronter dans une course au leadership en bonne et due forme.

Dans ces conditions, il n'aurait pas besoin de recueillir l'appui de 80 % des délégués à un congrès, mais simplement la majorité des voix de l'ensemble des membres du PQ qui exerceraient leur droit de vote. Pour lui ce serait un jeu d'enfant. Il y aurait même de fortes chances que personne n'ose l'affronter. Si Pierre-Marc Johnson avait agi de cette façon, en 1987, Jacques Parizeau se serait probablement dérobé.

Peu importe le scénario qu'il choisira, M. Landry n'a cependant aucune raison de faciliter la tâche de ses adversaires en annonçant prématurément ses couleurs. Maintenant que Paul Martin tient ses coupables, dans la personne de Chuck Guité et Jean Brault, plus rien ne l'empêche de déclencher les élections. Au cours des prochaines semaines, les militants péquistes vont consacrer toutes leur énergie à la campagne du Bloc québécois. Inutile de les distraire avec des histoires de leadership.

Le jour où il annoncera son intention de rester, il devra également clarifier sa position sur la tenue d'un référendum. C'est à ce moment-là que la vraie partie va commencer. Parler de «circonstances raisonnables» est précisément le genre de chose qui risque de rendre son vote de confiance problématique au congrès. En revanche, comment peut-il s'engager à tenir un référendum coûte que coûte, peu importe les chances de le gagner? Un tel aventurisme en empêcherait plusieurs de voter PQ, si exaspérés qu'ils soient du gouvernement Charest.

Si M. Landry désire conférer d'avance un caractère référendaire aux prochaines élections, c'est son affaire, mais le Bloc québécois préférerait sans doute qu'il attende au moins au 29 juin avant de le faire.

mdavid@ledevoir.com
1 commentaire
  • Léonce Gaudreault - Abonné 11 mai 2004 07 h 31

    Pisse-vinaigre en chef!

    Toujours aussi pisse-vinaigre notre cher Michel David.