Donner le goût de l’histoire

Si, comme moi, vous aimez l’histoire, si vous la trouvez passionnante en soi, mais aussi indispensable à la construction de l’identité, individuelle et collective, ainsi qu’à la formation du citoyen, vous souhaitez sûrement qu’elle occupe une place importante à l’école et que les élèves désirent l’apprendre. Comment réussir cette mission ?

Des recherches ont illustré que, même si les jeunes États-Uniens ne sont pas particulièrement versés dans l’histoire de leur pays, ils ont des idées assez précises au sujet de la guerre du Vietnam : il y a eu plusieurs manifestations pour la contester et les vétérans en sont les victimes. Où donc ont-ils appris ça ? En écoutant Forrest Gump (1994), le film de Robert Zemeckis.

On peut tirer deux conclusions de cette révélation. La première : les jeunes n’apprennent pas l’histoire qu’à l’école et retiennent souvent plus celle qu’ils découvrent ailleurs, notamment dans les films. La seconde : ce serait donc une bonne idée d’utiliser le cinéma, comme la littérature et d’autres formes d’art, pour intéresser les élèves et pour leur apprendre à développer un esprit critique quant à ces versions populaires du passé. Connaître la guerre du Vietnam par Forrest Gumpet l’Holocauste par La liste de Schindler (1993), de Steven Spielberg, n’équivaut pas, en effet, à une fine connaissance de ces événements.

Dans Mondes profanes. Enseignement, fiction et histoire (PUL, 2018, 532 pages), une foule de didacticiens en histoire, sous la direction des professeurs Marc-André Éthier, David Lefrançois et Alexandre Joly, se penchent justement sur les usages possibles des films, chansons, jeux vidéo et lieux historiques, avec le souci d’apprendre aux élèves à développer une pensée historienne critique. L’ouvrage, savant et porté sur le vocabulaire spécialisé, contient néanmoins des propositions d’activités d’enseignement très concrètes, susceptibles de dynamiser la classe d’histoire.

Augustine à l’école

Les films historiques, note Vincent Boutonnet, attirent les élèves, leur permettent d’avoir de l’empathie envers les gens du passé et s’avèrent une manière de « transmettre des connaissances historiques, tout en brisant la monotonie ». La preuve est faite, de plus, qu’ils marquent les élèves. Ces films, toutefois, n’ont pas la rigueur du discours historique savant. Il convient donc, pour les mettre à profit, de fournir aux élèves des outils d’analyse critique.

Ces outils sont notamment ce qu’on appelle les euristiques de l’histoire, c’est-à-dire, selon Olivier Côté et Alexandre Lanoix, l’analyse de la source (un film allemand sur la Deuxième Guerre mondiale aura un point de vue différent d’un film français), la contextualisation (budget, financement, diffuseur, public), la corroboration (consultation d’autres documents sur le sujet) et la lecture en profondeur (souci du détail). L’approche, inspirée par le Renouveau pédagogique, est exigeante, mais très formative.

Comme le soulignent l’historien et pédagogue Wineburg et ses collègues, l’histoire n’est pas une matière scolaire tout à fait comme les autres. Contrairement à l’algèbre, qui ne s’apprend pour l’essentiel qu’à l’école, les récits historiques sont omniprésents dans l’univers médiatique des élèves.

L’historien Dominique Laperle propose une stimulante activité d’apprentissage destinée aux élèves de 4e secondaire. Il s’agit de visionner La passion d’Augustine (2015), le beau film de Léa Pool, pour « faire comprendre les mutations qui ont affecté la société québécoise durant la Révolution tranquille » et pour faire connaître « certaines contributions positives d’agents liés à l’Église catholique ».

Dans un premier temps, les élèves notent ce qu’ils connaissent de cette période. Ensuite, ils regardent le film en en retenant les thèmes, l’ambiance et les éléments historiques. Ils lisent, enfin, des textes d’historiens sur cette époque. À l’arrivée, les jeunes ont vu un excellent film, ont appris qu’il existe différentes versions d’une même histoire et que seule une démarche critique sérieuse peut nous permettre d’avoir un point de vue valable sur le passé.

Déboulonner Maurice Richard

L’activité conçue par Chantal Rivard et Sylvain Larose est aussi captivante et porte sur le déboulonnage des statues. Si la Ligue nationale de hockey décidait enfin d’interdire les bagarres, faudrait-il songer à déboulonner la statue de Maurice Richard, un joueur qui n’hésitait pas à jeter les gants ?

Après ce préambule visant à « déstabiliser les élèves en leur apprenant que les valeurs de la société actuelle […] ne seront peut-être pas celles de leur propre société dans le futur », Rivard et Larose plongent les élèves dans le débat concernant la statue de John A. Macdonald. En lisant des documents d’époque et des textes d’historiens, les jeunes font le portrait du personnage, pèsent le pour et le contre et se familiarisent avec la complexité de l’histoire.

Pour donner le goût de l’histoire aux élèves, il faut les convaincre que cette matière n’est pas plate. Or, les jeunes aiment le cinéma, les histoires, les chansons et, souvent, les débats. Servons-nous de tout ça, intelligemment, pour rendre le passé présent.

1 commentaire
  • Ginette Cartier - Abonnée 1 décembre 2018 08 h 05

    De belles intentions...

    De belles intentions, audacieuses... Des débats historiographiques au secondaire... Des films entiers présentés en classe... L'étude des sources... Bien d'accord, surtout à l'université. Quand la partie préfrontale du cerveau gagne en maturité... Toutes ces recherches en didactique, c'est bien beau et stimulant sur papier. La réalité est tellement tout autre.
    Il y a la didactique, et il y a l'expérience du terrain. Avant les "compétences", d'abord les connaissances. Un étudiant m'a confié au bout de ses 45 heures de mon cours d'histoire du Québec au collégial que c'est la première fois qu'il avait le sentiment d'avoir appris quelque chose...