Technologie: Acheter, c'est voter? Votez donc libre!

Année après année, l'Alliance canadienne contre le vol de logiciels (ACCVL) se lance dans une campagne destinée à décourager les internautes de pirater, quitte à tenter de leur faire peur. Ne reculant devant rien, le chroniqueur vous propose d'être en règle avec l'ACCVL en utilisant des solutions douces pour le portefeuille.

Je ne suis pas fier de vous. Saviez-vous, Ô mes coquins, qu'en piratant des logiciels, vous avez coûté à l'économie canadienne 419 millions de dollars en ventes de logiciels d'affaires et que 32 000 emplois dans le secteur des technologies de l'information et de la vente au détail ont été perdus à cause de vous. Ce n'est pas moi qui le dis, mais bien l'ACCVL. Vraiment, vous me décevez tous grandement.

Dans son dernier communiqué, l'ACCVL vous interpelle directement. Avez-vous, au cours des derniers mois, téléchargé un logiciel sur Internet ou sur un réseau d'échange P2P? Vous êtes-vous procuré un progiciel à un prix tellement ridicule qu'étrangement, aucun manuel de l'utilisateur n'était inclus? Avez-vous succombé aux avances d'un ami ou d'un collègue de bureau qui vous a proposé de copier un logiciel?

Honte à vous, suppôt de Satan, fils de chamelle et toutes ces sortes de choses. Tout comme Carferrix, bras droit de Ocatarinabellathitchix (vous savez, celui qui expliquait les raisons des guerres entre chefs de clan, à savoir: «Les vieux disent que le grand oncle d'Ocatarinetabellatchitchix a épousé une fille du clan Talassotérapix dont était amoureux un cousin par alliance d'un aïeul de Figatellix. Mais d'autres assurent que c'est à cause d'un âne que l'arrière-grand père de Figatellix avait refusé de payer au beau-frère d'un ami intime des Ocatarinetabellatchitchix sous prétexte qu'il était boiteux (l'âne, pas le beau-frère d'Ocatarinetabellatchitchix)...)», bref, tout comme lui, je n'ai qu'une chose à vous dire: «C'est très grave!»

Des conséquences

Selon l'ACCVL, en copiant ainsi des logiciels, vous vous exposez à ce que:
- des virus qui s'attachent à certains programmes, se reproduisent et endommagent gravement vos données;
- des pirates informatiques qui rôdent autour des réseaux informatiques, tentent d'accéder à vos logiciels, votre machine ou votre réseau, afin d'altérer ou même de détruire des données;
- votre ordinateur soit victime des programmes «d'espionnage» qui recueillent des renseignements personnels sans votre autorisation et laissent des trous qui mettent en péril la sécurité de votre ordinateur.

Rien de moins. Non mais qu'est ce qu'on prend comme risque en piratant du logiciel. On en apprend des choses grâce à l'ACCVL. De plus, si vous vous faites prendre à pirater des logiciels, en plus d'une tape sur les doigts, vous vous exposez à être condamné à des amendes salées pouvant atteindre 20 000 $ par copie de logiciel non autorisée installée dans vos ordinateurs. Je subodore le rouge de la honte envahir votre visage. Allez, bonnet d'âne et vous me copierez 100 fois Ocatarinabellatchitchix tiens.

Des conseils

Maintenant que vous avez pris conscience de votre triste état de pirate de l'économie canadienne (vous me copierez aussi 200 fois «Enron, Worldcom, Nortel et Microsoft»), voici les cinq conseils pratiques que vous donne l'ACCVL pour redevenir un citoyen modèle :
- dressez l'inventaire de vos logiciels. Y compris ceux que votre tribu d'ados a installés à votre insu;
- vérifiez le statut des licences. La norme dans l'industrie informatique est d'accompagner chaque logiciel d'un contrat de licence. Vous savez, le petit papier que vous ne lisez jamais avec tout plein de jolis mots ou le fichier qui vient avec le logiciel que vous avez téléchargé;
- alors, ces logiciels que vos ados ont téléchargés? Ils sont légaux ou non? Classez et maintenez à jour toutes vos factures et reçus;
- créez une banque de données pour la gestion des logiciels. Cette banque de données devrait contenir tous les renseignements obtenus et devrait être mise à jour régulièrement pour contrôler les logiciels éliminés, les ajouts ou les actualisations. (Qui a dit que c'était tout simple d'utiliser un ordinateur?);
- obtenez sans tarder les licences nécessaires pour tout programme logiciel non autorisé que vous trouverez dans votre ordinateur. Obtenir les licences veut évidemment dire préparez-vous à casquer.

Et on ajoute

Après les arguments destinés à vous faire peur, voilà donc les cinq petits conseils de l'ACCVL. Maintenant, complétons avec les conseils du chroniqueur:
- d'accord, vous n'avez retrouvé ni la licence, ni la facture de cette magnifique suite bureautique qui trône sur votre disque dur. Même chose pour le système d'exploitation ainsi que plusieurs autres applications. Pourtant, personne ne doute de votre honnêteté, mais vous devez posséder une licence et une facture;
- faites une recherche sur Internet afin de trouver les meilleurs prix possible pour acheter ces logiciels et être en règle. Prenez trois Prozac, deux Valium et lisez une chronique de Jean Dion ou un édito du Monde diplomatique afin de vous remettre du choc de voir que cette charmante et mignonne suite bureautique se vend plus de 700 $;
- d'accord, vous ne voulez pas changer votre façon de faire. On ne vous parlera pas de Linux. Alors, procurez-vous pour un prix dérisoire de 300 $ cette version Home de Windows XP. Ou encore, allez-y pour le grand jeu: achetez-la cette version de Windows XP Professional pour 500 $ (ces prix proviennent du site Internet du Camelot, je n'invente rien). Voilà, maintenant que vous êtes en règle avec la loi, on se sent mieux? Vous n'avez plus les moyens pour d'autres achats? Fichtre, il est vrai qu'à 500 $ l'exemplaire pour le système d'exploitation, on se demande s'il n'existe pas une Alliance contre le vol du contenu du portefeuille des consommateurs;

Pas de panique toutefois. Avant de négocier un prêt hypothécaire avec le directeur de votre banque pour acheter ces quelques petites applications qui vous font cruellement défaut, peut-on vous parler d'une une solution gratuite et tout aussi performante? Que diriez-vous de prendre quelques minutes de votre précieux temps pour télécharger une image CD prête à graver?

Bien qu'officiellement l'équipe du projet Mille, dont je vous ai déjà entretenu, ait conçu un cédérom pour les institutions scolaires, rien ne vous empêche de télécharger l'image CD Colibris (Contenu libre pour Institutions scolaires), une trousse de progiciels à code source libre destinés spécifiquement à l'environnement Windows. Comprenons-nous bien, j'ai dit Windows, et non pas Linux. Vous trouverez dans la distribution Colibris «des progiciels qui peuvent remplacer avantageusement ceux que vous utilisez déjà sans pour autant avoir à débourser un sou ».

Outre la traditionnelle suite bureautique compatible MS Office, soit OpenOffice (qui en passant, s'intègre très bien avec Antidote, merci à la compagnie Druide), vous y trouverez des applications de comptabilité personnelle, de graphisme, de lecture et d'enregistrement audio et vidéo ainsi qu'une foule d'applications Internet tel fureteur, courriel et tutti quanti. Carburer gratuitement à l'Open Source sous Windows? C'est tout à fait possible, et même souhaitable. Avant même Linux, il y a le logiciel libre. Convaincre les gens d'adopter le libre, ça se fait progressivement, «avé circonspection» (dixit César Labeldecadix).

Envoyer un message

Et les 419 millions de dollars perdus pour l'économie canadienne? Ouais, il est vrai qu'en étant légal, mais en turbinant avec du logiciel libre, vous ne contribuerez pas à renflouer les coffres des «pôvres» sociétés faisant partie de l'ACCVL. Vous aurez toutefois le plaisir de dire que vous le faites légalement tout en envoyant un message clair à l'industrie du logiciel. Acheter, c'est voter? Votez donc contre les prix abusifs pratiqués par la plupart des grands éditeurs de progiciels. Votez libre.

Ce texte a été écrit avec OpenOffice pour Mac, et on ne s'en porte pas plus mal.