La résistance de l'essence

Les prix à la pompe oscillent quotidiennement de plus ou moins 3 ¢ le litre d’essence ordinaire. Ils pourraient même bondir d’au moins 7 ¢ dans les prochains jours, selon le prix réaliste de CAA-Québec. Rien à voir avec le plongeon des cours du brut, avec un prix pour le baril de référence en chute de 25 % depuis le début d’octobre.

En Bourse, les cours de référence viennent d’aligner un sixième repli hebdomadaire de suite. À New York, le contrat de décembre du WTI se situe désormais à 56,46 $US. À Londres, le Brent oscille autour de 66,75 $US. Leur plongeon atteint les 25 % depuis le début d’octobre.

C’est la surabondance qui préoccupe. Coup sur coup, l’OPEP puis l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont conclu cette semaine à l’excès d’offre. Un trop-plein de pétrole sur le marché alimenté par les Américains, qui combinent production record de pétrole de schiste et confusion volontaire autour des sanctions infligées à l’Iran. Poussée par une production à des records, l’Agence américaine d’information sur l’Énergie a fait part jeudi de stocks hebdomadaires de brut américain à nouveau en hausse, portant la progression des réserves du pays sur les huit dernières semaines à 48 millions de barils. « Les États-Unis vont probablement finir l’année avec une production réelle plus élevée que les capacités de production de l’Arabie saoudite, qui n’ont jamais été testées », puisque le Royaume ménage ses extractions pour maintenir un niveau de prix convenable pour son budget, pouvait-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

Pour sa part, l’AIE soulignait que l’approvisionnement mondial en pétrole augmente rapidement au moment où l’Arabie saoudite, la Russie et les États-Unis accélèrent leur production en réponse aux prix plus élevés qui pourraient découler des nouvelles sanctions américaines contre l’Iran. S’ajoute à la trame l’instabilité de producteurs comme le Venezuela, le Nigeria et la Libye.

L’essence ne suit pas

Mais non, le prix à la pompe ne suit pas, se cramponnant à sa rigidité historique à la baisse. Il pourrait même bondir de 7 ¢ à Montréal dans les prochains jours, avance-t-on sur les réseaux sociaux. À Montréal, le prix moyen de l’essence ordinaire était de 1,17 $ le litre vendredi, pour une moyenne de 1,19 $ sur la semaine. À Québec, la moyenne hebdomadaire est de 1,17 $, de 1,23 $ en Estrie et de 1,12 $ dans l’Outaouais. Selon les régions, on parle d’un recul de 12 à 15 % depuis le début d’octobre alors que dans l’intervalle, le taux de change entre les dollars canadien et américain est demeuré en définitive stable.

Aussi, si l’on se fie à la dernière lecture de la Régie de l’énergie, le prix minimal à la rampe est tombé de 10 ¢ sous sa moyenne des 52 dernières semaines. Mais la marge au détail avant taxes à la consommation serait un peu moins de 4 ¢ le litre cette semaine, contre une moyenne des 52 dernières semaines de 9 ¢. Une situation peu habituelle venant des détaillants. Dans son calcul d’un prix réaliste, CAA-Québec table sur une marge de détail (après taxes) de près de 12 ¢ pour calculer un « prix réaliste » de 1,24 $ pour Montréal, de 1,15 $ dans la capitale nationale.

Brent, WTI, WCS

Dans cette mathématique empruntant aux références passées, on oublie que le profil de l’approvisionnement au Québec a changé radicalement depuis cinq ans. Un petit graphique publié au début d’octobre par la Banque Nationale nous apprenait qu’en 2012, à peine 1 % du pétrole raffiné au Québec provenait des États-Unis et 8 % du Canada, l’Algérie (41 %) et divers autres pays producteurs (50 %) comptant pour l’essentiel des sources d’alimentation. Tout était inversé en 2017. L’approvisionnement en pétrole venait à 44 % du Canada, à 37 % des États-Unis, l’Algérie et les autres ne comptant plus que pour 11 % et 8 % respectivement.

Ce faisant, avec 81 % du pétrole raffiné au Québec venant de sources nord-américaines, ce n’est donc plus le Brent qui devrait servir de référence, mais bien le WTI, qui se négocie à 10 $US sous le baromètre londonien et, surtout, le Western Canadian Select (WCS), qui commande un fort escompte par rapport à la référence texane. Il y a un moins d’un mois, le WCS tombait sous la barre des 20 $US, un escompte historique attribué à l’engorgement des oléoducs et à une augmentation plus forte que prévu de la production albertaine. L’écart, chronique compte tenu de la mauvaise qualité du pétrole issu des sables bitumineux, était alors descendu à 50 $US par rapport au WTI, contre un différentiel de 30 $US un mois plus tôt, de 10 $US en septembre 2017.

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2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2018 06 h 07

    des arnaqueurs qui dominent le monde jusqu'a la prochaine guerre

    quelles arnaqueurs de premier ordre toujours a l'affut, et dire que c'est nous qui souvent leur avons donné ce pouvoir

  • Gilles Théberge - Abonné 18 novembre 2018 11 h 36

    J’ai compris. Ma prochaine voiture sera électrique !