Vos placement - Une bonne rente tient lieu d'un portefeuille de titres

D'abord, je voulais vous dire que j'apprécie énormément vos chroniques dans le journal Le Devoir. Cependant, je ne saisis pas tout ce que vous dites, tout simplement parce que je suis ignare dans le domaine financier. Je viens d'un milieu artistique où l'on ne parlait pas d'argent. Je m'intéresse depuis peu au monde de la finance et, curieusement, ce sont vos articles qui ont piqué ma curiosité. Pour cela, je vous remercie. Il n'est jamais trop tard pour apprendre, n'est-ce pas?

J'aimerais vous donner une idée de mon «portrait» financier. J'ai 54 ans, je vis seule et je n'ai pas d'enfant. J'enseigne les arts depuis 25 ans. Heureusement pour moi, je bénéficierai du RREGOP à ma retraite. Je compte prendre celle-ci à 60 ans, ce qui me donnerait 62 % de mon salaire, ou à 62 ans, ce qui me donnerait presque 70 % de mon salaire. Actuellement, je gagne 64 000 $ par année.

Cependant, pour pouvoir tenir jusqu'à cet âge, j'ai demandé de recevoir un salaire différé, c'est-à-dire qu'on me donne 87,5 % de mon salaire sur quatre ans et j'obtiens après trois ans et demi une demi-année de congé. Ce qui me permet de me reposer car j'enseigne au secondaire. Je veux poursuivre ce plan jusqu'à ma retraite. Je gagne donc aux alentours de 56 000 $ brut.

Étant une artiste en arts visuels, j'ai amassé peu d'argent puisque j'investissais dans mon matériel souvent coûteux et des expositions qui ne rapportaient pas beaucoup. J'ai réussi à me payer un condo qui vaut à peu près 180 000 $. Comme REER, je possède 20 000 $ dans le fonds FTQ et 15 000 $ placés à la Banque de Montréal à 5 % jusqu'en 2007. Comme liquidités, j'ai peu: 5000 $ que je viens de placer dans les obligations à taux progressifs et 12 000 $ dans un CPG peu rentable à taux variables. Je compte transférer ce montant en septembre prochain et acheter des obligations à taux progressifs. J'ai l'équivalent de 4000 $ sur un compte courant. J'aime faire des petits voyages impromptus. J'ai une dette de 3000 $ que je rembourse chaque mois et il me reste encore deux ans pour rembourser un prêt automobile (450 $ par mois). Vous allez me dire de prendre mon argent liquide pour rembourser mes dettes. Je ne veux pas faire cela parce que ça m'insécurise de ne pas avoir de réserves. Oui, je sais, je paie des intérêts. J'essaie de mettre de côté 500 $ par mois, mais je n'y arrive pas; 350 $ serait plus réaliste.

Qu'est-ce que je dois faire maintenant? Vendre mon condo et acheter un duplex? Mon investissement immobilier deviendrait alors plus important. Mais c'est très cher en ce moment. Est-ce que ce le sera moins dans deux ans? Devrais-je m'inscrire à vos cours pour apprendre comment bâtir un portefeuille? Puis-je en bâtir un en ne disposant que de 2000 $ par année? Chaque année, je mets 2400 $ dans les unités du fonds FTQ. Est-ce une bonne stratégie?

B. L.

Ne vous sentez pas obligée de bâtir un portefeuille de titres. Surtout pas. Dans votre cas, votre source d'enrichissement vient en bonne partie de vos contributions à la riche caisse de retraite de votre employeur. Un régime qui vous promet entre 62 % et 70 % de votre salaire annuel (probablement le salaire moyen de vos trois ou cinq meilleures années). La valeur actuelle d'un tel régime s'élèvera à 60 ans autour de 300 000 $ après impôts. Voilà un gros morceau de votre avoir duquel vous êtes assurée de récolter des revenus annuels bruts de l'ordre de 40 000 $.

La nécessité de construire un portefeuille de valeurs capable de générer des revenus réguliers de placement ne s'impose pas dans votre cas. Cette nécessité concerne d'abord les travailleurs ne participant pas à un tel régime ou dont le régime ne leur accordera qu'une rente insuffisante à la retraite. Ces travailleurs doivent compenser cette lacune en bâtissant un solide portefeuille REER et hors REER. Non seulement doivent-ils construire un tel portefeuille, ils doivent également apprendre à bien l'investir de façon à en récolter des revenus de placement réguliers suffisants à leur retraite.

Ceux qui ont accepté de convertir la généreuse rente de leur employeur en un montant forfaitaire élevé doivent aussi voir à gérer adéquatement leur portefeuille. Autrement, il aurait mieux fallu pour eux de conserver la rente de leur employeur.

Enfin, les travailleurs jouissant d'une excellente caisse de retraite tout en étant parvenus à accumuler une épargne additionnelle non négligeable pourraient, par souci d'obtenir un rendement adéquat de leur placement, voir à construire un portefeuille de valeurs mobilières dont une bonne partie serait composée d'actions de grandes entreprises montrant un solide historique de versement de dividendes.

Dans votre cas, vous avez choisi de construire votre avoir de deux façons: en contribuant à un généreux régime de retraite et en payant votre condo. Pour le reste, vous détenez un REER d'une valeur de 47 000 $ et un portefeuille hors REER de 21 000 $. En tenant compte de la valeur actuelle de la rente future de votre employeur, votre avoir après impôts s'élève à près de 443 000 $, ce qui est nettement suffisant pour vous assurer une retraite confortable à l'âge de 60 ans. Surtout que cet avoir continuera de grossir le temps que vous atteignez l'âge de la retraite, soit dans six ou huit ans selon que vous prendrez votre retraite à 60 ou à 62 ans. C'est ainsi que vous devriez continuer de cotiser à votre REER à raison de 2600 $ environ par année, cotisation que vous devriez investir dans les unités d'un fonds de travailleurs comme vous le faites présentement. À votre âge, la valeur actuelle des crédits d'impôt obtenus en investissement dans ces unités est élevée et augmente sensiblement le rendement réel de votre placement.

Un point cependant me chicote dans votre cas: votre faible capacité à épargner. Vous dites être incapable d'épargner 500 $ par mois. Pourtant, votre résidence est libre de toute dette. Vous devriez normalement être en mesure d'épargner bon an mal an 12 % de votre salaire brut. Votre prêt automobile vous empêche probablement d'atteindre ce niveau d'épargne, la mensualité de 450 $ étant trop contraignante. Voyez donc à rembourser ce prêt intégralement le plus tôt possible à même vos liquidités hors REER qui s'élèvent à 21 000 $ (surtout que les intérêts de ce prêt ne sont pas déductibles d'impôts). Ensuite, vous verrez à mettre de côté 560 $ par mois. Ce faisant, à l'âge de 60 ans, la valeur de votre REER s'élèvera à près de 94 000 $, celle de votre portefeuille hors REER (ici je suppose que vous investirez les reports d'impôts résultant de vos cotisations au REER) à 65 000 $ environ. Votre avoir net après impôt (en incluant la valeur actuelle de la rente de votre employeur et la valeur marchande de votre condo) totalisera près de 648 000 $, ce qui sera excellent. Conclusion: vous n'avez pas à chambarder la composition actuelle de votre avoir.

Dernier point: le choix de l'âge de votre retraite: 60 ans ou 62 ans? Pour deux années de travail additionnelles, vous mentionnez que le pourcentage de la rente accordée passera de 62 % à près de 70 % de votre salaire. Si vous êtes à ce moment-là en bonne santé et que vous estimez, selon vos antécédents familiaux, avoir une bonne espérance de vie, je vous suggère d'attendre à 62 ans pour prendre votre retraite. Autrement, si vous choisissez de prendre votre retraite à 60 ans plutôt qu'à 62 ans, vous laisserez sur la table l'équivalent de 67 000 $ après impôts pour ces deux années de retraite supplémentaires.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
2 commentaires
  • Jeannot Vachon - Inscrit 11 mai 2004 07 h 38

    Une bonne rente n'est pas le seul élément à considérer à la retraite

    Réaction à "Vos placements - Une bonne rente tient lieu d'un portefeuille de titres" Par Claude Chiasson. Le Devoir 8-9 Mai 2004.

    Mme B.L. est une artiste qui s'intéresse depuis peu à la finance. On voit qu'elle ne calcule pas très bien. Participant au RREGOP, elle dit qu'entre 60 et 62 ans, sa rente passerait de 62% à 70% du salaire brut. Or c'est 2% par année que le RREGOP ajoute à la rente lorsque, après 60ans, les pénalités ne s'appliquent plus. Donc en 2 ans elle passerait de 62% à 66% du salaire. 4% d'augmentation croyez-vous ? En calculant 4%/62% on voit que la rente augmentera de 6.5%. De plus le RREGOP n'est indexé qu'en partie, environ la moitié de l'inflation. On peut donc ajouter de 1% à 1.5% par année au gain à retarder la retraite. N'oubliez pas que ce gain obtenu subsistera le restant de vos jours. Celui qui vit jusqu'à 100 ans aura du temps pour regretter son impatience.

    De même pour le RRQ, retarder de 60 à 62 ans la demande de rente augmentera celle-ci de 6%/70%= 8.6%.

    Attention au 70% du salaire, car la moyenne utilisée des 5 dernières années fait perdre un bon 3% pour un taux d'inflation de 2% (ou 4% pour inflation de 3%). Donc avec l'inflation à 2% et 35 ans d'ancienneté, la rente serait 67,3% du salaire.

    Pour ce qui est du Fonds de la FTQ, Mme BL met 2,400 par an. Son impôt marginal est de 38.4%. Avec un crédit d'impôt de 30% en plus, cet épargne lui coûte seulement 31.6% soit 758$ par année en épargne ou 63$ par mois. Une personne qui est capable de mettre 450$ par mois sur une auto qui perd sa valeur presque aussi vite que les versements qu'on y met n'est pas capable de fournir un effort supplémentaire pour se rendre au maximum du 5,000 par année admissible aux fonds de travailleurs ? Elle a l'opportunité de tripler la valeur de son investissement en quelques années et ce même si aucun profit n'est produit par le fonds.

    La structure des fonds de travailleurs en fait un instrument fiscal injuste qui favorise les travailleurs proches de leur retraite au détriment de ceux qui en sont loin. Alors pourquoi ne pas en profiter au maximum, même au prix de l'endettement, ce que je ne recommanderais pas pour un REER ordinaire à investir dans des placements garantis.

    L'insistance de Mme BL pour se garder un coussin de liquidité tout en ayant des dettes lui cause un préjudice financier et elle devrait surmonter cet obstacle psychologique. À 40% d'impôt son revenu d'obligation à, disons 4%, ne lui rapporte en réalité que 2.4% (.04x.6), alors qu'elle paie beaucoup plus cher, facilement 4 fois plus sur les dettes. Le bas de laine aujourd'hui n'a plus sa raison d'être. Les banques se battent pour nous offrir des possibilités d'emprunt, de marge de crédit, de cartes de crédit avec possibilités d'avances en argent à bas taux. Le coussin de sécurité peut être constitué de ce genre de marge disponible en cas de besoin.

    Le capital hors reer serait beaucoup plus rentable en étant utilisé pour éviter les dettes et pour mettre un gros comptant sur ses autos, en utilisant les liquidités ainsi épargnées pour reconstituer ce coussin au lieu d'enrichir les banques à faire de gros versements. Comment gagner de 8% à 10% de rendement net d'impôt ? Très facile : payez vos dettes.

    M. Chiasson fait une erreur en insistant sur l'avoir net après impôt lorsqu'il parle de retraite. En cas de succession ou de faillite personnelle on parlera de cette valeur nette. Mais à la retraite ce qu'on veut savoir est combien on gagnera et quel sera notre budget de dépenses.

    Si j'ai accumulé 40,000 de REER, pourquoi me dire que cela vaut 20,000 ? Si je peux m'acheter une rente qui me donnera 8% pour le reste de ma vie ça me fera 3,200 par année à vie. Si j'épuisais un 20,000, avec des intérêts de 8% imposables (ce qui est déjà trop optimiste) et un impôt de 40% sur les intérêts, j'aurais tout épuisé en 7.5 années à faire des retraits de 3,200$. La morale est qu'un montant à l'abri de l'impôt comme un reer ou un fonds de pension vaut beaucoup plus que sa valeur liquidative.

    On doit comparer des pommes avec des pommes. Quand M. Chiasson nous dit que la rente de Mme BL vaudra 300,000 à 60 ans et qu'elle générera 40,000 de revenus bruts, est-ce que ça veut dire que si je gagne ou j'hérite de 300,000, ça me fera un revenu de 40,000 ? Cela nécessiterait qu'on m'offre une rente viagère à 13.3% du capital, ce qui est impossible dans les circonstances.

    L'investissement dans le condo sert à payer une partie du loyer, alors que les dépenses de taxes et autres subsistent toujours. L'avantage supplémentaire est un certain abri de l'inflation sur la partie loyer et sur la valeur de l'immeuble. Si on peut vendre le condo à un prix assez intéressant pour obtenir un capital capable de générer assez de revenu net d'impôt pour payer un autre loyer, soit la partie qui exclut les dépenses économisées quand on n'est plus propriétaire, ça vaut la peine d'y penser. Sinon, posséder sa résidence procure un avantage non imposable et une plus grande sécurité.

    Par contre, acheter un duplex est très risqué actuellement. De plus je ne le conseille pas à un retraité à moins d'avoir une occasion en or. Le logement locatif qu'on achète coûte cher en liquidités immédiates et en impôt (à moins d'y mettre un très gros comptant). Ce n'est donc pas une bonne formule quand on est prêt de la retraite.

  • Jeannot Vachon - Inscrit 12 mai 2004 07 h 39

    Erratum sur le RRQ: Une bonne rente n'est pas le seul élément à considérer à la retraite

    Erratum sur le RRQ: Une bonne rente n'est pas le seul élément à considérer à la retraite

    Lorsque j'ai traité du RRQ, j'ai pris l'augmentation d'une année au lieu de 2 car c'est 6% par année. Le paragraphe aurait donc dû se lire comme suit:

    "De même pour le RRQ, retarder de 60 à 62 ans la demande de rente augmentera celle-ci de 12%/70%= 17.1%."

    La règle est qu'on reçoit 100% à 65 ans, 6% de moins par année avant, minimum 70% à 60 ans, 6% de plus par année après, maximum 130% à 70 ans.

    C'est un gain net d'impôt, même si le RRQ est imposable. Sceptique ? 500 $ de rente imposé à 40% donne 300$. Au lieu de 300$ on retirera 17% de plus 2 ans plus tard. C'est drôle mais tous les conseillers en retraite recommandent de retirer la rente à 60 ans quand c'est possible. C'est sans doute parce qu'ils espèrent un rendement supérieur des autres économies du retraité. J'aimerais qu'ils me disent leur truc. Il est vrai qu'on parle d'une rente à fonds perdu. On ne peut comparer avec un placement garanti qui conserve le capital.

    La rente du RRQ n'est pas calculée de façon équitable. Celui qui retarde sa rente de 69 à 70 ans aura le gain suivant: 6%/124%=4.8%. À ce taux ça prendra 21 ans pour entrer dans son argent alors que ça prend 11.6 ans de retarder la rente entre 60 et 61 ans. La progression est contraire au naturel. Lorsque j'ai 9 ans de plus, il m'en reste 9 de moins d'espérance de vie non ? Le systême québécois incite la retraite à 60 ans puisque l'avantage de retarder sa retraite diminue à chaque année après cet âge. C'est contraire au discours du gouvernement.

    Avec un salaire de 64,000, la partie RRQ représentera entre 15% et 20% du revenu de retraite. De plus c'est pleinement indexé. Le gain vaut la peine d'y penser. Avec un salaire de 40,000 la rente représentera entre 20% et 25% du revenu.

    Avec les critères maximum de 2004, on gagne environ 50$ par mois par année à retarder la rente. Noter qu'il y a un risque à retarder la rente pendant qu'on est en retraite parce qu'on a droit de retirer du calcul 15% des années entre 18 et la retraite. Par contre retirer 35/35 ou 34/35 ne fait pas une grosse différence.