Baroud d’honneur contre le Brexit

Sur Park Lane, Pall Mall, Piccadilly Circus, plus d’un demi-million de personnes ont participé samedi à ce qui était (selon les organisateurs) « la plus grande manifestation jamais tenue sur le Brexit ».

Beaucoup de ces gens se disent horrifiés par le cirque apparemment sans fin qu’est devenu le débat sur le « Britain Exit », la sortie de l’Union européenne décidée par référendum le 23 juin 2016 avec 51,9 % d’appuis, et un taux (relativement faible) de participation de 72,2 %.

En guise de comparaison : le référendum d’octobre 1995 au Québec avait mobilisé pas moins de 93,5 % des électeurs inscrits.

Les manifestants de samedi représentaient les 48,1 % de Britanniques qui avaient voté, ce jour-là, en faveur du maintien dans l’Union européenne, et qui ne peuvent se faire à l’idée que la Grande-Bretagne va vraiment se séparer.

Ils demandent aujourd’hui un référendum de reconsidération — ou à tout le moins de ratification — à la suite de l’hypothétique accord de divorce qui doit encore être trouvé, avec Bruxelles, dans les toutes prochaines semaines.

La date officielle du Brexit (prévu par l’article 50 du Traité de l’Union) est fixée au 29 mars 2019, soit deux ans jour pour jour après que la première ministre Theresa May eut écrit au président du Conseil européen « Je suis venu te dire que je m’en vais ».

Mais la politique étant ce qu’elle est, cette date et cette échéance se voient aujourd’hui un peu « triturées »… Bruxelles, par la voix de son négociateur à poigne Michel Barnier, exige une entente de principe plusieurs mois avant la date officielle de mars 2019. Afin de laisser aux Parlements de Bruxelles, de Londres, et sans doute à quelques autres, le temps de débattre et de voter, d’accepter… ou de refuser cette entente.

Ce qui fait que la vraie date butoir, nous y sommes déjà. On avait parlé de la mi-octobre (un mini-sommet tenu la semaine dernière à Bruxelles n’a rien donné) ; on parle maintenant de la mi-novembre.

Par ailleurs, il ne s’agirait là que d’une entente de divorce, pas d’un accord détaillé sur le futur cadre des relations entre Londres et l’Europe continentale… Une ébauche doit tout de même être inscrite dans l’acte de divorce, quitte à avoir ensuite, après le 29 mars 2019, une nouvelle période de transition avant la séparation effective.

Le Royaume-Uni doit-il rester dans le grand marché ? Ce qui équivaudrait à un Brexit « mou », à un semi-Brexit… L’hypothèse provoque les hauts cris des « Brexiters » radicaux, à la droite du Parti conservateur, du genre Boris Johnson, l’homme qui multiplie les jambettes contre Mme May.

Il rêve d’un « No Deal » (rupture sans entente), et se voit déjà à la tête d’une glorieuse Angleterre ayant retrouvé « le grand large », redevenue une place financière et un paradis fiscal au capitalisme sans barrières.

Mme May, elle, voudrait demeurer dans le grand marché… pour les biens matériels, mais pas pour les services financiers. Pas si vite, lui répond Michel Barnier : « Vous n’allez pas recommencer ce petit jeu d’un pied dedans, un pied dehors ! »

Autre question grave, qu’on voudrait résoudre avant l’acte de divorce : l’île irlandaise devra-t-elle voir s’ériger une frontière « dure » entre l’Ulster britannique et la République indépendante restée, elle, dans l’Union ?

 
 

C’est dans ce contexte qu’au nom de la petite moitié des Britanniques qui ont voté contre, les manifestants y sont allés, samedi, d’un baroud d’honneur dans les rues de Londres.

On y retrouvait un mélange de gauche cosmopolite et de droite libérale (la « City » financière se voit comme une perdante du Brexit), des députés des partis travailliste, libéral-démocrate, vert, conservateur (oui !) et aussi du SNP (le parti indépendantiste écossais, viscéralement pro-Europe).

Mais cette mobilisation risque peu de convaincre Mme May : « Il n’y aura pas de second référendum ; les gens ont voté », a-t-elle répété mercredi. D’ailleurs les sondages, depuis deux ans, n’ont jamais fait voir de grand changement, de « regret » massif, depuis le fatidique saut dans l’inconnu de juin 2016. Tout au plus les chiffres continuent-ils de tourner autour des 50-50.

Un pays coupé en deux ; un de plus.

7 commentaires
  • Yolande Chagnon - Inscrite 22 octobre 2018 01 h 23

    Le Royaume-Uni ne doit pas faire un Québec de lui-même.

    Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni votait en faveur du LEAVE.

    De fait, ce sont l'Angleterre et le Pays de Galles qui votèrent OUI; l'Écosse et l'Irlande du Nord, de même que Gibraltar votèrent REMAIN.

    Depuis l'élection de David Cameron, les Britanniques savaient qu'ils auraient à se prononcer sur leur maintien ou leur sortie de l'Union européenne.

    Ils surent d'ailleurs assez vite à quelle date aurait le vote.

    Et ils ont décidé en ce 23 juin 2016 acccepté par tous de quitter.

    Tous ou presque, sauf Tony Blair devenu papiste et des députés travaillistes.

    Si le Royaume-Uni ne réussit pas à se sortir de ce «machin», quel pays pourra y réussir à moins qu'il ne soit un boulet pour l'UE ?

    Les non élus représentant l'UE, Jean-Claude Juncker, Pierre Moscovici et Michel Barnier tiennent la dragée haute face à un peuple qui a dédidé de se libérer de ses chaînes.

    C'est ce même Juncker qui a prétentieusement affirmé: « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.»

    https://blogs.mediapart.fr/raoul-marc-jennar/blog/040215/il-ne-peut-y-avoir-de-choix-democratique-contre-les-traites-europeens

    Si le Brexit devait échouer, le Royaume-Uni rentrera non seulement à genoux dans l'UE, mais il deviendra la risée du monde occidental.

    Quel espoir restera-t-il pour la Catalogne, l'Écosse et le Québec ?

    Les pontifes de Bruxelles réussiront-ils là où il y a plus de 70 les V-1 et les V-2 ont échoué ?

    Les tentacules du pangermanisme s'étendront-elles des Hébrides jusqu'à Falmouth ?

    • Serge Lamarche - Abonné 23 octobre 2018 02 h 54

      Le Brexit ne peut pas échouer. Mais l'Angleterre pourrait avoir à payer. Le plus intéressant est la possibilité de réunir l'Irlande que les anglais ont bossée dur pour diviser et y régner.

  • Gilles Bousquet - Abonné 22 octobre 2018 07 h 25

    Gang de séparatisssssss Anglais...anglophones de l'Europe

    Ça doit faire un petit quelque chose à Messieurs Dion et à Chrétien de voir des séparatistes qui se font renier par les Unionistes de l'Europe.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 octobre 2018 08 h 12

    Bonaparte et le Brexit

    Sur le site du quotidien The Guardian, je me suis permis d’émettre cette opinion insolente (comme cela m’arrive aussi sur le site du Devoir).

    Je leur ai dit que le Brexit était la réalisation du rêve de Napoléon ; buter l’Angleterre hors de l’Europe. Avec le Brexit, le rêve de Bonaparte se réalise sans qu’une seule goutte de sang français ne soit versée.

    Napoleon, disais-je aux lecteurs du Guardian, doit en rire dans sa tombe.

    Étonnamment, les lecteurs du Guardian, ont beaucoup ‘liké’ mon commentaire…

  • Michel Lebel - Abonné 22 octobre 2018 10 h 48

    Une stupidité!

    Ceci démontre que politiquement la règle du 50%+1 pour tout référendum, encore plus s'il est important, est une stupidité. Les traditionnellement sages Britanniques auraient dû savoir cela! Mais comme tout un chacun, ils ne peuvent pas toujours être sages! À eux de redevenir sages!

    M.L.

  • Gilles Théberge - Abonné 22 octobre 2018 11 h 02

    C’est drôle, on sent chez le chroniqueur, un rêve. Celui de voir se transformer la « petite majorité » de leave en remain...

    Vous trouvez pas que cette farce a assez durée.