Comme un parfum d’improvisation

Depuis l’élection du 1er octobre, le premier ministre Legault donnait l’impression d’un homme qui savait où il allait, mais on respire soudainement un parfum d’improvisation. Il était pour le moins étonnant de l’entendre déclarer en conférence de presse qu’il « suppose » que le futur projet de loi sur le cannabis sera piloté par la ministre de la Justice, Sonia LeBel.

Philippe Couillard avait confié la responsabilité du dossier à la ministre déléguée et à la Santé publique et à la Protection de jeunesse, Lucie Charlebois. On peut déplorer que son successeur privilégie son aspect légal plutôt que celui de la prévention, mais c’est son droit le plus strict.

Un premier ministre n’est cependant pas censé faire de suppositions sur un projet de loi aussi urgent et important que celui qui fixera les nouvelles règles concernant la consommation de cannabis. Dans combien d’autres dossiers ses intentions sont-elles aussi approximatives ?

Il est vrai que hausser de 18 à 21 ans l’âge légal pour acheter du cannabis est un pensez-y-bien. Dans les files d’attente qui se forment actuellement aux portes des magasins de la SQDC, il y a une forte proportion de jeunes de 18 à 21 ans, qui se tourneront inévitablement vers le marché noir.

M. Legault ne semble pas trop savoir quand Mme LeBel sera en mesure de déposer son projet de loi à l’Assemblée nationale, où la nouvelle session commencera seulement le 27 novembre. « Il faut être réaliste », a-t-il déclaré, ce qui laisse croire que cela ne pourra pas être fait avant Noël. Sans compter le temps qu’il faudra pour l’adopter. Plus cela tardera, plus il sera difficile de faire rentrer le dentifrice dans le tube.


 

Dans le cas des signes religieux, le responsable était clairement identifié. Le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, allait piloter le projet de loi. Il semble toutefois qu’on ait mal évalué le risque que certains en concluent que l’immigration et la laïcité étaient liées dans l’esprit du gouvernement.

Vendredi matin, le premier ministre a donc rectifié le tir en expliquant que le maître d’oeuvre du projet sera en réalité le ministère du Conseil exécutif, c’est-à-dire celui de M. Legault lui-même, et que M. Jolin-Barrette en assurera simplement la « supervision » en sa qualité de leader parlementaire du gouvernement.

Cette nuance est un peu oiseuse. Il va de soi qu’un projet de cette importance doit avoir l’aval du bureau du premier ministre, comme c’était jadis le cas de la charte de la laïcité. C’est cependant M. Jolin-Barrette qui devra le défendre en commission parlementaire et devant la population, au moment même où il s’emploiera à abaisser les seuils d’immigration.

Le gouvernement souhaite certainement clore le dossier le plus rapidement possible, mais M. Legault lui-même ne semble pas savoir quand le projet de loi pourra être présenté. Le sera-t-il dans les 100 premiers jours du mandat ? « On n’est pas rendus là », a-t-il répondu.

Sur le fond des choses, il semble chaque jour moins évident qu’il tienne absolument à ce que l’interdiction du port de signes religieux soit étendue aux enseignants. C’est bien ce que prévoit le programme de la CAQ, mais cette position est-elle définitive ? « Il est trop tôt pour répondre à cette question-là », a déclaré le premier ministre. Sa référence continuelle au rapport Bouchard-Taylor, qui excluait spécifiquement les enseignants, donne l’impression que les choses pourraient évoluer.


 

Il faudra apprendre à décoder M. Legault. S’il a banni l’expression « on verra » de son vocabulaire, il prend néanmoins soin de ne fermer aucune porte. « Notre position sur le crucifix est claire : on le garde. Maintenant, de façon générale, je vais être ouvert à tous les consensus », a-t-il déclaré. Que faut-il supposer ?

M. Legault trouvait que certains ministres en étaient venus à porter des titres beaucoup trop longs. Il a sans doute raison, mais cela permettait au moins de voir immédiatement qui était responsable de quoi. Aucun des membres de son conseil des ministres n’étant identifié comme responsable de la Réforme des institutions démocratiques, il a fallu un moment pour comprendre que la ministre de la Justice a aussi le mandat de réformer le mode de scrutin.

Mme LeBel est également ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, en plus de la Condition féminine. Doit-on supposer qu’elle s’occupera aussi de l’accès à l’information, qui était associé à la Réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement Couillard ? Cela commence à faire beaucoup.

25 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 20 octobre 2018 00 h 21

    Bon il ergote encore

    la légalisation fait des victimes...

  • Jacques Morissette - Inscrit 20 octobre 2018 04 h 51

    Est-ce improvisation ou simple questionnement un peu tatillon, j'en conviens, pour aider à trouver des réponses?

    Je vous cite: «Depuis l’élection du 1er octobre, le premier ministre Legault donnait l’impression d’un homme qui savait où il allait, mais on respire soudainement un parfum d’improvisation.»

    S'il n'y a pas d'improvisation chez un politicien, oui peut-être, dans le cas d'une dictature. Surtout dans la manière dont les politiciens font de la politique : implicitement souvent dans la confrontation partisane. Avec François Legault, début de mandat, on dirait qu'il arrive à me surprendre à ce sujet. Il semble inviter les autres partis à mettre l'épaule à la roue. De surcroît, concernant la CAQ, il semble faire confiance aux membres de son caucus. à moins que ce soit le contraire de ça, faisant semblant de faire confiance, ou une confiance stratégique?

    Pour finir, je ne suis pas un fervent partisan de la CAQ. Je ne fais qu'exprimer honnêtement ce que je sens. Je le ferais pour n'importe quel parti politique. À moins que de la CAQ, avec un "O" à la place du "A", de vouloir en faire un COQ?

  • Clermont Domingue - Abonné 20 octobre 2018 05 h 46

    Legault

    Son improvisation fera vite ressortir sa molesse. Ce n'est pas ce que les Québécois attendent de lui.

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 20 octobre 2018 07 h 08

    Beaucoup de suppositions pour rien...

    De toute évidence, François Legault et Michel David ne considèrent pas le monde suivant les mêmes paradigmes. Plutôt que de continuer à supposer dans le vide, le chroniqueur devrait attendre que les premiers actes se posent et juger l'arbre à ses fruits.

    • Jean-Henry Noël - Inscrit 20 octobre 2018 20 h 22

      Sous prétexte de laïcité, Monsieur Legault s'attaque à la dernière vague d'immigrés musulmans. C'est un réflexe d'itenditaire qui, soyons polis, n'aime pas les immigrants. Je me souviens du rejet des Italiens de Saint-Léonard (phénotype caucasien et catholiques) C'était dans les années soixante. Rien n'a changé au pays du Québec.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 21 octobre 2018 16 h 14

      Monsieur Noël, je ne vois pas ce qui distingue les immigrés de la dernière vague des autres. Pourquoi fendre les cheveux en quatre?

      Vouloir garder le voile à tout prix me semble un réflexe davantage identitaire et culturel que véritablement religieux.

      Dans tous les pays du monde, les populations "de souche" ont eu de tout temps tendance à stigmatiser les nouveaux venus qui refusent mordicus de s'intégrer à la société d'accueil. Qui doit faire un effort? Est-ce Mahomet qui doit aller vers la montagne ou la montagne qui doit aller vers Mahomet?

      Poser la question, c'est y répondre.

  • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2018 07 h 19

    Il y a des limites!

    François Legault: la lune de miel ne durera pas longtemps. Je pense toujours qu'il n'a pas ce qu'il faut pour être premier ministre. La non péparation et l'improvisation ont leurs limites. Par exemple, je vois difficilement M.Legault piloté un dossier aissi ''intellectuel'' que celui de la laïcité. On verra...

    M.L.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 20 octobre 2018 19 h 17

      C'est vrai, j'en convient.

      Il ne possède pas la science infuse de son prédécesseur; cependant, rappelons-nous comment ce premier ministre avec la ministre responsable du dossier de la neutralité religieuse de l'État, ils ont accouché de la loi 62, après au dela de trois années.

      Nous allons devoir être patients; le peuple s'est prononcé pour un analyste sachant que ce genre de professionnel recherche les informations utiles et pertinentes, les traitent, les analysent, les organisent afin de favoriser la prise des meilleures décisions possibles.

      Toutefois, j'ai constaté qu'il écoute avant de se prononcer, et aussi, à son âge, entre nous deux, nous le savons que la patience est la compagne de la sagesse.

      P.R.G.

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 21 octobre 2018 13 h 04

      M Lebel a découvert une boule de cristal qui lui prédit l'avenir. Mais en faisant des allusions vaporeuses sans preuves. Comme écrit M Gascon, "qu'il écoute avant de se prononcer". C'est ça la sagesse.

    • Michel Lebel - Abonné 21 octobre 2018 20 h 19


      @ Raymond Saint-Arnaud,

      J'ai entendu F.Legault dire des naiseries ou des propos tout à fait nuls sur l'immigration durant la campagne électorale. Je l'ai entendu défendre péremptoirement le crucifix à l'Assemblée nationale, avant tout débat de fond sur la laïcité. J'ai constaté le vide de sa politique environnementale, même prêt à explorer le gaz à Anticosti! Et dire une fadasserie, à savoir qu'il aimait tous les Québécois! Ça me suffit pour conclure!

      M.L