L’inflation des rachats d’actions

Toujours plus nombreux, les rachats d’actions ne sont pas sans alimenter une hausse artificielle des cours boursiers aux États-Unis. La réforme fiscale américaine contribue au phénomène, avec plus de la moitié de son impact venant enrichir actionnaires et hauts dirigeants.

Le thème vient d’une proposition d’un lecteur du Devoir qui, dans son courriel, renvoie à des reportages de PBS. Le réseau de télévision publique revient sur cette longue phase haussière aux États-Unis, la plus longue de l’histoire de la Bourse américaine, souligne-t-on. Une phase nourrie par une reprise économique vieille de neuf ans maintenant, alimentée par des taux d’intérêt longtemps maintenus à des bas rarement vus. Et PBS affirme que l’accélération des rachats d’actions par les entreprises inscrites en Bourse, qu’est venue stimuler la réforme fiscale de Washington, a apporté le carburant nécessaire à cette longévité du cycle.

Ces rachats d’actions devraient atteindre les 1000 milliards $US cette année aux États-Unis, en hausse de 50 % par rapport à 2017. De 2015 à 2017, les entreprises ont consacré 60 % de leurs profits aux rachats d’actions, selon le National Employment Law Project et le Roosevelt Institute. Le média français Les Échos rappelait en décembre dernier le précédent de 2004. La baisse du taux d’imposition des bénéfices réalisés hors des États-Unis, à 5,25 %, avait entraîné cette année-là un bond de 76,3 % des rachats d’actions effectués par les sociétés du S&P 500 et une envolée de 492 % des dividendes extraordinaires. Les investissements des entreprises, eux, avaient augmenté de seulement 3,5 %, dans le même intervalle.

Les rachats d’actions pourraient aussi expliquer pourquoi Wall Street est, en définitive, le seul marché boursier performant cette année parmi les grands pays industrialisés. Le S&P 500 est en progression de 8 % depuis le début de l’année et le Nasdaq, de 13 %. Au Japon, le Nikkei suit loin derrière avec une poussée de 4,5 %. En France c’est du 0,9 %. Du – 1,6 % à Toronto, du – 5 % à Londres et du – 10 % en Chine.

À souligner : l’indice de rachat d’actions du S&P 500, qui porte sur une centaine d’entreprises s’adonnant à ces rachats, est en augmentation de 16 % sur un an, soit le double de la poussée du S&P 500. Mais à plus long terme, sur trois ou cinq ans, les performances annuelles s’équivalent.

Réforme fiscale

Cette réforme fiscale de Donald Trump, qui vient abaisser le taux d’imposition fédéral de 35 à 21 %, visait notamment à dynamiser davantage l’économie américaine, à accroître la productivité et à créer des emplois mieux rémunérés. Or selon une lecture faite en juillet, plus de la moitié des gains associés à ce recul du taux d’imposition a servi à des rachats d’actions ou à des versements de dividende, à peine 18 % à la création d’emplois et seulement 7 % à l’augmentation de la rémunération des employés, soutient PBS.

Le Fonds monétaire international l’avait déjà évoqué. Dans une analyse publiée en avril 2017, l’institution s’inquiétait d’une utilisation à mauvais escient d’une éventuelle « manne fiscale », voire d’une augmentation de l’endettement déjà record des entreprises américaines. L’histoire démontre que ces allégements fiscaux servent trop souvent à soutenir des transactions peu productives, comme une rémunération accrue des dirigeants et des actionnaires sous forme de rachat d’actions et de hausse du dividende. Ou des fusions-acquisitions, disait le FMI.

Dans un autre reportage, PBS a proposé un lien avec la rémunération des hauts dirigeants des grandes entreprises inscrites en Bourse, dont l’écart avec le revenu moyen des employés est revenu à son niveau de 2000. En fait, il était de 312 fois en 2017 selon l’Economic Policy Institute, contre 343 en 2000, après être tombé à 188 au cours de la Grande Récession. La rémunération variable, associée à la valorisation des cours boursiers, n’est pas étrangère à cette explosion. Les rachats d’actions, en provoquant une montée immédiate des cours et une embellie artificielle des ratios et multiples, ajoutent au phénomène. Un phénomène qui sera d’autant plus exacerbé que le rachat d’actions servira à contrer les effets de dilution provoquée par l’exercice d’options octroyées à ces mêmes dirigeants.

Il faut souligner qu’au Canada les programmes de rachat d’actions dans le cours normal des activités sont encadrés par la Bourse de Toronto et plafonnés au plus élevé de 10 % des actions détenues par le public ou 5 % des titres émis et en circulation.

1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 6 octobre 2018 11 h 55

    Le ciel est la limite...

    Pendant plusieurs années, l'écart entre le TSX ( Toronto) et le Dow-Jones ( New-York) s'est maintenu à environ 1 000 points en faveur du Dow- Jones.Cet écart est maintenant de 11 000 points.Contrairement à la bourse canadienne, les bourses américaines ne contrôlent pas leur inflation, Où cela nous mène-t-il?

    La masse monétaire créée par cette inflation est énorme,énorme...De plus,il faut ajouter les emprunts publiques et privés...

    En pareille situation,la monnaie de tout autre pays s'effondrerait.Pourtant, le dollar résiste parce qu'il est présent partout et sert aux échanges internationnaux. C'est lui le roi.

    Le problème est que ces montagnes de dollars s'en vont aux plus riches. Les étudiants ont une dette astronomique et les pauvres n'ont pas de services. Le danger est que Trump fait croire à ses fidèles que c'est la faute des autres s'ils sont dans la dèche. En conséquence, ses partisants vont haĩr les autres au lieu de voir où est leur problème

    A court terme,la solution (pour les Américains) serait qu'ils s'informent, qu'ils réfléchissent et qu'ils agissent intelligemment.
    A moyen terme ,pour le monde, la solution serait que les grands pays s'unissent et se donnent une monnaie commune afin de détrôner le roi.