L’antinationaliste

Des années Couillard, la mémoire collective retiendra surtout les douloureuses compressions budgétaires du début de mandat. Tout le monde reconnaît les bienfaits de finances publiques en santé, mais l’empressement du premier ministre sortant à atteindre le déficit zéro, peu importe le prix, laisse toujours aussi perplexe. On ne peut s’empêcher de penser qu’il a surtout été motivé par le désir d’être en mesure de multiplier les promesses à l’approche de l’élection.

Aux dernières heures de la campagne, M. Couillard a soutenu qu’il était nationaliste. En réalité, le trait le plus marquant de sa personnalité politique était un antinationalisme qui semblait presque viscéral. Comme Daniel Johnson fils se décrivait lui-même, il était « un Canadien d’abord et avant tout ».

Il est vrai que Québécois et Canadiens partagent de nombreuses valeurs. Ils sont aussi attachés les uns que les autres à la démocratie, au respect des droits et libertés, à l’égalité des hommes et des femmes, mais cela ne signifie pas qu’être Québécois soit simplement une façon d’être Canadien.

M. Couillard a toujours clamé son attachement aux « valeurs libérales » dont Claude Ryan avait fait l’apologie dans le petit ouvrage que Jean Charest lui avait commandé en 2002 et qui est devenu une sorte de bible au PLQ. Il n’a toutefois retenu que les passages consacrés aux libertés individuelles et à la diversité, omettant toujours le chapitre intitulé « L’identification au Québec ».

« L’identification avec le Québec passe d’abord par l’identification avec sa majorité francophone. Elle postule que l’on assume les aspirations de cette majorité, ainsi que son histoire, sa langue et sa culture, ses institutions, ses modes de vie et ses particuralismes », écrivait M. Ryan. M. Couillard n’a jamais donné cette impression.

    

Bien sûr, il aime le Québec et ses rivières à saumon. C’est la québécitude qui lui pose problème. Cet amoureux de la langue française, qu’il parle admirablement, n’a jamais compris, encore moins ressenti, l’insécurité culturelle qui habite ses concitoyens, y voyant même une sorte de paranoïa causée par la démagogie de ses adversaires.

Qu’il s’agisse de langue, de laïcité ou d’immigration, M. Couillard a présenté le moindre geste d’affirmation identitaire comme une tentative d’attiser l’intolérance à des fins politiques. En revanche, il ne lui est jamais venu à l’esprit que le bilinguisme et le multiculturalisme dont le gouvernement canadien fait activement la promotion puissent contribuer à affaiblir cette identité.

M. Couillard est en quelque sorte l’antithèse de cet autre médecin qu’était Camille Laurin, qui s’était donné pour mission de libérer les Québécois de cette insécurité en faisant adopter la loi 101. Un psychiatre et un neurochirurgien, deux spécialistes du cerveau humain, l’un s’intéressant au contenu, l’autre au contenant.

     

Dans sa dernière conférence de presse en qualité de premier ministre, M. Couillard a demandé à son parti de « rester fidèle à ses valeurs et surtout de ne jamais les marchander pour quelques votes », mais les libéraux devraient plutôt se demander si les valeurs qu’il défendait étaient réellement celles du PLQ.

Le désastre de lundi dernier ne peut pas s’expliquer simplement par le désir de changement, le souvenir des compressions budgétaires ou de Gaétan Barrette. De toute évidence, cette « identification avec la majorité francophone » dont parlait Claude Ryan a disparu. Si les libéraux ne détiennent plus que quatre circonscriptions en dehors de l’île de Montréal, ce n’est pas qu’ils ont un problème avec les régions, c’est qu’ils en ont un avec les francophones qui y habitent.

« Tenter d’imiter nos adversaires ne nous mènera pas à la victoire », a déclaré M. Couillard. Rien n’est moins sûr. S’il veut renouer avec le succès, le PLQ devra s’adapter lui aussi à un nouveau climat politique, où l’indépendance ne représente plus une menace. Il ne peut plus compter sur la simple addition du vote des anglophones, des allophones et des francophones ultrafédéralistes pour l’emporter.

Afin d’assurer sa réélection en 1989, Robert Bourassa avait jugé nécessaire d’utiliser la disposition de dérogation pour maintenir l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, malgré un jugement de la Cour suprême. La communauté anglophone avait crié au meurtre, mais le PLQ avait recueilli 50 % des voix et remporté 92 sièges.

Sur la question des signes religieux, bien des libéraux auraient préféré que leur parti se joigne au consensus autour des recommandations de la commission Bouchard-Taylor. Tous les partis, sauf le PLQ, préconisent également d’étendre la francisation aux entreprises de 26 à 49 employés, ce qui ne brimerait les droits de personne.

Qui sait, une relecture du livre de M. Ryan permettra peut-être au prochain chef de redécouvrir que le respect des « valeurs libérales » n’exige pas d’étouffer les aspirations de la majorité francophone, mais plutôt de les soutenir.

46 commentaires
  • Frédéric Benoit - Abonné 6 octobre 2018 04 h 50

    Le nationalisme autrement...

    Un nationalisme d'ouverture et de respect des droits des minorités culturelles n'a jamais eu pour but de taire les aspirations de la majorité francophone. Il n'y a pas qu'une seule façon d'exprimer son nationalisme et son amour de la patrie. Bien qu'il ne puisse correspondre à une certaine franche idéologique plus portée vers l'identiraire, comme nous le montre la montée des courants de l'extrême-droite, Philippe Couillard n'était pas pour autant un antinationaliste. Le dépeindre de cette façon est pour le moins réducteur et simpliste parce qu'il n'est pas vrai que le seul nationalisme légitime soit celui par lequel nous brimons des droits et des libertés.

    On peut concevoir la laïcité de l'État, la langue et l'immigration sous un angle plus accomodant sans devoir sacrifier le fondement même de notre société qui permet à toute personne d'être représentée et de ne pas être sujet à de la discrimination. Tocqueville disait qu'il faut parfois craindre la tyrannie de la majorité parce qu'elle peut conduire à un certain despotisme. D'après moi, Philippe Couillard a suivi cette pensée philosophique jusqu'au bout de ses convictions ce qui a pu faire croire à un certain antinationalisme mais ce n'était pas le cas. Il voyait un Québec ouvert, tolérant et inclusif à la diversité, ce qui est franchement plus souhaitable qu'un nationalisme de fermeture et de restriction des libertés individuelles sous une clause dérogatoire.

    Oui, je regrette déjà mon vote !

    • Clermont Domingue - Abonné 6 octobre 2018 09 h 56

      Je pense qu'on ne peut pas parler de dictature de la majorité au Québec puisque notre province est soumise aux lois de la fédération canadienne. Les Québécois sont une minorité depuis 1867. Nous en subissons les conséquences bonnes comme mauvaises.

      Si la CAQ reste ferme et utilise la clause dérogatoire, elle aura mon vote la prochaine fois.

      Pour moi,la souveraineté est morte. nous devons nous défendre avec les moyens qu'il nous reste
      Clermont Domingue, fondateur du MSA avec René Lévesque.

    • Placide Couture - Abonné 6 octobre 2018 09 h 59

      Vous me semblez aussi déconnecté de la réalité québécoise que l'étaient Philippe Couillard et le parti libéral. Je trouve que Michel David a été très généreux dans son analyse de la défaite de la machine libérale. Jamais, au grand jamais, lors de la campagne électorale qui a précédé l'élection de 2014, Philippe Couillard n'a dévoilé ses véritables intentions. Je pense ici aux coupures budgétaires et à l'austérité, au détournement de l'argent public vers le 1% le plus riche de la société, et à son antinationalisme fanatique qui lui a fait crier Allah Ackbar. Je parlerais plutôt d'hypocrisie en ce qui concerne celui qui a été le pire premier ministre de la Province en regard des aspirations légitimes du peuple québécois. J'ai encore de la difficulté à comprendre son mépris pour le peuple francophone dont il fait pourtant partie.

    • Christiane Gervais - Abonnée 6 octobre 2018 10 h 19

      Dommage que dans ce nationalisme de respect des droits des minorités on ne prenne jamais en compte au PLQ le respect de la minorité au Canada et en Amérique du Nord que représentent les francophones et les Québécois d'origine canadienne-française.

      Le nationalisme est un idéal il permet, toutes origines et couleurs confondues, de bâtir un espace citoyen à l'instar du multiculturalisme à la canadienne, pratiqué par le PLQ, qui favorise l'émergence d'une "société tribale", dont les groupes s'affrontent, se victimisent, et sont en constante méfiance les unes vis-à-vis les autres.

      Le PLQ et son antinationalisme, confondant laïcité et rejet de l'immigration et des minorités, aura causé un tort immense à cette nation québécoise diverse et si prometteuse.

    • Claude Poulin - Abonné 6 octobre 2018 10 h 21

      Parfaitement d'accord avec votre point de vue. Tout ce qui est excessif risque d'être insignifiant.

    • Nadia Alexan - Abonnée 6 octobre 2018 11 h 10

      C'est dommage que quelques Québécois ne comprennent pas que le port du voile n'est pas une obligation religieuse. L'Islam politique conquérant fait du prosélytisme avec l'imposition du port du voile sur la tête des femmes. Une restriction chez les professeurs du port de signes ostentatoires n'a rien à faire avec les droits individuels.
      On a sorti les soeurs et les frères religieux de nos écoles et on a transformé nos écoles de leur identité religieuses, catholique ou protestant, à leur mission laïque maintenant. Il faudrait que les professeurs qui travaillent au seine de la fonction publique respectent cette neutralité.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 7 octobre 2018 10 h 44

      En votant massivement pour la CAQ, nous avons sacrifié JFL. Pourtant, le programme du PQ reflétait, presqu'entièrement, nos aspirations L'absence de JFL à l'Assemblée nationale nous fera comprendre qu'il a l'étoffe et ses antécédents sont un gage de succès.

      Aujourd'hui, René Lévesque nous dirait : «Si j’ai bien compris, mes chers amis, si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire à la prochaine fois.»

  • Claude Bariteau - Abonné 6 octobre 2018 05 h 41

    Pourquoi le PLQ doit se reconnecter ?


    Sous Charest et Couillard, ce parti a reconnecté les habitants du Québec au Canada. Le faire impliquait de les déconnecter de leur inclinaison à se dire Québécois.

    Claude Ryan partageait ces vues. Comme Pierre-Elliott Trudeau et Justin, s’il s’identifiait à la majorité canadienne-française, il s’opposait à ses aspirations politiques.

    Les trois et bien d’autres voient les Québécois en un groupe ethnoculturel majoritaire, qu’ils isolent des autres groupes pour en faire en des composantes de la diversité multiculturelle canadienne.

    Voir ainsi les habitants du Québec conduit à les inviter à partager leurs vues et à contrer leurs aspirations d’un État ayant plus de souveraineté, voire être indépendant.

    Ils le font parce qu’ils savent que la souveraineté et l’indépendance peuvent se réaliser si ces groupes s’associent entre eux. Aussi prennent-ils tous les moyens imaginables pour rendre leurs aspirations acceptables par le Canada.

    Le modus operandi fut mis au point avec l’Acte de Québec en 1774 en recourant au clergé, aux seigneurs et aux clercs pour contrer l’alliance entre ressortissants français et Patriots américains. Il fut réactivé en 1836-1840 pour éradiquer les Patriote.

    Après la révolution tranquille, il se redéploye en 1980-1982 pour contrer une hausse de souveraineté pouvant mener à l’indépendance. Dès 1996, il se transforme en charge, tous azimuts avec le PLQ. Elle mène aux résultats de 2018 révélant, selon vous, que « l’indépendance ne représente plus une menace ».

    Que vous invitez le PLQ à se reconnecter à la grosse majorité ne me surprend pas. C’est une constante chez des élites ayant contribué à contrer les idées d’indépendance pour reprendre leur ascendant sur cette majorité.

    Le cadre est en place depuis 1982. La «reconnection» consistera à faire des membres de la grosse majorité des ayants droit canadiens. La CAQ, qui s’inventa un créneau parallèle, n’y échappera pas.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 6 octobre 2018 06 h 21

    Une majorité qui s’affirme en brimant une minorité devient méprisable.

    En faisant le procès du premier ministre Philippe Couilard, Monsieur David relève certains aspects de sa personnalité et des politiques de son gouvernement qui expliquent en grande parti la récente défaite du PLQ. Monsieur David remarque que Philippe Couillard aurait été rejeté par les francophones parce qu’il ne se serait pas assez identifié aux aspirations de la majorité francophone. En contraste, le chroniqueur fait référence à l’habilité de l’ancien premier ministre libéral Robert Bourassa qui lui a su affirmer les droits de la majorité francophone, notamment en utilisant la close nonobstant pour faire appliquer la loi 101.

    Pourtant, après avoir reconnu toutes les faiblesses de l’ex-premier ministre, il me semble qu’il faudrait reconnaître une qualité à Philippe Couillard qui elle semble faire terriblement défaut à Monsieur Legault : la hauteur d’un homme d’État capable de reconnaître et de défendre les droits d’une minorité - je pense particulièrement aux droits civiques et au droit des femmes musulmanes d’exercer leur profession d’enseignante dans les écoles publiques.

    Monsieur Legault veut légiférer pour obliger le personnel enseignant à ne porter aucun signe religieux. Le motif invoqué par Legault: imposer “ la volonté de la majorité”. La question est, de quelle majorité s’agit-il ? Celle des “francophones”... douteux. Reste la majorité des élu.es caquistes qui se sont gardés de ramener ce débat de division au cours de la campagne électorale.

    Que ce soit dans un sens ou l’autre, Legault qui dit “aimer tellement les québécois” aurait tout à gagner à écouter l’un des derniers messages de Philippe Couillard qui faisait allusion à la défense des droits des minorités:
    « Notre Assemblée nationale, comme tous les parlements se doit de protéger leurs droits plutôt que de les restreindre, si elle veut conserver sa légitimité. »

    • Clermont Domingue - Abonné 6 octobre 2018 10 h 25

      La musulmane, qui enlèvera son voile avant d'entrer en classe, laissera-t-elle ses valeurs et sa foi au vestiaire? On attache beaucoup trop d'importance à ce tissu. Cela me rappelle l'ostie de mon enfance qui contenait le corps du Christ.

      Dans les années 60, nos religieuses enseignantes se sont vêtues comme les autres Québécoises. Aux enseignantes musulmanes de faire de même.

      Les signes ostentatoires nous rappellent la dictature religieuse que nous avons vécue. Voilà ce qui nous heurte! Celles que nous accueillons doivent nous respecter assez pour ne pas nous ramener ce souvenir douloureux.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 6 octobre 2018 11 h 22

      "...je pense particulièrement aux droits civiques et au droit des femmes musulmanes d’exercer leur profession d’enseignante dans les écoles publiques." -Jean-Jacques Roy

      Monsieur Roy, on ne demande pas aux femmes musulmanes de cesser d'être musulmanes ou d'abjurer leur foi, on leur demande, si elles se trouvent en position d'autorité dans un poste public, de cesser de s'isoler et de provoquer en adoptant délibérément un accoutrement qui suscite le malaise.

    • Gylles Sauriol - Abonné 6 octobre 2018 11 h 35

      "Une majorité qui s’affirme en brimant une minorité devient méprisable".
      Vous avez bien raison. Toutefois, il y a lieu de considérer de quelle majorité et de quelles minorités on parle.
      Quand on regarde le traitement qui est consenti aux minorités francophones hors Québec au Canada, je crois qu'il y a lieu de s'inquiéter. Il ya là un désir évident d'assimilation de ces minorités par la majorité anglophone quand ce n'est pas carrément du mépris. Aucune commune mesure avec le sort de la minorité anglophone au Québec il va sans dire. Dans un contexte caractérisé par un effritement lent mais constant de notre patrimoine culturel commun au profit de minorités qui revendiquent certaines libertés individuelles, il est plus que légitime de vouloir freiner une approche qui nous mène directement à devenir folklorique sur la terre de nos ancêtres. Ce n'est pas du racisme non plus que de la xénophobie; c'est un réflexe de survie et de respet du bien commun. Le multiculturalisme à la Trudeau mène à la ghettoisation, et au fractionnement de la société. Ce qui a toujours fait l'affaire de certains politiciens.

    • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 6 octobre 2018 11 h 47

      Les religions chez elles, l'État chez lui. Fin de l'histoire. Le reste n'est que sémantique ou prétexte àjeter le fiel anti Québec de ces soi-disant anti racistes qui partiquent le racisme anti QUébec 24/7.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 6 octobre 2018 15 h 03

      Monsieur Sauriol, je souscris à votre argument. Effectivement l’État canadien et les gouvernements des provinces sont loin de respecter et protéger les droits des minorités francophones... et pire encore des nations autochtones. En ce sens, le Québec a une attitude tout à fait particulière avec la minorité anglophone « de souche ».... On pourrait même se poser la question si cette « minorité » est comblée au point que cela en devient gênant et humiliant pour la majorité de culture et de langue francophone.

      Par contre, puisqu’on fait référence au rapport d’État et des gouvernements provinciaux avec des « minorités » historiques, pensons à nos rapports avec les premières nations, les communautés autochtones en milieux urbains et en parqués dans des « réserves ». Et là, voilà qu’on retrouve une situation d’exclusion et de marginalisation institutionnelle qui devrait faire rougir de honte tous les politiciens canadiens et québécois qui ont été et qui sont actuellement en position de pouvoir.

      Il est inacceptable qu’une « majorité » s’appuyant de son pouvoir brime les minorités francophones et pire, marginalise et entretienne un système d’apartheid paternaliste vis à vis des nations autochtone.... Et bien, dans la question des « symboles », ce n’est pas plus acceptable si un gouvernement du Québec invoquant « sa majorité » (sous entendue francophone) et sous prétexte de « laïcité » veuille obliger des enseignantes ou des enseignants à ne pas exercer leur profession si elles ou ils portent un symbole de leur croyance!

    • Jean Jacques Roy - Abonné 6 octobre 2018 15 h 45

      Monsieur Domingue. En tout respect, l’analogie que vous faites sur la situation de transition qui s’est opéré au cours des années 50 jusqu’au milieu des années 70 n’a rien à voir avec la situation d’intégration des immigrants au Québec, processus qui s’est accentué depuis les 50 dernières années.

      Tout d’abord, faudrait comprendre que la pratique religieuse des catholiques et la banalisation des signes religieux au Québec. ne vient aucunement de lois spéciales qui auraient ordonné aux croyants et croyantes de cesser de dire des prières pour présider des assemblées, d’égrenner leurs chapelet en publique, et aux prêtres et religieuses d’enlever soutanes, voiles, crucifix et col romain. S’il y eut des lois, elles furent pour que l’État prennent à sa charge les institutions de bienfaisance, d’éducation et de santé autrefois dirigés par les églises et communautés religieuses. Et les soutanes et les voiles sont progressivement disparus au fur et à mesure que le clergé a défroqué... pour devenir « fonctionnaires » et que les soeurs et religieux ont été remplacés par des « laics ».

      N’en reste pas moins que la hiérachie catholique est encore très puissante et que les paysages urbains et ruraux débordent encore de la « culture » et des symboles du catholicisme. N’oublions pas qu’au dessus du trône du président l’AN se retrouve toujours le crucifix de Duplessis.

  • Jean-Yves Bigras - Abonné 6 octobre 2018 06 h 51

    Québécitude

    Vous allez être satisfait M. David, le vrai Québec, le Québec francophone, le Québec des régions, le Québec attaché à la laïcité (surtout celle des autres) vient tout juste d’élire un Premier Ministre et un gouvernement qui ont de la québécitude à revendre. Un homme fort qui va s’empresser de faire respecter les conclusions de la commission Bouchard-Taylor et enfin remettre les religions à leur place.
    Fini ces mollassons canadiens qui ont des valeurs dépassées comme le respect et la protection des minorités.
    Un nouveau jour vient de se lever....

    • Cyril Dionne - Abonné 6 octobre 2018 09 h 50

      Les Québécois étaient "tannés" de se faire traiter de racistes parce qu'ils ne se soumettaient pas aux dictats de croyances moyenâgeuses qui vont à l'encontre de l'égalité homme/femme et de la liberté d'expression. Les Québécois forment le peuple le plus ouvert aux autres au Canada. Ils n'ont pas de leçons à recevoir de quiconque. Alors, pour le supposé racisme systémique, on repassera.

      Cela dit, ils ne sont pas multiculturalistes et ne croient pas dans les Tours de Babel. Ils conjuguent plutôt dans une communion sociétale dans le respect des autres et leurs différences. Pour résumer, langue et culture française, égalité et liberté. Pas difficile à comprendre.

    • Clermont Domingue - Abonné 6 octobre 2018 10 h 29

      Moi aussi, je suis satisfait. Monsieur David vient d'écrire l'une de ses meilleures chroniques.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 6 octobre 2018 11 h 41

      @C.Dionne: “Les Québécois étaient "tannés" de se faire traiter de racistes”

      Vous croyez que la CAQ a été élu pour cette raison, obtenant 74 sièges?

      Vous croyez que la CAQ a reçu le mandat que la “majorité” parlementaire au nom d’une pseudo neutralité de l’État légifère pour que les femmes portant des voiles sur leurs têtes ne puissent avoir le droit d’exercer leur profession d’enseigant?

      Non Monsieur Dionne, la majorité des québécoises et des québécois de quelques croyances qu’ils soient ne suivront pas la CAQ dans cette application restrictive du rapport Bouchard-Taylor. Legault veut faire avaler à la population du Québec la nourriture indigeste de la Charte de l’ex ministre Drainville.

      Et si Legault utilise la majorité parlementaire pour imposer cette loi pour que les femmes voilées travaillent cachées... en quoi la « société québécoise » ressortira-t-elle grandi, en quoi le droit à l’égalité sera-t-il garanti? Rien ne sera réglé, sinon agravé par une loi d’exclusion au travail pour des femmes professionnelles.
      Ceux et celles qui sont « tanné.es » de se faire traiter de « racistes » en raison de leur étroitesse d’esprit n’auront pas fini d’être « tanné.es » parce que ce n’est pas vrai que la majorité des québécois de « toutes » souches accepteront une loi qui discrimerait des hommes et femmes d’excercer la profession d’enseignant pour le motif de porter un signe vestimentaire religieux.

  • Marc Therrien - Abonné 6 octobre 2018 08 h 42

    Malheureux qui comme Othello


    Il arrive souvent que l’être méfiant, qui n’est même pas transparent à lui-même, prétende pouvoir lire dans les pensées de son vis-à-vis pour y trouver des intentions contraires à celles qui sont exprimées pour ensuite en faire un procès. On reprochait souvent à Philippe Couillard son manque de compassion envers les Québécois alors qu’il était si facile de ressentir qu’il en était rempli quand il se présentait comme l’ardent défenseur des droits des minorités. Il semble que les Québécois francophones les plus sensibles, minés par l’insécurité, aient interprété de façon paranoïde cette affection particulière que Couillard démontrait pour les immigrants en pensant qu’il voulait en fait leur disparition à eux. Même s’il avait essayé de les rassurer, il est possible que ceux-ci aient interprété ce geste comme étant une stratégie pour camoufler son agenda caché voire son sombre dessein. Jadis, il y a quelques siècles, Shakespeare, cet explorateur génial des passions humaines, avec son personnage Othello, avait pressenti cette folie du soupçon qui peut troubler bien des esprits chagrins.

    Marc Therrien

    • Gilbert Turp - Abonné 6 octobre 2018 10 h 12

      La difficulté ici, monsieur Therrien, c'est que le Québec est une province canadienne, pas un pays souverain. Il est habité par des gens qui tous, tous sans exception, peuvent se réclamer d'un statut de minorité.
      Nous sommes une société sans majorité. Et nos conflits sont des conflits de rivalité entre minorités.
      C'est du moins ce que je crois observer.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 6 octobre 2018 13 h 34

      Marc Therrien
      ''On reprochait souvent à Philippe Couillard son manque de compassion envers les Québécois alors qu’il était si facile de ressentir qu’il en était rempli quand il se présentait comme l’ardent défenseur des droits des minorités.''

      J'ai fait une telle crise de sarcasme en lisant ceci que j'ai failli y rester... Lire ça... et mourir, c'est le cas de le dire!