L’élection du changement

Il ne faut pas être le pogo le plus dégelé de la boîte pour comprendre que les électeurs ont eu envie de renouveau. C’est le premier constat qui s’impose à la suite de cette élection « historique ». Les deux partis qui ont admirablement tiré leur épingle du jeu, lundi soir, n’existaient pas il y a à peine 12 ans. Ceux qui ont été congédiés, voire anéantis, sont sur scène par ailleurs depuis longtemps.

Impossible de ne pas remarquer aussi que les deux grands gagnants, François Legault et Manon Massé, n’appartiennent pas à la même facture politique. Pour reprendre un terme cher à la co-porte-parole de QS, les électeurs cette fois ont choisi du « monde ordinaire », des leaders sans artifices et envolées oratoires, un homme d’affaires et une travailleuse communautaire qui viennent nous chercher moins par la force des arguments que par la force du coeur. Il y a certainement une leçon à tirer de cette méfiance vis-à-vis des finfinauds et les beaux parleurs.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, nous sert d’ailleurs d’exemple. Celui qui, de l’avis de plusieurs, menait la meilleure campagne, du moins jusqu’au fatidique Face à face du 20 septembre, le leader le plus spirituel, le débatteur le plus éloquent et le stratège le plus vite sur la gâchette, se retrouve aujourd’hui répudié comme nul autre.

De toutes les surprises de la soirée — la CAQ majoritaire, les quatre victoires de QS à l’extérieur de Montréal, la piètre performance du PLQ —, rien ne se compare, à mon avis, à l’effondrement du Parti québécois. Pensons-y : le parti responsable des plus grandes transformations du Québec moderne, celui qui nous a donné nos héros, nos artistes et nos mentors depuis 50 ans, celui qui a changé nos lois et nos vies, agonisait littéralement devant nos yeux. La crucifixion de Jean-François Lisée dans sa propre circonscription a d’ailleurs scellé cette mise à mort en direct. Après les attaques fielleuses de fin de campagne à l’égard de QS, on voit mal comment le Parti québécois pourrait prétendre encore « rassembler » ou se dire porteur d’un « projet de société ».

Le « changement » aura donc été le véritable moteur des électeurs, peu importe l’axe politique. Qu’on ait voté à droite, pour la CAQ, ou à gauche, pour QS, une majorité de Québécois ont exprimé le désir de changer de décor. Mais de quel changement parle-t-on au juste ? Pour François Legault, il s’agit simplement d’en finir avec la « division » semée au Québec par le projet indépendantiste. Tel un bon père de famille rassemblant ses enfants à ses côtés (ce qu’il a d’ailleurs fait sur scène lundi soir), il souhaite juste que la chicane cesse pour qu’on puisse enfin travailler tous ensemble. C’est la raison qui l’a poussé à créer la CAQ en 2011, dit-il, et c’est, à ce jour, la seule idée forte derrière le parti. Tout le reste, « faire moins mais faire mieux », n’est que comptabilité et slogan d’entreprise. Il n’y a pas l’ombre d’un projet de société là-dedans, aucun virage vert, culturel, social, aucun idéalisme sauf celui de traduire son amour des Québécois — et M. Legault est convaincant à cet égard — en prospérité financière. « Plus d’argent dans nos poches. »

Le changement que promet Québec solidaire est évidemment aux antipodes de ce menu minceur. La partie est loin d’être gagnée, QS a encore beaucoup de propositions à expliquer et de coins à aplanir avant que la peur et le ridicule qu’on lui prête ne cessent de le peinturer dans un coin. Cela dit, la transformation d’un parti de « pelleteux de nuages » en un parti capable de prendre et d’exercer le pouvoir est bel et bien commencée. Cette élection marque un tournant décisif à cet égard. Comme l’ont souligné certains sondeurs, la seule vraie mobilisation tout le long de cette campagne, la seule courbe qui a systématiquement pointé vers le haut, c’est QS qui en a bénéficié. Pourquoi ? Le vote des jeunes attirés notamment par les propositions sur l’environnement. C’est grâce aux 18-34 ans, du moins, ceux qui ont bien voulu voter, que QS connaît son meilleur résultat, tant en ce qui a trait au vote populaire qu’au nombre de sièges.

« Les électeurs de tous âges ont voulu changer, dit Mainstreet Research, mais cette campagne restera dans l’histoire comme l’élection d’un changement de génération. » La maison de sondage prédit du même souffle que « Québec solidaire est ici pour rester ».

Pourra-t-on en dire autant de la CAQ dans quatre ans ? À voir. Pour l’instant, le changement tant vanté par le chef de la CAQ se résume à avoir momentanément réduit la taille des libéraux.

Un changement bien mineur en comparaison des chocs sismiques qui se sont produits à gauche de l’échiquier politique. L’écroulement du Parti québécois, d’abord, l’arrivée d’une nouvelle génération d’électeurs, ensuite. Une génération qui s’attend à plus d’un gouvernement que de simples changements cosmétiques.

20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 octobre 2018 03 h 41

    Legauld un homme de changement, permettez moi d'en douter

    peut être bien mais rien n'est moins sur, est- ce que vous croyez que Legauld a l'envergure d'un homme de changement en profondeur , enfin l'avenir nous le dira

  • Gaston Bourdages - Abonné 3 octobre 2018 05 h 22

    « Plus d'argent dans nos poches » et la garantie....

    ...que le bonheur sera au rendez-vous. Peu importe les conditions faisant que vous deviendrez plus riches ?
    Merci madame Pelletier de nous rappeler « qu'il n'y a pas l'ombre d'un projet de société là-dedans, aucun virage,vert, culturel, social, aucun idéalisme sauf celui....« etc.
    Serait-ce que ce ne sont les 18-34 qui portent un projet de société ? Les « autres » dont je fais partie ont-ils démissionné ?
    Avoir, porter, nourrir, planifier, organiser, diriger, contrôler et animer un ou des projets nourrit le coeur, nourrit l'esprit voire même l'âme.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 octobre 2018 06 h 42

    Plusieurs se réjouissent de l'écroulement du PQ, pas moi.

    Ce qui me réjouit énormement c,'est la disparition le meme jour de deux fossoyeurs du Québec :d'abord et avant tout du chef libéral aux phrases vides et mensongeres et son petit caporal de l'UPAC chargé de camoufler les
    squelettes nombreux de ce PLQ depuis tant d'années .

    Meme Jean Charest se pavane à la TV pour donner son opinion ,faut le faire.....

  • Claude Bariteau - Abonné 3 octobre 2018 08 h 17

    Un élément oublié.

    Il est simple. QS, par ses percées à Montréal et hors Montréal, devient aussi le parti des élus et des supporters, qui s'inviteront au débat et soulèreront des tensions.

    Celles-ci sont latentes depuis l’élection du chef d’ON et de Mmes Dorion, Lessard-Therrien et Labrie, des indépendantistes qui ont bénéficié d’appuis de jeunes militants de QS proches de M. Nadeau-Dubois.

    Si ce dernier est familier à prendre le pas des lignes du parti, ces élus le sont moins que Mme Massé devenue la porteuse du message alors que les jeunes faisaient le travail de bras pour l’élection de député/e/s hors Montréal.

    Déjà, au lendemain des élections. Mme Massé parla d’indépendance et M. Nadeau-Dubois des positions sur l’environnement à Québec fustigeant le projet de la CAQ d’un troisième lien.

    D’autres signes se manifesteront de sorte que QS pourrait se retrouver avec le dilemme qui a divisé le PQ en 1973. Ça se manifestera quand les élus diront qu’il faut mettre de côté des pans du programme et mieux composer avec les contraintes qu’impose la politique.

    M. Kadir et Mme David ont gouté à la médecine du parti. Je doute que ce sera le cas avec les jeunes élus de QS de sorte que ce parti devra abandonner ses grands idéaux pour s'en tenir à des politiques sociales-démocrates proches de celles du PQ, ce qui sera vu le moyen de réaliser des gains et de faire des alliances pour réaliser l’indépendance du Québec.

    En cela, l’intégration d’ON pourrait s’avérer le Cheval de Troie qu’Ulysse (Nadeau-Dubois) inventa lors de la guerre opposant les Achéens aux Troyens, que ces derniers considérèrent un cheval béni des dieux alors qu’il était rempli de jeunes Achéens ayant déjà démontré leur bravoure. Les dirigeants troyens furent renversés, ce qui sera le cas des dirigeants de QS.

  • Carmen Labelle - Abonnée 3 octobre 2018 08 h 25

    Le temps de la vengeance

    Bon l’anti-péquiste acharnée qu’est F.Pelletier tient sa revanche et ne se gêne pas. Comme d’habitude une analyse très partisane et peu journalistique
    Ce que je vois et qui crève les yeux c’est que le changement est en fait un glissement des francophones vers la droite. Il y a probablement un pourcentage non négligeable de gauchistes qui ont voté CAQ pour sortir les Libéraux, mais il y a fort à parier selon moi qu’ils voient aussi en Legault quelqu’un qui n’a pas honte et ne leur fait pas honte d’etre des québécois blancs d’origine française, contrairement à Qs qui nous demande de nous taire et de nous tasser dans le coin pour ne pas que les minorites se sentent mal accueillies et de céder à toutes leurs exigences sous peine d’encourir représailles et même poursuites judiciaires . Quand Adil Charkaoui, que Qs défend bec et ongles, se permet de menacer publiquement le nouveau gouvernement d’ameuter et de ramener la foule sur la place publique c’est qu’il se sent avoir un ascendant sur tout un pan de la société de gauche et sur cette formation islamo-gauchiste qu’est devenue Qs. Cela devrait nous ameuter en tant que société laïque et en tant que majorité francophone québécoise qui est aussi une minorité menacée dans une mer anglophone d’Amerique