Catalogne, un an après

Beau sujet international pour un 1er octobre électoral au Québec… Il y a un an jour pour jour, l’Espagne offrait au monde l’image d’un pays — supposé démocratique, moderne et européen — où la police matraque et brutalise la moitié mobilisée des citoyens d’une région, la Catalogne… des citoyens qui voulaient quoi ? Déposer des bulletins dans les urnes, quelle horreur !

Des urnes déclarées illégales, séditieuses, voire criminelles par un gouvernement central qui n’avait cessé, au cours des années précédentes, d’opposer un refus total à tout dialogue avec les indépendantistes élus puis réélus à Barcelone.

Un gouvernement, celui de Mariano Rajoy, aujourd’hui déchu, qui marchait main dans la main avec le pouvoir judiciaire pour harceler les dirigeants catalans. Un gouvernement dont l’acharnement et l’intransigeance ont été pour beaucoup dans la progression de l’option indépendantiste, passée — par effet de réaction — d’un inoffensif score de 15 % en 2007, au seuil des 50 % en 2017 (1). À Barcelone, on croyait candidement pouvoir déployer une feuille de route inspirée de ce qui s’était passé trois ans auparavant en Écosse, et quelques décennies plus tôt au Québec. « Pourquoi les Québécois et les Écossais ont-ils le droit… mais pas nous ? » Excellente question en effet, à laquelle on n’a jamais vraiment répondu.

Sans préjuger de l’honnêteté « totale » des dirigeants d’Ottawa ou de Londres dans ces épisodes — qui avaient sans doute, cachés dans leurs besaces, quelques bons coups fourrés, dans l’hypothèse de victoires du « oui » —, force est de constater que ces deux gouvernements avaient laissé se tenir ces consultations. Et que le second avait même, jusqu’à un certain point, « coorganisé » avec Édimbourg le référendum de 2014.

On peut certes critiquer la stratégie de l’ancien président Carles Puigdemont, toujours exilé en Belgique (à Waterloo !). Elle était stratégiquement pleine de trous, démunie face à la stratégie du « Mur » de Madrid.

Puigdemont, tout comme son successeur, Quim Torra, semblait penser que la simple « mobilisation héroïque » d’un peuple pouvait emporter la décision… non seulement en Catalogne et en Espagne, mais aussi devant la communauté internationale. Espoir naïf ! Hormis quelques sympathies flamandes et « padaniennes » (Italie du Nord), à prendre d’ailleurs avec des pincettes… il y a une solitude catalane en Europe qui est assez poignante.

  

Un an plus tard, la capacité de mobilisation des indépendantistes reste énorme. Sur le terrain de la rue et des symboles, ils sont toujours très présents, voire prédominants. Le 11 septembre dernier (pour la Diada, la fête nationale désormais accaparée par les indépendantistes), ils ont montré une fois de plus qu’ils pouvaient organiser les manifestations les plus gigantesques du monde.

On ne le répétera jamais assez : faire descendre un million de personnes dans la rue, dans un « pays » (avec ou sans guillemets) qui en compte sept et demi, c’est phénoménal. Quant à la « guerre des rubans jaunes », ces rosettes de tissu que les indépendantistes accrochent un peu partout en soutien aux leaders politiques emprisonnés — qui attendent toujours leurs procès pour « sédition », douze mois après leur arrestation —, voilà un autre beau succès symbolique… Avec des anti-indépendantistes qui font des opérations de « nettoyage » le lendemain, n’empêchant pas les rubans de réapparaître le surlendemain.

Mais au-delà de ces guerres symboliques, le gouvernement régional n’a aucune stratégie concrète, par exemple pour répondre aux ouvertures, timides mais réelles, du premier ministre socialiste Pedro Sanchez à Madrid. Sanchez refuse, lui aussi, l’autodétermination de la Catalogne… mais il y met des gants et pourrait bien envisager une super-autonomie.

Le camp indépendantiste lui-même est divisé, avec une extrême gauche (CUP) intransigeante, et deux autres partis qui sont à couteaux tirés. Tous ensemble, ils détiennent une très courte majorité au Parlement de Barcelone.

Torra et Puigdemont, d’un côté, campent sur une ligne « héroïque », tandis que la Gauche républicaine (ERC) d’Oriol Junqueras (en prison), indépendantiste de la première heure, serait prête à mettre de l’eau dans son vin, à écouter Pedro Sanchez… et à attendre l’indépendance jusque dans les années 2020 ou 2030 !

(1) Le référendum du 1er octobre 2017 avait recueilli plus de 90 % de « oui », mais avec un boycottage massif des non-indépendantistes, qui rend ce chiffre non représentatif.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Abonné 1 octobre 2018 14 h 06

    Bon article

    Toutefois, il aurait été bon de parler du parti d'extrême gauche (façon Québec solidaire) qui là comme ici a mis lidéologie avant la patrie.