Le détour par Ottawa

Ce n’est pas d’hier que le PQ dénonce « l’injustice structurelle » dont le Québec est victime au sein de la fédération canadienne, à laquelle il ne pourrait échapper qu’en devenant un État souverain.

C’était un des thèmes favoris de Bernard Landry, qui pestait régulièrement contre la ligne Borden, qui avait imposé Sarnia comme centre de l’industrie pétrochimique au détriment de Montréal, la canalisation du Saint-Laurent et la concentration des centres de recherche fédéraux du côté ontarien de l’Outaouais.

Si le Québec était le principal bénéficiaire de la péréquation, c’était précisément qu’il avait été privé des investissements structurants qui ont fait la prospérité de l’Ontario, en retour d’une péréquation qui ressemblait à une allocation d’aide sociale dont le montant était sans cesse remis en question.

Lors de sa visite surprise à Ottawa dimanche, Jean-François Lisée a actualisé la liste de griefs de M. Landry, ajoutant les 100 milliards destinés au renouvellement de la flotte canadienne, qui profiteront essentiellement aux chantiers maritimes de Vancouver et de St. John’s, de même que l’aide massive apportée à l’industrie automobile en Ontario et à l’exploitation des sables bitumineux, sans commune mesure avec ce qui a été accordé à l’industrie forestière.

Pour obtenir sa juste part des dépenses fédérales, le chef du PQ a évalué que le Québec devrait recevoir 2,6 milliards de plus par année, sans compter les 20 milliards de contrats auxquels aurait droit le chantier maritime de la Davie, qui devra se contenter de miettes.


 

Le premier ministre Couillard semble plutôt voir le retard économique du Québec comme l’inéluctable destin d’un peuple né pour un petit pain, n’ayant rien à voir avec des politiques qui lui auraient été défavorables. À l’entendre, la péréquation serait le fruit d’une générosité dont il faudrait être reconnaissant au reste du Canada, comme il faudrait lui savoir gré de nous avoir imposé une Charte des droits afin de nous protéger de nous-mêmes.

François Legault déplore que le Québec touche autant de péréquation — 11,7 milliards en 2018-2019 —, mais il y voit plutôt la démonstration de l’incapacité des libéraux à développer une économie capable de créer des emplois aussi bien rémunérés qu’en Ontario, plutôt que le résultat de décisions prises à Ottawa qui auraient systématiquement défavorisé le Québec.

Bien entendu, le chef de la CAQ voyait les choses d’un autre oeil à l’époque où il rédigeait son rapport sur les finances d’un Québec souverain. C’était plutôt la baisse de la péréquation et du transfert canadien en santé qui l’inquiétait et justifiait à ses yeux la nécessité de l’indépendance.

Depuis qu’il a découvert les bienfaits du fédéralisme et la fierté d’être Canadien, il n’est plus question de « dissiper les vieilles peurs sur la précarité économique d’un Québec souverain » ni de « remettre en question les arguments à propos de la soi-disant rentabilité du fédéralisme », comme il prétendait jadis le faire. Il est plus commode de blâmer le gouvernement Couillard.


 

La visite de Jean-François Lisée à Ottawa avait valeur de symbole. Il a expliqué s’y être rendu pour « donner un préavis » au gouvernement fédéral, comme les chevaliers d’antan jetaient le gant pour défier un adversaire. S’il n’est pas question de laisser la CAQ s’ériger en champion de la défense des intérêts du Québec, se déplacer dans la capitale envoie toutefois le signal que la lutte peut être menée de l’intérieur, comme le soutient maintenant M. Legault.

Certes, le PQ demeure un parti souverainiste, mais le report du référendum ne lui laisse pas d’autre choix que d’inscrire son action dans le cadre fédéral, au moins pour un temps, et d’essayer de rendre le Canada plus acceptable au Québec. Depuis le début de la campagne, il est difficile d’accuser M. Lisée de chercher la chicane avec Ottawa. Pas suffisamment, estiment certains.

Même sur la délicate question de l’immigration, M. Lisée a dit croire que le gouvernement fédéral ferait preuve d’ouverture. « La flexibilité politique existe. Elle a été la règle jusqu’à maintenant. Je compte que cela continuera à être la règle tout simplement », a-t-il déclaré. Entendre un chef du PQ reconnaître la flexibilité d’Ottawa est certainement à marquer d’une pierre blanche.

Une victoire de la CAQ placerait néanmoins le PQ dans une position délicate. Même si les propositions en matière d’immigration de M. Legault lui paraissent inacceptables, on voit mal comment le PQ pourrait refuser d’appuyer un gouvernement qui réclamerait des pouvoirs supplémentaires dans ce domaine.

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21 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 18 septembre 2018 04 h 43

    L’épine

    À la lecture de tout ce que vous écrivez sur lui et si je vous comprends bien, monsieur David, quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse, Jean-François Lisée aura toujours une épine dans le pied. D’où votre propre inconfort à reconnaître qu’il est, et de loin, celui des chefs de parti qui fait preuve de la meilleure connaissance et de la meilleure intelligence des choses de l’État.

    Quant à moi, je trouve aussi que l’homme Lisée nous démontre qu’il a l’épine dorsale assez forte pour se tenir debout non seulement devant Ottawa mais aussi devant le peuple québécois comme grand chef d’état capable de conduire le projet d’indépendance du pays à bon port. En toute intelligence du fait qu’il lui faut un peu plus qu’un seul mandat pour amener tout le monde à bien comprendre l’intérêt commun d’y parvenir.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 18 septembre 2018 18 h 52

      On doit reconnaître que Lisée est allé promener avec l'autocar du PQ à Ottawa ce n'est pas pour gagner des vote de Justin ou des autres député-e-s Québécois siégeants au fédéral ..
      C'est pour montrer que Québec sous le PQ ira chercher sa juste part des 55 G$ qu'on transmets en taxes et impôts au fédéral.

      Comme le PLQ et la CAQ ont déjà dit qu'ils ne feraient JAMAIS l'indépendance
      ou menacer l'autorité d'Ottawa ils ont désormais perdu leur crédibilité et leur pouvoir de négociation gagnant.

      Ainsi donc. si on veut que le Québec soit respecté on en revient à Daniel Johnson père : << ÉGALITÉ OU INDÉPENDANCE >>
      et ensuite on devra reconstruire le Canada sous forme de l'Union Canadienne formée de 5 états-régions autonomes
      comme sont les pays de l'Union Européenne

  • Jean-Yves Bigras - Abonné 18 septembre 2018 05 h 47

    l’immigration

    Vous avez raison les positions de M. Legault sont inacceptables mais celle de M. Lisée sont pour le moins changeantes, en fait trois fois dans la dernière semaine, au gré des réactions que suscitent les errements de son adversaire caquiste dans l’opinion publique. Avant de nous faire l'éloge de la position du chef péquiste sur l’imigration il serait bien de préciser laquelle des trois vous choisissez d'encenser

    • Raymond Labelle - Abonné 18 septembre 2018 12 h 29

      La position du PQ est toujours la même depuis mai 2018, qui est la première fois qu’il émet sa position officielle pour la campagne. Par exemple dans cet article du 22 mai 2018:

      "Évoquant des cibles allant de 30 000 à 40 000 immigrants, M. Lisée a rappelé qu’il veut laisser au vérificateur général le soin de faire des recommandations, « en fonction de nos besoins d’emploi et de notre capacité d’intégration ».

      Aussi, sur le blogue de JFL, pour les détails de cette position officielle du PQ - daté de 22 mai 2018: http://jflisee.org/les-propositions-du-parti-quebe

      La proposition de faire déterminer le seuil par la VG était déjà dans les propositions de JFL, candidat à chefferie du PQ - il l'avait publiée dès mai 2016 - voir ici: http://jflisee.org/immigration-rejeter-le-chiffre-

      Il a pu arriver que JFL évoque des chiffres, mais toujours en précisant que ça sera à la VG de faire la détermination. Dans leurs contextes, ces évocations étaient pour illustrer que, s'il le fallait, il serait prêt à aller encore plus bas, si telle était la détermination de la VG.

      Quant à la proposition d'exiger que les immigrants économiques connaissent le français avant de débarquer au Québec, elle a été la seule position officielle du PQ pour cette campagne, et avait été formulée par JFL dès sa course à la chefferie, avant même qu'il ne soit élu chef, comme on le voit dans cette proposition publiée sur son blogue en septembre 2016:
      http://jflisee.org/francais-au-quebec-mettre-fin-a

      Vous voulez savoir à quelle position vous fier? J'espère quelque peu répondre à votre question.
      Mais peut-être que je vous comprends mal M. Bigras - pourriez-vous nous indiquer précisément et de façon documentée quelles auraient été ces changements de position du PQ que vous prétendez avoir eu lieu et quand ils auraient eu lieu? J’ai cherché et n’en ai vu aucun

  • William Dufort - Abonné 18 septembre 2018 06 h 39

    Le mépris

    "Le premier ministre Couillard semble plutôt voir le retard économique du Québec comme l’inéluctable destin d’un peuple né pour un petit pain, n’ayant rien à voir avec des politiques qui lui auraient été défavorables..."

    Et M. Couillard ne semble pas comprendre que cette attitude ne lui attire que le mépris des Canadians. Certes, ils l'encencent, comme on le fait pour tous les lèche-bottes dont on craint le réveil. Alors, M. Couillard, "Enjoy", coome disent vos amis. Nous, les Séparatistes, ils nous haïssent. Voila un sentiment qu'on ne réserve qu'aux adversaires qu'on respecte.

  • Gilles Bousquet - Abonné 18 septembre 2018 07 h 31

    Le PQ, dans le Canada, ne peut rien contre la force fédérale...canadienne, centralisatrice

    LA CAQ, même appuyée par le PQ, ne pèse pas lourd en face du fédéral Libéral ou Conservateur, ni même, NPD.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 septembre 2018 18 h 57

      Raison capitale pour devenir souverain, dans le Canada le Québec va nulle part avec tout l'amour que les anglophones aiment nous" porter" si gentiment.
      A part Couillard qui redemande du "bashing" ,il se met meme à genoux pour le recevoir en disant
      "Just watch me." On le regarde aller depuis longtemps et c'est édifiant .How low can he go.

  • Marc Therrien - Abonné 18 septembre 2018 07 h 46

    Dépendre d'Ottawa pour devenir indépendant


    Et, de retour dans l’autobus, j’imagine Jean-François Lisée poursuivre son discours intérieur: tant qu’à continuer de ne pas recevoir sa juste part des dépenses et investissements fédéraux, le Québec dirigé par le PQ vous menacera une 3ième foi de devenir indépendant du Canada en 2022. Vous aurez donc 4 ans pour y penser…ou plus en attendant notre réélection. Par ailleurs, comme nous le constatons, le Québec peut continuer à bien vivre sans ces investissements et n’a donc pas pas tant besoin que ça du Canada, ce qui fait que je me demande finalement ce que je suis venu faire à Ottawa aujourd’hui. Sérieusement.

    Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 18 septembre 2018 12 h 34

      C'est un dilemme insoluble des indépendantistes: si ça ne va pas trop mal il y a moins de raisons de faire l'indépendance, mais le gouvernement québécois a comme devoir d'améliorer le plus possible notre situation, même si le Québec ne devient pas indépendant - ce qui d'ailleurs ne semble pas très probable à court et à moyen terme.

      Situation de double contrainte.