Trop d’immigrants, M. Legault?

Les Suédois iront aux urnes dimanche et il ne s’agit pas d’une élection comme les autres. En effet, le Parti social-démocrate risque de connaître son plus bas score en plus d’un siècle. Le parti qui a dominé la politique suédoise depuis des décennies pourrait même être dépassé dans le vote populaire par les Démocrates de Suède, parti anti-immigration qui a vu son appui quadrupler depuis huit ans.

Alors qu’ils recueillaient à peine 5 % du vote en 2010 et 12 % en 2014, les Démocrates de Suède pourraient, selon les sondages, obtenir plus de 20 % du vote dimanche et terminer en première position, devant les sociaux-démocrates qui avaient récolté 31 % en 2014.

Ce revirement de situation politique est attribué au ras-le-bol des Suédois ordinaires face à l’arrivée de centaines de milliers d’immigrants et de réfugiés ces dernières années. L’image d’un pays connu mondialement pour son humanitarisme et la générosité de son filet social en prend pour son rhume. Les Suédois semblent avoir atteint les limites de leur capacité d’accueillir des nouveaux arrivants. Et ils blâment ces derniers pour tous les maux qui affligent leur pays.

La situation suédoise démontre ce qui peut arriver si les responsables politiques d’un pays ne tiennent pas compte des opinions de l’ensemble de la population et adoptent une politique d’immigration seulement en fonction de leurs propres principes. Les sociaux-démocrates ont surestimé la générosité des électeurs alors que la Suède accueillait plus de migrants par rapport à sa propre population que tout autre pays européen. Ils ont ainsi ouvert la voie à un parti politique d’extrême droite qui prône un discours radical et qui divise la population.

S’il y a un enjeu qui risque de faire déraper le débat politique au Québec, il s’agit bel et bien de l’immigration. Le Québec est à l’abri des grands flux migratoires qu’a connus l’Europe ces dernières années et qui sont responsables de la montée de l’extrême droite en Allemagne, en Italie, en Hongrie, en France et dans d’autres pays du Vieux Continent. Mais si l’arrivée ici de quelques milliers de demandeurs d’asile depuis deux ans a réussi à créer un durcissement de l’opinion publique envers l’immigration, on pourrait bien imaginer ce qui arriverait si le Québec était confronté à un défi de l’ampleur de celui que connaît actuellement la Suède. Tout parti politique doit en tenir compte.

Pourtant, j’avoue éprouver un certain malaise chaque fois que j’entends le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, parler d’immigration. Que veut-il dire au juste quand il affirme que le Québec accueille trop d’immigrants alors que nous sommes déjà la province canadienne qui reçoit le moins d’immigrants par rapport à notre population ? Alors que le Québec compte encore pour 22 % de la population canadienne, il reçoit bon an, mal an autour de 16 % des immigrants qui arrivent au pays. M. Legault a beau s’inquiéter de la langue que parleront nos petits-enfants, le Québec a besoin de renouveler sa population par la voie de l’immigration s’il veut survivre.

S’il est vrai que le quart des immigrants quittent le Québec pour une autre province quelques années à peine après avoir mis les pieds ici, leur départ tient souvent plus à l’environnement plus accueillant qu’ils voient ailleurs au Canada qu’à l’incapacité du Québec à les intégrer. Quand on sait que la population du Québec augmente moins rapidement que celles du reste du pays et que le Québec fait face à une pénurie de main-d’oeuvre, on peut se demander si le problème tient davantage à l’accueil que réservent les Québécois aux immigrants qu’à la bonne volonté de ces derniers de devenir des membres pleins et entiers de la société québécoise.

Cela dit, on ne peut pas augmenter le nombre d’immigrants que reçoit le Québec sans que les Québécois soient à l’aise avec une telle augmentation. Et pour l’instant, ça ne semble pas être le cas. La survie de la langue française reste au coeur des inquiétudes des Québécois face à l’immigration, tout autant que leur conception de la laïcité, conception qui semble laisser moins de place à l’expression publique de la religion qu’ailleurs au Canada.

Pourtant, j’ai l’impression que, si chaque Québécois avait l’occasion de visiter une école multiethnique montréalaise afin de constater par lui-même les succès que connaît le modèle de l’intégration existant au Québec, il n’aurait pas de réticence à ce qu’on augmente les seuils d’immigration. Ces jeunes néo-Québécois sont pour la plupart déjà bien intégrés. Ils pourraient changer quelque peu le visage du Québec, mais ils incarnent tout autant son âme.

La plupart des gens qui quittent leur pays d’origine pour un autre ne le font pas pour eux-mêmes mais pour que leurs enfants puissent connaître une vie meilleure. C’est donc à travers la deuxième génération qu’il faut juger notre modèle d’intégration. Et tout indique, M. Legault, qu’il s’agit d’un grand succès.

29 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 septembre 2018 02 h 58

    Immigration et langue

    Au cours des seize ans de régime libéral, la croissance économique du Québec n’a dépassé la moyenne canadienne que quatre fois, toujours par une marge minime de 0,1%.

    Douze de ces 16 années, elle fut inférieure. Par exemple, depuis l’accession au pouvoir de Philippe Couillard, l’économie québécoise s’est accrue sous la moyenne canadienne; croissance québécoise de 7,7% vs croissance canadienne de 9,3%.

    Le quart des immigrants quittent le Québec pour une autre province quelques années à peine après avoir mis les pieds ici, parce qu’ils estiment que leur progéniture a de meilleures chances de réussite dans les provinces anglophones du pays.

    C’est aussi pourquoi ceux qui restent ici s’assimilent à l’anglais dans une proportion de 60%.

    Au Québec, une partie des immigrants suivent les cours de francisation — où il n’existe aucune obligation de réussite — parce qu’ils sont payés pour y assister. Les autres ne se donnent même pas cette peine. Mais l’intention de la grande majorité des immigrants n’est pas de s’assimiler au français. Voilà pourquoi le quart d’entre eux quittent le Québec dès que l’occasion se présente de gagner leur vie ailleurs.

    Pour toutes ces raisons, il est impératif que les demandes d’immigration au Québec soient assujetties à l’obligation d’apprendre le français _avant_ de mettre les pieds au Québec, une mesure que se propose d’implanter le Parti québécois. Contrairement à la CAQ qui compte naïvement sur le gouvernement fédéral pour faire expulser du pays, trois ans après leur arrivée, tous les immigrants qui n’auront pas réussi à apprendre le français.

    Quant à notre conception de la laïcité, elle est identique à celle qui prévaut dans tous les pays européens, ce qui ne les empêchent pas d’accueillir un grand nombre d’immigrants.

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 septembre 2018 12 h 21

      C'est vrai que le Québec a besoin de renouveler sa population par la voie de l’immigration s’il veut survivre. Par contre, ce n'est pas vrai que les Québécois sont moins tolérants que les citoyens d’autres provinces. Les dernières études démontrent que seulement 18% des entrepreneurs canadiens désirent employer les immigrants. Les Québécois sont très accueillants pourvu que les immigrants embrassent la langue française et la laïcité de l’état.
      Ce sont les accommodements religieux et les signes ostentatoires qui minent la laïcité de l'état et qui dérangent tous les Québécois, incluant les émigrés.
      L'état doit encadrer et accompagner les nouveaux arrivants avec des cours de citoyenneté et de français pour qu'ils puissent s'intégrer. La religion doit se pratiquer chez soi pas s'étaler sur la place publique. Il faut respecter la division entre l'Église et l'État et l'égalité homme/femme.
      Si nos élus ne tiennent pas compte de ces valeurs universelles, ils vont jeter simplement les citoyens dans les bras de la droite fasciste.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 septembre 2018 11 h 43

      Lire M.Yakabuski, c'est recevoir dans les yeux des idées sans fondements. M. Myles a renvoyé Mme Payette pour manque de rigueur. Comment fait-il pour accepter les propos superficiels de ce chroniqueur ? Là est la question devant un tel texte.

  • André Joyal - Abonné 8 septembre 2018 08 h 36

    Mieux accueilli dans le ROC?

    Notre ineffable chroniqueur écrit: «S’il est vrai que le quart des immigrants quittent le Québec pour une autre province quelques années à peine après avoir mis les pieds ici, leur départ tient souvent plus à l’environnement plus accueillant qu’ils voient ailleurs au Canada qu’à l’incapacité du Québec à les intégrer.»

    Je l'invite à prendre connaissance de la toute récente enquête de la très canadienne BFC. Son directeur déclare être fort surpris de constater, qu'à travers TOUT le pays ( oui: «coast to coast»), seul 18% des employeurs se disent nullement réfractaires à embaucher des immigrants. La grande majorité préfère recourir à des heures supplémentaire, ou encore fournir de la formation à leur main-d'oeuvre ou encore : attende des candidats bien «canadians». Ben pour dire hein monsieur le chroniqueur! Désolé de vous faire de la peine! Car, sachez que nous prenons un grand plaisir à vous lire...Oh Yes!!!!!!!!!! Un autre comme vous et je quitte Le Devoir. «This 4 sure!»

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 8 septembre 2018 13 h 22

      Et quant à moi, si je reste malgré tout abonnée au Devoir c’est uniquement pour les chroniques de Michel David et Christian Rioux, quant au reste...
      Le Devoir ressemble de plus en plus aux émissions d’infos à Radio-Canada.

  • Gilles Bousquet - Abonné 8 septembre 2018 08 h 42

    Tirons sur l'immigration francophone en France et dans les pays francophones

    Le Québec a besoin de main d'oeuvre partout sur son territoire, de préférence, francophone. Il n'a qu'à recruter activement en France et dans les autres pays à majorité francophone, selon nos besoins, quitte à leur offrir gratuitement, des cours élémentaires d'anglais à l'arrivée, pour faciliter leurs placements, pour distribution, partout au Québec.

    La politique du PQ à ce sujet, est la plus réaliste : Ils arrivent en parlant français et tentent de se débrouiller l'anglais, langue nécessaire en Amérique.

    • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 9 septembre 2018 11 h 18

      Un problème avec plusieurs français de France, ils veulent s'établir ici mais veulent, ou leurs enfants, étudier à ...McGill. Vous savez cette obsession française pour l'anglolâtrie.. Idem pour des Belges franocphones....

  • Gilles Théberge - Abonné 8 septembre 2018 09 h 06

    Encore une fois monsieur l’éditorialoste Passe sous silence la question de la langue. Tout ne peut se réduire au nombre relatif d’immigrants que nous recevons par rapport à la place tout aussi relative que nous occupons dans ce foutu pays.

    C’est pourtant pas difficile à comprendre ça. Combien de ces immigrants pourront s’intégrer à une société où la langue de près de quatre cent millions de locuteurs, et qui exerce une pression constante sur le français est l’anglais ?

    Surtout que pour ces nouveaux arrivants, les rapports d’étides somt implacables, l’apprentissage du français est un désastre. Et que la pression ou l’incitation à s’installer dans les différentes régions du Québec, où le français domine est pratiquement nulle...

    Au lieu de pontifier négligemment sur la situation du Québec, commencez donc par le comprendre. Monsieur Yakabuski!

  • Charles-Étienne Gill - Abonné 8 septembre 2018 09 h 42

    Sophisme ordinaire

    Au début du texte, le chroniqueur fait référence à la Suède afin d'établir un parallèle avec le Québec. Puis quand vient le temps de parler du Québec, on passe tout de suite à la comparaison avec le Canada afin de noyer le poisson. Certes le Québec n'est pas un pays, mais c'est ici implicite que c'est une culture distincte qui peut faire ses choix politiques, sinon on en parlerait pas.

    Si on admet une différence avec le Canada, en quoi la proportion doit elle être égale? En quoi est-ce pertinent? Ce qui est pertinent c'est la capacité d'accueil. D'après Legault, 57% des 50 000 immigrants (+ les «migrants...) ne parlent pas français. 1/4 quitte rapidement pour d'autres provinces, mais en attendant ça fait une grosse pression anglicisante, continuelle et persistante dans la métropole. Comment le Canada réagirait-il si 57% de ses immigrants ne s'intégraient pas à la culture canadienne et refusaient de parler anglais? C'est de ça qu'il est question. Pas de constater que les gens parleront encore peut-être français à la maison.

    La question, évoquée par la langue des petits-enfants, c'est celle de la langue commune parlé à ce moment-là au Québec. L'argument des écoles est fallacieux, sont-elle des remparts contre le «bonjour-hi» et l'anglicisation des quartiers traditionnellement francophones? Non. Quand la vie économique de MTL redeviendra tributaire du «speak english», quelle sera la résistance au changement de vocation de ces écoles multiethniques voulant faire plus de place à l'anglais?

    Enfin, la ritournelle de la pénurie de main d'oeuvre est une construction. Je suis vraiment fatigué d'en entendre paresseusement parler. Passe encore que La Presse ou la SRC en fasse leur propagande. Qu'on y croit au Devoir me sidère. C'est rendu que le contrepoids de l'idéologie dominante doit se faire dans les commentaires et non plus dans les textes officiels du Devoir. Comprenez donc notre inquiétude.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 septembre 2018 11 h 47

      M.Gill vous avez raison ,le Devoir est décevant.
      Le Canada rève de voir la loi 101 disparaitre et que le PLQ signe 1982 du tres patriote Trudeau.
      Voter comme les anglophones ,les québecois anciens et nouveaux votent contre eux.
      Et de s'en rendent meme pas compte :"Faut-il leur pardonner car ils ne savent pas ce qu'ils font."
      A quand une statue énorme à Ottawa pour tous les bons québécois anti-Québec.....
      Que voulez-vous ,c'est comme ¨ça. Mais combien pénible .

    • David Cormier - Abonné 9 septembre 2018 07 h 24

      "C'est rendu que le contrepoids de l'idéologie dominante doit se faire dans les commentaires et non plus dans les textes officiels du Devoir."

      Tout à fait. Et c'est pourquoi la majorité des espaces de commentaires ont été fermés sans explication.