CAQ inc.

Dans Le Devoir du 14 août dernier, Robin Philpot prenait un malin plaisir à jouer avec les mots afin de chiner la Coalition avenir Québec (CAQ). L’essayiste racontait avoir trouvé, dans Le Petit Robert, le verbe « encaquer », qui signifie notamment « entasser, serrer dans un petit espace ». Le mot, selon Philpot, serait révélateur du projet de société caquiste.

Mais quel est, au juste, ce projet ? Quelle est, précisément, l’idéologie de la CAQ ? Constatant qu’« il n’y a pas d’ouvrage consacré exclusivement à définir idéologiquement la CAQ, comme cela a été fait pour l’ADQ », et que ce parti aspire vraiment, pour la première fois de sa courte histoire, à exercer le pouvoir, le politologue Frédéric Boily, spécialiste des droites canadienne et québécoise, entend combler ce vide et répondre à ces questions le plus objectivement possible dans La Coalition avenir Québec. Une idéologie à la recherche du pouvoir (PUL, 2018, 184 pages), un essai éclairant quoiqu’un peu fade.

Même si François Legault affirme rejeter les étiquettes de gauche et de droite, Boily, sans intention polémique, le place sur la droite du spectre politique. Depuis sa naissance, en effet, la CAQ martèle la nécessité de réformer l’État québécois pour en réduire la taille. Dans l’élection de cette année, encore une fois, le chef claironne que, s’il est élu, il abolira 5000 postes de fonctionnaires. Le parti n’est pas radicalement antiétatique. Or, sa vision de l’État est celle d’un levier facilitant le « virage entrepreneurial » du Québec. À l’élection de 2014, Legault, par exemple, se disait favorable à l’exploration pétrolière sur le territoire québécois et au projet de pipeline de l’entreprise TransCanada.

La CAQ peut faire illusion en se présentant souvent comme le parti de l’éducation, mais sa conception de cette dernière demeure déterminée par l’idéologie de la droite économique. « Emporté par sa volonté réformiste et entrepreneuriale, écrit Boily, le chef de la CAQ cherche plutôt à développer des éléments comme l’efficacité du système, l’innovation entrepreneuriale ou l’arrimage entre le milieu universitaire et celui des affaires. »

Le caquiste Jean-François Roberge, dans son essai Et si on réinventait l’école ! (Québec Amérique, 2016), tempère un peu cette approche en soulignant que la préparation au marché du travail ne saurait constituer l’unique objectif du réseau éducatif et en saluant les vertus humanistes de la formation générale, qu’il propose tout de même de rendre plus flexible.

Il reste, insiste Boily, que « l’esprit entrepreneurial demeure le point central » du projet de société caquiste, dans ce domaine comme dans les autres. Quand la maigre aile jeunesse de la CAQ — elle ne compte que neuf membres, selon Boily — aborde la question autochtone, c’est pour suggérer de « créer un programme de microcrédit pour les jeunes autochtones qui désirent démarrer une entreprise dans leur communauté ».

Par ailleurs, la CAQ paraît tout de même bien préparée à l’aube de l’élection qui s’en vient. Elle dispose en effet d’une offre politique cohérente, à défaut d’être pleinement satisfaisante. Cependant, en matière de jugement électoral, le dernier mot appartient encore aux électeurs, qui, en jugeant l’offre des formations politiques, décideront s’ils veulent un système plus individualiste ou alors un système reposant sur une dimension collective.

Le document dont provient cet extrait s’intitule d’ailleurs Moi j’ai de l’ambition [sic], un titre révélateur de l’économisme individualiste qui domine l’esprit caquiste. Une société, pourtant, n’est pas une entreprise, et on peut craindre son encaquement dans l’éventualité où elle serait dirigée par des gens pour qui les mots « affaires » et « économie » sont des sésames.

Le parti du ni-ni

Dans sa lettre, Philpot voulait surtout dénoncer le manque d’ambition nationale de la CAQ. À cet égard, note Boily, le parti prône un « nationalisme-sans-la-souveraineté » qui risque de buter contre la fin de non-recevoir d’Ottawa et de tourner à vide. En matière de laïcité — interdiction des signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité coercitive, de même qu’aux enseignants du primaire et du secondaire — et d’immigration — réduction du seuil de 50 000 à 40 000 immigrants reçus annuellement —, la CAQ, quoi qu’en disent ses adversaires les plus radicaux, fait preuve d’un nationalisme modéré et se rapproche du PQ. Mais comme défenseur du Québec français, le parti ne propose rien de convaincant et ne fait pas le poids.

Bien des libéraux et des péquistes déçus, ou tentés par le pouvoir, se sont joints à la CAQ depuis un an. Ça se comprend. L’idéologie de ce parti, issu de la défunte ADQ, ne peut que séduire les libéraux vaguement nationalistes, réduits au silence au PLQ, et les souverainistes velléitaires avec une sensibilité de droite.

Ça fait pas mal de monde, et ça explique la popularité actuelle de la CAQ, incarnation d’une époque de « désenchantement démocratique », pour reprendre une formule de Boily. Ça ne fait pas, toutefois, un projet de société très emballant. Un gouvernement de déçus, sans autre projet que de n’être plus vraiment libéraux ni péquistes ? Ça risque d’être décevant.

5 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 8 septembre 2018 08 h 22

    En éducation, la position de la CAQ est une erreur: faire disparaître les Commissions scolaires

    La priorité ne doit pas être dans les structures mais dans les services.En faisant disparaitre les commissions scolaires, cela va créer une situation bordélique. Un bon exemple: la VIlle de Montréal avec son gros maire pis ses 19 petits maires où tout le monde se piille sur les pieds.

    Le projet de la CAQ va imiter la réforme en santé de Barette qui s'est concentrée sur les structures d'abord et a créé " ce monstre". Quoi qu'on en dise, les frais administratifs des commissions scolaires sont inférieurs à ceux des municipalités...et de beaucoup. Le Nouveau Brunswick avait fait disparaitre ses conseils scolaires....et a dû y revenir.

    Priorité aux services pas aux structures! Améliorons ce qui existe déjà! A-t-on fait disparaître les villes de Montréal, Laval, Mascouche, Terrebonne suite aux révélations de la Commission Charbonneau?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 septembre 2018 08 h 26

      La CAQ veut décentraliser vers les écoles et donner plus de pouvoirs aux directions d’écoles. Imaginez! Dans une commission scolaire, s’y trouvent un tas de services allant du transport scolaire, aux ressources humaines, à l’éducation des adulte,s aux services aux étudiants, à la pédagogie, à l’entretien…..etc.. Tout cela nécessite une coordination.Dans notre région, on trouve des directeurs d’écoles élémentaires en charge de 2 voire 3 petites écoles élémentaires.

  • Gilles Bousquet - Abonné 8 septembre 2018 08 h 51

    Oui, on est ni-ni

    Ni Fédéraliste, ni Indépendantiste, ni de droite ni de gauche. Au Bloc québécois, on voulait défendre le Québec DANS LE CANADA tout en voulant en sortir. C'est comme vouloir divorcer tout en tentant d'aider son couple ou encore...courir 2 lièvres, en même tenps, qui vont dans des directions opposées, ce qui est écartement, pour le moins dire ou écrire.

  • Michel Lebel - Abonné 8 septembre 2018 11 h 50

    Le ressentiment

    Il me semble évident que la CAQ est un parti de droite, qui carbure au ressentiment contre les libéraux (Couillard et Barrette), les fonctionnaires, les immigrants et le médecins. Une stratégie qui se veut gagnante. Qui vivra verra.


    M.L.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 9 septembre 2018 08 h 42

    Un gouvernement de déçus, sans autre projet que de n’être plus vraiment libéraux ni péquistes

    "Un gouvernement de déçus, sans autre projet que de n’être plus vraiment libéraux ni péquistes ? Ça risque d’être décevant.".D'abord, au plan identitaire, Legault est un Couillard no 2: il n'a aucune solution à proposer pour dénouer l'impasse constituionnelle qui perdure depuis 1982.Legault passe de concepteur convaincu du budget de l'an 1 d'un Québec indépendant à néofédéraliste les mains vides. Pas vraiment emballant!

    Faut-il rappeler que, il n' y a pas si longtemps, la CAQ appuyait le projet Énergie Est à l'Assemblée nationale. Projet que de très nombreuses municipalités combattaient parce qu'il traversait de très nombreux cours d'eau.

    Question: dans combien de comtés y-a-t-il eu une convention pour choisir un candidat caquiste?