Maintenant et demain

Les experts en marketing politique ont jugé que la CAQ avait choisi le meilleur slogan. En matière de rentabilité électorale, ils ont sans doute raison.

« Maintenant » ne doit cependant pas devenir une fixation qui ferait oublier demain. Une élection ne consiste pas seulement à choisir un gouvernement qui nous facilitera la vie pendant quatre ans. Elle peut aussi avoir des conséquences à plus long terme.

Depuis un demi-siècle, les Québécois ont toujours pris soin de conserver ce que Robert Bourassa appelait leur « police d’assurance ». Même s’ils ont choisi le Canada à deux reprises, la souveraineté demeurait une possibilité dans l’éventualité où l’appartenance à la fédération canadienne n’offrait pas les conditions nécessaires à leur épanouissement.Dans la mesure où le poids démographique et politique du Québec ira toujours en diminuant, maintenir ces conditions sera de plus en plus difficile.

Pour la première fois, ils semblent disposés à renoncer à cette police d’assurance. Les dernières projections du site Too Close To Call accordent aussi peu que six sièges au PQ et cinq à Québec solidaire. En comparaison, le « champ de ruines » dont Jacques Parizeau parlait en 2014 ressemblait presque à un jardin de roses. La fameuse « refondation » du mouvement souverainiste, à laquelle certains pensent déjà, serait un défi colossal, voire impossible.

Certes, le pire n’est jamais certain, et une campagne de 40 jours peut réserver bien des surprises, mais il n’est pas trop tôt pour commencer à réfléchir « sérieusement » au danger de tout miser sur l’immédiat.

   

Lors de la fondation de la CAQ, François Legault avait bien pris soin de laisser la porte ouverte. Une fois le Québec remis sur ses rails, il serait plus facile de prendre une décision éclairée sur son avenir, expliquait-il. Ce souverainiste autrefois si pressé a finalement décidé que cet avenir serait canadien, quoi qu’il advienne.

Il y a dix ans, il aurait sans doute tourné en ridicule les revendications constitutionnelles de la CAQ, mais il faut reconnaître qu’elles constitueraient un progrès par rapport à l’immobilisme du gouvernement Couillard.

Encore faut-il que le reste du Canada sente un minimum de pression.

Pour Robert Bourassa, la menace souverainiste constituait un argument qu’il pouvait faire valoir à ses interlocuteurs des autres provinces. Il ne souhaitait surtout pas l’effondrement du PQ. Le problème de M. Legault est que cet effondrement est précisément la condition essentielle à une victoire de la CAQ.

Une fois élu, il pourrait bien contracter à son tour le syndrome des « vraies affaires ». Faut-il rappeler que, avant de tomber dans la neurasthénie constitutionnelle, Philippe Couillard projetait de signer une nouvelle entente à l’occasion du 150e anniversaire de la fédération ?

Le premier ministre doit être aujourd’hui le premier à espérer que le PQ reprendra un peu de tonus durant la campagne. Ce ne sont ni les « valeurs libérales » ni son image économique qui ont fait la bonne fortune du PLQ depuis quinze ans, mais plutôt l’épouvantail de l’indépendance, qu’il pouvait agiter à chaque élection.


 

On peut compter sur Jean-François Lisée pour se démener comme un diable dans l’eau bénite au cours la campagne. Au fil des ans, le chef péquiste a abondamment fait la preuve de son imagination. Certaines de ses trouvailles étaient plus discutables, mais vouloir soulager les parents du « fardeau des lunchs » est loin d’être bête.

Le danger qui guette le PQ est que la lutte entre la CAQ et le PLQ accapare toute l’attention. À en juger par les couleurs psychédéliques de son autobus, les stratèges péquistes ont bien compris la nécessité de surprendre. Il vaut encore mieux être moqué qu’ignoré. Qu’il s’agisse d’éducation, de santé ou encore d’environnement, le PQ a élaboré au cours de la dernière année un programme qui a eu un écho inversement proportionnel à sa qualité.

Quand on est plongé dans la tourmente, il est difficile de ne pas être obnubilé par le court terme. Avec 18 % des intentions de vote, selon le dernier sondage Léger-Le Journal de Montréal, le PQ a cependant bien peu de chances de reprendre le pouvoir. À moins d’un renversement aussi rapide que miraculeux, il lui faudra en prendre acte et concentrer ses ressources sur ce qui peut être sauvé. Malgré ses défauts, le Québec a encore besoin du PQ.

Les urgences risquent de se multiplier. On voit mal comment le PQ pourrait se laisser évincer sans combattre de ses châteaux forts montréalais, que ce soit par Québec solidaire ou la CAQ. M. Lisée lui-même devra avoir à l’oeil Rosemont. Il faudra également tout faire pour sauver Véronique Hivon, menacée dans Joliette, qui apparaît indispensable à toute reconstruction. Demain, c’est déjà maintenant.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que l'expression du «champ de ruines» de Jacques Parizeau remontait à 1994, a été corrigée.
35 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 23 août 2018 01 h 49

    Le PQ doit se vanter de ses accomplissements historiques.

    Si j'étais la stratège pour le PQ, je le conseillerais de faire un bilan des accomplissements du parti de René Lévesque, en dix points simples pour la compréhension de monsieur et madame tout le monde. Des réalisations telles que l'assurance automobile, la protection des terres agricoles, l'établissement d'un réseau de garderies publiques et d'une assurance médicaments, fixer le plafond des contributions d'électeurs à 100 $, la Charte de la langue française (Loi 101); la Caisse de dépôt, élargir le mandat du Vérificateur général du Québec aux sociétés d’État et beaucoup d'autres lois qui ont favorisé les citoyens et la sociale démocratie. Le PQ doit retourner à ses origines de gauche pour servir la population et sortir l'état du néolibéralisme.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 août 2018 08 h 21

      @Nadia Alexan,

      Vous vous êtes bien réduite à essayer de nous vanter les réalisations passées d'un PQ qui n'existe plus, puisque le la réalité, c'est qu'il est devenu aussi libéral que l'autre, et à un point tel, que c'est le PQ qui est l'instigateur du dogme du déficit zéro et des politiques d'austérité qui viennent avec.

      Et pour ceux et celles qui veulent une véritable alternative aux trois partis néolibéraux actuels, je leur conseille d'envisager sérieusement les engagements de Québec solidaire et qui vont comme suit:

      Salaire minimum à 15$ de l’heure; un système de pension étatique universel; un revenu minimum garanti; une assurance dentaire pour tout le monde; la réduction de 50% des coûts de transport en commun; la création de Pharma-Québec; le refinancement adéquat des CLSC 24h par jour, 7 jours sur 7; réduction de 12% du salaire des médecins pour atteindre la parité avec l’Ontario; 5% du budget de la santé consacré à la prévention; abolition de l’incorporation des médecins les empêchant ainsi de contourner l’impôt; ratio de 1/30 entre la plus haute et la plus basse rémunération des entreprises recevant de l'aide de l'État; la création d'une banque nationale du Québec; la juste imposition des entreprises; l’augmentation des redevances minières, de l'eau et des ressources naturelles; l’abolition du financement des écoles privées par le système public; la gratuité scolaire des CPE à l'université; la rémunération des stages des étudiants; le retour de la taxe de 0.8% sur les profits des banques et des institutions financières retirée par Jean Charest; l’adoption d’un mode de scrutin proportionnel; la parité hommes-femmes au Conseil des ministres; l’ajout de nouveaux paliers d’impositions; l'installation d'une Assemblée constituante non partisane; l’adoption d'une Constitution du Québec et un référendum sur l’indépendance du Québec.

      Comme à chaque élection, tous les engagements de QS seront chiffrés et disponibles en cours de campagne.

    • Pierre Desautels - Abonné 23 août 2018 08 h 52

      Vous avez raison, Madame Alexan. Les mesures sociales et lois que le PQ a mises en oeuvre étaient très populaires. Il est dommage, que graduellement, il a délaissé la social-démocratie, pour être à la remorque de l'ADQ et ensuite de la CAQ, confirmé par son virage au centre-droit pendant son court mandat de 2012-2014. Les progressistes de ce parti ne s'y retrouvent plus et ne s'y sentent même plus bienvenus, surtout depuis son virage identitaire, qui a pris beaucoup trop de place parmi son membership. Est-il trop tard pour revenir à ses orientations qui ont fait sa force? Espérons que non.

    • Marc Therrien - Abonné 23 août 2018 10 h 35

      Ainsi, un meilleur slogan pour le PQ aurait pu être: "Parce qu'hier".

      Marc Therrien

    • Jean Bertrand - Abonné 23 août 2018 10 h 41

      Merci madame de ces rappels. Que les partisans des autres partis nomment une seule réalisation ou une seule promesse électorale qui approche seulement cet héritage. Si impossible et si la raison prédominait...Vous et M. Bariteau êtes mes commentateurs préférés.

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 août 2018 11 h 22

      À monsieur Desautels: La Charte des valeurs ou de la laïcité n'a rien a voir avec la politique régressive de l'ADQ ou de la CAQ. Les valeurs universelles des Lumières sur lesquelles se basent toutes sociétés civilisées n'ont rien à faire avec les valeurs identitaires.
      La séparation entre l'église et l'État est le socle de l'état moderne. Seule la neutralité de l'État et de ses employés peut garantir le respect de toutes les religions et de toutes les croyances. Nous avons un besoin urgent de promulguer une Charte de la laïcité au Québec.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 23 août 2018 12 h 11

      Entièrement d'accord avec vous Mme Alexan.

    • Pierre Desautels - Abonné 23 août 2018 16 h 02


      @ Nadia Alexan

      La charte des valeurs du PQ était bel et bien une politique régressive et il doit y avoir une loi du karma en politique puisque le PQ a perdu l'élection de 2014. Ce fut une politique de la droite identitaire et Jacques Parizeau s'y est fortement opposé. Cette politique de droite était présente dans le parti et plusieurs de ses membres affichaient (et affichent encore) leur sympathie pour le Front national et autres groupes d'extrême droite. Si c'est ça les valeurs universelles des Lumières, et bien il faudrait retourner en librairie et faire des recherches.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2018 18 h 06

      ☻ M. Montmarquette

      Un programme si utopique qu'il n'a jamais été réalisé, ailleurs dans le monde.

      Pierre Grandchamp qui se dit de centre gauche. Nuance entre mesures sociales et sosialisme: une utopie.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2018 18 h 41

      En conclusion à M. Monmarquette...en tout respect!

      Quel exemple de socialisme intégral avez-vous à proposer? Cuba? Vénézuéla? L'ex-Union Soviétique? La Corée du Nord? La Chine?
      Oui, des pays nordiques ont de belles mesures sociales mais il ne s'agit pas de socialisme avancé comme QS propose.Je partage l'opinion qui suit: "Il suffit de lire le programme de Québec solidaire pour y retrouver les mêmes propositions autoritaires, liberticides et appauvrissantes qui ont échoué partout où elles ont été implantées".
      https://www.journaldemontreal.com/2018/04/10/les-ufs-de-quebec-solidaire


      https://www.journaldemontreal.com/2018/04/10/les-ufs-de-quebec-solidaire

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 août 2018 23 h 38

      @ Pierre Grandchamp

      "Un programme si utopique qu'il n'a jamais été réalisé, ailleurs dans le monde."- Pierre Grandchamp

      Les Américains disaient la même chose de l'abolition de l'esclavage à l'époque d'Abraham Lincoln.

      Avant de vous demander si c'est utopique, demandez-vous donc si vous aimez ou pas.

      Le cadre budgétaire de Québec solidaire sera disponible sous peu pour démontrer par A+B, que tous les engagements de Québec solidaire sont parfaitement réalisables, comme il l'a toujours démontré depuis sa fondation.

      Mais après 23 ans de gouvernance d'austérité péquiste et libérale et d'abus des fonds publics, je comprends que plusieurs soient devenus très peu exigeants de nos gouvernements.

      Ce n'est pas le cas, chez nous, à Québec solidaire.

      Car comme le dit notre slogan de campagne:

      « Au Québec, c'est par la gauche qu'on se dépasse »

      Christian Montmarquette

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 août 2018 03 h 59

    … maintenant ?!?

    « Demain, c’est déjà maintenant. » (Michel David, Le Devoir)

    De ce « demain », qu’adviendra-t-il de l’après-demain ?

    À cogiter …

    … maintenant ?!? - 23 août 2018 -

  • Tristan Roy - Abonné 23 août 2018 06 h 36

    Pour le PQ une élection sans lendemain

    L'hypothèse que le mouvement souverainiste était un phénomène générationnel est en train de se vérifier: les jeunes tournent massivement le dos à la souveraineté. Ça n'exclu rien pour le futur, une autre crise d'octobre suivant un "mai 68" pourrait survenir dans le futur. Mais on ne le voit pas à l'horizon. Le mouvement souverainiste va donc retourner dans la marginalité et la division, comme le mouvement socialiste qui s'y était accroché pour en sortir.

    La flamme souverainiste va être en sécurité aussi au sein de la Coalition Avenir Québec, qui doit la cacher soigneusement pour attirer les électeurs et prendre le pouvoir. Malgré le discours et le programme actuel de la CAQ, il est assez assuré que François Legault ne ferait pas le choix de Robert Bourassa si il était confronté à une crise du "Lac Meech". Legault profiterait d'un appuis massif de 70% des électeurs pour faire un référendum sur la souveraineté, puis négocier une entente avec le Canada "le gun sur la table". La "prochaine fois", c'est probablement Legault.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2018 09 h 55

      Je n'en crois rien! Tu ne peux changer de chemise à tout-bout-de-champ!

    • André Labelle - Inscrit 23 août 2018 10 h 55

      Phénomène générationnel mon oeil. S'il s'avère que la CAQ prenne le pouvoir et que le PQ soit réduit à une très simple expression, je soumets que le ROC se sentira enfin délivré du danger souverainiste québécois et qu'il donnera libre cours à une centralisation toute fédérale des décisions politiques et économiques. Dégriffé et édenté, le Québec maintenant rentré dans le rang, ne sera qu'un chien qui aboit mais ne mord pas.
      Alors, ce jour-là beaucoup maudiront le jour où ils ont troqué un combat pour la souveraineté pour un peu plus de fédéralisme. On verra bien alors si nous étions en présence d'un phénomène générationnel.
      «La loi de l'inertie s'applique à l'imagination : nous ne pouvons pas croire que demain différera d'aujourd'hui.»
      [Arthur Koestler]
      «Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux.»
      [Benjamin Franklin]

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2018 11 h 10

      Un nouveau Meech est impossible. D'une part, depuis lors, des provinces anglophones ont adopté des résolutions s'obligeant à soumettre le tout par référendum.Vous imaginez un référendum en Alberta et en Saskatchewan sur la question constitutionnelle, suite à Énergie Est? D'autre part, le poids démographiquie et politique du Québec a beaucoup diminué. Simplement observer le nouveau pm Ford en Ontario qui vient d'enlever le ministère des Francophones.

    • Marc Therrien - Abonné 23 août 2018 16 h 57

      @ M. Labelle,

      Quand on pense au vote, terme dérivé de l'anglais vote, provenant du latin votum signifiant "voeu", il me semble qu’on fait le souhait que l’être puissant que l’on investit du pouvoir de changer les choses fasse en sorte que demain soit différent d’aujourd’hui. Mais voilà qu’on pense aussi à qu’est-ce que demain? Et en y pensant, il arrive souvent qu’«aujourd'hui nous recherchons ce que nous fuirons demain; aujourd'hui nous désirons ce qui demain nous fera peur» comme l’écrivait Daniel Defoe dans Robinson Crusoé.

      Marc Therrien

  • Yves Côté - Abonné 23 août 2018 07 h 00

    C'est-y pas beau...?!?

    "Maintenant", en dépit des apparences que les caquèteux veulent donner, c'est simplement de faire du sous-Paul Sauvé...
    "Maintenant" comme dans "je rétrécie tout à la satisfaction immédiate" et pour remplacer un "Désormais" annonciateur de changement, celui-ci projetant alors les Québécois dans une perspective d'épanouisssement, comme projet politique on ne peut s'en donner de plus étroit et court-termiste.
    Et pendant ce temps-là, le parti libéral conservera ses votes d'anglophones et de futurs anglophones, tous proud de rester Canadians.
    De même aussi, bien entendu sans s'entendre..., les partis qui se présentent comme indépendantistes conserveront de-ci de-là les votes des francophones qui restent toujours sans autre alternative que de choisir d'être contre. Contre puisque pour ne pas fatiguer personne et garder leurs avantages, aucun projet concret de société à adopter et revendiquer n'est proposé par leurs chefs.
    Ce qu'ici l'ensemble des journalistes nomme de manière plus élégante que moi, et surtout selon moi de façon beaucoup plus consensuelle et tranquille, "l'absence de la question de l'indépendance" dans cette campagne électorale...

    C'est-y pas un beau cadeau de fait au British Canada, mes amis ?!?
    Wonderfull indeed...

    Vive le Québec libre !

  • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2018 07 h 53

    Legault: passer du tout au rien par la fuite en avant

    Legault a monté et défendu, avec convictions le budget de l'an 1 d'un Québec indépendant.Son ami Sirois l'a convaincu de virer à 180 degrés.

    Alors le néofédéraliste n'a aucune solution à proposer pour dénouer l'impasse constitutionnelle qui se continue depuis 1982. Il le sait, lui, que c'est impossible. Alors il balaie le tout sous le tapis. Que c'est désolant!

    Faut-il rappeler que Legault et la CAQ ont défendu, à l'assemblée nationale, le projet de pipelines Énergie Est que de nombreuses municipalités répudiaient.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2018 09 h 52

      Peu de gens se souviennent du Legault ministre de la Santé.....et du dossier CHUM. Un livre a, d'ailleurs, paru là-dessus.J'invite le lecteur à consulter le document suivant:"Parcours politiques de Legault et Couilard":
      https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/534813/lettre-parcours-politiques-de-legault-et-couillard