Les tartufferies d’un algorithme

C’est bien pour dire… Facebook, après le scandale de manipulation électorale, en chute libre à la Bourse, renié par plusieurs abonnés sous attaques de trolls ou en mal de confidentialité (menacés en plus de détroussement de données bancaires. Au secours !), s’est même offert ses dérapages artistiques.

Taxé de pudibonderie sur son immense toile d’araignée, montré du doigt pour inculture, le réseau social. N’en jetez plus !

La nouvelle, lancée par La Presse+ la semaine dernière, n’ébranlera pas la planète économie, mais suscita ici son lot de sourires ébahis. Trois reproductions d’oeuvres de Pablo Picasso, avec nudité plus ou moins étalée, dont le tableau Femmes à la toilette, encarts publicitaires pour l’expo D’Afrique aux Amériques : Picasso en face à face d’hier à aujourd’hui au Musée des beaux-arts de Montréal, avaient été censurées en ligne.

— On est une maison honorable, non mais ! Par ici la sortie virtuelle !

Les politiques de Facebook n’autorisaient pas la nudité en peinture. Recalées pour indécence, les toiles phares, par la tartufferie d’un algorithme.

À mettre dans le même sac jetable : les discours haineux du conspirationniste Alex Jones et les fesses cubistes brossées par le peintre andalou.

L’affaire Picasso sert le milieu de l’art, après que le réseau a réajusté cette semaine son tir, piteux et contrit, du moins on l’espère, jurant de rééduquer son algorithme. Faut dire que le MBAM n’était pas la seule institution à subir le couperet et à protester… Morale de l’histoire : révoltez-vous !

De quoi rappeler l’émoi historique ayant entouré L’origine du monde de Gustave Courbet, sexe de femme magnifiquement peint en 1866, oeuvre réaliste jugée pornographique, qui passa longtemps de main à main et de cache à cache avant son acquisition par le Musée d’Orsay en 1995. Il fallut presque 130 ans de circulation sous le manteau avant la libération du Courbet.

Tout ça pour aboutir en 2011 au compte Facebook désactivé d’un enseignant français ayant publié l’image de cette même Origine du monde sur son site, qui dégénéra en long procès. Comme quoi l’évolution n’est pas affaire de plateformes, mais bien de bêtise florissante à toutes époques sous le soleil.

Parmi les anciens proscrits du célèbre réseau : La Vénus de Willendorf, La Liberté guidant le peuple de Delacroix, un nu de Modigliani…

On vit une époque formidable ! C’est Picasso qui botterait le derrière de cet algorithme, en lui montrant les couleurs de sa palette.

Le bouton panique

TV5 monde rappela que la Maison Rubens d’Anvers, en Belgique, avait subi dernièrement un sort identique à celui du MBAM, la nudité du Christ mort sur La descente de croix du maître Pierre Paul Rubens ayant été jugée trop excitante pour les censeurs du réseau. L’Office du tourisme de Flandre (qui signa une vidéo tordante sur de faux officiers Facebook voilant les chastes yeux des visiteurs devant les oeuvres dites olé olé de l’expo) avait porté plainte à Mark Zuckerberg, de concert avec plusieurs musées flamands, plaidant la cause du nu artistique en ses zones dématérialisées…

Ces tribulations absurdes ne faisaient pas, autant l’admettre, une belle jambe à Facebook, aux politiques d’un autre âge, indignes de l’ère des Lumières claironnée par les papes des nouvelles technologies ; pourvu qu’elles aient éclairé la voie collective.

Virage toute ! — Facebook fait amende honorable, mais pourquoi s’être enfoncé longtemps dans le ridicule sur ce front si facile à gérer ? Quelques manipulations du programme sous mots clés et ça se corrige sans peine.

D’où ce retour à la nudité artistique pour les tableaux emblématiques des musées en ligne. Plusieurs bonzes des grands musées doivent balancer entre les gros rires et les ouf !

Autre motif de réjouissance : ça prendra toujours une personne ou deux (idéalement pas trop puritaines) afin de mettre au pas de prudes algorithmes. Lueur d’espoir pour l’avenir de l’humanité robotisée.

Quand même… Pas certaine que les plaintes du MBAM et des musées flamands, jugées non prioritaires à vue de nez, auraient obtenu l’oreille du réseau social en des temps moins troublés pour son logo. Au cours des périodes orageuses, les géants se dotent d’antennes plus fines.

Dans la cabine du capitaine, un homme actionne visiblement le bouton panique, ordonnant de réparer les trous encore raccommodables, gros ou petits. Le vaisseau, ployant sous sa propre amplitude, sous coups fourrés de l’artillerie internationale (surtout russe), prend l’eau et l’équipage s’agite.

On en vient à lui souhaiter une campagne de pub sur blagues d’autodérision, comme le PQ, virale à travers les réseaux sociaux : « Qu’est-ce qui est bleu et blanc et rebondit tout le temps (jusqu’ici, du moins, mais pour combien de temps ? » « Facebook. »

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