Bientôt les fonds alternatifs

Un sondage américain sur les stratégies les plus populaires auprès des investisseurs nous rappelle que les fonds alternatifs sont en cours de démocratisation au Canada. La Hedge Fund Association a publié cette semaine les résultats d’un sondage réalisé notamment auprès des investisseurs institutionnels et aguerris, recueillant leurs objectifs et leurs préférences en matière de stratégie. Les approches les plus prisées au deuxième trimestre visaient les stratégies d’actions couvertes, les fonds macroéconomiques, les approches ciblant les cryptomonnaies et les chaînes de bloc et les stratégies événementielles.

Les stratégies dites neutres par rapport au marché ou à rendement absolu, ou misant sur les écarts selon une approche longue/courte, avaient aussi la cote, suivies des fonds multistratégiques faisant un clin d’oeil au marché privé. Quant aux principaux éléments de différenciation recherchés, les stratégies d’investissement non corrélés au marché arrivent en tête de liste, suivies de la réputation de la firme, de l’expérience de l’équipe de gestionnaires et de leur performance.

Les frais occupent loin derrière le cinquième rang. Et dans leur relation avec les investisseurs, la personnalisation est mentionnée par les firmes comme étant leur plus grand défi.

Volatilité

Car l’industrie en veut. D’abord l’investisseur, ces « hedge funds » étant conçus pour se nourrir de la volatilité. À l’exception des fonds purement voués à la spéculation, ils sont reconnus et appréciés pour offrir le profil de risque des obligations et la performance des actions. Ensuite, pour l’institution émettrice, qui subit la pression sur ses marges bénéficiaires exercée par les Fonds négociés en Bourse et leurs faibles frais de gestion.

L’industrie des fonds d’investissement frapperait, aussi, à la porte des frais de gestion variables, liés à la performance. Empruntant à la formule des fonds alternatifs, mais sans frais minimums, les promoteurs pensent que l’investisseur est prêt à payer pour l’« alpha » selon une approche ascenseur liée à l’écart de performance avec l’indice de référence, a-t-on déjà écrit.

La démocratisation des fonds alternatifs est en cours au Canada. Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières ont amorcé la réflexion en 2013 et lancé les consultations en septembre 2016 visant à moderniser la réglementation en valeurs mobilières afin d’élargir l’offre des organismes de placement collectif à cette famille de fonds. Il est proposé de permettre aux gestionnaires de fonds de couverture d’offrir des fonds alternatifs aux investisseurs individuels par voie de prospectus. Selon le média spécialisé Finance et Investissement, l’exercice serait terminé d’ici le quatrième trimestre de 2018.

Le cabinet d’avocats Osler rappelle qu’en raison de la complexité de leur stratégie et de leur liquidité réduite, les fonds alternatifs ont toujours été considérés comme étant trop risqués pour les investisseurs individuels, contrairement aux fonds d’investissement traditionnels qui proposent généralement des portefeuilles diversifiés, en position acheteur uniquement, à peu ou pas de levier, et qui procurent une liquidité quotidienne.

Chasse gardée

« Les fonds alternatifs ont toujours été la chasse gardée d’investisseurs institutionnels avertis capables d’absorber la perte totale de leur placement et n’ayant pas besoin d’un accès immédiat aux fonds investis. Les choses ont commencé à changer après la crise financière de 2008, lorsque les professionnels des placements et les organismes de réglementation des valeurs mobilières ont pris conscience du rôle important que les fonds alternatifs pouvaient jouer dans la gestion du risque dans l’ensemble des portefeuilles de placement en offrant une exposition à des catégories d’actif non traditionnelles et en utilisant des stratégies de couverture visant à n’avoir aucune corrélation avec les rendements des marchés boursiers », explique Osler.

La nouvelle réglementation devrait imposer les mêmes exigences en matière de protection de l’investisseur. Et comporter son lot de restrictions touchant la concentration du portefeuille selon l’émetteur de titres, la liquidité des éléments d’actif, le recours à l’emprunt et à la vente à découvert.