Retraite: payer d’abord, puis passer à la caisse

Pour ceux disposant d’épargne, prendre sa retraite à 65 ans, mais retarder le début des prestations publiques est à considérer. Mais jusqu’où doit-on reporter ?

Dans une mise à jour de son étude, l’Institut CD Howe revient sur l’impact favorable du report des prestations des régimes publics de retraite. L’an dernier, dans la foulée des tractations entourant la décision de Québec de faire écho à la réforme du Régime de pension du Canada, les auteurs suggéraient d’aller plus loin et d’envisager de faire passer de 70 à 75 ans la période de report des prestations de la sécurité de la vieillesse (PSV) et du Régime de rentes du Québec.

Les auteurs Antoine Genest-Grégoire, Luc Godbout, René Beaudry et Bernard Morency persistent et signent. Sans tenir compte de la réforme, le fait de reporter à 70 ans le début des prestations publiques permet de faire passer le besoin d’épargne privée de 265 000 $ à 248 000 $ selon les paramètres retenus et le jeu de bonification d’une rente tardive, et de faire passer le taux de remplacement du revenu à la retraite de 37 à 49 % à 70 ans. Un report à 75 ans ferait passer l’épargne totale requise à 291 000 $, mais le taux de remplacement du revenu à 62 %, soit au-delà des 60 % que visent les régimes publics.

« La part des besoins à la retraite pouvant être couverts par les programmes publics s’accroît considérablement lorsque les prestations sont demandées plus tard. Les taux de bonification importants associés à ces reports ont aussi pour effet de faire baisser la quantité d’épargne nécessaire au moment de prendre sa retraite. Le report de rente est donc à la fois un moyen efficace de réduire son besoin d’épargne et un moyen de réduire son risque », peut-on lire dans l’étude.

Ces observations s’appliquent évidemment aux personnes disposant d’un capital de retraite sous forme d’un REER, d’un CELI ou d’un régime à cotisations déterminées. Et la conclusion est renforcée par le fait que ces comptes ont pour principale caractéristique d’exposer le cotisant au risque de rendement et de fluctuation de marché. L’exercice de base, ici, consiste donc à mettre d’abord son capital à risque à contribution, pour ensuite faire appel à la protection offerte par les régimes publics, qui sont des régimes à prestations déterminées indexées à l’inflation. Cet arbitrage est d’autant plus intéressant que le RRQ bonifie les prestations tardives (et pénalise les prestations hâtives). Il en va de même pour la PSV.

Entre 60 et 65 ans, le facteur de réduction est de 0,5 % par mois pour une personne qui reçoit une rente très faible, jusqu’à un maximum de 0,6 % pour une personne qui reçoit la rente maximale. À 60 ans, le montant mensuel maximum est réduit de 36 %. À 65 ans ou plus, la rente sera augmentée de 0,7 % pour chaque mois écoulé, jusqu’à un maximum de 42 % à 70 ans. Pour la PSV, l’encaissement peut être reporté jusqu’à un maximum de cinq ans. La prestation est alors augmentée de 0,6 % pour chaque mois de report, jusqu’à un maximum de 36 %. Autrement dit, la bonification de la rente du RRQ prend la forme d’un rendement de 8,4 % par année de report et celle de la PSV, de 7,2 %.

Un pensez-y bien

 

Mais aller au-delà de 70 ans est un pensez-y bien. D’autant qu’il faut disposer de l’épargne privée inhérente pour ce faire. En se basant uniquement sur l’espérance de vie, les planificateurs financiers estiment généralement que le point d’inflexion entre prendre sa retraite à 65 ans et reporter ses prestations (alors bonifiées) à 70 ans est lié aux probabilités de vivre au-delà de 82 ans. Ils vont ainsi fixer l’âge optimal pour prendre sa retraite autour de 68 ans. Pour sa part, CD Howe se réfère au simulateur de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques, qui retient, dans ses paramètres, un taux de remplacement de 70 % pour les personnes gagnant 50 % du maximum de gain admissible (MGA), de 60 % pour celles gagnant 100 et 150 % du MGA, et un âge d’épuisement du capital à 94 ans. Et rappelle que 75 % des hommes et 60 % des femmes sont décédés à cet âge.

Ainsi, entre les deux se déploie tout un univers qui invite les auteurs de l’étude à convaincre de la pertinence d’un report des prestations au-delà de 70 ans. D’autant que l’objectif d’un taux de remplacement de 60 ou 70 % du revenu avant impôt est contesté. Cette règle manque de nuance. Il a déjà été écrit qu’elle ne tient pas compte des particularités de chacun, qu’il s’agisse d’un célibataire gagnant 100 000 $ ou d’une personne avec conjoint et quatre enfants gagnant également 100 000 $. Ou qu’il soit appliqué sur un faible revenu ou sur un revenu élevé. Sans compter que les besoins et le train de vie varient avec l’âge, étant différents à 65 ans ou à 90 ans. Aussi, la situation sera différente qu’il s’agisse d’un couple ou d’une personne vivant seule, sans compter la possibilité de fractionnement du revenu à la retraite.

Sans oublier la présence d’une propriété résidentielle ou d’autres éléments d’actif, l’approche du taux de remplacement ne tenant compte que des revenus.

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