Inflation devant!

Les « tactiques de négociation » de Donald Trump n’émeuvent plus les marchés boursiers. Les portefeuilles ne bronchent donc pas, restant campés sur une répartition d’actif neutre ou accordant un poids légèrement plus élevé aux actions. Les effets de ces interventions économiques maladroites de Washington pourraient toutefois plomber le potentiel des actions, et ce, plus tôt que tard.

Dans sa lecture suivant l’imposition, par Washington, de tarifs punitifs sur l’acier et l’aluminium venant de l’Europe, du Mexique et du Canada, l’économiste senior Nathan Janzen, de la Banque Royale, a qualifié les conséquences économiques de « gérables ». La décision de Washington « aura un impact négatif modéré, mais gérable sur tous les pays impliqués », a-t-on pu lire dans Le Devoir. L’économiste a pris soin d’ajouter que nous sommes encore loin d’un scénario de guerre commerciale à grande échelle.

Plein emploi

Mais dans les faits, l’impact immédiat se traduit en une alimentation grandissante de l’incertitude venant freiner les investissements. Et il y a plus à craindre d’une escalade de la rhétorique aboutissant à une véritable guerre commerciale. L’autre effet, plus pernicieux, de l’application de tels tarifs est qu’elle engendre, généralement, une hausse des prix devant se ressentir, ici, davantage sur le marché américain que du côté des producteurs et consommateurs extérieurs.

Faut-il rappeler que l’économie américaine carbure déjà au plein emploi ? Qu’elle évolue à son plein potentiel, et ce, alors que la stimulation fiscale à grande échelle couplée à des dépenses budgétaires grossies, retenue par le gouvernement américain, commence à peine à moduler les statistiques ?

Dilemme sur les taux

Au cabinet Addenda Capital, on retient que « cette première salve d’une guerre commerciale n’augure rien de bon ni pour la santé de l’économie mondiale ni pour la stabilité des marchés boursiers du globe. Du côté des taux d’intérêt, les barrières au commerce se traduiront vraisemblablement par des prix plus élevés et un ralentissement de la croissance. Ceci placera les banques centrales face à un dilemme ». Un dilemme qui, aux yeux des analystes d’Addenda, pourrait miner la volonté de hausser leurs taux directeurs.

À l’opposé, selon que l’inflation stimulée fasse son oeuvre avant qu’une récession s’installe ; selon, aussi, que la flambée des cours pétroliers se manifeste, d’abord par un accroissement de l’inflation, avant qu’elle plombe les dépenses des ménages, la Réserve fédérale pourrait être contrainte d’accélérer la remontée des taux directeurs. C’est du moins ce que craint Luc Vallée, stratège en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Cet analyste maintient sa position neutre 50-50 entre les obligations et les actions dans sa répartition d’actif. Et il garde sa préférence pour les actions canadiennes et les marchés émergents, renfermant plus de potentiel haussier que les actions américaines. « La remontée des attentes inflationnistes à leur plus haut niveau depuis septembre 2014 et les récentes hausses des taux d’intérêt sont conformes avec un scénario de croissance économique robuste. » Luc Vallée se dit cependant préoccupé par ces vents contraires qui toucheront le marché des actions au cours des prochains mois, sous le coup d’investissements moindres des entreprises en réaction à l’intensification des disputes commerciales. Sans oublier un environnement géopolitique toujours plus instable, avec ses zones de forte tension en Iran, en Syrie, au Venezuela, en Libye et en Corée du Nord.

Arbitrages modifiés

Robert Kavcic en rajoute. Pour l’économiste senior et directeur de la recherche chez BMO Marchés des capitaux, la transformation du paysage des taux d’intérêt qui se dessine viendra modifier les arbitrages dans les portefeuilles. Il rappelle que nous évoluons de longue date dans un contexte de taux d’intérêt réel négatif qui ne peut plus se justifier compte tenu de l’actuelle vigueur de l’activité économique et du retour de l’inflation autour des 2 %. Il s’attend à ce que cette situation de taux sous l’inflation soit rapidement corrigée, avec un taux cible sur les prêts au jour le jour revenant à 2 % (contre 1,25 % présentement) probablement l’an prochain.

Ce retour à des taux réels positifs constituera un changement abrupt pour l’économie et le marché financier, affirme-t-il. « Pour les actions canadiennes, le potentiel haussier nourri par la montée des cours pétroliers risque d’être effacé par un resserrement de la politique monétaire et par une guerre commerciale en gestation. »

Et si l’inflation s’accroît bien au-delà des cibles officielles ?

1 commentaire
  • Jacques D. Servant - Abonné 2 juin 2018 08 h 03

    Nouveau Devoir

    J’aime bien ce nouveau Devoir. Beaucoup plus convivial et facile à repérer les chroniques qui nous intéressent plus particulièrement. Bravo!