Un délicat recentrage

Dans un assemblage aussi hétéroclite que la CAQ, il n’est pas facile de s’assurer que tout le monde parle d’une même voix.

La semaine dernière, son porte-parole en matière d’éducation, Jean-François Roberge, déclarait à des représentants du syndicat des éducateurs de la CSQ : « Le déploiement du privé [dans les services de garde], ça a été du n’importe quoi [et ça a causé] une vampirisation des CPE ».

Quand un nième rapport a réitéré que la qualité des services y était infiniment meilleure que dans les garderies privées, François Legault a sauté sur l’occasion pour dissiper la fâcheuse impression que son parti était prêt à subordonner le bien-être des enfants aux impératifs commerciaux. « Je vois comme tout le monde que les CPE ont en moyenne une meilleure qualité. Il faut donc les privilégier », a-t-il déclaré.

Sa porte-parole en matière de famille, Geneviève Guilbault, ne semble malheureusement pas avoir capté le signal et s’en tient au mantra du « libre choix » des parents, imposant à son chef une séance de patinage dont il se serait certainement passé.

Que ferait un gouvernement Legault pour privilégier la qualité ? M. Legault ne semble pas disposé à revenir au tarif unique. Réduirait-il le crédit d’impôt qui rend les garderies non subventionnées plus attrayantes à certains ? Voici revenu le temps du « on verra ».

 

À quatre mois de l’élection, l’heure est au recentrage à la CAQ. Après avoir renoncé à « moderniser » la démocratie syndicale, afin d’éviter un nouvel affrontement avec les centrales, elle a également décidé de « tendre la main » aux enseignants.

Le président de la Fédération autonome des enseignants (FAE), Sylvain Mallette, dit avoir été « agréablement surpris » de ses propositions : révision à la baisse du ratio d’élèves à besoins particuliers, revalorisation financière significative du travail des enseignants…

Il n’est plus question de créer un ordre des enseignants, dans lequel M. Legault disait pourtant voir un « jalon important » pour assurer la qualité de l’enseignement. On a également renoncé à l’évaluation des enseignants qui, à entendre le chef de la CAQ, aurait pu mener au congédiement des incompétents. Les médecins forment le seul groupe que la CAQ continue à cibler.

À l’époque où le parti croupissait au troisième rang dans les sondages, il était impérieux d’attirer l’attention des électeurs, et la controverse semblait le meilleur moyen d’y parvenir. Aujourd’hui, la CAQ se retrouve aux portes du pouvoir et ne doit pas apparaître comme un fauteur de troubles.

Dans l’entourage de M. Legault, on est cependant très conscient que le recentrage est une opération délicate. Il faut arrondir les angles sans aseptiser la CAQ au point de lui faire perdre sa personnalité. Bref, elle doit incarner le changement sans trop déranger.

Durant la prochaine campagne, il ne faut pas s’attendre à des coups d’éclat. Dans son discours de clôture du congrès de dimanche dernier, à Lévis, M. Legault a cité d’entrée de jeu les trois thèmes qu’il entend privilégier : la famille, les enfants, les aînés. C’est essentiellement dans ces trois domaines que la CAQ précisera ses engagements. Pour le reste, « on verra ».

 

C’est le PQ qui souffre aujourd’hui de la marginalisation avec laquelle la CAQ avait dû composer depuis sa fondation. Pour un parti qui peine à faire entendre sa voix, dévoiler sa plateforme la même fin de semaine où celui qui a le vent dans les voiles tenait son congrès était une curieuse idée.

Dans la position où il se trouve, on peut comprendre Jean-François Lisée de trouver matière à encourager ses troupes là où il le peut. Il est vrai que la plateforme péquiste est la plus progressiste depuis longtemps, mais la comparaison avec ce qui se passe présentement en Ontario, où le NPD semble en voie de coiffer les conservateurs de Doug Ford au poteau, est pour le moins osée.

Le programme de la CAQ a sans doute ses lacunes, mais à la différence des conservateurs ontariens, elle en a un et il s’appuiera sur un cadre financier en bonne et due forme, qui devra lui-même être compatible avec l’état des finances publiques, dont la vérificatrice générale donnera le portrait exact à la mi-août.

Même s’il en sera à sa première campagne en tant que chef, M. Lisée a certainement les qualités requises, mais M. Legault a démontré dans le passé qu’il était aussi un très bon campaigner, particulièrement redoutable durant les débats télévisés.

Surtout, alors que les électeurs du Parti libéral et du NPD sont largement interchangeables en Ontario, ceux du PQ et du PLQ ne le sont pas. Dans les deux cas, la CAQ est un deuxième choix.

9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 mai 2018 03 h 19

    Des promesses illusoires!

    Il ne faut jamais croire que la CAQ a changé ses couleurs néolibérales. La CAQ, comme le PLQ, s'en fiche carrément de la famille, des enfants, et des aînés. Se sont des slogans électoralistes, des voeux pieux, qui seront déposaient sur les tablettes, une fois qu'ils ont gagné le pouvoir. Comme le parti de Justin Trudeau, les libéraux font la campagne en se penchant à gauche, mais une fois au pouvoir, ils gouvernent à droite.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 mai 2018 07 h 06

    « Il faut arrondir les angles sans aseptiser la CAQ au point de lui faire perdre sa personnalité. »

    Elle est bonne, celle-là. Voilà que la CAQ a une personnalité. Comme le Mouton-Cadet où comme le Coca-Cola. Le seul « centre » que Legault s'emploiera à occuper, c'est celui de la tablette d'épicerie. Pour ce faire, il devra convaincre l'électeur que son groupe est constitué de gens intelligents tout en s'assurant qu'ils n'en donnent aucun sigme particulier. Le plus sûr, ce sera de les transformer en bubble head pour la durée de la campagne.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 mai 2018 20 h 14

      "Pour ce faire, il devra convaincre l'électeur que son groupe est constitué de gens intelligents tout en s'assurant qu'ils n'en donnent aucun sigme particulier." RMD

      Quel dilemme!

      PS: J'ai bien ri.

  • Claude Bariteau - Abonné 29 mai 2018 07 h 13

    Quand on cherche sa queue, l'horizon disparaît.

    M. Legault se taira de plus en plus pour son bien et le bien de la CAQ.

    Quand M. Boisclair quitta la direction du PQ, il pensa se présenter, mais tira sa révérence pour des raisons familiales, laissant le champ libre à Mme Marois.

    Devenue chef du PQ, elle marcha de reculons et misa sur l'identitaire et des mesures industrielles inspirées de Mme Élaine Zakaïb.

    M. Legault, après avoir pris le pas identitaire de M. Dumont, s'est associé à M. Sirois, a créé son parti et intégré l'ADQ.

    Dans l'opposition, il s'est fait une réputation en ciblant des dossiers de politique interne et a annoncé qu’il corrigera des programmes collectifs selon l'opinion du moment. Mme Marois avait fait de de même en jouant de la casserole

    Les deux ont toujours voulu le POUVOIR DE LA PROVINCE à l’abri dans un parking près d'un garage pour changer le moteur, réparer la carrosserie, gonfler les pneus et corriger l'alignement.

    Mme Marois eut droit à une sortie rapide, mais fut dépassée par le PLQ avec une auto canadienne prêtée par Ottawa.

    Aujourd'hui, M. Legault rêve d'une sortie fracassante, car le PLQ roule au ralenti et le PQ, rééquipé pour les routes secondaires à brancher sur l'autoroute imaginée en 2022-2025, a revu sa suspension pour doubler QS avec une bagnole rafistolée.

    Vraiment, l’élection du 1er octobre annonce des petites prouesses de fin de parcours avec des autos faites pour virevolter alors qu’une majorité de Québécois et de Québécoises estiment le temps venu de changer d'auto pour circuler autrement.

    En fait de quitter les parkings, les voies locales, les routes secondaires, les autoroutes qui mènent à Ottawa pour circuler partout au Québec hors des voies de sortie et ailleurs avec des permis pour voler, naviguer et être présent dans le monde.

    Circuler autrement implique d’inventer un véhicule approprié. C’est ce qui urge de faire.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 mai 2018 08 h 34

      "Circuler autrement implique d'inventer un véhicule approprié. C'est ce qui urge de faire." C.B. Votre commentaire fort imagé m'a fait sourire...et quelle belle façon de faire comprendre à... Pierre, Jeannette, Jacques et Paulette ...les plaisirs qu'ils auront à voyager ainsi.
      Circuler autrement ! J'ai tellement hâte de changer de voiture. Une voiture écologique, il va sans dire! Et pourquoi pas économique aussi !...Etc...Enfin, on verra bien ce que l'on veut en faire sitôt la transaction complétée.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 mai 2018 08 h 14

    La force de Legault

    Il parle comme M. Toulemonde de la classe moyenne moyenne un vendrdi soir au bar après le travail. Des critiques faciles de tout "ce qui n'a pas de bon sens". En comparaison, Couillard fait toujours la leçon et Lisée est trop subtil.

    • Solange Bolduc - Abonnée 29 mai 2018 21 h 50

      Quelle annonce publicitaire à la TÉLÉ ! Quel vulgaire personnage, heureusement que je ne l'ai pas choisi et ne le choisirai jamais !

      De l'essence de «Caouette tabarouette » ! Comme il me fait honte!

      Et le peuple acclame ce vulgaire personnage: juste à entendre sa voix, sans classe, l'homme plein d'argent, qui ne pense qu'à ça, il me fait triper de rage ! Pas capable d'entendre sa voix horrible !

  • Jean Lapointe - Abonné 29 mai 2018 09 h 29

    Jean-François Lisée a les qualités requises c'est sûr.

    «Même s’il en sera à sa première campagne en tant que chef, M. Lisée a certainement les qualités requises...» (Michel David)

    Contrairement à François Legault, qui procède d'une façon complètement brouillonne, Jean-François Lisée lui a une vision d'ensemble de la société québécoise actuelle. Il suffit de prendre connaissance de la plate-forme électorale du Parti québécois pour s'en rendre compte.

    Cette plate-forme dresse un portrait sûrement complet de l'état de la situation qui existe actuellement au Québec dans tous les domaines et fait voir les failles qui sont à déplorer et dégage les actions à mener pour remédier à ces failles.

    Jean-François Lisée et ses collaborateurs dominent la situation, ils regardent les choses de haut ,ce qui fait que la plate-forme qui a été élaborée constitue un plan d'action qui se tient et qui constitue un tout dont toutes les parties s'imbriquent les unes dans les autres.

    François Legault lui procède morceau par morceau. Il n'a pas manifestement fait le travail que Jean-François Lisée et ses collaborateurs ont exécuté. Il n'est même pas sûr qu'il en soit capable. Chose certaine il n'a pas fait la démarche pouvant mener à un tel portrait.

    Ce qui fait qu'à mon avis Jean-François Lisée est beaucoup plus prêt à occuper la fonction de premier ministre du Québec que François Legault qui apparaît comme un amateur à côté malgré les quelques qualités que lui reconnaît Michel David.