Entraîneur, danger public?

Le Devoir relatait jeudi une nouvelle étude de la chercheuse Sylvie Parent énonçant qu’un jeune sportif sur quatre rapporte avoir été victime de violence à caractère sexuel en contexte sportif. Le spectre des violences sexuelles visées par cette recherche va du harcèlement verbal jusqu’au viol, et inclut la production de matériel pornographique.

L’intégrité et la compétence des entraîneurs sont essentielles pour notre société. Il en va du développement des jeunes à long terme. Mais il s’agit aussi d’une question urgente de sécurité publique.

Par leur rôle auprès des jeunes sportifs, les entraîneurs exercent une influence capitale sur leur développement personnel. Selon une étude réalisée par la Régie de la sécurité dans les sports du Québec, citée par le Réseau du sport étudiant du Québec, 94 % des jeunes sportifs québécois de niveau secondaire affirment qu’en général, ils sont influencés par leur entraîneur dans leurs prises de décision. Le résultat chute à 64 % pour les enseignants, à 52 % pour la mère et à 43 % pour les amis. Les impacts positifs ou négatifs de l’entraîneur sont donc indéniables.

Une lettre ouverte que j’ai cosignée dans ces pages en septembre énonçait qu’au sein des écoles, plusieurs entraîneurs et programmes ont démontré, données à l’appui, l’impact positif du sport sur la réussite éducative lorsque le sport est encadré par des individus favorisant intentionnellement cette réussite : l’augmentation de l’autonomie des jeunes, de leurs capacités à communiquer, de leur persévérance et la diminution de leurs comportements antisociaux sont au nombre des résultats.


 

N’empêche que malgré ces constats, notre système d’éducation fait bien peu pour exiger des entraîneurs un professionnalisme de base. Si les bénéfices sociétaux à long terme des entraîneurs sportifs ne nous convainquent pas de reconnaître ce besoin, parlons alors du danger public que représentent les entraîneurs lorsqu’ils n’exercent pas leur rôle à la hauteur de leurs responsabilités. La nouvelle étude de Mme Parent tombe donc à point.

Dans cette étude, les entraîneurs sont en cause dans 40 % des cas rapportés, ce qui est énorme, et même si les entraîneurs ne sont pas directement impliqués dans les autres cas, c’est d’abord à eux qu’incombe la responsabilité d’instaurer un climat qui favorise une expérience sportive saine pour les jeunes.

Les chiffres sont alarmants, mais ne devraient pas surprendre les gens qui oeuvrent en milieu sportif. En tant qu’entraîneur de basket-ball, je sais que notre milieu connaît quelques délinquants sexuels dont les gestes ont été sanctionnés par nos tribunaux, mais nous avons tous entendu parler d’autres entraîneurs qui continuent à rôder malgré les rumeurs persistantes à leur sujet. C’est en ce sens qu’il faut saluer Sport’Aide, la nouvelle ligne d’écoute qui « vise à offrir des services d’accompagnement, d’écoute et d’orientation aux jeunes sportifs, mais également aux divers acteurs du monde sportif québécois témoins de violence à l’égard des jeunes ».


 

Cela étant dit, le travail ne s’arrête pas là. Parce que les violences sexuelles constituent la pointe de l’iceberg des problèmes qui gangrènent le milieu du sport. Un grand nombre d’entraîneurs font eux-mêmes preuve d’immaturité sur le plan émotionnel ou encore détiennent des croyances, des jugements ou des valeurs qui contreviennent au sain développement des jeunes. Sport’Aide cite d’ailleurs une étude relatant que 23 % des sportifs ont rapporté avoir vécu, avant l’âge de 16 ans, de la maltraitance émotionnelle de la part d’un entraîneur.

Récemment, une collègue a partagé sur les réseaux sociaux une vidéo mettant en scène un entraîneur de football criant inutilement contre les jeunes de son équipe durant une pratique très difficile. « Vomissez et continuez ! » s’est-il exclamé. Un comportement qui aurait été jugé ahurissant en salle de classe, mais que plusieurs internautes ont cautionné : « […] Je trouve que ça forme le caractère. En aucun temps je n’ai entendu l’entraîneur passer un commentaire qui atteint l’intégrité d’un joueur. It’s tough love et il les prépare pour un sport tough !!! […] », a commenté l’un d’entre eux. Nombreux sont ceux qui, comme cet internaute, ignorent que forcer des jeunes à courir jusqu’à en vomir viole leur intégrité. De plus, ce type de pratique ne répond à aucun objectif pédagogique.

Un nombre trop élevé d’entraîneurs adoptent des comportements abusifs. Voilà le danger public. Face à ce constat, qu’attendons-nous pour exiger une meilleure attention à la sélection et à la formation des entraîneurs ?

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 25 mai 2018 14 h 24

    Sports organisés surévalués

    L'étude montrait que les autres participants étaient plus source d'abus que les entraineurs. Tout ça me fait dire que les sports organisés sont surévalués. Ça ne vaut pas la peine autant qu'on pense et c'est surtout un encadrement pour avoir la paix avec les enfants turbulents.
    En passant, on voit souvent des moments «moi aussi» en regardant les sports. Tapes amicales ici et là.