De guerrières à sorcières

Nathalie Prud’homme, «Rose» et Christine Rochelle, de petits miracles qui ne sont pas dus qu’au hasard.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nathalie Prud’homme, «Rose» et Christine Rochelle, de petits miracles qui ne sont pas dus qu’au hasard.

Rarement repas aussi enjoué aura vu les mots « métastases », « Tamoxifène », « oncologue » et « chimio » se croiser au-dessus des plats de spaghetti de courgettes et des smoothies « Immuno ». Elles sont qualifiées « d’incurables », toutes trois atteintes d’un cancer du sein métastatique, stade 4. Le stade 5, c’est le bon Dieu. Pour la médecine, elles sont « encore » jeunes, mais elles constituent des « anecdotes », des miracles défiant les pronostics de survie qu’on leur avait servis au départ.

Chacune a son parcours semé d’embûches, d’espoirs et de découragements, mais toutes négocient chaque protocole, questionnant et s’ouvrant à toutes les possibilités. J’aurais pu remplir le restaurant « d’anecdotes » semblables. J’en reçois par poignées, depuis quatre ans, de ces témoignages de survivants qui ont décidé de prendre leur guérison en main, à cheval entre médecine conventionnelle et intégrative.

 

Nathalie Prud’homme, 51 ans, est bien connue de ceux qui la suivent sur Facebook et elle se bat avec l’énergie de l’espoir pour que tous obtiennent le même privilège qu’elle : des injections de vitamine C haute dose (voir l'encadré). On lui donnait moins de 18 mois à vivre en 2012.

Rose (prénom fictif), 54 ans, tient à conserver l’anonymat ; cela fait partie de sa guérison. Elle a refusé radiothérapie, chimio, médicaments pour les métastases osseuses, abandonné l’hormonothérapie, conservé ses seins et ses cheveux. Elle vit au fond des bois avec son conjoint et son ado, ne prend même pas une Advil. On lui donnait deux ou trois ans à vivre en 2013. Elle pète le feu et fait deux heures d’exercices par jour.

Christine Rochelle, 60 ans, a recroisé récemment l’oncologue réputé qui lui concédait moins d’un an à vivre début 2015. Il lui a simplement répondu : « La médecine n’est pas une science exacte. » Effectivement, deux des trois métastases de Christine ont disparu et son énergie vitale ferait pâlir d’envie la centrale LG-2.

Toutes trois ont fait énormément de recherches, se sont lancées corps et âme dans leur guérison et estiment que, si elles ne s’en étaient tenues qu’à la médecine conventionnelle, elles ne seraient plus là pour en parler.

Si je me plante, c'est moi qui meurs

La puissance de l’instinct

Durant ces deux heures très animées, elles me racontent tout ce qu’elles ont essayé, l’une bannissant de sa maison les produits toxiques et les cosmétiques, l’autre adoptant l’approche créative de Guy Corneau et installant la joie dans sa vie, toutes apportant des changements profonds dans leur alimentation, leur mental, devenant des sorcières, jouant avec les plantes, les champignons et conservant la foi.

Leur chance fut d’obtenir un verdict aussi définitif : « L’onco qui a signé mon arrêt de mort m’a sauvée, constate Christine. Je n’avais plus rien à perdre. Et il avait raison : au bout de cinq mois, j’ai senti que je partais… » Sa conjointe, refusant le pronostic, l’aide à trouver une autre voie. « J’ai eu la chance d’être accompagnée par une femme extra ! »

Elles rentrent tout juste du Pérou, où Christine revoyait un chaman pour la troisième fois. Elle se gave de potions et de plantes de la jungle amazonienne, a laissé tomber l’hormonothérapie et cessé la chimiothérapie en décembre dernier, car les tumeurs reprenaient du volume. « J’ai fait la chimio sur les conseils du chaman, qui ne pouvait me recevoir avant. » Son dernier voyage au Pérou a été sociofinancé par ses amis Facebook : 8000 $ en 36 heures, le double en une semaine. Elle est appuyée dans ses démarches ; c’est énorme.

Pour Rose, la nature fut une école, sa thérapie : « Les animaux malades se cachent. Moi aussi. Je fais partie d’un écosystème. Je me suis entourée de forêt, de beauté et d’art. J’ai fait des centaines d’heures de recherche, coupé les produits laitiers, le blé, les parfums, les teintures de cheveux, toute toxicité. » Même les gens qui le sont, toxiques. « Mon médecin m’a aussi appris que les cellules développent une résistance face aux médicaments anticancéreux, comme pour les antibiotiques. Peu de gens savent cela. »

Lorsque je leur demande comment elles font pour distinguer un guérisseur d’un charlatan, elles prononcent le mot « instinct », ce parent pauvre de notre civilisation amputée de ce sixième sens utile. « 90 % des gens veulent être pris en charge, pense Nathalie. Moi, je fais des recherches, je lis, j’essaie et je me trompe. Il faut trouver le traitement qui va te convenir à toi. Quelqu’un qui promet de me sauver, je fuis ça ! » Aucune n’est certaine d’avoir une réponse définitive, mais elles sont toutes d’accord pour dire que l’amour et la création les aident à sublimer la maladie et à faire taire les démons de la peur.

“ Sois une bonne fille et fais ce qu’on te dit ” fait partie du discours médical, économique, éducatif

Se tuer à payer

Ces survivantes ne s’en cachent pas, elles nagent dans la précarité financière. Nathalie est même retournée habiter chez sa mère en 2007 (son premier cancer est apparu deux ans avant ; elle a connu 6 récidives et 12 opérations depuis) avec ses deux enfants. Le cancer coûte cher.

Elles ont dû abandonner leur emploi, travailler à leur compte, faire des sacrifices et payer de leur poche tous leurs traitements complémentaires.Elles refusent de gober de l’Ibrance (palbociclib) à 7256 $ par mois.

Elles souhaiteraient davantage d’ouverture de la part du système médical face aux médecines non conventionnelles (ici) et plus de transparence également. « Il ne faut pas se laisser intimider et on ne nous dit pas la vérité sur les effets secondaires des médicaments », remarque Rose, qui a soulevéces questions plusieurs fois avec son oncologue. « Moi, j’ai une vie normale, sans médicaments. Je n’ai jamais eu peur de mes choix et je ne vois aucun thérapeute. »

Nathalie ne craint pas la mort, car elle est croyante. Christine a eu peur, mais un chemin spirituel s’est ouvert à elle depuis. Chacune sa chapelle, qu’elle se nomme sainte Rita, Amour ou Nature. Et chacune un mot auquel elle s’accroche : « joie », « liberté », « plaisir ».

Ne les remerciez pas, c’est légal, sans effets secondaires et gratuit.

Médaille d’honneur

Nathalie Prud’homme se démène depuis l’automne dernier pour obtenir des injections de vitamine C haute dose (IVC) qui l’aident à faire disparaître les effets secondaires de la chimiothérapie. Même si elle a obtenu le traitement pour elle-même grâce à l’intervention de son député Marc Bourcier, elle continue à lutter pour que tous les patients y aient accès et n’aient plus à se déplacer en Ontario ou aux États-Unis.

Ses deux pétitions sur Facebook ont fait tant de bruit (15 000 signatures) qu’un inspecteur du Collège des médecins est venu la visiter vendredi dernier pour la sermonner, au cas où elle se prendrait pour une gourou.

La veille, elle apprenait qu’elle recevrait le 28 mai prochain une médaille de l’Assemblée nationale pour son implication dans cette cause. Et cette semaine, une oncologue l’appelait pour savoir comment s’y prendre pour obtenir la vitamine C et l’administrer à ses patients. Une belle illustration des jeux de pouvoir et du cafouillis sur le dos des patients.

Pour signer sa dernière pétition (avant le 28 mai).

Un article récent paru dans Current Oncology, signé par deux oncologues et trois naturopathes (au Canada anglais, ce sont des « docteurs ») sur les IVC.

Reçu Le régime cétogène contre le cancer signé par trois docteurs en biologie. La diète céto fait un malheur en ce moment dans le public, les éditeurs ne fournissent plus, et cette diète ne touche pas que les cancéreux ; on la prescrit pour l’obésité, l’épilepsie, l’alzheimer. Même les sportifs s’y mettent. Elle m’a été recommandée par un oncologue français, mais elle est incompatible avec une diète végé. Pour ceux qui voudraient comprendre les principes métaboliques et scientifiques.

Visionné le documentaire Heal, de Kelly Noonan, disponible en location sur iTunes. Si la guérison corps-esprit vous intéresse, on passe presque deux heures à nous l’expliquer et à la démontrer avec le concours de chimistes, biologistes, neuroscientifiques, chercheuse en oncologie intégrative, médecins divers ainsi que certains guérisseurs. J’y ai découvert notamment une spécialiste en biologie des cellules cancéreuses devenue militante de la médecine corps-esprit, la Dre Joan Borysenko. Le Dr Deepak Chopra mentionne également que le patient devrait croire le diagnostic, mais pas le pronostic… À voir pour toutes sortes de maladies chroniques.
 

Relu les neuf facteurs de guérison répertoriés par la chercheuse en oncologie intégrative Kelly A. Turner dans son livre Rémission radicale. Survivre au cancer malgré les pires pronostics, traduit en 20 langues. Sur les neuf facteurs, sept sont d’ordre mental. Pour s’inspirer des cas de rémission ou faire partager sa propre histoire « miraculeuse », voir son site Web inspirant. 



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