La géopolitique de l’essence

Le bond à plus de 1,48 $ le litre d’essence ordinaire à Montréal a surpris. Ne dit-on pas que les États-Unis inondent présentement le marché de leur schiste ? Cette offre additionnelle n’a pas empêché la remontée des cours pétroliers de référence, qui frôlent désormais les 70 $US le baril à New York, tensions géopolitiques obligent.

Cette semaine, les Montréalais ont payé, en moyenne, 1,43 $ leur litre d’essence ordinaire, avec une pointe à 1,48 $ le 1er mai. À Québec, la moyenne est de 1,34 $ le litre. Elle est de 1,30 $ en Outaouais et de 1,35 $ en Estrie. Ces prix sont, grosso modo, en hausse de 20 % sur un an. Pour le consommateur, selon des projections faites à partir des estimations de CAA-Québec, chaque hausse de 1 ¢ du litre ajoute entre 12 $ et 20 $ par année à la facture d’un conducteur, selon que le véhicule est une voiture compacte ou une camionnette, pour une utilisation annuelle de 15 000 km.

Pour Montréal et sa taxe additionnelle de 3 ¢ le litre, le prix minimum estimé par la Régie de l’énergie est de 1,29 $, le prix réaliste calculé par CAA-Québec, de 1,42 $, qui comprend un indicateur de prix moyen de 1,29 $ auquel s’ajoute une marge au détail moyenne de près de 13 ¢ (incluant les taxes à la consommation).

Bref, à part le saut inexpliqué du 1er mai, qui n’est pas inconnu des Montréalais habitués aux « hausses du mardi » ; à part, également, le passage de l’essence d’hiver à l’essence d’été dans le raffinage, l’essentiel de cette poussée vient de la nouvelle conjoncture dans laquelle le pétrole est plongé. Le brut peut compter pour 37 % du prix à la pompe au Québec, le reste étant accaparé par la taxation (40 %), le raffinage (15 %) et la marge de détail (8 %).

Pétrole à près de 70 $US

Encore vendredi, le baril de référence sur le Nymex de New York bondissait de 1,29 $, à 69,72 $US. Il s’agit d’une hausse de 45 % sur un an. Dans l’intervalle, le prix à la pompe de l’essence ordinaire a bondi de 20 %, en moyenne, au Québec. Beaucoup de spéculation, donc, sur le prix du brut, avec l’attention portée, hier, sur la crise économique au Venezuela, aujourd’hui sur une décision attendue du gouvernement américain sur son potentiel retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. « Cela alimente les craintes d’un choc sur l’offre », a commenté Stephen Brennock, analyste chez PVM, qui estime cependant qu’avec un délai de six mois pour les pays qui importent du pétrole iranien, le marché devrait garder l’équilibre. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas une réaction instinctive des prix » en cas de fin de l’accord, pouvait-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse (AFP). L’Iran reste le troisième exportateur de brut après l’Arabie saoudite et la Russie.

Schiste américain

Il faut croire qu’ailleurs, au chapitre de l’offre, l’effet de la limitation volontaire de production des pays membres de l’OPEP est compensé par la progression de la production américaine. Déjà, lorsque les prix ont touché les 60 $US, la production de schiste s’est accélérée aux États-Unis. Les données publiées cette semaine font ressortir une nouvelle augmentation du nombre hebdomadaire de puits de pétrole actifs, à 834 puits. « Le marché international voit réellement ses réserves s’amenuiser, mais les États-Unis se noient dans le pétrole », ont souligné les analystes du courtier Marex Spectron.

On peut lire sur l’AFP que la production américaine a atteint sa dixième semaine de record de suite depuis que ces statistiques ont commencé à être compilées, en 1983, les États-Unis extrayant en moyenne 10,62 millions de barils par jour contre 10,59 millions la semaine précédente, selon l’Agence américaine d’information sur l’Énergie.

Encore 10 ¢ ?

Mais un analyste de Gestion d’actifs CIBC rappelait cette semaine dans un texte du magazine spécialisé Conseiller la difficulté des producteurs américains à transporter leur pétrole, soumis qu’ils sont à des contraintes d’infrastructures. Sans compter les capacités plus serrées des raffineurs.

Ces forces mises ensemble, les analyses tablent sur le maintien des pressions haussières sur le cours de l’or noir, avec une cible à 80 $US pour la référence new-yorkaise cette année. Encore 10 ¢ de plus le litre devant s’ajouter au prix de l’essence ordinaire à la pompe ?

1 commentaire
  • Louis Bellemare - Inscrite 5 mai 2018 18 h 29

    Votre article sur la géopolitique de l'essence.

    Excellent article. Bien vulgarisé, clair et précis