Le radical courageux

Qu’est-ce que le radicalisme ? Permettez-moi de partager deux interprétations différentes et bien personnelles de ce concept, en parlant d’abord de ce que représente le conventionnel, auquel s’oppose le radicalisme.

Le conventionnel, c’est l’ensemble des facteurs qui définissent le fonctionnement de notre majorité : nos lois, notre système économique, nos valeurs, par exemple. Les mécanismes qui garantissent une certaine qualité de vie, comme les CPE, font partie du conventionnel, tout comme certains phénomènes, comme le sexisme, qui préjudicient certains membres de la population. La majorité d’entre nous nous définissons par le conventionnel. Puis il y a des radicaux.

D’abord, les radicaux fragiles. Ces gens ne sont pas bien dans leur peau, et ce, pour différentes raisons liées à des défis sur le plan socioaffectif. Les radicaux fragiles extrapolent à l’extrême des phénomènes inégalitaires qu’on retrouve déjà au sein de notre société conventionnelle. En effet, les actes haineux des radicaux fragiles prennent souvent racine dans les discours ambiants qui alimentent les préjugés. Alek Minassian, qui selon les informations publiques aurait été nourri par la misogynie des « incels », serait un radical fragile parce que son comportement présumé est marginal et n’est pas accepté par le conventionnel.

Les radicaux courageux, eux, aiment leur prochain et luttent contre les injustices. « Vous devez agir comme s’il était possible de transformer radicalement le monde. Et vous devez agir de la sorte tout le temps », disait Angela Davis. Ces gens ont comme vision une société où les gens vivent égaux et portent, dans les messages qu’ils véhiculent, cet idéal avec authenticité. Ils rejettent vigoureusement les normes qui perpétuent les injustices et créent ainsi de l’inconfort. De ce fait, le monde conventionnel peine à apprécier pleinement le génie des radicaux courageux.

Ricardo Lamour est un radical courageux. Il sort des sentiers battus afin de réclamer le droit à l’égalité. À ce titre, il n’occupe pas d’emploi typique. Membre du comité de soutien de la famille Villanueva, il m’impressionne particulièrement par son projet Bout du Monde, parrainé par l’UNESCO. Dans le cadre de ce projet, il entretient une relation de mentorat avec cinq jeunes de moins de quinze ans avec pour objectif de susciter leur esprit philosophe.

De plus, peu de citoyens se prévalent de leur droit d’interpeller les élus à travers les instances prévues à cet effet. Ricardo Lamour, lui, participe aux séances du conseil de la Ville de Montréal. C’est d’ailleurs à la suite de ses interventions que Valérie Plante a reconnu en février la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine proclamée par l’ONU. Cette Décennie a pour objectif de renforcer les actions garantissant le plein exercice des droits des personnes d’ascendance africaine, et leur pleine participation dans la société. Lors de l’événement « Maîtres chez vous » organisé par Force Jeunesse en avril dernier, Philippe Couillard a aussi confirmé que son gouvernement étudierait cette question. Qui l’a questionné sur le sujet ? Ricardo Lamour.

Cet entrepreneur social ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il est question d’égalité. Dans une entrevue accordée au magazine Nouveau Projet, il affirmait : « Les paradis fiscaux sont le symbole par excellence de ce système qui consacre l’essentiel de son énergie à se protéger et à nier son existence. Ils représentent de l’impôt en moins pour réduire l’attente à l’hôpital, améliorer l’état des routes, offrir une éducation de qualité. »

Bien sûr, Ricardo Lamour n’est pas le seul à dénoncer nos élites. Rares sont ceux, toutefois, qui allient avec autant de sensibilité la lutte des classes socio-économiques au colonialisme que subissent les groupes racisés :

« Du rhum, des femmes, des enfants et nos plages/Ah, quel beau dommage/Nous avons aussi une grande histoire/Quoi, ça ne vous intéresse pas ?/Y a comme un goût de sang dans votre alcool/Y a comme un goût d’alcool dans votre sang/Es-tu à l’aise dans ton tout inclus ?/Moi, tu sais, j’suis pas à l’aise du tout/Vous vous croyez en République dominicaine/Ou à Cuba, dans la région de Holguin/Ou quelque part en Thaïlande/Ou sur les plages de la Barbade/Ici, c’est Haïti, terre de Dessalines/Reste avec le peuple ou reste sans lui »

L’auteur de ces paroles ? Ricardo Lamour, dans sa chanson Tout inclus, qui dénonce la relation avec les pays en développement et qui rappelle l’histoire d’Haïti, pays notoire pour sa lutte contre l’esclavage.

Je ne suis pas toujours d’accord avec Ricardo Lamour. Il m’est néanmoins apparu important de rédiger ces quelques lignes afin de saluer un individu qui m’inspire, par son radicalisme courageux, à lutter pour une meilleure société.

1 commentaire
  • Michel Blondin - Abonné 27 avril 2018 09 h 17

    Maigres

    La différence et les explications pour définir les conventionnels et les radicaux en typologie sociétale, m'apparaissent bien maigres. Une classification primaire, un peu branlante et tout autant spéculative mais plus hasardeuse. Rien à voir avec les catégories d'Organum du philosophe biologiste Aristote ou de l'anthropologue, Gregory Bateson dans " La Nature et la pensée" pour appuyer la thèse affirmative de conventionnel et radicaux.
    Il en reste que c'est beau de voir l'admiration pour quelqu'un d'autre qui anime l'auteur. En moins, cependant, son rappel inutile du mot « racisé » que plusieurs mettent partout. Ce mot contient, en lui-même, un jugement auto-flagellateur-culpabilisant-de-la-terre-entière-tout-à-fait-gratuit. Il réussit à l'inclure par la bande dans sa phrase liant la lutte des classes. Je le cite :
    "Rares sont ceux, toutefois, qui allient avec autant de sensibilité la lutte des classes socio-économiques au colonialisme que subissent les groupes racisés ".
    La suite réfère à Haïti, un pays avec son statut de pays indépendant qui décide de son avenir. Si la lutte des classes est un problème dans ce pays, il devrait reconnaître la lutte des français d’Amérique pour obtenir des anciens colonisateurs pas-tout-à-fait-anciens, ce que Haïti a de plus et qui lui est envié par plusieurs, à savoir le statut de pays pour décider de son avenir. Il pourrait les dire courageux, non!