L’insolente poussée du commerce en ligne

Le commerce électronique est en augmentation constante et reste surtout l’affaire de sites extérieurs.
Photo: iStock Le commerce électronique est en augmentation constante et reste surtout l’affaire de sites extérieurs.

C’est encore une goutte d’eau dans ces 125 milliards de ventes au détail au Québec, mais le commerce en ligne poursuit sa progression insolente. Avec, à la clé, toujours plus de ponctions fiscales difficiles à récupérer. Et des pans complets exposés à cette concurrence inéquitable.

Année après année, les données du CEFRIO pointent sans cesse dans la même direction. Le commerce électronique est en augmentation constante et reste surtout l’affaire de sites extérieurs, avec 4 $ sur 5 $ dépensés hors Québec.

Dans son rapport déposé mercredi, le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO) propose une lecture 2017 de l’achat en ligne. Ainsi, près de six Québécois sur dix portent l’étiquette de cyberacheteurs. Ils ont dépensé, en moyenne, 863 $ l’an dernier, mais 80 % de cette somme était dirigée vers des sites hors Québec.

Au total, le commerce en ligne reste marginal. Il est estimé à 9,1 milliards pour l’an dernier, en hausse de 7 % sur les 8,5 milliards de 2016, elle-même en hausse de 8 % sur les données de 2015 qui, elles, affichaient une poussée de 21 % par rapport aux 6,6 milliards estimés en 2014. Une tendance lourde est donc observée. Aussi, des industries complètes abritant nombre de petits joueurs doivent conjuguer avec cette popularité grandissante. Selon les catégories, vêtements, chaussures, bijoux et accessoires composent 54 % des achats du cyberacheteur. Suivent les billets pour spectacles et divertissements (46 %), les produits électroniques (42 %), la musique, les films et les jeux vidéo (40 %), les voyages (38 %) et les livres, revues, journaux (33 %).

« C’est essentiellement parce que les prix sont plus bas en ligne qu’en magasin (41 %) qu’ils [les Québécois] ne souhaitent pas s’y déplacer (35 %) ou parce qu’ils sont en mesure d’y magasiner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (28 % des répondants) » qu’ils magasinent sur le Web, ajoute le CEFRIO.

Et si l’on ventile selon l’origine des sites, les sites américains attirent 54 % des achats de livres-revues-journaux, 71 % des produits électroniques et 79 % de la musique, des films et des vidéos, selon les données 2015 du CEFRIO.

Difficile taxation

On en revient à cette difficile récupération de la taxe de vente sur le commerce électronique, qui reste encore une affaire de bonne volonté et d’autocotisation. Québec fait cavalier seul avec l’annonce, dans son dernier budget, d’une taxation directe des services numériques, d’une taxation à la frontière sur les biens tangibles. Mais il attend peu. À peine 7 millions la première année, quelque 155 millions d’ici 2022-2023. Pour leur part, les pertes fiscales évaluées par Revenu Québec atteignent les 270 millions uniquement pour 2017, peut-on lire dans un texte de La Presse canadienne.

Un certain réalisme s’impose. Malgré l’abondance des colis, à peine 10 % d’entre eux sont actuellement traités à la frontière pour prélèvement de la TVQ. L’OCDE peut bien plaider pour une offensive mondiale afin de contrer l’absence d’autorité et de pouvoir coercitif sur les fournisseurs et distributeurs hors frontières, cette bonne volonté se heurte rapidement à la situation américaine, où brille l’absence de taxe fédérale. Où, également, la taxe de vente s’applique au niveau des États et varie grandement d’un État à l’autre, quelques-uns n’ayant pas de régime de taxe de vente.

Québec tente l’aventure de taxer à la frontière. D’autres préconisent une taxation au moment de la transaction, croyant que l’on peut facilement transformer les grandes institutions financières et les géants du détail en percepteurs et vérificateurs pour les gouvernements régionaux. Des expériences sont tentées ici et là. En Australie, qui exhorte les fournisseurs étrangers à prélever la taxe à la consommation selon le principe de croyance raisonnable de la nationalité. Dans l’Union européenne, qui s’en remet à l’approche du guichet unique centralisant les inscriptions des fournisseurs étrangers.

Reste la carte de l’image dans l’opinion publique, que joue Québec.