Le bonhomme Sept Heures

Après avoir brandi l’épouvantail de l’indépendance pendant un demi-siècle, faire peur au monde est devenu une sorte de réflexe au PLQ.

« Nous sommes le seul parti vraiment fédéraliste. Est-ce qu’on a déjà entendu François Legault dire qu’il est un fier Canadien ? Eh bien moi, je le suis », a lancé le premier ministre Couillard à quelque 300 membres de la communauté anglophone réunis au collège Dawson dimanche.

M. Couillard avait tort. Soit, M. Legault ne l’a pas répété très souvent, mais dans son discours de clôture du congrès de son parti tenu à Sherbrooke en novembre 2016, il avait déclaré : « Je suis fier d’être Canadien, je suis fier de ce qu’on a construit et le Canada a commencé ici. »

Le programme de la CAQ a beau préciser que son objectif est « d’accroître l’autonomie et les pouvoirs du Québec dans le Canada », le premier ministre ne manque cependant aucune occasion de laisser entendre que cet « ancien ministre du PQ » n’a pas renoncé à son rêve d’antan.

La semaine dernière à l’Assemblée nationale, il a déclaré sans détour : « Il n’a pas abandonné l’idée de l’indépendance du Québec. C’est vers ça qu’il veut amener le Québec. » Selon lui, la CAQ ne réclamerait de nouveaux pouvoirs que dans l’espoir d’essuyer un refus qui nourrirait le mouvement souverainiste. Cela explique sans doute pourquoi M. Couillard préfère lui-même ne rien demander.


 

La cour assidue que le premier ministre a faite aux anglophones au cours de la dernière année semble avoir porté ses fruits. Depuis janvier, l’appui au PLQ des électeurs non francophones est passé de 61 % à 75 %, pendant que la CAQ enregistrait une baisse de 15 % à 9 %. Pendant la même période, l’appui à Québec solidaire a chuté de 9 % à 3 %.

Il est possible que, dans quelques circonscriptions où la lutte avec la CAQ pourrait être serrée, comme Brome-Missisquoi, faire le plein du vote anglophone pourrait faire pencher la balance. La clé d’une victoire libérale le 1er octobre prochain demeure toutefois la division sensiblement égale du vote nationaliste entre la CAQ et le PQ. Avec 25 % du vote francophone, selon le dernier sondage Léger-LCN, le PQ ne fait pas le poids face aux 41 % dont la CAQ est créditée. L’intérêt du PLQ est donc de faire en sorte que le PQ reprenne du tonus.

Laisser entendre que M. Legault n’a pas renoncé à la souveraineté n’est peut-être pas le meilleur moyen. Cela pourrait plutôt donner meilleure conscience aux électeurs péquistes qui seraient tentés de voter pour la CAQ précisément pour battre les libéraux.


 

Le plus grand danger pour la CAQ est plutôt de voir s’accréditer l’impression que son élection plongerait le Québec dans une sorte d’obscurantisme, dont son attitude envers les immigrants serait le signe avant-coureur.

Dans sa campagne de dénigrement, M. Couillard a reçu l’aide inattendue du prestigieux magazine britannique The Economist, qui met M. Legault dans le même sac que le nouveau chef conservateur ontarien, Doug Ford, et son homologue albertain, Jason Kenney, inquiétant trio dans lequel s’incarne la nouvelle vague de leaders « populistes » qui ébranle soudainement ce pays si cool qu’était redevenu le Canada grâce à Justin Trudeau.

Après le choc qu’avait constitué l’élection de Donald Trump, The Economist avait littéralement canonisé le premier ministre canadien. En octobre 2016, il qualifiait le Canada de « carrément héroïque » dans sa défense solitaire des valeurs libérales. Un véritable phare de la démocratie, dont le monde entier devait s’inspirer.

Si l’auteur (anonyme) est le même, la déconvenue que traduit l’article fourre-tout paru dans son dernier numéro est à la mesure de l’extase dans laquelle l’arrivée de M. Trudeau l’avait plongé. Qu’est-il donc arrivé à ce merveilleux pays ?

Comme pour faire écho au « nationalisme ethnique » que Carlos Leitão reprochait récemment à la CAQ, M. Legault y est décrit comme un « nationaliste culturel », issu de ce « nativisme » qui aurait fleuri dans ce Québec obsédé par la protection de sa langue et de sa culture.

Soit, il ne traite pas les immigrants de violeurs, comme l’a fait M. Trump, concède-t-on, mais il veut diminuer leur nombre de 20 % et leur imposer un « test de valeurs ». L’auteur ignorait sans doute qu’un gouvernement libéral leur a imposé il y a déjà neuf ans de signer un engagement à respecter les valeurs québécoises.

Tout en se désolant que l’article projette une image négative du Québec, M. Couillard s’est empressé d’en faire la publicité. « Cet article-là, il est là pour être lu. Je pense qu’il faut en tenir compte ». On peut en effet compter sur lui pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli.

21 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 24 avril 2018 04 h 04

    Le PLQ fait dur

    S'il est le seul parti fédéraliste, il n'y a pas beaucoup de fédéralistes au Québec. Couillard veut dire qu'il est le seul parti chou-chou des anglais (je ne dit même pas anglophones).

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 24 avril 2018 10 h 20

      Si les «anglais» votent immanquablement et toujours massivement pour le Parti Libéral uniquement parce qu’ils ont «peur» de voter autrement, cela en dit malheureusement long sur leur courage politique!

      Menacés par un méchant Boogyman (Bonhommes 7 heures) se sentent-ils parfois bernés, enfirouapés comme des enfants indociles par des parents-politiciens qui les prennent toujours pour acquis au moindre courant d’air?

      Se sentent-ils parfois infantiliser par leurs propres peurs imaginaires?

    • Pierre Raymond - Abonné 24 avril 2018 11 h 54

      J'imagine que par « anglais » vous voulez dire WASP (White Anglo-Saxon Protestant) mieux connu à une autre époque comme « la race supérieure » ?

    • Serge Lamarche - Abonné 24 avril 2018 13 h 52

      Oui, wasp et se décrivaient fièrement comme tel.

  • Robert Beauchamp - Abonné 24 avril 2018 06 h 02

    Le bonhomme 7 heures

    Je suis hors sujet mais où se cache le bonhomme 7 heures du ministère de la santé. Bien silencieux soudainement. Il ne décide plus rien? Est-il devenu un danger pour le PLQ? Tasse-toé bonhomme et pis plus un mot?

  • Claude Bariteau - Abonné 24 avril 2018 06 h 49

    Ça prend du souffle pour voler si bas à la canadienne.

    Oui, ça en prend et le chef Couillard en a plus que tous ses ministres réunis, au total bavard en sa présence pour dire ce que le chef et son entourage leur disent de dire.

    Cette fin de semaine, il s'est dépassé. Un article dans The Économist lui a fourni une grosse bonbonne d'oxygène provenant du pays du Brexit qui, pour des motifs économiques et sociaux a choisi de quitter l’UE.

    Gonflé à bloc, il a volé en rase-motte l’ouest de Montréal. Pas pour y dire que le REM leur apporte plus que ce qu’ils demandaient, plutôt qu’il est un fier canadien, ce qu’il lui fallait être pour composer avec une CDPQ devenue gestionnaire de fonds québécois recycler à la canadienne.

    L’aspirant Legault qui entend s’imposer à la manière de Duplessis n’a jamais critiqué ce recyclage. Mais, comme vous le dites, s’il s’est proclamé fier d’être canadien.

    Pour le chef Couillard, il ne le serait pas autant que lui, car il a des vues pro-Brexit et anti-Trudeau en matière d’immigration et ose dire qu’il veut faire la promotion des « canadiens-française », un vestige de la révolution tranquille et du passé ante-1982.

    Il n’en fallait pas plus pour susciter l’ire du chef Couillard promoteur d’une sous-nation québécoise imaginaire aux airs de la nation canadienne post-nationale à la Trudeau fils.

    Alors, il lui fallait voler à l’ouest pour ne pas perdre le pouvoir canadien sur le peuple du Québec. Là se trouve le motif principal des cours de vol qu’il a suivis pour stopper toute relance du projet de faire du Québec un pays.

    Alors il bombarde la CAQ pour finir sa job canadienne, car, pour ce commandant des forces canadiennes au Québec, cette CAQ l’empêcherait de finaliser son mandat canadien et, surtout, aurait pour incidence, si le chef Legault se trouve au pouvoir, d’inciter le PQ et QS à redéfinir la marche vers l’indépendance.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 24 avril 2018 12 h 05

      Votre commentaire nous rappelle explicitement la finalité du PM.

      Il manifeste avec entrain sa force pour agir selon sa conscience chaque jour en toute circonstance; élection en perspective l'oblige. Ainsi, il nous démontre sa manière de s'identifier par référence à l'entité géopolitique que représente le Canada.

      Pour lui, le futur est déjà là.

      À nous d'être en accord ou non. Notre peuple est attentif ...

      Je mets les propos mentionnés par monsieur Bariteau en relief avec une série de dérives du PM que pour satisfaire la curiosité du public de celui-ci; ces dérives renforcent et alimentent les préjugés qui rendent plus difficile et douloureux le vivre ensemble.

      C'est connu: ce PM refuse délibérément à rejoindre l'opinion de qui que ce soit, même dans son parti politique.

      Aujourd'hui, avec une jouissance certaine, il tente de mettre hors de combat monsieur Legault; demain, selon les sondages, il pourrait jeter son dévolu et frapper monsieur Lisée.

      Sa fin justifie ses moyens. Heureusement, le peuple n'est pas naïf.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 24 avril 2018 08 h 02

    LE VRAI CHOIX: UN VOTE PÉQUISTE

    Après la lecture de tous ces commentaires et la chronique de Michel David, le seul vote qui donnerait au Québec un vrai gouvernement sera le parti québecois. Le passé du PQ prouve que le Québec a fait des pas importants durant son règne. René Levesque qui avait une grande expérience dans le monde politique a décidé de quitter le parti libéral pour fonder un parti digne de notre peuple et ce parti est une fierté et il mérite notre entière confiance et notre vote. Nous sommes un grand peuple disait-il et ce peuple mérite mieux que le PLQ et la CAQ.

  • Jean-François Trottier - Abonné 24 avril 2018 08 h 04

    Pas un réflexe : un art de vivre

    Le PLQ utilise la peur depuis 150 ans.

    Depuis sa fondation il vit de la division au Québec, avec quelques rares exception dont avec Lesage mais pas Bourassa (le coup de la Brinks).

    Le PLQ se nourrit d'un certain crypto-racisme qui veut que les anglophones soient la portion civilisée de la société, et que les francophones ne comprenent pas vraiment le sens de la démocratie, d'ou une loi surla clarté chez son grand frère d'Ottawa par exemple.

    Le PLQ cultive son image de grand protecteur des minorités avec un soin attentif, et en fait le moins possible pour que les minorités restent assez paranos pour rester dans son giron.

    La division est la raison d'être du PLQ : sans elle il meurt, et ses dirigeants le savent parfaitement.

    L'économie, que ce parti prétend connaître tout en nous imposant Leitao et zéro stratégie quant au capital local, clientèle oblige, est une escroquerie. Ce ne sont pas quelques accointances avec la finance qui font une économie. Le miracle Libéral de Couillard ne s'est jamais produit en un siècle et demie. Pas une fois!

    Non, c'est la division qui mème au PLQ. Je sais ça depuis au moins 40 ans, M. David, comment pouvez-vous encore l'ignorer totalement? Manque de vision sur plus que 2 mois, ou quoi ?

    • Gilles Théberge - Abonné 24 avril 2018 11 h 09

      Sans la division, le parti libéral meurt... Il se nourrit de notre division.
      Si seulement les Québécois parvenaient à comprendre ça.
      Que le parti libéral est le parti des anglais, et anti québécois par excellence...
      Si seulement...!