Trop haut trop tôt?

Tous les stratèges politiques ont la hantise de voir leur parti plafonner trop vite. Ceux de la CAQ doivent commencer à se demander si leur parti n’a pas joué un peu trop « fessier » au cours des derniers mois.

Soucieux de projeter l’image rassurante qu’on attend d’un premier ministre, François Legault a voulu s’élever au-dessus de la mêlée, abandonnant la plus grande partie de l’espace médiatique au gouvernement Couillard, qui en a profité au maximum.

D’ailleurs, les choses allaient tellement bien qu’il semblait préférable de ne pas donner à M. Legault trop d’occasions de laisser libre cours à son penchant pour la gaffe. Résultat : l’avance de la CAQ, qui était de 11 points en janvier dernier, a été réduite à 5 points, selon le dernier sondage Léger-LCN.

Si le but de Carlos Leitão était de permettre aux libéraux de récupérer le vote des non-francophones quand il a accusé la CAQ de pratiquer un « nationalisme ethnique », il faut reconnaître que c’est réussi. Leur appui au PLQ est passé de 61 % à 75 % depuis janvier, essentiellement aux dépens de la CAQ, mais aussi de Québec solidaire, lesquels ont perdu 6 points chacun dans cette tranche de l’électorat.

Si l’effet de ce retour au bercail sera surtout de grossir la majorité du PLQ dans les circonscriptions qui lui sont déjà acquises, il est plus inquiétant pour la CAQ d’avoir perdu 5 points en trois mois chez les francophones, là où se jouera l’élection. M. Legault est toujours perçu comme le plus apte à occuper la fonction de premier ministre, mais ses chances de diriger un gouvernement majoritaire se sont nettement amoindries.


 

Le sondage a de quoi encourager les libéraux, qui semblaient condamnés sans appel à retourner dans l’opposition. Au cours du dernier mois, ils ont repris 3 points à la CAQ. Avec 29 % des intentions de vote, le PLQ est aux portes de ce que les sondeurs appellent la « zone payante », à l’intérieur de laquelle chaque point additionnel peut se traduire par une dizaine de circonscriptions. En 2007, il avait réussi à conserver le pouvoir avec 33 % des voix.

À partir du moment où seulement 27 % des électeurs se disent satisfaits du gouvernement, le potentiel de croissance du PLQ demeure toutefois limité. Une remontée importante dans l’électorat francophone, où son appui n’est que de 16 %, paraissant bien improbable, ses chances dépendent essentiellement d’une division accrue du vote francophone entre la CAQ, le PQ et Québec solidaire.

Or, le PQ et QS font du surplace depuis le début de l’année. La promotion de Véronique Hivon au rôle de vice-chef et le retour au bercail de Jean-Martin Aussant n’ont eu aucun effet sur la popularité du PQ, pas plus que le choix de Manon Massé comme candidate au poste de première ministre n’a influé sur celle de QS.

Il est sans doute trop tôt pour mesurer l’impact de la candidature de Vincent Marissal dans Rosemont, si tant est qu’il y en ait un, mais on voit mal comment une entrée en scène aussi controversée pourrait avoir un effet positif.

En réalité, aucun des partis d’opposition ne réussit à faire rêver. Ils devraient même s’inquiéter de voir les libéraux recueillir 35 % des intentions de vote des 18-34 ans, qui sont en principe les plus tournés vers l’avenir.


 

Le grand avantage de la CAQ demeure d’être perçue comme porteuse d’un changement ardemment souhaité, que le PQ n’arrive pas à incarner. Cela ne tient cependant pas à son programme, réduit au strict minimum, mais à l’insatisfaction provoquée par quinze ans de gestion libérale.

Encore faut-il que cette insatisfaction soit entretenue. Le dernier budget de Carlos Leitão n’a peut-être pas fait oublier les années d’austérité, mais l’opposition n’a pas trouvé grand-chose à lui reprocher. Soit, le prolongement de la ligne bleue a déjà été annoncé quatre fois en 20 ans, mais cela ne l’empêche pas d’être une bonne nouvelle.

Avec l’adoption de la loi sur la neutralité religieuse de l’État, le gouvernement avait espéré mettre au moins temporairement un terme à un débat qui faisait ombrage à son message sur les « vraies affaires ». Coïncidence, le vote caquiste a commencé à refluer à partir du moment où les questions identitaires ont cessé de faire les manchettes.

La semaine dernière, le conseiller de l’arrondissement de Snowdon a remis la question des signes religieux à l’ordre du jour de façon inattendue en demandant au Service de police de la Ville de Montréal d’autoriser le port du turban et du hidjab. Mardi, à l’Assemblée nationale, le premier ministre Couillard s’est retrouvé encore une fois sous le feu croisé des péquistes et des caquistes. Il serait étonnant qu’ils lâchent à nouveau le morceau.

17 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 11 avril 2018 03 h 28

    La politique n'est pas une course de chevaux!

    Encore une fois, vous traitez la politique comme une course de chevaux. Il faudrait mieux nous expliquer les enjeux de l'élection, au lieu de nous marteler qui sera gagnant et qui sera perdant.

  • Robert Beauchamp - Abonné 11 avril 2018 06 h 33

    Le coup fumant

    La déclaration de Carlos Leitao dans un brûlot médiatique tel la Gazette en dit long sur le respect qu'il porte lui-même envers les francophones. Il a lancé un rappel des troupes anglo-ethniques en faveur du parti libéral, nul n'est dupe. C'est du machiavélisme à l'état pur sous des airs d'angélisme. Autant dire que la forte minorité anglo-ethnique serait reportée au pouvoir du seul état francophone en Amérique du nord; on comprend l'anglomanie du PLQ en forçant la canadianisation en semant la division. Pour eux c'est une bonne cause, la cause.

    • Serge Lamarche - Abonné 11 avril 2018 18 h 19

      Oui, exactement pourquoi les Libéraux sont en fait forcés de plaire aux anglais et à vouloir plus d'anglais au Québec (cercle vicieux pro anglo). Et c'est aussi pourquoi la CAQ a raison de vouloir plus d'enfants français faits au Québec. Le PQ et QS agissent comme si c'est dans la poche mais ne suggèrent rien de durable pour leur bénéfice.

  • Gilles Bousquet - Abonné 11 avril 2018 07 h 05

    Pas de mousse pour le Québec un pays

    Il s'est passé 23 ans, depuis le référendum sur la souveraineté-partenariat, sans que le Bloc-Duceppe et le PQ-Bouchard ne moussent l'idée du Québec un pays. Le Bloc-Duceppe ne voulait pas tellement en parler tandis que le PQ-Bouchard s'est contenté de gouverner le Québec DANS LE CANADA, comme le PQ-Lisée souhaite le faire, une affaire full-fédéraliste qui résulte, quand ça réussit à conforter le Québec et ses Québécois,.DANS LE CANADA.

    Une chance que M. Mario Beaulieu et Mme Martine Ouellet se sont levés, même si contestés par les 7 mutins du Bloc qui voudraient continuer comme M. Duceppe et ses anciens, genre Mme St-Hilaire, le voulaient et le veulent encore.

    • Hermel Cyr - Abonné 11 avril 2018 14 h 47

      Espérons que le Bloc-Ouellet-Beaulieu fera mieux que le Bloc-Duceppe ! Moi je n’en suis pas si assuré. Mais attendons voir si la République-Ouellet-Beaulieu est au coin de la rue. Sachez que je le souhaite tout autant que vous, et même peut-être un peu plus, mais entre nos vœux et la réalité, il y a, me semble-t-il, un os; que dis-je, un squelette !

    • Serge Lamarche - Abonné 11 avril 2018 18 h 22

      Ceux qui s'accrochent à l'idée du pays du Québec ne font que lui nuire. Il faut faire la bataille sur le terrain, pas sur l'arène politique. i.e. il faut plus de francophones.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 11 avril 2018 09 h 54

    La question migratoire


    À la question «selon vous, faut-il augmenter beaucoup, augmenter un peu, maintenir, diminuer ou arrêter totalement l’immigration au Québec?», 44% des répondants ont répondu qu’il fallait diminuer l’immigration au Québec, contre seulement 15% qu’il fallait l’augmenter (principalement pour de soi-disant questions économiques), chez les francophones, ce taux tombe à 12%.

    Même les non-francophones, souvent indisposés voire hostiles aux valeurs culturelles du Québec français, sont partagés moitié-moitié entre augmenter (26%) et diminuer (27%) le flot migratoire au Québec.

    À tort ou à raison, pour nombre d’électeurs francophones et peut-être non francophones, l’impression générale qui se dégage est qu’on assiste lentement mais sûrement à une «migration de remplacement» flot indifférent à la société d’accueil et à son histoire.

    Inutile d’ajouter que les flots de migrants et de réfugiés qui passeront légalement ou illégalement la frontière québécoise durant les prochains mois auront un réel poids sur l’issue du scrutin du premier octobre. Sujet d’autant plus délicat, voire explosif que le PLQ pourrait utiliser à mauvais escient. La tentation est forte de ce côté.

    • Pierre Desautels - Abonné 12 avril 2018 09 h 11


      Vous jouez avec les chiffres. Voici ce que Le Devoir rapportait hier :

      "Les résultats montrent une division importante à cet égard. Un peu plus de la moitié (53 %) des Québécois seraient d’accord pour « maintenir l’immigration » (38 %), ou l’augmenter un peu (10 %) ou beaucoup (5 %).

      Par contre, 30 % voudraient « diminuer l’immigration », alors que 14 % ont choisi l’option « arrêter totalement l’immigration ».

      Les Québécois qui voudraient dimininuer l'immigration sont donc minoritaires.

  • Réjean Martin - Abonné 11 avril 2018 10 h 50

    minoritaire ou majoritaire

    Vous dite : «M. Legault est toujours perçu comme le plus apte à occuper la fonction de premier ministre, mais ses chances de diriger un gouvernement minoritaire se sont nettement amoindries».

    N'est-ce pas plutôt que ses chances de diriger un gouvernement MAJORITAIRE se sont nettement amoindries ?

    Car, ne doit-on pas constater que chez les francophones, le parti de monsieur Legault est encore pas mal fort...

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 avril 2018 15 h 01

      Vous aviez raison, M. Martin. La faute est maintenant corrigée.