Quand la France se décoince

Les Québécois ont de quoi se réjouir des propos que le président Emmanuel Macron a tenus le 20 mars, Journée internationale de la Francophonie, à l’Académie française. C’était un discours très attendu. Plusieurs doutaient de ses convictions francophones. D’autres craignaient qu’il lâche carrément la Francophonie. C’est le contraire qui s’est passé.

Le président Macron a dit des choses sur la francophonie qui correspondent en tout point à ce que pensent tous les Québécois. Il a parlé d’une francophonie-projet, d’une francophonie plurielle, décentrée, sans arrière-pensées néocoloniales, qui ne serait plus « cet espace incertain en périphérie de la France », mais une « francophonie mentale ». « La France, dit-il, doit aujourd’hui s’enorgueillir d’être au fond un pays parmi d’autres qui apprend, parle, écrit en français, et c’est aussi ce décentrement qu’il nous faut penser. »

Il y a la substance et il y a la manière. On a déjà entendu pareilles professions de foi de la bouche de présidents français aux Sommets de la Francophonie. Cette fois, ce discours sans équivoque de 66 minutes a été prononcé devant l’Académie française, le premier ministre et les ministres réunis et plus de 300 représentants de la société civile française. C’est donc en ce cénacle qu’Emmanuel Macron a dit à la France qu’elle est francophone et qu’elle doit recadrer sa vision du monde. « Nous sommes au seuil d’un moment nouveau de notre histoire et de l’histoire de notre langue. »

Certains se sont désolés que ce discours fasse peu de cas de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ce n’était pas le but : il s’adressait aux Français sur l’action de la France en francophonie. Le distinguo est important. Les médias français ont la mauvaise habitude de réduire la francophonie à ses institutions. Emmanuel Macron leur a dit : la francophonie, c’est beaucoup plus que ça, et nous en sommes. Il l’a déclaré en présence de Michaëlle Jean qui était au premier rang des dignitaires présents. D’ailleurs, il a eu le chic de souligner que plusieurs des actions qu’il promeut en éducation et en matière d’économie sont des initiatives de l’OIF.

Impossible ici d’aller dans le détail d’un discours de 9000 mots bourré de citations et contenant au moins une trentaine de propositions. Celles-ci se regroupent en trois objectifs : éducation, communication et création. Et un bon nombre constituent des occasions en or pour les Québécois, quand ces actions ne serviront pas directement les intérêts du Québec.

C’est frappant au chapitre de l’enseignement du français langue seconde. Plusieurs de ses propositions visent à renforcer les Alliances françaises, les lycées et collèges français et l’Institut français. Les Québécois n’en sont pas très conscients, mais ces organisations contribuent fortement au maintien du français sur le continent, ce qui va dans le sens des efforts du Québec. Et ce sera d’autant plus avantageux pour les Québécois que ces établissements devront servir la francophonie et la langue française — et pas seulement des intérêts étroitement français.

« Nous sommes tous embarqués dans ce flux puissant qui est celui d’une jeunesse qui est en train de prendre en main sa destinée et qui rêve son futur en français. Cet engagement pour la création en français, c’est celui que nous devons à la Francophonie. »

Concernant les médias francophones, il a plaidé pour que ceux-ci développent une ambition mondiale : c’est une occasion à saisir pour la presse québécoise. Côté diffusion de la culture, le président a demandé au festival Étonnants Voyageurs 2018 de Saint-Malo de réunir des États généraux de l’édition en français pour décloisonner les milieux de l’édition francophone. C’est un boulevard qui s’ouvre pour l’édition québécoise.

Dans son élan, Emmanuel Macron rénove aussi le discours sur la langue. « Je souhaiterais qu’on puisse instituer peut-être ce que nous pourrions appeler un « collège des Francophonies », qui mettrait en relation les académies des pays d’expression française, dans lequel votre Académie aurait un rôle éminent et qui pourrait au moins une fois par an se réunir pour avoir la mission exaltante de collecter la diversité des usages, de contribuer à la production […] des dictionnaires francophones ».

L’idée n’est pas banale : évoquer « des académies » et « des dictionnaires francophones » au sein même du temple du purisme, cela change l’air. Pour le Québec qui s’affirme de plus en plus comme un foyer de norme en français, l’invitation est très claire. Et c’est d’ailleurs dans cette veine que le président a conclu son discours : « Parce qu’on aura beau écrire des dictionnaires, il faudra continuer à les refaire. »


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2 commentaires
  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 26 mars 2018 10 h 09

    Encore de l'information "demi-vérité"

    Jean-Benoît Nadeau serait du genre: "faites ce que je dis mais pas ce que je fais".
    E. Macron parle en anglais quand il va en Allemagne, en "bilingue" quand il parle à Bruxelles pour l'Union européenne et encore en "bilingue" aussi en France. Ça mérite d'être dénoncé mais M. Nadeau préfère taire le "start up nation etc" de Macron.

    Il faudrait que M. Nadeau écoute Macron dans ses discours ailleurs que devant l'Académie française, il aurait ainsi l'heure juste.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 mars 2018 11 h 46

      Je pense que vous allez un peu loin madame Lafrenaye...car je crois que M. Macron a droit au principe de..."la chance au coureur". Il est vrai qu'un président Macron, qui a laissé tomber en campagne électorale : "la France n'a pas de culture nationale", (en imitant le "postnational" de Trudeau jr) nous a laissé un peu sur notre "quant-à-soi". (Il faut se rappeler qu' à ce moment-là, Justin Trudeau était la coqueluche du monde politique, médiatique et populiste...et depuis, il a perdu de son aura.)
      L'idéal serait que chaque chef d'État fasse comme à l'ONU...Il parle partout où il va dans la langue officielle de son Pays ou État. Surtout qu'aujourd'hui dans notre monde 2.0...les moyens techniques sont... multiples.
      PS Un organisme qui devrait être remis à sa place est: le CIO
      Ce dernier est vraiment peu respectueux des traditions ...L'ordre des choses étant que : la langue du pays qui reçoit et la langue française (langue du fondateur des JO / Pierre de Coubertin) sont les langues principales et officielles...depuis toujours.