Duplessis et les sous-marins allemands

Maurice Duplessis a-t-il sauvé le Québec du nazisme ? C’est en tout cas ce qu’il affirmait à l’Assemblée nationale le 25 janvier 1943. « Hitler, déclamait-il, c’est l’Union nationale qui l’a combattu quand c’était le temps, quand il fallait prévoir, lorsqu’il a voulu mettre la main sur Anticosti pour y établir ses amis. » Le député unioniste Roméo Lorrain, en mars 1942, avait déjà manié l’encensoir. « Qu’en serait-il aujourd’hui de la province et du Canada, plaidait-il, si le chef de l’Union nationale n’avait empêché de vendre l’île d’Anticosti à un syndicat allemand ? Il est temps que la vérité se sache et qu’on rende unanimement hommage à l’homme public incomparable qui nous a sauvés. »

Cet épisode passionnant et méconnu de notre histoire est efficacement raconté dans L’expédition allemande à l’île d’Anticosti (Septentrion, 2017, 192 pages), un essai de l’historien Hugues Théorêt paru l’automne dernier. On prend toute la mesure de l’importance de cette affaire quand on lit, du même souffle, Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ? (Economica, 2018, 126 pages), un essai de Boris Laurent. Officier de réserve dans la marine nationale française, Laurent est aussi historien et vit actuellement au Québec, où il occupe des fonctions aux éditions Liber.

Les U-Boote d’Hitler

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les pays européens ligués contre l’Allemagne, les Alliés, comptent sur des approvisionnements en provenance du Canada et des États-Unis. C’est le nerf de la guerre. Les Allemands le savent, raison pour laquelle ils envoient des sous-marins — les fameux U-Boote — dans l’Atlantique, et jusque dans le Saint-Laurent, pour couler les convois de ravitaillement. Les Alliés en sont bien conscients aussi. « Churchill avait raison de dire que la bataille de l’Atlantique est le facteur dominant de toute la guerre, note Laurent. Tout ce qui se passe sur d’autres théâtres d’opérations, sur terre et dans les airs, dépend de son issue. » L’intrépide premier ministre britannique ajoutait même que la menace des sous-marins allemands était la seule chose qui lui avait « vraiment fait peur durant la guerre ».

Les Allemands, on le sait maintenant, ont perdu cette bataille. Laurent, qui se livre à une analyse détaillée des événements, attribue cette défaite à des « choix politiques, stratégiques, donc industriels, économiques, techniques, technologiques ». En 1939, écrit-il, « le Reich n’est pas prêt à se lancer dans un conflit général ». Il perdra, dans les années qui suivront, les batailles de la production et de la technologie. Ses sous-marins feront des dégâts dans le camp adverse, mais jamais assez pour changer l’issue du combat.

Laurent explique aussi l’échec allemand par le conflit entre l’aviation et la marine, par l’absence de concertation avec les Japonais et par des erreurs stratégiques d’Hitler, qui n’avait pas les moyens de se battre à la fois sur les fronts anglais et soviétique. Éclairant, cet essai, étant donné son caractère plutôt technique, intéressera surtout les fanatiques d’histoire militaire.

La présence des sous-marins allemands dans le Saint-Laurent pendant la Seconde Guerre mondiale serait-elle liée, de quelque façon que ce soit, à la tentative de mystérieux investisseurs allemands de vouloir acquérir l’île en 1937, à l’époque où l’Allemagne était sous l’emprise du régime nazi ? Pour éclaircir ce mystère, nous nous sommes rendus aux archives nationales allemandes (Bundesarchiv) à Berlin, en Allemagne.

Des nazis en Gaspésie

Plus grand public, l’essai de Théorêt relate les manifestations québécoises de cet affrontement maritime. De 1942 à 1944, rappelle l’historien, les sous-marins allemands « ont coulé 23 navires dans les eaux tumultueuses du Saint-Laurent ». En 1942, par exemple, une torpille allemande visant un bateau à vapeur chargé de bois rate sa cible et « vient percuter le rivage gaspésien à la hauteur de Cap-Saint-Yvon », faisant éclater les vitres des maisons du village. En novembre de la même année, un espion allemand, arrivé par sous-marin, débarque en Gaspésie et est arrêté dans le train qui le mène à Montréal. L’ennemi était vraiment aux portes !

Si Duplessis, dans ce contexte, peut jouer les héros, c’est qu’il s’est opposé, en 1938, à la vente de l’île d’Anticosti, par la Consolidated Paper, à un groupe de mystérieux investisseurs allemands. Ces derniers étaient-ils des émissaires d’Hitler, cherchant à acquérir ce lieu stratégique « pour y aménager des aires de ravitaillement » pour les sous-marins allemands ou de simples commerçants de ressources forestières ?

Les recherches de Théorêt dans les archives allemandes appuient plutôt la thèse des visées commerciales, mais même dans ce cas, on doit conclure que le bois d’une Anticosti allemande aurait été une écharde au pied des Alliés. Vive Duplessis, alors, même si Adélard Godbout l’accusait d’avoir tout de même vendu des plans du territoire québécois aux Allemands ? Dans ce dossier peut-être, même s’il faut ajouter, pour respecter l’histoire, que Mackenzie King, premier ministre canadien de l’époque, a lui aussi joué un rôle dans le refus de vendre « la perle du Saint-Laurent » à d’inquiétants amis d’Hitler.

4 commentaires
  • George Rollin - Inscrit 10 mars 2018 06 h 27

    Duplessis ..un heros..jamais!

    Non..Duplessis fut un dictateur en herbe avec tous les milliers de jeunes emprisonnes dans ses orphelinats malheureux!

  • Alain Belley - Inscrit 10 mars 2018 15 h 16

    Oups!

    Il aurait fallu écrire U-Boot sans le ''e''.

    • Louis Cornellier - Abonné 10 mars 2018 22 h 03

      Les deux graphies sont acceptées.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 mars 2018 14 h 03

      Un Boot, deux Boote.