L’épouvantail

Le premier ministre Philippe Couillard est bien placé pour savoir à quel point le ministère de la Santé peut être usant. À l’époque où il en était lui-même le titulaire, il en était venu à souhaiter que Jean Charest lui offre un nouveau défi, mais ce dernier l’avait puni de l’avoir humilié dans le dossier du CHUM en lui refusant cette délivrance.

Quand il a décidé de prendre temporairement congé de la politique, en juin 2008, il venait de se faire enguirlander par Julie Snyder en commission parlementaire, la situation dans les urgences ne donnait toujours aucun signe d’amélioration et le CHUM semblait voué à devenir un éléphant blanc.

De l’avis général, M. Couillard demeurait néanmoins le plus apte à occuper le poste. Personne ne réclamait sa démission et M. Charest ne se sentait pas obligé de lui renouveler sa confiance chaque semaine, comme lui-même doit maintenant le faire dans le cas de Gaétan Barrette.

Malgré la bonne tenue de l’économie et des réinvestissements hautement publicisés dans les services, l’insatisfaction que génère le système de santé et l’impopularité personnelle de M. Barrette plombent les intentions de vote libérales, constate le dernier sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal.

 
Les partis d’opposition, dont il est devenu la principale cible, ne s’y sont pas trompés. Le ministre de la Santé, dont deux Québécois sur trois désapprouvent le travail, est devenu le symbole de la turpitude libérale. On s’était abondamment moqué de son prédécesseur, Yves Bolduc, et de son adaptation de la « méthode Toyota », mais il ne suscitait pas une telle hostilité.
 

Quel que soit le résultat de l’enquête que mènera la nouvelle commissaire à l’éthique, M. Barrette aura fort à faire pour convaincre qui que ce soit qu’il n’a pas retardé volontairement le regroupement des services de pédiatrie sur la Rive-Sud pour nuire à la réélection de sa vis-à-vis péquiste, Diane Lamarre, comme l’a révélé l’émission Enquête. Cette histoire de lettre qu’une secrétaire aurait oublié de poster a un goût de bouillie pour les chats.

Il est vrai que l’exemple venait de haut. À l’époque où il était président de la FMSQ, M. Barrette avait dénoncé les manoeuvres du gouvernement Charest pour empêcher l’installation du CHUM au 6000, rue Saint-Denis, comme l’avait projeté le gouvernement Bouchard.

« Tout était prêt », avait-il expliqué, mais le gouvernement Charest n’avait « pas voulu envoyer cela dans un comté péquiste », en l’occurrence Gouin, représenté à l’époque par André Boisclair. M. Couillard serait aujourd’hui bien mal placé pour lui reprocher ses petites combines.

Les 26 % d’intentions de vote dont Léger crédite actuellement le PLQ constituent un plancher historique. À sept mois de la prochaine élection, le budget que le ministre des Finances, Carlos Leitão, présentera dans quelques semaines commence à prendre des airs de dernière chance, pour ne pas dire de mission impossible.


 

Malgré une baisse de deux points qui ressemble à un plafonnement, les 37 % d’intentions de vote que recueille la CAQ — 42 % chez les francophones — la place toujours en territoire majoritaire. Elle demeure de loin le parti qui incarne le mieux le changement aux yeux de la population et François Legault lui apparaît nettement comme le plus apte à occuper le poste de premier ministre.

Pour la première fois depuis longtemps, Jean-François Lisée n’aura pas besoin de faire preuve d’imagination pour trouver matière à satisfaction dans les résultats du sondage. L’élévation de Véronique Hivon au poste de vice-chef et le retour de Jean-Martin Aussant ne suffiront sans doute pas à déclencher une vague, mais l’effet sur la base péquiste, qui s’effritait dangereusement, semble clairement positif. Le leadership de M. Lisée lui-même s’en trouve renforcé. Jusqu’à présent, il était le chef le moins populaire chez les électeurs de son propre parti. C’est maintenant M. Couillard.

Un sondage est un instantané qui ne constitue pas une prédiction. On a beau raffiner les modèles, la projection des résultats dans une circonscription en particulier à partir des chiffres nationaux est un exercice d’autant plus hasardeux que l’impact de la personnalité des candidats ne peut pas être mesuré.

Le simulateur du site Too Close to Call laisse entrevoir une lutte entre le PQ et la CAQ dans Pointe-aux-Trembles beaucoup plus serrée qu’à l’élection générale de septembre 2014, alors que Nicole Léger l’avait emportée par plus de 5000 voix. Sur la base des chiffres de Léger, il accorde 40,4 % des voix au PQ et 37,3 % à la CAQ. Un sondage interne de la CAQ effectué avant l’annonce de la candidature de Chantal Rouleau donnait des résultats inverses. À suivre.

Cette chronique fera relâche la semaine prochaine.

7 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 3 mars 2018 04 h 48

    Vous prenez relâche?! Alors, bonne relâche!

    Au plaisir de vous relire dès votre retour sur le «territoire national».

    JHS Baril

  • Yvon Pesant - Abonné 3 mars 2018 06 h 13

    Les hauts et les bas

    Et vice-versa. Il semble bien que c’est et restera toujours comme ça en politique. Dans les états où la démocratie existe, à tout le moins, ne serait-ce que minimum.

    Au Québec, les humeurs d’un grand nombre d’électeurs sont à fleur de peau et varient souvent en fonction d’où vient le vent. Les médias, leurs analystes, éditorialistes et chroniqueurs en tête, ont un rôle et une importance de tout premier plan à cette enseigne de la livraison d’une information basée sur des faits concrets et des arguments solides.

    On compte beaucoup sur leur objectivité, souvent sentie comme étant toute relative, pour nous instruire et nous aider dans l’orientation des débats à faire en période électorale. Il leur revient comme à nous de faire la juste part des choses en fonction des plateformes et des candidatures les plus crédibles et les mieux susceptibles de bien répondre à nos intérêts collectifs plus qu’à nos attentes personnelles ou corporatistes.

  • Normand Carrier - Abonné 3 mars 2018 06 h 55

    Quel est l'effet Martine Ouellet et la crise au Bloc sur ce sondage ?

    Durant les quatre jours de ce sondage , la crise au Bloc perdurait et a sans aucun doute eu un effet négatif sur le résultat de ce sondage car sachant comment les Québécois n'aiment pas la chicane et demeurent réfractaires a toutes perturbations .... Même l'investiture dans Pointe-aux-Trembles , qui est un exercise hautement démocratique , a été percus par plusieurs comme une autre chicane des souverainistes .....
    Il est clair que Martine Ouellet n'est pas un atout actuellement pour le mouvement souverainiste et que son départ est souhaité par tous ceux qui souhaitent le bien du Bloc qui a une grande fenètre d'opportinité avec l'affaiblissement du PLC de Justin Trudeau et l'arrivé de deux chefs qui ont l'effet de statue et qui ne lèvent pas dans la population .....

    Il faut souhaiter une fin heureuse soit par le départ de la cheffe ou une réconciliation durable entre les sept et la cheffe .... Mais si le Bloc s'effondre il faudra en imputer la responsabilité a Martine Ouellet et elle risque de servir de paratonnaire pour toutes les insatisfactions des souverainistes .....

  • Michel Lebel - Abonné 3 mars 2018 07 h 18

    Bouc-émissaire et vague


    Le ministre Barrette est devenu la cible favorite des médias, alors que je ne crois pas qu'il mérite toute cette critique. Il est devenu un bouc-émissaire, alors qu'il me semble qu"il a fait bouger, pour l'améliorer, le système de santé, qui est tout un éléphant. Mais c'est surtout l'usure du pouvoir qui plombe les libéraux. Et aussi le ''principe'' propre aux démocraties libérales: le changement pour le changement. Une vague caquiste se profile donc, même si ce parti et son chef n'impressionnent pas. Ainsi va la démocratie québécoise. Comme jadis la vague pour Jack Layton, Mario Dumont et les deux Trudeau.

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 mars 2018 09 h 59

      La CAQ n'impressionne pas,c'est vrai.Les libéraux sont cuits ,tant par ses magouilles,son inaptitude,son inculture,son aplatventrisme
      devant O ttawa et Toronto,son absence d'action pour le bien commun et la protection des plus démunis :sans ame et sans coeur.
      Il n'y a que le PQ qui démontre son intéret pour nous sortir de ce chemin qui nous mene nulle part sinon dans le mur de L'ignorance .
      Bref le fédéralisme nous tue a petit feu mais suremerent avec Couillard , Trudeau et le ROC.Nous serions si bien chez nous.

  • Michel Carrier - Abonné 3 mars 2018 08 h 38

    ok pour la vague et non pour le bouc-émissaire

    Il est vrai que la vague arrive mais non pour Barette. Il est au coeur du système de santé depuis au moins 10 ans à titre de président de la FMSQ et de ministre. Il a lui-même négocié le fameux contrat avec les spécialistes et il a notamment modifié le fonctionnement du système de santé. Il est en grande partie responsable de la situation actuelle.